DANS LE CONDUIT VÜLVO-UTÉRIN
minent , dans ce cas : il est parfois l’efFet d’une dégénérescence de l’affection syphilitique , dont on éprouve beaucoup de difficultés pour le distinguer. On n’y parvient souvent que par les résultats des traitemens : beaucoup d’affections qu’on aurait jugées cancéreuses, d’après leur apparence extérieure , cèdent aux traitemens mercuriels ; ce qui annonce qu’elles étaient syphilitiques.
Le cancer primitif du vagin est un peu moins dangereux que celui de l’utérus; les guérisons en sont plus fréquentes ; quand il n’est que secondaire , il présente les mêmes chances que celui de l’organe primitivement affecté.
Les bases du traitement de ce cancer sont les mêmes que pour celui de l’utérus.
• Dans l’incertitude où l’on est sur la nature de la maladie , il est rare qu’on ne doive pas commencer ce traitement par les mercuriaux.
Si les accidens s’exaspèrent , on essaie les préparations de plomb en injections , en bains , à l’intérieur : lorsque ces moyens augmentent les accidens , on s’en tient aux caïmans tant généraux que locaux.
S’il était possible d’extirper toutes les parties affectées avec un caustique , tel que la pâte arsénicale, ce serait le meilleur moyen à employer.
J’ai eu l’occasion de voir quelques malades guéries par ce moyen ; mais quand il se développe des végétations fongueuses , iLest rare d’être con-
DU CAINCER
sulté à temps pour être à portée de les réprimer ; ou l’on se comporte, comme il a été dit, pour celles de l’utérus.
Du Cancer des mamelles.
Cette maladie se manifeste habituellement dans ces organes par une tumeur dans l’épaisseur de la mamelle, du volume d’une olive, arrondie, dure , mobile , indolente , sans augmentation de chaleur, sans changement de couleur à la peau , quelquefois stationnaire, et qui n’occasionne aucune incommodité pendant plusieurs années.
Cette tumeur prend de l’accroissement à la longue; il s’en forme une deuxième et une troisième qui envahissent peu-à-peii la glande mammaire et tout le corps de la mamelle : quelquefois il s’en développe sous l’aisselle du même côté.
Ces tumeurs deviennent volumineuses, inégales à leur surface , immobiles , et adhèrent fortement aux parois de la poitrine. Bientôt elles se ramollissent dans quelques-uns do leurs points; elles sont sensibles sous l'impression des doigts, font éprouver un sentiment de chaleur brûlante , des douleurs d’abord rares, puis fréquentes, lancinantes , gravatives , térébrantes ; la peau se fronce , se couvre d’aspérités , prend une teinte rouge livide , et s’amincit aux parties les plus élevées de la tumeur; les veines voisines sont va-
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riqueuses ; la malade est agitée , perd le sommeil , et son état devient déjdorable.
Enfin , lorsqu’on ne remédie pas à cette maladie, les tumeurs s’ulcèrent; les bords de l’ulcère sont gonflés , inégaux , renversés , durs , fongueux , rougeâtres ; il en découle une humeur sanieuse , fétide ; les douleurs deviennent de jour en jour plus aiguës ; il se fait par la partie ulcérée des hémorrbagies souvent effrayantes.
Le cancer se propage insensiblement aux parties voisines : les malades tombent dans le marasme ou deviennent hydropiques, et finissent par succomber.
Les parties qui ont été le siège de la maladie présentent les dispositions que nous avons indiquées ; elles sont tuberculeuses et rouges, lorsqu’on les examine dans le principe de la maladie, rouges et parsemées de points blancs dès que la maladie a fait plus de progrès, et entièrement blanches, d’une consistance lardacée , recouvertes d’un couche putride , quand elles sont dans le dernier degré de dégénérescence.
La maladie n’a pas toujours une marche aussi lente, surtout chez les personnes qui font sur le sein des applications imprudentes. La grossesse m’a paru aussi accélérer ses progrès.
Cette maladie arrive rarement aux jeunes personnes : le plus souvent ce n’est que vers l’âge de 36 à 4o ans qu’elle se manifeste.
Les blessures , les contusions , la compression
DU CANCER
des mamelles , l’abus des alimens trop salés , trop épicés , les liqueurs spiritueuses , une disposition héréditaire , en sont les causes déterminantes ordinaires ; parfois il n’y en a aucune d’appréciable.
On obtient le plus souvent la guérison des tumeurs récentes, petites, peu douloureuses : lorsqu’elles sont anciennes , qu’elles occasionnent des douleurs aiguës , et qu’elles coïncident avec le temps critique , il est à craindre de ne pas y parvenir ; et leur guérison devient impossible par les moyens médicinaux : il faut se hâter de faire l’extirpation des parties cancérées ; autrement on s’exposerait à ne pas les emporter toutes , et à voir la maladie se reproduire après l’opération.
Il n’est pas facile de déterminer les cas où l’opération est indispensable de ceux où elle ne l’est pas ; chaque jour les praticiens les plus estimés donnent à ce sujet des avis entièrement différens. Il m’est arrivé souvent de guérir des tumeurs jugées incurables , lorsque les malades n’avaient pu se décider à l’opération , ou que diverses circonstances s’opposaient à ce qu’elle fût faite.
Il vaut mieux cependant avoir opéré, lorsqu’on eût pu s’en dispenser , que d’avoir laissé faire trop de progrès à la maladie , et de s’étre exposé à rendre fart infructueux.
On doit, dans le traitement de ce cancer, se diriger d’après les mêmes principes que pour celui de rutérus ; combattre l’inllammation , diminuer la sensibilité nerveuse, rendre localement du res-
DES MAMELLES
sort au système des vaisseaux lymphatiques , déplacer et détruire , s’il y a possibilité , le principe maladif ; remédier aux accidens secondaires de l’affection : telles sont les indications qui paraissent devoir être remplies. La ciguë, pour cet objet, tient aussi le premier rang ; il faut la donner à l’intérieur , en boisson ^ et en application sous forme d’emplâtre.
Les saignées , tant générales que locales , sont indiquées , pourvu que la malade ne soit pas trop épuisée.
Il est bon de donner des purgatifs fréquens comme moyen de dérivation. J’ai vu des engorgemens cancéreux céder, contre toute attente, au purgatif drastique de Leroy ; l’application d’un cautère , d’un vésicatoire , peut aussi être convenable.
Les frictions mercurielles sont aussi parfois utiles ; elles donnent du ton aux vaisseaux lymphatiques.
Le régime doit être doux, et tiré autant que possible de la nourriture végétale.
On prescrit beaucoup de bains tièdes, l’application d’un emplâtre de ciguë , ou de belladone , sans addition de gomme ammoniaque , comme l’indique le codex , sur le sein malade : cet emplâtre y occasionne quelquefois des démangeaisons , des rougeurs , un érysipèle, qui obligent d’en suspendre l’usage ; on peut le remplacer par des compresses trempées dans une dissolution de deux
DU CANCER
gros à une once de sous-acétate de plomb liquide pour une livre d’eau : j’ai opéré, par l’emploi presque seul de ce dernier moyen, la résolution d’engorgemens très-anciens , et pour lesquels l’opération avait été jugCe indispensable.
On tient les seins dans une température douce et égale, en portant pardessus une peau de lièvre, de lapin , ou de cygne.
Ce traitement doit être suivi plusieurs mois ; il ne faut pas cependant trop le prolonger ; lorsqu’il est infructueux il faut se hâter de faire l’extirpation des parties alïectées. Par trop de présomption dans les ressources de l’art , ou par une trop grande hésitation de la part des malades, on s’exposerait à perdre un temps précieux, et à leur faire perdre le fruit de l’opération, à raison de la reproduction de la maladie.
Je fus consulté, le 22 juin 1822, pour une dame âgée de 'Sq ans, d’une constitution assez forte , avec prédominance du système nerveux.
Mariée à 16 ans, elle devint bientôt enceinte, et mit au monde un enfant, qu’elle allaita. Au bout de six mois , elle le sévra : son lait était abondant ; il se passa facilement du sein gauche : le droit se tuméfiait beaucoup , et l’on eut de la peine à en obtenir le dégorgement.
Cette dame eut ensuite plusieurs enfiins ; elle perdit son mari , eut beaucoup de chagrins ; elle éprouva une extinction de voix , et fut longtemps regardée comme phthisique.
DES MAMELLES
Elle se rétablit cependant, se remaria en iSi/î, eut un nouvel enfant; et ses règles, qui étaient peu abondantes , le devinrent davantage.
En 1819, elle reçut un coup violent sur le sein droit, pour lequel elle ne prit aucune précaution.
11 se manifesta dans ce sein, en 1820, une tumeur arrondie , du volume d’un petit pois , laquelle s’accrut bientôt de manière à avoir le volume d’une noix.
En 1821 , il s’y manifesta des douleurs légères, semblables à de petites piqûres, de peu de durée, ])uis des pincemens plus forts et plus longs , puis une cuisson et un sentiment de déchirure.
Cette dame consulta M. Dupuytren , qui lui conseilla l’opération ; et comme elle ne pouvait s’y résoudre , U lui prescrivit le trailement suivant : » Porter constamment sur les glandes du sein un «large et épais emplâtre de Vîgo cum mercurio ^ » qu’on lèvera matin et soir , et qu’on renouvellera «tous les trois ou quatre jours : faire tous les soirs «une friction sur la tumeur, pendant un quart «d’heure, avec dix-huit grains d’onguent napoli- .) tain double ;
» Se baigner tous les jours dans une infusion » d’espèces émollientes, à 28 degrés, pendant un B quart d heure ;
«boire tous les jours, depuis une chopine jus- » qu’à une pinte d’eau de poulet : prendre, tous » les trois ou quatre jours , deux verres d’eau de
DU CANCER
» Sedlitz : suspendre , ce jour-là , les bains de même que durant les règles. »
Ce traitement fut suivi un mois , et cette dame en éprouva de bons effets ; la tumeur diminua d’un tiers de son volume; les douleurs devinrent moins intenses , et se faisaient à peine sentir pendant que l’emplâtre était sur le sein.
Cette dame ayant été obligée de s’absenter pour affaires , et de suspendre son traitement , la tumeur reprit sou volume, et les douleurs redevinrent plus fortes qu’auparavant.
Elle suivit, pendant six mois , les conseils d’un homme de l’art , qui lui fit espérer sa guérison de l’usage d’un remède dont il lui tut le nom.
La maladie ne faisait qu’augmenter, et les douleurs étaient devenues insupportables ; la malade quitta la campagne où elle se trouvait , pour venir me consulter.
Le sein droit présentait , à la partie supérieure de la glande mammaire, une tumeur dure, du volume d’une noix , irrégulière, bosselée à sa surface, adhérente à la peau. La partie inférieure de la glande , y compris le mamelon , paraissait ''saine ; la peau qui recouvrait la tumeur était amincie , d’un rouge vif dans l’étendue d’une pièce de cinq francs , et adhérait fortement avec elle. Le creux de l’aisselle présentait trois petites tumeurs globuleuses , du volume d’un pois , semblables à des granulations , qui occasionnaient de légères douleurs ; on sentait aussi de petites
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granulations à la partie inférieure de la mamelle.
Cette dame éprouvait , dans le sein malade , des douleurs comme des élancemens. Elle ne pouvait se coucher sur ce côté et ne se trouvait bien que sur le dos.
Ses règles étaient régulières, abondantes; cependant elles avaient une grande tendance à se déranger , lorsqu’elle éprouvait des contrariétés : sa santé, d’ailleurs , était assez bonne; les autres fonctions s’exécutaient bien.
L’ancienneté et l’intensité de la maladie ne me firent pas hésiter à proposer l’opération. Je me trouvai avec M. Dupuytren pour conférer avec lui si elle était encore praticable. Quoique nous regrettassions que la malade ne s’y fût pas décidée plus tôt, comme c’était la seule conduite qui pût donner quelques chances de succès, nous fûmes tous les deux d’avis d’y avoir recours , et la malade accéda à nos avis.
Nous l’y disposâmes en lui faisant prendre des bains tièdes , des boissons adoucissantes , des lavemens émolliens , en faisant pratiquer deux saignées du bras, à deux jours d’intervalle l’un de l’autre , et en donnant quatre verres d’eau de Sedlitz pour vider le conduit intestinal.
Le sang retiré de la veine était noir et épais ; il contenait une assez grande quantité de sérum, et ne présentait aucune trace de couenne inflammatoire.
Ce traitement préparatoire procura beaucoup
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de soulagement; l’opération fut pratiquée le 5o juin,
M. Dupuytren fit une incision elliptique , en commençant par le creux de l’aisselle , et il opéra la résection de la mamelle entière et des glandes de l’aisselle engorgée ; on fit la ligature des vaisseaux ouverts , et l’on pansa la plaie avec des bandelettes agglutinatives , pour en rapprocher les bords, et avec de la charpie sèche.
Nous examinâmes les parties extirpées, immédiatement après l’opération.
La peau qui recouvrait la tumeur , avait cessé d’être rouge , et avait repris sa couleur blanche extérieurement : elle était amincie , d’un blanc plombé , très-adhérente aux parties voisines.
La tumeur était ovoïde et applatie ; elle avait deux pouces de longueur, un pouce et demi de largeur , et neuf lignes d’épaisseur. Elle était d’une couleur d’un gris-blanc : fendue dans son, plus grand diamètre, sa couleur extérieure était d’un blanc -jaunâtre, homogène dans toute son étendue, d’une apparence lardacée. ®
II en découlait, par la pression, une matière puriforme, blanchâtre, sans odeur.
Une grande portion de la glande mammaire paraissait dans l’état sain, elle était d’un gris-rougeâtre , d’une consistance molle.
Les tumeurs de l’aisselle présentaient à elles seules les divers degrés des dégénérescences de l’affection cancéreuse ; les unes étaient intérieu-
des mamelles.
rcment rouges, et de consistance plus ferme que dans l’état naturel.
D’autres étaient en partie rouges, et en partie blanches ; dans d’autres enfin , le tissu en totalité était blanc et lardacé.
Dans le tissu cellulaire sous-cutané près de la mamelle, on trouvait de petites tumeurs totalement lardacées.
La malade , après l’opération , fut entièrement débarrassée de ses douleurs. Elle était sans fièvre ; la cicatrisation de la plaie se fit d’abord avec rapidité.
Vingt jours après , il parut sur divers points de la poitrine , des engorgemens accompagnés de douleurs vives : les accidens cédèrent d’abord à la saignée, aux bains, aux applications de sangsues réitérées ; mais ils reparurent ensuite avec plus d’intensité.
La plaie, loin de se cicatriser , s’étendit; il survint une toux excessivement forte , suivie de l’expectoration d’une matière blanche écumeuse ; ce qui annonçait que le principe maladif se portait sur les organes pulmonaires.
11 n’était pas possible de faire une nouvelle opération, les douleurs étaient extrêmement vives ; la plaie du sein forma bientôt un ulcère cancéreux d’où découlait une matière sanieuse fétide; et la malade termina une existence malheureuse , qu’elle aurait probablement prolongée si elle n’avait pas mis tant de retard à son opération.
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Il est rare, en effet, malgré ce qu’on en a écrit, que celte opération, pratiquée à temps, ne soit pas suivie de succès : je connais un grand nombre de personnes qui s’y sont soumises depuis bien des années, et qui ont été débarrassées de leur maladie sans retour.
Quelquefois la plaie, qui avait d’abord une tendance à se cicatriser , cesse de le faire ; elle se recouvre de bourgeons charnus , de chairs fongueuses ; il se fait des engorgemens dans les parties voisines.
On combat ces développemens , au moyen d’une saignée du bras, de l’application de sangsues autour des parties affectées ; on réprime les chairs fongueuses si elles ont peu d’étendue, avec la pâte arsenicale , pour que cette répression soit entière et prompte.
Lorsqu’elles ont beaucoup d’étendue , l’application de cette pâte est dangereuse ; deux fois elle a été suivie sous mes yeux d’empoisonnement, quoiqu’elle eût été faite par les hommes de l’art le plus exercés.
On n’est quelquefois appelé auprès des personnes affectées de cancer que lorsqu’il n’y a plus possibilité d’opération , ou que celle-ci ayant été faite , la maladie s’est reproduite de manière à ne pouvoir être extirpée. On est alors réduit à remédier aux accidens de la maladie , lesquels sont àpeu-près les mêmes que ceux du cancer de l’utérus , dans son dernier degré ; et l’on y oppose les mêmes moyens.
des mamelles.
On applique, sur le sein malade, du cérat fortement opiacé, du suc épais de ciguë, ou d’autres substances calmantes, en les variant, et en choisissant celles qui produisent le mieux cet effet.
On a proposé , depuis quelque temps , la compression pour opérer la guérison de la maladie , quel que fût son degré.
Cette opération consiste à exercer, sur les parties affectées , une compression méthodique , graduée, et long-temps soutenue au moyen d’un bandage roulé et de compresses trempées dans une liqueur sédative , comme une dissolution légère d’hydrocyanate de plomb , ou de sous-acétate de plomb liquide.
Il n’est pas toujours facile de déterminer les circonstances où une telle opération peut être employée. Lorsque les tumeurs sont petites, on a à craindre de porter une irritation dans les parties voisines et de les enflammer. Si elles sont volumineuses , on craint de perdre un temps précieux en retardant leur extirpation. Dès que leur accroissement ou leur ancienneté ne permettent plus d’avoir recours à ce dernier moyen , il est à craindre que la compression ne soit insuffisante.
Cette opération convient en général, lorsqu’on peut l’exercer sur des parties endurcies , isolées , et sans qu’elle ait beaucoup d’action sur les parties non affectées.
J’ai vu des personnes qui en ont retiré un avantage marqué , tandis que chez d’autres elle a été insuffisante.
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