CHAPITRE IV
È /,'ilepsies sjmpath iques.
On doit entendre par épilepsie sympathique , celle qui dépend de l’état de maladie d’un organe ? ou d’un appareil d’organes quelconques.
Fidèle à la marche que nous avons adoptée , nous nous contenterons de citer des obser valions recueillies par nous , ou par des médecins , dans la véracité desquels nous avons une confiance entière. C’est dans cette espèce d’épilepsie que nous avons eu des succès satisfaisans , et dont quelques feuilles publiques ont déjà rendu compte. Beaucoup de familles nous ont consulté depuis deux ans. Plusieurs se sont bien trouvées des moyens que nous employons , quoiqu’elles soient très éloignées , et qu’elles ne nous aient fait connaître leurs épileptiques que par des mémoires ou des notes plus ou moins infidèles. Nous nous abstiendrons de faire imprimer ici les copies des
lettres de remercîmens qui nous ont été adressées. Celte espèce de vanité cadrerait peu avec l’intention que nous avons déjà énoncée , de n’écrire que pour être utile à l’humanité.
Si cependant on doutait des avantages que nous avons obtenus sur une maladie jusqu’ici rebelle à beaucoup de tentatives , nous offrons de communiquer ces lettres.
Nous dirons avec la même franchise , que d’autres personnes n’ont pas eu le même bonheur , et qu’en conséquence elles ont accusé d’impuissance le traitement auquel nous les avions soumises sans les voir.
Nous avons répondu à ces plaintes : i° Que nous n’avons jamais prétendu réussir constamment dans le traitement de l’épilepsie , même sympathique.
0.0 Qu’autre chose est de voir un malade, ou de lui envoyer un régime à suivre sur une simple lettre, ce que nous n’avons jamais refusé.
3 o Que les médecins chargés de diriger noire licitement, n’ont pas toujours suivi la méthode indiquée, peut-être pour des raisons plausibles. Ainsi les uns ont employé la feuille d’armoise au lieu de la racine ; les autres ont prescrit l’eau distillée de feuilles de laurier-cerise à haute dose , tandis qu’il faut commencer par une quantité très minime , et arriver progressivement à une plus considérable.
D’autres enfin ont négligé de prescrire les immersions de la tête dans l’eau froide , le bracelet aimanté, les mooca , etc. , etc. , et à ce sujet nous pourrions citer ce jeune homme du département du Morbihan , qu’un médecin venait de soigner , sans succès , par les moyêns que nous mettons en usage.
Sur les reproches que nous adressa notre confrère , nous lui proposâmes de nous confier son malade. C’est à Paris que ce dernier fut établi ,• il est au sixième mois de son traitement , il y en a trois qu’il n’a rien éprouvé j tandis qu’aupara-
vaut il avait trois ou quatre accès clans les vingtquatre heures.
A . Epilepsie sympathique sanguine.
Pi 'entier Fait. Un chevalier de Saint-Louis, du département de l’Orne , nous écrivit , il y a un an , pour nous demander un régime et un traitement capables de le débarrasser de quelques attaques de nerfs qui lui rendaient la vie insupportable.
Nous l’engageâmes à venir nous voir, ou à faire parvenir un mémoire sur son âge , sa constitution , les maladies auxquelles avaient pu être sujets , son père , sa mère , sa nourrice ; celles qu’il avait éprouvées lui-même dans son enfance et depuis ; les médicamcns dont il avait fait usage ; les excès auxquels il s’était livré , etc. Le mémoire nous fut envoyé , et nous crûmes y remarquer que l’épilepsie à laquelle le malade ne donnait pas ce nom , mais que son médecin qualifiait ainsi , tenait à la difficulté qu’on avait depuis long-temps à entretenir le flux hémorroïdal.
Un régime doux et rafraîchissant, des douches ascendantes dirigées vers l’anus, quelques sangsues appliquées tous les mois à cette partie , l’usage de la poudre de racine d'armoise et de l’eau distillée de feuilles de laurier-cerise , sont parvenus à rétablir presque périodiquement l’écoulement supprimé, et le malade n’a plus ressenti d’attaques d’épilepsie.
L’eau distillée de laurier-cerise est diurétique, narcotique, anti-spasmodique. C’est Thilénius , médecin allemand, qui, le premier, a employé cette eau distillée dans les affections nerveuses.
Fontana, Va ter , Murray, Langrisch, Schaub, John Spardow de Celiece, prétendent que l’eau distillée des feuilles de cette plante n’est pas vénéneuse ; nous ne pensons pas ainsi à ce sujet , ne fùt-ce qu’eu égard à la susceptibilité individuelle, qu’on ne considère pas assez dans l’administration des remèdes dangereux.
Deuxieme Fait. Une demoiselle du départe-
ment de l’Hérault , âgée de 29 ans > issue d'uue famille saine , privée , depuis un an , du flux menstruel , devient épileptique.
Elle nous fut présentée il y a dix-liuit mois ; nous la trouvâmes en très bon état de santé , à la suppression près. Au moment où nous la questionnions , elle éprouva un mouvement dans la région sus - pubienne. Elle nous dit aussitôt : « Voilà que cela me prend , cela me monte. » Son père , qui se trouvait présent , lui souffla fortement dans la figure , en la rapprochant de la fenêtre qui était ouverte. L’accès se borna là j mais la malade était étourdie et triste.
Un régime alimentaire entièrement végétal , un exercice soutenu , les saignées du pied , 1 usage de la poudre de racine d’armoise et de l’eau distillée de feuilles de laurier-cerise , les bains de siège dans une forte décoction d’armoise, les douches sur le bas-ventre , l’emploi du prussiate de fer à très petite dose , etc. , ont rétabli l’écoulement, et l’épilepsie a cessé. Cette demoiselle
est aujourd’hui bien portante et près de se marier.
Troisième Fait. Un pharmacien de Paris, âgé de 48 ans , fort , vigoureux , né de parens sains , et ayant été nourri par une femme d’une santé parfaite, éprouvait tous les huit jours, depuis près de vingt ans , deux et quelquefois trois attaques d’épilepsie , sans qu’on eût jamais pu en découvrir la cause.
Nous le questionnâmes à différentes reprises, sans obtenir aucun renseignement satisfaisant; il se rappela enfin qu’avant d’être atteint de cette maladie , il était sujet à une hémorragie habituelle du nez.
Nous lui conseillâmes aussitôt une saignée du
pied chaque mois ; un régime délayant , l’armoise et le laurier-cerise ; ses attaques ont disparu. Il est bien maintenant et continue les mêmes moyens , par reconnaissance , nous a-t-il dit.
Troisième Fait. Un orfèvre de Paris , âgé
de 4 3 ans , bien portant , mais ayant les jambes couvertes d’énormes varices , se fait appliquer sur ces extrémités un bandage roulé et fortement serré.
Les varices disparaissent et l’epiiepsie se déclaré. Celte maladie n’a cessé que lorsque les jambes ont été reprises de varices , rappelées par les bains de vapeur émolliente , 1 exercice , etc.
B. Épilesie sympathique lymphatique.
Premier Fait. Un jeune liomme , âgé de iq ans , scrofuleux a 1 exces , devient epileptique. Il nous est présenté le 2 2 mars i825. La jambe droite et le pied du même côté sont couverts d’ulcères fournissant un pus blanc et épais.
Nous conseillâmes un régime substantiel , les viandes noires surtout , les gelées de viande , un peu de vin de Bordeaux; lair de la campagne, les martiaux, la tisane de Feltz, etc. Mais les parens nous dirent que le malade désirait, en
attendant l’effet de ces moyens , qu’on lui indiquât celui d’empêcher les accès épileptiques d’être aussi fréquens ( il en éprouvait jusqu’à cinq par jour). L’aura epileptica partait de la jambe malade , suivait la cuisse, le tronc , arrivait successivement à la tête , et faisait tomber le malade dans des convulsions affreuses. Nous prescrivîmes alors l’usage d’un bracelet aimanté appliqué à la partie moyenne de la cuisse droite. À 1 approche de l’accès , on serrait violemment le bracelet; le malade était engourdi , mais l’attaque n’avait pas lieu.
Cette manière d’empêcher la communication avec le cerveau est presqu’infaillible.
Il y a trois mois que ce jeune homme est entièrement remis de tous ses maux et se propose de voyager , ce à quoi nous nous garderons bien de nous opposer.
Deuxième Fait . Une jeune dame , mère de deux enfans bien portans , n’ayant jamais elle-
même été madade , est tout-à-coup affectée de chlorose.
Elle maigrit , pâlit , et finit par devenir épileptique. On cherche , mais en vain , à faire cesser la cause de cette maladie.
Les injections de décoction de tan , l’usage du prussiale de fer, sont conseillés , ainsi qu’un régime alimentaire fortifiant , les bains de mer , etc. ; la malade guérit au bout de six mois , et engraisse à en être effrayée.
Ti 'oisïeme Fait. Un officier de la garde royale , âgé de 28 ans , arrive lentement au dernier degré du rachitisme , sans qu’on puisse en découvrir la cause. L’épilepsie se déclare d’une manière aussi terrible que soudaine.
Questionné sur toutes les circonstances qui ont pu donner lieu à cette affection , cet officier répond n’avoir rien fait qui puisse avoir déterminé ce déplorable état. Un médecin renommé de la capitale, conseille d’abandonner le malade
aux efforts de la nature, en ordonnant toutefois la diète blanche. Nous sommes appelé en consultation avec un autre médecin moins renommé, mais non moins habile que le premier : il propose le régime fortifiant, les martiaux , les bains aromatiques, et plusieurs moxa sur toute la colonne épinière, l’air de la campagne , les frictions sur les membres avec la teinture de quinquina , etc. Nous nous rendîmes à cet avis, sans rien ajouter, et nous pouvons assurer n’avoir jamais été témoin d’une victoire aussi complète. Ce traitement a duré un an. L’officier se porte à merveille.
Quatrième Fait. Un enfant de huit ans , avant toujours été bien portant , né de parens parfaitement sains , est tout-à-coup atteint d’une teigne faveuse , qui envahit successivement tout le cuir chevelu, et le huitième jour de cette invasion le malade est frappé d’épilepsie.
Un médecin de nos amis est consulté et propose , sur-le-champ, d’attaquer la teigne par les préparations sulfureuses prises intérieure-
ment et administrées sous forme de douches sur la tête , etc.
Six mois suffisent pour obtenir la guérison de la teigne et de l’épilepsie.
Cinquième Fait. Un inaréchal-de-camp , âgé de 53 ans , d’une santé robuste , ayant enté plusieurs gales les unes sur les autres , sans en traiter aucune à fond , est affecté d’épilepsie.
Le médecin appelé attaque cette maladie par tous les anti-spasmodiques , les saignées , etc. , sans aucun égard pour la maladie de la peau, qu’il veut , dit-il , laisser exister pour obtenir plus facilement la guérison de l’affection nerveuse. Efforts inutiles et prolongés , l’épilepsie persiste. Un médecin de Paris est consulté, et cherche à débarrasser le général d’une gale qui , négligée , est devenue chronique , et a pu occasionner l’épilepsie. Il y parvient effectivement par le régime lacté , et cent deux bains de vapeur sulfureuse.
L’épilepsie a disparu presqu’en même temps
que la maladie de peau qui existait depuis plusieurs années , malgré divers trailemens.
Sixième Fait. Une dame hollandaise > âgée de vingt-neuf ans, née de parens non épileptiques, mais goutteux, éprouve en même temps qu’un accès de goutte, une attaque d’épilepsie, qui se reproduisit ensuite chaque fois que cette dame se ressentait de la première maladie.
Un des plus anciens médecins de la capitale est consulté : il ordonne l’air de la campagne, l’usage de la flanelle et des bas de laine, le régime lacté.
Les accès de goutte et d’épilepsie s’éloignent , et finissent par ne revenir que lorsque la malade commet quelques écarts dans le régime si sagement prescrit.
Cette dame, que nous avons vue, se reconnaîtra peut-être ici. Nous l’eqgageons à persévérer dans ces moyens, et à ne pas se livrer à d’autres tentatives.
Septième Fait. Un officier d’artillerie , âgé de 4r ans, atteint d’ulcères scorbutiques aux jambes , fait tous scs efforts pour se débarrasser de ces ulcères. Ne pouvant y parvenir , il se décide a les abandonner à eux-mêmes. Il ne tarde pas à éprouver un premier accès d’épilepsie. Cette maladie se renouvelle tous les deux jours. Ce militaire va consulter le célèbre Béclard , que les sciences médicales regretteront long-temps. Ce médecin a ttaque à fond la maladie scorbutique par un traitement interne et des remèdes locaux. Le malade fut guéri de tous ses maux après un an de soins bien dirigés.
Monsieur Béclard nous raconta lui-même cette observation , la dernière fois qu’il vint présider le jury médical de Seine-et-Oise.
Huitième Fait. Voici un fait excessivement intéressant, et qui est connu de plusieurs médecins de Paris. Un notaire contracte une affection siphilitique qu’il communique à sa femme. Jusqu’alors ce couple malencontreux avait joui
<]\ine bonne santé , ses païens étaient parlaitement sains.
Un médecin est consulté et propose sur-lechamp les mercuriaux. A ce mot, les époux protestent qu ils \ eu lent cire traites par la salsepareille , et que jamais un atome de mercure ne seia pi îs par eux. La salsepareille est donc administrée sous forme de tisane , de sirop et d’essence. Six mois s’écoulent sans qu’aucun changement, ni en bien ni en mal, s’opère dans leur état. Iis ont cependant pris une quantité prodigieuse de salsepareille , sans en mourir, contre l’opinion de quelques esprits bizarres ou par trop étroits.
Tout— à-coup le mari est atteint d’épilepsie , et, huit jours après, la femme éprouve la même maladie. On va peut-être croire encore que cette pauvre salsepareille a causé cette affreuse névrose. Pas du tout, ce végétal est continué à plus haute dose, mais avec les frictions mercurielles, et addition de muriate de mercure sur-
oxhréné à la tisane; la salivation se manifeste aussitôt, et, après trois mois Je ce traitement, les époux n’eurent plus qu’à s’entretenir de leurs devoirs futurs. Ils sont très bien guéris.