OO
viscères. Qu’une femme éprouve une violente contrariété, ses règles diminuent de quantité, s’altèrent dans leur couleur , dans leur consistance , se suppriment ; l’urine se décolore , la digestion est troublée ; la malade rend par la bouche une grande quantité de gaz; le lait s’altère dans ses qualités. Ces accidens , ainsi que d’autres , démontrent cette influence ; mais en existe-t-il de semblables pour établir celles des nerfs des ganglions ? Je ne le crois pas. Il est probable cependant que ces nerfs en. exercent une puissante ; mais elle est d’une distinction trop difficile pour servir de base à une division systématique du spasme.
Un des caractères de cette affection , lorsqu’elle est intense, c’est de se manifester par des accès accompagnés d’une congestion momentanée des liquides, d’une sorte de pléthore dans la partie qui en est le siège , et de pulsations dans les artères voisines.
Ces accès sont de courte durée , et ont une tendance à se reproduire périodiquement. On serait taxé de crédulité en attribuant , sur leurs retours , une influence aux phases de la lune. Quelques faits cependant , insérés dans le Journal de Médecine de Corvisart et de MM. Leroux et Boyer , semblent établir cette influence dans les pays chauds (i).
(i) Voy. vois, traduite de l’espagnol par Halle , t. I , an X.
SUR LE SPASME
4oi
Un second caractère du spasme , c est de déterminer des variations dans la chaleur du corps , comme dans le cas de constitution avec prédominance du système nerveux, mais avec plus d’intensité^ ( 1 ) .
Un troisième caractère de cette maladie , c’est de changer la nature des matières excrétées ; le sang des règles s’altère subitement , devient pâle , le lait perd ses qualités , etc. On voit des personnes atteintes d’un dévoiement subit . à la suite d’une violente contrariété.
Les corps caverneux présentent un exemple frappant de ce qui se passe dans le spasme. Ils entrent dans un état d’éréthisme ; il s’y fait , durant le spasme , une congestion sanguine , quoiqu’il n’y ait pas d’inflammation , et tout rentre dans l’ordre après que le spasme est cessé.
Les mamelles sont de même dans un accès nerveux ; elles augmentent de volume, se tendent, se durcissent , deviennent douloureuses pendant l’aceès , et repreqnent leur état primitif dès qu’il est terminé.
Le cerveau et la partie exeitée spasmodiquement paraissent dans un état d’éréthisme , d’orgasme, sans altération dans leur tissu : l’influx ou principe nerveux se développe dans le eerveau peut-être avec plus d’abondance qu’à l’ordinaire ; mais il se distribue aux organes d’une manière
(i) Voy. De la Consl. delà femme , p. 44-
'[O-A CONSIDÉKATÏONS
irrégulière : c’est à ce désordre que l’on cloil les convulsions.
On peut déterminer à volonté sur un animal vivant un spasme du cerveau , ou d’une portion du système nerveux : il suffît d’irriter ces parties au moyen d’un agent physique , chimique, comme l’électricité ou le galvanisme. La partie irritée entre en action : il en résulte , en raison de cette partie , des contractions musculaires , l’éclair , la saveur , ou d’autres phénomènes indépendans de la volonté.
Le spasme est l’élément d’un grand nombre de maladies ; et il n’est souvent qu’un symptôme d’affections extrêmement intenses.
Je fus appelé , en 1825 , en consultation avec MM. Cayol, Delondre et Legras , pour une dame de 25 ans , d’une constitution forte , avec jnédominauce des systèmes nerveux et lymphatique, sur laquelle on nous donna les renseignemens suivans : cette dame avait eu , dans son enfanc-e, une teigne muqueuse qu’on avait fait disparaître, à l’âge de 6 ou 7 ans; elle était aussi sujette à des accès convulsifs, épileptiformes, de peu de durée , qui se manifestaient à la suite de la plus petite contrariété.
Sa santé parut se rétablir, à l’âge de i4 aus , époque de la première éruption des règles : peu de temps après , il survint une inflammalion dans l'œil droit, suivie de la perte de cet organe ; ce qui nécessita l’usage d’un œil artificiel.
SUR LE SPASME
Cette dame se maria à i8 ans ; elle devint enceinte , et accoucha d’un enfant à terme. Durant la grossesse , les accès nerveux augmentèrent d’intensité: l’habitation de la campagne les suspendit pendant quelque temps ; mais ils reparurent ensuite : ces accès étaient accompagnés de perte de connaissance , de mouvemens convulsifs violons , et se prolongeaient des heures entières.
A a 1 ans , la malade fit une fausse-couche à la suite d’une chute ; il se manifesta des douleurs atroces vers la région épigastrique , entre les deux omoplates, des difficultés de respirer, quin’étaient calmées que par la saignée.
Elle redevint enceinte, eu 1824, et éprouva , au deuxième mois de sa grossesse , une grande frayeur, causée par la chute d’un cheval sous son cabriolet. Les accès redevinrent plus fréquens et plus longs. Le 11 janvier 1825, cette dame accoucha d’un enfant à terme , bien portant.
La veille , elle avait eu une violente contrariété, suivie d’un accès nerveux , qui se renouvela le lendemain. La fièvre de lait , et les lochies, eurent leur cours ordinaire. Le i4, il se manifesta des douleurs atroces à la fosse iliaque gauche et à la tête , vers la fontanelle antérieure et sur le côté gauche de la face : ces douleurs furent suivies d’une insensibilité dans ces parties , et de la paralysie de l’œil gauche.
L’application de quinze sangsues derrière l'oreille gauche parut rétablir la vue pendant quel-
4o4 CONSIDÉRATIONS
ques heures ; mais ce fut momentanément. Le lendemain la paralysie de cet œil était revenae. L’ouïe était affaiblie , la douleur de tête insupportable, la langue embarrassée; la malade'parut en danger : on prescrivit des saignées répétées du bras, des sinapismes aux cuisses, des vésicatoires à la nuque et aux jambes , \assa fœiida et le quinquina intérieurement et extérieurement. Le 2 1 janvier, la perte del’ouïe s’était opérée ; il y avait fréquence dans le pouls , perte de connaissance ; les déjections alvines et l’écoulement de l’urine étaient involontaires ; le toucher s’émoussait par degrés. La léthargie était complète ; le ventre très-météorisé [Fesicatoires aux jambes ^ application de la glace sur la tête).
Le 25 janvier, jour oü je fus appelé , la malade était toujours sans connaissance , sans agitation. La face était pâle , la respiration libre, un peu stertoreuse , la chaleur naturelle ; les pupilles étaient immobiles, les urines involontaires et claires.
On se demanda si la malade était dans un état d’épilepsie ou d’apoplexie ; ni les bras ni les jambes ne présentaient d’apparence de paralysie. JNous penchâmes pour la première maladie.
Nous continuâmes les excitans les plus actifs ; 1.°^ des moxas à la nuque; 2.“ des ventouses scarifiées sur l’épine du dos , le long de la colonne de l’épine, sur l’épigastre ; 5." des frictions sur tout le corps avec un liniment musqué ; 4-“ l’application d’un fer chaud aux pieds. L’on fit suspendre la glace, qui devenait inutile.
SUR LE SPASME
Ces moyens furent infructueux ; la malade succomba dans la nuit.
L’ouverture du corps fut faite 6o heures après par MM. Legras et Lalourcey. Les parois du crâne étaient d’une grande épaisseur; les enveloppes du cerveau, d’une épaisseur et d’une dureté dilFiciles à vaincre au moyen d’un scalpel très-acéré. Le cerveau, dans sa partie supérieure, avait une fermeté remarquable ; on distinguait à peine quelques traces de sang dans son tissu ; les plexus choroïdes étaient très-volumineux et remplis de granulations de la grosseur d’un grain de millet.
La base du cerveau , dans une grande partie <le son étendue , et les parois des ventricules , étaient dans un état de ramollissement pultacé , grisâtre , diffluent , sans rougeur au pourtour ; un des ventricules contenait quatre ou cinq onces de sérosité rougeâtre , légèrement trouble.
Le nerf optique du côté droit était entièrement atrophié , très-délié ; celui du côté gauche avait acquis le double de son volume.
Le cervelet paraissait contenir moins de sang que dans l’état ordinaire.
Les autres cavités ne purent être ouvertes : il est probable que les accès spasmodiques auxquels cette malade avait été sujette tenaient à ce ramollissement du cerveau , qui, d’après son étendue et l’état de dégénérescence daus lequel se trouvait la pulpe cérébrale , devait dater de bien des années.
CONSlJUEIUTlUiNS
Le spasme peut être déterminé par une cause fixée sur la partie qui en est le siège , ou par une transmission d’excitation d’une partie éloignée. Il est idiopathique dans le premier cas , sympathique dans le second.
Des causes nombreuses produisent le spasme idiopathique; i.° des vices de conformation. Je fus appelé , il y a environ douze ans , avec MM. Marc et Gondret, pour faire l’ouverture du corps d’un écuyer de MM. Franconi , sujet depuis son enfance à des accès violens d’épilepsie , à la suite desquels il avait succombé.
Nous trouvâmes le crâne plus épais, et dont la cavité était bien plus rétrécie que d’habitude. 11 partait de son sommet, le long de la faux delà dure-mère, des lames osseuses de trois pouces de longueur , et de quelques lignes de largeur ; ces lames étaient placées entre les deux hémisphères du cerveau , et paraissaient pénétrer dans la propre substance de cet organe : nous n’hésitâmes pas à leur attribuer , ainsi qu’au vice de conformation du crâne, les accès d’épilepsie auxquels l’écuyer avait été sujet.
Des lésions physiques, telles qu’une percussion , un coup violent à la tète , des hydatides dans le canal rachidien, sur le trajet d’un nerf, une impression morale agissant subitement sur le cerveau , des maladies éruptives , les divers vices spécifiques, peuvent agir directement sur une partie , et , ])ar une excitation , tant passagère que
SUR LE SPASME. /|0y
coiitiuuo , y donner lieu au développement d’un spasme idiopathique.
Le spasme sympathique provient de causes non moins nombreuses , telles que diverses alFections chroniques du cœur, de l’estomac, du conduit intestinal, la présence des vers dans ce conduit.
Je donnais des soins en 1812, à la fille d’un marchand épicier , âgée de cinq ans , qui depuis son enfance était atteinte d’accès d’épilepsie ; j’avais employé infructueusement divers moyens, lorsque les parens désirèrent , consulter M. Dubois. Après avoir pris connaissance de l’état de l’enfant , ce praticien jugea que la maladie tenait à un épanchement de liquide dans le cerveau ; qu’elle était incurable , et cjue tous les moyens pour la combattre seraient inutiles et dangereux.
On déféra à son avis ; tout traitement fut suspendu ; cependant les accès acquirent plus d’intensité et de fréquence : cette jeune personne devint dans un état alarmant et embarrassant, à raison de la grande surveillance qu’elle nécessitait. Ses parens me pressèrent de tenter de nouveaux moyens pour éloigner les accès , puisqu’on avait perdu l’espoir de les faire cesser.
Comme, chez les enfans, l’épilepsie est souvent occasionnée par les vers dans le conduit intestinal , j’insistai sur les moyens d’en obtenir l’expulsion , et notamment sur le calomel. La malade fut envoyée à la campagne ; elle y fil usage de ce médi-
4o8 CONSIDÉRATIONS
caillent, et rendit une grande quantité de vers lombricoïdes. Les accès cessèrent ; et depuis douze ans cette jeune personne ne s’est plus ressentie de sa maladie.
Les alFeetions propres de l’utérus sont aussi une des causes fréquentes du spasme cérébral sympathique.
Quelquefois la cause du spasme est mobile ; elle se porte successivement sur divers organes , et cesse d’affecter ceux dont elle avait été primitivement le siège.
Il serait bien important de reconnaître si le principe du spasme est fixé dans la partie qui en est le siège , ou s’il en est éloigné. Mais cette connaissance est souvent difficile à acquérir. Le spasme d’une seule partie est déterminé par des causes variées; et une seule de ces causes produit des spasmes dans différens organes. Ces mêmes causes , comme il a été dit pour d’autres affections ( i ), peuvent exister en grand nombre sans donner lieu à cette maladie.
J’ai trouvé en i8o4, avec Paroisse et Guillotin, dans le cerveau de Gautherot , célèbre par ses expériences galvaniques , une tumeur cancéreuse , du volume d’un œuf d’oie ; et cependant ce physicien n’avait éprouvé aucun accès spasmodique.
Dans les enfans on rencontre fréquemment après la mort , une grande quantité de vers dans le cou-
(i) Voy. Introduction , p. 28-
SUR LE SPASME
d lût intestinal , quoiqu’ils n’eussent produit auparavant aucun accident nerveux : ajoutons que les spasmes les plus violens ne laissent parfois aucune trace de leur existence.
On confond le spasme avec l’excitation , les convulsions , la tonicité irrégulière , l’irritation , la fièvre , l’inflammation ; il est cependant convenable d’en faire la distinction.
Le spasme et l’excitation ne diffèrent qu’en ce que cette dernière est un accroissement régulier d’action , et que le spasme est un accroissement désordonné de cette action : l’excitation a lieu dans l'état sain ; le spasme suppose un premier degré de maladie.
Il y a de plus, dans les convulsions, des contractions irrégulièreSjCt, dans la tonicité, des contractions à peine sensibles ; l’organe encéphalique et les nerfs ne sont guère susceptibles que de spasme ; les muscles le sont de spasme et de convulsions; la plupart des autres organes , à l’exception des parties dures , le sont de spasme et de tonicité irrégulière.
Le spasme diffère de l’irritation , en ce que cette dernière a principalement son siège dans le tissu fibro-vasculeux , et que celui du spasme est dans la pulpe cérébrale ou nerveuse. Dans l’irritation , il y a un changement , un commencement d’altération dans les propriétés vitales , et dans le tissu qui en est affecté; tandis que ces mêmes altérations n’ont pas lieu sensiblement dans le spasme.
CONSIDliltATIONS
Si l’on excite, avec le galvanisme, un point du cerveau ou de la moelle de l’épine , les muscles qui en reçoivent leur action entrent dans un état de spasme, de convulsion. Dès que l’excitation cesse, tout rentre dans l’ordre; et il ne s’est fait aucune altération dans l’organisation de ces parties.
Quand on exerce une percussion sur un muscle, ou qu’on y fait une excoriation, il reste dans un état d’irritation; la sensibilité s’exalte, la chaleur s’y développe, les liquides y abondent, et il peut même passer à l’état d’inflammation.
On est quelquefois embarrassé pour distinguer une fièvre de peu de durée, quoique intense, d’un accès spasmodique; ces maladies présentent souvent des frissons, de la chaleur, des sueurs, et d’autres symptômes communs : on y parvient cependant avec de l’attention.
Dans la fièvre, il y a un accroissement de chaleur, généralement égal dans tout le corps : le spasme est plutôt marqué par du froid ; et lorsqu’il y a de la chaleur, elle est inégale, accompagnée de refroidissemens partiels.
Il y a aussi des symptômes propres au spasme ; des cris , des pleurs , des crachemens , des sécrétions abondantes d’urine pâle : un seul de ces symptômes suffit pour décéler un spasme, et le distinguer d’un accès fébrile.
Les spasmes diffèrent aussi de ces accès dans leur essence. Outre que les premiers ont principalement leur siège,, comme il a été dit, dans
suit Lli Sl’AS.Mli.
la pulpe nerveuse ( la cérébrine ) , leur existence ne fait qu’accroître la sécrétion de l’influx nerveux, dont la transmission au cœur, aux vaisseaux sanguins , et aux autres parties est marquée par des palpitations , des battemens irréguliers , l’accroissement de la force des muscles durant leurs convulsions. Dans la fièvre, le principe d’irritation paraît plus spécialement fixé sur le cœur, et sur le système artériel, jusque dans la distribution de ce dernier dans le cerveau. Il y a ordinairement, pendant qu’elle existe, diminution dans la sécrétion de l’influx nerveux. On s’en aperçoit par l’affaiblissement des forces musculaires, qui , dans quelques circonstances , sont entièrement anéanties.
Le spasme diffère aussi de l’inflammation : à l’égard du premier , il n’existe aucun changement dans le tissu des organes ; il n’y a , comme il a été dit , qu’une excitation augmentée, qu’un désordre dans les fonctions. Une personne sensible , de la meilleure santé, apprend une nouvelle fâcheuse : il en résulte chez elle une impression forte, une excitation dans le cerveau , qui donne lieu aux convulsions et aux accidens nerveux les plus variés.
Cet état ne tarde pas à se passer; bientôt cette ])ersoDne continue à remplir ses fonctions , et à jouir de la même santé qu’auparavant. On a vu des malades succomber pendant cet accès de spasme; et cependant on ne trouvait aucune allé-