CHAPITRE III
Épilepsies idiopathiques produites par des causes morales.
Premier Fait. Deux officiers d’un régiment de chasseurs à cheval se battent en duel, à la suite d’une vive discussion sur un sujet excessivement futile.
L’un d’eux (n’ayant jamais été sérieusement indisposé, et appartenant à une famille saine), ne pouvant atteindre son adversaire, jette son épée , et éprouve un accès de colère qui détermine soudain une attaque d’épilepsie.
Saignée considérable du pied gauche. Le lendemain, nouvelle attaque $ le malade est encore saigné des deux pieds.
Deux jours après, attaque moins intense. Saignée de la jugulaire. Cette attaque fut la dernière, et cet officier promit de se corriger. Nous
l’avons revu effectivement dans un état de santé satisfaisant, dix ans après son aventure.
Deuxieme Fait. Un officier anglais se bat en duel avec un élève en droit de l’école de Paris. Le sort favorise ce dernier ; en conséquence il fait feu sur l’officier; la balle passe à très peu de distance de l’oreille droite. L’officier tombe sur-le-champ dans une attaque d’épilepsie effroyable.
Un élève en médecine, témoin de l’elève en droit, ouvre la jugulaire droite de l’officier, qui revient insensiblement , et remercie ces messieurs en les priant de lui raconter ce qui lui est arrivé. Au récit qui lui est fait sur sa demande , il tombe de nouveau dans un accès épileptique, se coupe la langue et se casse deux dents incisives.
Saignée de la jugulaire et du pied. Le malade revient encore à mesure que le sang coule. On le transporte chez lui , où il ne tarde pas
a se rétablir. Il déclara que jamais ni lui , ni aucun des siens n’avait éprouvé de semblables choses.
Ti 'oisième Fait. Une demoiselle , nommée
Victorine B , âgée de ans ; issue d’une
famille saine d’un caractère gai et doux 7 traversant le Cliamp-de-Mars , est surprise par une dét onna lion de plusieurs coups de canon qui la fait tomber dans une violente attaque d’épilepsie.
Le lendemain elle éprouve un second accès de cette maladie et meurt.
Nécropsie. Un peu de sang épanché entre l’arachnoïde et la dure-mère ; une quantité assez considérable à la base du crâne.
Lés vaisseaux de la pie-mère sont fortement injectés. Les ventricules latéraux sont remplis de sang. La substance cérébrale est également très injectée et ferme.
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Quatrième Fait . Une demoiselle , âgée de ar ans , bien porlante , apprend qu’une de ses amies est dans le malheur sans pouvoir la secourir. Aussitôt elle s’affecte , devient triste , morose ; elle pâlit, maigrit , et finit par devenir épileptique.
Un vénérable ecclesiastique , qui avait fait germer dans ce jeune cœur les vertus les plus touchantes , trouve le moyen de venir au secours de l’amie de la malade. Cette dernière est prudemment instruite du changement avantageux qui s’est opéré dans la position de son amie. La gaîté renaît aussitôt , et quelques jours suffisent pour rétablir entièrement la malade , qui avait éprouvé déjà sept accès épileptiques en très peu de jours.
Cinquième Fait. Un jeune colonel de dragons, Prussien d’origine , appartenant à une famille saine , et n’ayant lui-même jamais été atteint d’aucune maladie sérieuse , conçoit un amour passionné pour une jeune veuve polonaise.
Un jour il rencontre un lieutenant de hussards français chez celle dont il sollicitait vivement la main. Il sort sans dire mot, rentre chez lui, et de vient rêveur au point de donner de l’inquiétude à ses parens.
Tout-à-coup on l’entend jurer contre les Français , et tomber dans une attaque d’épilepsie effrayante. Il éprouva plusieurs accès successifs de cette maladie.
La jeune veuve en fut instruite et affectée. L’officier français fut obligé de partir.
Le colonel se fit conduire auprès de la veuve. Un entretien eut lieu, le mariage s’en suivit, et la guérison fut complète.
Sixième Fait. Un négociant, qui avait joui d’une fortune considérable, est plongé dans la plus affreuse misère, et devient aussitôt épileptique. La maladie paraît terrible, les accès se rapprochent, et au bout de six mois d’horribles souffrances , ce malheureux cesse d’exister.
Nécropsic. La dure-mère est injectée et adhérente à plusieurs points des parois du crâne.
Epanchement considérable de sérosité entre les membranes arachnoïde et pie-mère , à la base du crâne et dans le canal rachidien. Les quatre ventricules sont fortement distendus par une sérosité légèrement sanguinolente. Tout était sain dans la poitrine, l’estomac et l’abdomen.
Septième Fait. Un jeune homme sain et robuste, issu d’une famille qui fut toujours bien portante , conçoit une passion vive pour une demoiselle qu’il ne peut obtenir en mariage. Il tombe en épilepsie. A la mort du père de la demoiselle , notre jeune homme conçoit un nouvel espoir, mais il éprouve toujours de fréquens accès d’épilepsie. Enfin il obtient la main qu’il recherchait depuis deux ans avec une persévérence rare , aussitôt la maladie cesse , et aujourd’hui, cinquième année de son mariage, il jouit d’une santé parfaite.
Huitième Fait. Une dame de 27 ans reçoit la
nouvelle que son mari vient de mourir dans une bataille; elle devient tout-à-coup épileptique, sans avoir jamais été atteinte de cette névrose.
La malade reste dans cet état pendant quinze jours , au bout desquels on vient lui annoncer qu’il y a eu erreur de nom et que son mari existe. Elle n’en croit rien, et continue d’éprouver des accès d’épilepsie. Enfin son mari arrive , et avec lui la guérison complète de la malade.
Neuvième Fait. Un ofïicier du génie , âgé de 32 ans , bien portant et l’ayant toujours été, conçoit l’idée de composer un poème, intitulé Austerlitz. Il avait lui-même assisté à cette affaire si glorieuse pour les armes françaises. Il travaille , met et remet sans cesse sur le métier, il n’est point satisfait.
Une attaque d epilepsie a lieu ; elle se renouvelle vingt fois ; le malade succombe au vingLunième accès.
Necropsie. Adhérence des deux portions de
l’arachnoïde qui recouvrent les deux hémisphères , près de la grande scissure.
Quantité de sérosité épanchée à la base du crâne. Pie-mère très rouge et très injectée.
Dixième Fait. Un marchand plombier, bien portant, âgé de 47 ans, voit sa fortune s’accroître considérablement par d’heureuses spéculations. Il devient épileptique, et meurt au treizième accès.
Néci'opsie. Adhérence des membranes du cerveau entr’eiles et à différées points du crâne et du cerveau.
Épanchement considérable de sérosité dans les ventricules latéraux et à la base du crâne.
Cerveau sain , ainsi que les viscères tliorac biques et abdominaux.