‹ Des maladies propres aux femmesChapitre 22 sur 58 · DU RHUMATISME · texte numérisé non relu

DU RHUMATISME

Quelques mois après , cette dame redevint enceinte; elle redouta pour cette grossesse les accidens qui avaient rendu l’autre si douloureuse; mais Pouteau la rassura : il lui dit que l’utérus ayant été fortement irrité, il serait possible qu’en acquérant du volume, cette partie éprouvât un mal-aise et des tiraillemens ; mais que ces incommodités ne seraient point occasionnées par le rhumatisme. Cette dame éprouva , en effet , quelques tiraillemens dans l’utérus , dans les derniers mois de la grossesse. Elle accoucha à terme , d’un enfant bien portant, et elle jouit ensuite d’une bonne santé (i ).

Le rhumatisme des organes propres aux femmes est souvent dû à un refroidissement, ou au transport , sur ces parties , d’un rhumatisme préalablement existant dans quelque auti’e organe.

Il se guérit ou on le déplace facilement à l’état aigu ; quand il est chronique , on éprouve beaucoup de difficultés pour le faire cesser.

On le combat à l’état aigu , par la saignée , l’application des sangsues , ou des ventouses scarifiées au voisinage des parties affectées ; l’usage des boissons adoucissantes propres à porter à la peau, telles que les infusions de bourrache, de violette, de tussilage , de coquelicot , etc. ; des bains de pieds synapisés, des bains de siège prolongés, préparés avec une décoction de jusquiame, ou d’autres plan-

'î) Poiiteaii , Œiun's poslh. , t.lil , p.

DES ORGANES , etc. 667

les narcotiques ; on retire souvent de bons effets de la poudre de Dower , à la dose de 1 2 grains , du rob de sureau à celle d’un gros, des extraits de jusquiaine à celle d’un à cinq grains, de semences fraiches de stramoine , à celle d’un demi-grain à deux grains ; des purgatifs, une ou deux fois par semaine ; des cataplasmes émolliens sur les seins , et sur les parties douloureuses ; des bains de vapeurs, d’abord émolliens, puis aromatiques.

Quand la maladie a passé à l’état chronique, on la combat par les mêmes moyens : la saignée et les évacuations sanguines , en mettant cependant un peu plus de réserve dans leur emploi , dès que les symptômes inflammatoires sont passés. On emploie les sudorifiques, et spécialement le gayac , les préparations ammoniacales , les dérivatifs ; principalement les vésicatoires volans aux environs des parties affectées : il faut en appliquer successivement 10, 12 , i5; les cautères, la pommade stibiée en frictions : les frictions mercurielles sont quelquefois utiles ; on insiste davantage sur les purgatifs.

On donne des bains de vapeurs , des bains sulfureux, de Plombières et autres.

On éprouve de bons effets de l’addition, dansces bains, du sous-acétate de plomb liquide, à la dose de deux gros à demi-once.

On peut employer avec grand avantage l’application du sudatoriwn proposé par le docteur Danvers ( I ) .

(1) I.c Sudatorium csl un a[)paicil destiné à provoquer la

Les demi-lavemens , dans lesquels on ajoute graduellement les préparations d’opium , et spécialement le laudanum de Rousseau , à des doses très-fortes , peuvent être très-utiles.

De la fixation de la Goutte sur les organes propres

aux femmes.

Lorsque la goutte se fixe sur ces organes , elle y produit des irritations , des inflammations aiguës ou chroniques , des concrétions crétacées, et diverses altérations organiques.

Les irritations sont passagères ou fixes : elles se manifestent par des douleurs dans les parties qui en sont le siège , vives ou sourdes, de peu de durée ou extrêmement tenaces , et dont on ne reconnaît la nature qu’à raison de leur coïncidence avec une disposition goutteuse, ou avec des symptômes de la goutte préexistante.

Les inflammations se rapprochent , par leurs caractères , de celles qui proviennent d’une cause externe , de manière que les malades croient avoir reçu un coup à la partie sur laquelle elles se développent.

Elles en diffèrent cependant d’une manière marquée. Dans les inflammations provenant de la goutte, les parties affectées deviennent extrême-

sueur au moyen du calorique ; Il est d’une application trèsfacile au lit du malade.

SUR LES ÜUC.ANES, ctc. 560

ment sensibles ; à peine peut-on quelquefois les recouvrir du linge le plus fin ; les douleurs sont aiguës , déchirantes. Ces inflammations occasionnent un sentiment de brûlure bien plus vif que dans les autres maladies inflammatoires; la chaleur est plus vive , le gonflement a plus de tension ; la rougeur est plus intense lorsqu’elle est apparente.

Si la membrane muqueuse de l’utcrus ou du vagin est affectée d’inflammation goutteuse , les matières excrétées ont des caractères qui leur sont propres ; elles sont plus épaisses , ont un caractère gélatineux , et ressemblent souvent à de la craie , en se désséchant. Cette inflammation a aussi une marche différente de celle des autres ; elle se propage moins de proche en proche , elle est plus sujette à se déplacer , elle a une durée moins dér terminée , elle se termine plus souvent par résolution : l’urine est ordinairement claire, fort acide , au commencement de l’accès ; et elle devient , à la fin de l’accès , trouble , épaisse , très-acide , dépose parfois une matière muqueuse , très-visqueuse, crétacée.

H est rare que la goutte se manifeste primitivement dans les organes propres aux femmes , et les affecte exclusivement; elle n’y survient, pour 1 ordinaire , qu’après avoir été fixée sur les extrémités inférieures , lorsqu’en se déplaçant elle se porte sur les organes internes.

Les caractères spéciaux de cette maladie ne

sont pas assez tranchés pour la faire toujours distinguer d’avec les autres , sans le secours des circonstances qni l’ont précédée ou qui la suivent.

N’alFectant guère les organes génito-inammaires que lorsqu’elle a une marche irrégulière, et qu'elle est rétrocédée , elle est ordinairement grave.

Il n’existe pas de moyens directs pour détruire la goutte ; on se borne à combattre les accidens qu’elle détermine, à procurer son déplacement en la dirigeant sur des organes où sa présence est moins fatigante: on facilite son expulsion de l’économie, et l’on empêche autant que possible ses retours.

On calme les irritations locales et les inflammations que la goutte occasionne par les moyens usités contre les inflammations.

Lorsque les malades sont d'une constitution forte , que les douleurs et les symptômes inflammatoires sont intenses , que le pouls est fréquent, développé , on a recours à la saignée. L’application des sangsues localement est préférable , lorsque la malade est d’une constitution faible, et que les symptômes inflammatoires sont peu intenses. Cette application de sangsues , au nombre de 4o ou 5o, aux environs des parties affectées , calme très-promptement les douleurs , et les fait passer quelquefois presqu’à l’instant : mais il faut cependant mettre beaucoup de réserve à cet égard ; les accidens reparaissent souvent le lendemain avec plus d’intensité ; l’inflammation cesse momentanément. et re])araît sur d’antres organes souvent

SUR LES ORGANES , CtC.

plus essentiels , tels que le cerveau ; elle donne lieu aux accidens les plus fâcheux , et compromet l’existence des malades.

Il est bon d’appliquer sur la partie qui est le siège de l’inflammation goutteuse , des cataplasmes émolliens; d’y faire des onctions adoucissantes et calmantes.

Les malades se trouvent mieux parfois de l’application d’un paquet de chanvre écru , d’une carde de coton ; il convient , s’il y a possibilité , de recouvrir le tout avec du taffetas gommé. Les bains tièdes généraux , les bains de siège ne peuvent être qu’avantageux. On insiste sur les boissons adoucissantes , tant que l’estomac peut les supporter , sur les demi-lavemens , émolliens et caïmans.

Il faut aussi rappeler la goutte aux articulations qui en ont été primitivement affectées, ou l’y retenir, lorsqu’elle y est déjà, par des topiques appropriés.

On administre des bains de jambes , d’eau tiède , tenant en suspension une livre de farine de moutarde pulvérisée , que l’on fait suivre d’un large synapisme appliqué tant sur les genoux que sur les pieds.

On peut employer aussi l’acide muriatique, à la dose de 4 onces pour environ quatre pintes d’eau, ou tout autre topique attractif.

Les purgatifs doux sont utiles ; il faut les faire suivre, ou précéder de légers narcotiques , de peur fiu’ils n’excitcnl des alfertions spasmodiques dans

les intestins : on doit cependant user modérément de ces médicainens ; ils pourraient déterminer la goutte à se porter au cerveau.

Du moment où les symptômes inflammatoires sont diminués, on fait usage des diurétiques doux, tels que les infusions de turquette , de raisin d’ours. Les eaux minérales sulfureuses, les préparations ferrugineuses : les baumes naturels, les préparations ammoniacales , sontaussi très-bien indiqués. Ces moyens tendent à éliminer le principe goutteux , en favorisant les divers émonctoires ; il est bon de les combiner avec les mucilagineux , pour que leur action ne soit pas trop ùchauffante.

Quand l’inflammation goutteuse a passé à l’état chronique, l’on insiste sur les diurétiques toniques. Les mieux appropriés suivant Barthez, sont la téréhenthine , les baumes naturels du Pérou , de Tolu et autres, la gomme de gayac, l’extrait de baies de genièvre , les diurétiques balsamiques , le millcTpertuis , la verge dorée.

Quand l’inflammation goutteuse est terminée , on tâche d’en prévenir les retours : nous n’avons pas pour cet objet de moyens bien efficaces ; il en est cependant quelques-uns qui semblent quelquefois éloigner ses retours.

Ce sont ceux qui tendent à éliminer le principe de la goutte , et à la porter au-dehors , tels que les eaux minérales sulfureuses et alcalines , les préparations ammoniacales, les quatre bois sudorifiques, les diurétiques chauds, les vétemens chauds,

SUR LES our.ANEs, etc. 570

les légers purgatifs , les bains tièdes ; l’application d’un vésicatoire, d’un cautère sur les membres inférieurs , est souvent utile.

11 faut surtout insister sur un régime doux et sobre, sur l’abstinence du café et des liqueurs spiritueuses ; il est bon de se recouvrir de laine, et de faire un exercice modéré.

Du Scorbut.

Les organes propres au sexe peuvent participer au scorbut , lorsqu’il est général; mais il est rare qu’ils en soient affectés spécialement.

Les personnes atteintes de cette maladie, sont sujettes aux flueurs blanches ; elles éprouvent des dérangemens dans la menstruation; leurs grossesses sont plus pénibles ; elles sont plus sujettes aux hémorrhagies pendant l’accouchement ; leurs lochies sont ordinairement peu abondantes , d’une mauvaise nature ; la sécrétion du lait durant l’allaitement est troublée ; les qualités de ce liquide sont altérées.

On voit cependant des personnes chez lesquelles cette maladie existe à un très-haut degré , et qui n’éprouvent ni dérangement dans les fonctions des organes génito-mammaires , ni flueurs blanches, ni d’autres symptômes annonçant que ces organes participent sensiblement à cette affection.

Le scorbut ne présente dans ces organes aucun symptôme particulier propre aie faire distinguer;

Page 1