DES LÉSIONS DES FONCTIONS DES ORGANES PROPRES AUX FEMMES
Ces lésions sont nombreuses, et deviennent l’indice et même la source de la plupart des incomcoinmodités des femmes.
La menstruation peut mancpier entièrement , s’établir avec peine, être en trop petite quantité, se supprimer, et se trouver remplacée par d’autres évacuations. Ces dérangemcns ont été compris sous la dénomination d’amenorrhéc : d’autres fois, la menstruation est prématurée, trop abondante., et a lieu chez les femmes enceintes et chez les nourrices ; on désigne alors ses altérations sous le nom de ménorrhagie ou de ménorrhée. Enfin , la cessation de cette fonction est accompagnée d’accidens particuliers à cette époque.
Les lésions relatives à la grossesse ne sont pas moins remarquables, ta femme peut être privée de la faculté de concevoir , ou n’éprouver qu’une fausse conception (i). La grossesse peut être extrautérine, avoir lieu chez les nourrices ; elle peut être accompagnée de divers accidcns, troublée par les maladies qui surviennent pendant sa durée , et produire elle-même des changeniens remarquables dans ces maladies. L’enfant est exposé dans le sein de sa mère , à des accidens qui peuvent le faire périr.
L’accouchement est fréquemment prématuré ;
(i) Voy. des Corps étrangers , etc. , [).
DES ORGANES , OtC. 64 1
c’est ce qui constitue l’avortement. 11 peut être précipité, ralenti dans la marche, éprouver des obstacles à sa terminaison, et se compliquer, ainsi que la délivrance , de divers aceidens.
Les lochies peuvent manquer , être en trop petite quantité , ou se supprimer ; d’autres fois elles sont abondantes , ou se prolongent indéfiniment ; elles offrent des variations dans leur nature et dans le mode de leur expulsion , ce qui donne lieu aux tranchées utérines,
Il peut survenir des dérangemens dans la sécrétion , l’excrétion et la résorption du lait.
Cette sécrétion peut manquer , être en trop petite quantité , être supprimée ou prématurée , trop abondante , trop prolongée ; l’excrétion peut être empêchée ou involontaire; la résorption, difficile , interrompue ou trop prompte.
Le lait éprouve des altérations dans ses caractères , ses qualités nutritives : enfin , les dérangemens dans la lactation, demêmeqqe dans le temps des couches , peuvent devenir la source do plusieursmaladies, et produire des modifications dans celles qui surviennent pendant leur durée.
Les lésions des fonctions des organes génitomammaires ne sont pas des affections primitives ; elles ne sont que le résultat d’affections souvent multiples et indéterminées de leurs tissus , ou même des tissus d’autres organes éloignés (i). Ces lésions sont ordinairement rebelles ; cepen-
(i) Voy. hilroduclion , p, ay.
DK l’amÉNORRHKE.
(lant elles cessent avec les circonstances qui les ont produites. Dans le traitement, il faut principalement s’attacher à reconnaître et à détruire les maladies primitives qui ont déterminé ces lésions. C’est le seul moyen d’obtenir du succès.
De L' Aménorrhée.
Il est un petit nombre de femmes , chez lesquelles il ne se manifeste aucune apparence déréglés et qui en sont privées toute leur vie. II n’existe pour l’ordinaire aucun caractère extérieur propre à faire connaître ce défaut de menstruation ; cependant , les seins sont peu développés , les femmes peu portées aux plaisirs des sens , l’acte de la génération s’exécute parfois avec difficulté. L’utérus n’absorbe pas le fluide qui lui est transmis, et il n’y a pas de fécondation ; quelquefois la santé n’éprouve aucun trouble de ce défaut de règles ; d’autres fois il survient des congestions sanguines à la tête , des spasmes et d’autres accidens.
Lors même que les règles s’établissent régulièrement , leur éruption est ordinairement précédée , pendant quelques mois , de douleurs lancinantes dans les régions lombaires et le basventre, de coliques utérines, de lassitudes dans les jambes , de difficultés pour marcher, qui annoncent un travail dans le voisinage de l’organe utérin ; de douleurs de tête générales ou partielles , d’étourdissemens, d’éblouissemens,d’étouffemens>
DE l’amÉNOHRIIÉE.
d-e nausées, devoinissemens, et d’autres symptômes d’une irritation sympathique ; d’une pléthore à la tête, ou dans quelque autre partie , d’hémorrhagies par le nez , par la bouche , par les vaisseaux hémorrhoïdaux ; d'inflammations aiguës ou chroniques , telles que des esquinancies , des ophthalmies, des éruptions cutanées derrière les oreilles , et surtout à la figure ; il survient encore des spasmes, des excitations sympathiques dans les sys-^ tèmes cérébral et nerveux , marquées par de l’agitation , des insomnies ; un trouble dans les fonctions intellectuelles, ou dans celles des organes des sens , des mouvemens convulsifs , des névralgies ou autres accideiis analogues.
La première éruption des régies est parfois accompagnée d’un état d’anémie , ou de diminution dans la proportion du sang des vaisseaux sanguins , d’un plus grand développement de celui des lymphatiques ; d’un état de ramollissement, de débilitation du système fibrillaire ; d’un collapsus , d’une diminution d’action des systèmes cérébral et nerveux, de paralysies dépendantes d’une lésion de ces systèmes ; de la décoloration de la peau et d’une chlorose secondaire.
Une fois établies , les règles sont sujettes à diminuer de quantité , à devenir irrégulières, à éprouver des retards , au moment de leur retour après l’accouchement ou le sévrage ; quelquefois elles finissent par se supprimer.
On juge que les règles pèchent par défaut ,
M l’aménorrhée.
lorsque la femme a été dans l’habitude de rendre, durant cinq à six jours , une quantité de sang suflTisante pour imbiber plusieurs linges , et qu’ensuite la durée de la menstruation a un terme moins long , comme de deux ou de trois jours , et que les linges sont à peine imprégnés : les personnes dans ce cas éprouvent des accidens d’une congestion générale ou partielle à la tête ou dans quelque autre partie, des symptômes nerveux variés, et la plupart des accidens que nous avons mentionnés plus haut; leur sang est souvent épais, noirâtre , d’une odeur désagréable ; l’écoulement menstruel accompagné d’un flux séreux périodique, qui revient avant ou après les règles, et semble les suppléer.
Ces dernières se suppriment graduellement, ou d’une manière subite. Quelquefois elles reparaissent peu de jours après leur suppression , ou à leur époque ordinaire, sans qu’iCen résulte aucun inconvénent. be plus souvent il survient des accidens bien plus nombnaix que dans les cas pix*cédens : ce sont ceux d’une congestion , d’une excitation cérébrale ; les phénomènes nerveux les plus variés. Les fondions de l’estomac se troublent sympathiquement. La digestion s’altère , l’appétit se perd; la malade no peut prendre aucun aliment, même les boissons les plus douces, sans éprouver des nausées , des vomissemens. I^es seins grossissent, le ventre se tend, acquiert du volume; on y seul <livers mouvemens , souvent embarrassans
DE l’aménorrhée.
pour periuellrc tic dislinguer si la suppression est l’eflfct (l’une maladie , op d’un <jtat de grossesse.
La suppression donne aussi lieu à des maladies graves , et augmente de beaucoup l’intensité de celles qui sont préexistantes.
Je fus appelé , en 1 808 , pour une dame d’une constitution forte dont les règles avaient été supprimées le premier jour de leur écoulement , à la suite d’une violente contrariété. 11 en était résulté une congestion cérébrale marquée. La figure était rouge, animée, la tête douloureuse, la respiration pénible. La malade étoulFait , et se trouvait hors d’état d’exécuter le moindre mouvement. Les bras étaient raides , tendus et gonflés comme dans un rhumatisme aigu ; la peau était brûlante, le pouls petit , fréquent et irrégulier.
Ayant jugé que la suppression des règles contribuait beaucoup à aggraver l’état de la malade, je cherchai à siipph'îer leur écoulement par une évacuation sanguine , à calmer l’irritation cérébrale, et à opérer une révulsion utile vers l’utérus. Je prescrivis l’application de huit sangsues aux parties sexuelles , des bains de pieds sinapisés , et des boissons inucilagineuses et calmantes.
Ces moyens réussirent au-delà de mes espérances. Immédiat(unent après l’application des sangsues, malgré leur petit nombre , la tête se trouva débarrassée, les membres revinrent , pour ainsi dire, dans leur étal naturel; et dès le se ond jour,
o.'ji) DE EAMENOniUIEE.
la malade put reprendre ses fonctions habituelles. Je l’engagai à suivre un régime propre à donner de l’activité à ses menstrues qui n’étaient pas habituellement assez abondantes ; et elle n’a éprouvé depuis aucun accident de ce genre.
Quelquefois les règles sont suppléées par des écoulemens utérins de matière muqueuse, continus ou même périodiques.
J'ai donné des soins, en 1822 , à une demoiselle de 24 ans, d’une constitution forte, qui n’avait jamais eu ses règles. Elles étaient remplacées tous les mois par l’excrétion d’une certaine quantité de matières muqueuses blanches , opaques , de quatre ou cinq jours de durée, laquelle n’était accompagnée d’aucune incommodité, et paraissait très-bien suppléer les règles.
Celles-ci sont aussi remplacées souvent par des évacuations sanguines , de même continues ou périodiques, dans quelque autre organe, et connues sous le nom impropre de déviations.
Ainsi , on les a vues remplacées par des écoulemens de sang au front, au grand angle de l’œil, aux extrémités des doigts. J’ai soigné une dame chez laquelle il se faisait , à chaque époque de la menstruation , un écoulement de sang à la partie interne du gros orteil du pied gauche. Cet écoulement avait lieu par une sorte d’exsudation ; une forte compression sur l’orteil ne pouvait l’arrêter. Les règles par la voie naturelle étaient peu abondantes. Ce dérangement dans la
DE l’amÉNOIUIUÉE. 6l\']
menstruation n’einpécha pas la malade de devenir enceinte et d’accoucher à terme. L’écoulement du sang par l’orteil cessa durant les derniers mois de sa grossesse, et n'a pas reparu tiepuis.
Dans un petit nombre de circonstances , le défaut des règles tient à l’absence même de l’utérus , au développement incomplet de ce viscère , à l’endurcissement cartilagineux de son col , ou à quelque autre vice de conformation.
Je fus consulté en 1818 pour une domestique âgée de 24 ans, d’une constitution robuste, qui n’avait pas encore ses règles. Elle était sujette à des étourdissemens, à des éblouissemens , à des coups de sang , auxquels on remédiait par des saignées , des bains, des pédiluves , des boissons acidulés et rafraîchissantes. Demandée en mariage, elle voulut savoir si ce défaut de règles était un obstacle à ce qu’elle pût devenir mère.
Après avoir pris connaissance de son état, je m’aperçus que le conduit vulvo-utérin était à peine prononcé, qu’il présentait vers son centre une ouverture de quelques lignes d’étendue. En introduisant une sonde dans la vessie , on sentait que son extrémité correspondait à cette ouverture du vagin.
Il n’y avait aucune trace apparente de col ni de corps de l’utérus ; ce qui rendait raison du défaut de règles , et annonçait l’impossibilité de la fécondation.
DE l’aménorrhée.
Cette personne avait en même temps une fistule à l’anus , pour laquelle je l’adressai à M. le baron Dupuytren , qui reconnut l’absence de l’utérus , et lui pratiqua avec succès , à l’Hôtel-Dieu , l’opération de la fistule. Vingt jours après, au moment où elle devait sortir de cet établissement , elle éprouva de violentes contrariétés dans ses projets de mariage ; et elle fut prise d’une affection cérébrale à laquelle elle succomba.
A l’ouverture du corps, on trouva , sur le côté gauche du petit bassin , une petite masse charnue présentant quelques traces informes de l’utérus , et entièrement séparée du vagin , avec lequel elle n’avait aucune connexion.
Quelquefois les règles manquent , sans vice de conformation apparente.
J’ai donné , en ^ 1810, des soins à une dame d’une constitution avec prédominance du système nerveux , d’une belle santé , quoiqu’elle n’eût pas ses règles. Mariée depuis long-temps , elle remplissait les devoirs conjugaux sans devenir enceinte. Elle n’éprouvait aucun accident de cette absence des règles. Cependant, à l’âge de 54 ans, elle eut une attaque d’apoplexie , suivie d’hémiplégie , à laquelle elle succomba. 11 ne fut pas possible d’obtenir l’ouverture du corps
La menstruation s’établit et se régularise difficilement chez les jeunes personnes d’une constitution délicate , qui se nourrissent mal , dont la vie est sédentaire et la croissance rapide; parfois
DE l’aménorrhée. 649
il en est de même chez celles d’une constitution forte avec excès d’embonpoint.
Ce défaut de développement peut tenir : i.“ à un état de resserrement , de constriction , d’éréthisme des parties qui donnent issue au sang des règles : on en a la preuve en ce que cet> état cesse souvent, et que le sang s’écoule dès qu’on expose ces parties à la vapeur des plantes émollientes , tandis qu’il reparaît et que le sang s’arrête lorsqu’on place sur ces parties des substances astringentes ;
2. ® à une irritation dans une partie éloignée de l’utérus , comme celle qui provient d’une hypertrophie du cœur, de la phlegmasie d’un organe : ces parties devenant le siège d’un centre d’action , c’est au détriment de celui qui devrait avoir lieu dans l’utérus ;
3. ® à une diminution d’action de l’organe cérébral sur l’utérus , laquelle se remarque surtout chez les jeunes personnes affectées de migraines , de spasmes nerveux cérébraux ;
4. “ à un défaut de sensibilité, propre à un état d’atonie des tissus de l’utérus ; c’est ce qui arrive lorsque ce viscère est affecté d’une maladie spécifique comme la scrofuleuse (i) , et que son col est peu développé.
5. ° La menstruation s’établit difficilement chez les jeunes personnes sujettes à de trop grandes
(1) Voyez Des Scrofules.
Dli L’AMliNOIlJUljii:.
évacuations par divers émonctoires , telles que les sueurs, l’expectoration, les vomissemens ; à celles qui ont éprouvé des maladies longues , aiguës ou chroniques , lesquelles ont produit un état d’alFaiblissement , d’anémie et d’amaigrissement. Toutes ces circonstances font que l'utérus ne devient pas le siège de la fluxion, de la congestion sanguine , périodique, qui sont dans cet organe la source des règles.
6.° Enfin , il peut arriver que l’éruption ne s’établisse pas, à raison de l’im perforation du conduit vulvo-utérin , du resserrement du col de l’utérus , et de l’oblitération de ses orifices.
La menstruation difficile, qui se continue après la première éruption des règles , paraît tenir à un restant des mêmes causes.
Il en est de même de la diminution dans la quantité de cette excrétion , avec des nuances particulières à ce dérangement. Ainsi , elle peut dépendre d’une irritation dans un lieu éloigné de l’utéruSj provenant d’une phlegmasie ou de toute autre cause , d’une diminution dans l’influx cérébral sur l’utérus , comme à la suite d’une frayeur, d’un mouvement de colère : les règles s’arrêtent alors incomplètement, et viennent irrégulièrement avec j)eu d’abondance ; les femmes éprouvent des douleurs, des accidens nerveux annonçant que l’organe cérébral est plus ou moins intéressé.
Cette diminution tient souvent <à une débilité
DK L AMÉNORRHÉE. 65 1
générale , ou à une débilité locale de l’utérus , par suite d’une yiaigreur excessive, de l’habitation dans des lieux bas, humides et marécageux, par l’eftct d’une mauvaise nourriture, d’erreurs dans le rtgime , d’évacuations trop abondantes , de vomissemens , de diarrhée, de fleurs blanches anciennes , d’hémorrhagies , de violens exercices , de la sueur habituelle des pieds, des aisselles, ou de quelque autre partie : on remarque aussi la même diminution chez les personnes dont le col de l’utérus a été extirpé.
Plusieurs de ces causes peuvent exister en même temps. Ainsi , cette diminution peut être déterminée par un excès d’action dans l’économie et par une débilité locale de l’utérus. C’est ce qui arrive chez les personnes d’une constitution faible qui prennent de la force et de l’embonpoint, et continuent d’avoir des fleurs blanches et d'autres symptômes d’une atonie de l’utérus.
La suppression complète des règles tient aussi aux mêmes causes ; mais elle est particulièrement produite par une irritation sympathique de l’utérus, à la su|te de l’immersion des pieds ou des mains dans l’eau, froide, ou du passage d’un lieu chaud à un lieu froid. Elle peut l’être encore par un trouble dans l’action cérébrale sur l’utérus, par suite d’une violente contrariété, d’un mouvement de colère, d’un danger imminent, de l’annonce d’un événement heureux ou malheu-’
roux.
DE l’aménorrhée.
Les écoiilemens muqueux qui viemieiit à la place des régies , ou qui les accompagnent, paraissent produits par une excitation sur les follicules muqueux qui tapissent la membrane interne de l’utérus et du vagin.
Les flux sanguins qui se manifestent dans d’autres organes , sont produits par une exaltation de la sensibilité propre de ces organes ; tandis que celle de l’utérus est diminuée.
Le défaut des régies qui tient à un vice de conformation de l’utérus ou à son absence, est incurable : il en est de même de celui qui a lieu chez une personne en apparence bien conformée , lorsqu’il se prolonge trop long-temps. Les femmes sont alors exposées à être en même temps stériles.
Il est souvent difficile de déterminer la première éruption des règles, et d’obtenir leur régularisation ; on voit des jeunes personnes succomber avant que celle fonction se soit établie.
Le retard de la menstruation, ou sa petite quantité , ne sont pas sans danger pour les jeunes personnes. Si elles sont atteintes de maladies chroniques , CCS accidens contribuent à en accélérer les progrès : ainsi lorsqu’elles ont une disposition à la ])hthisie pulmonaire, la maladie se développe ; les alfections nerveuses devi(înnent plus intenses et plus opiniâtres.
On remédie souvent à l’abscîncc de la menstruation, qui a lien par suite d’uii état de conslric-
DE l’aménorrhée.
lion des parties qui donnent issue au sang des règles , d’une irritation dans un lien éloigné de l’iilénis, de la diminution de l’action cérébrale sur ce viscère, du développement trop faible de sa sensibilité propre , et de l’alFaiblissement résultanl d’évacuations trop abondantes, d’anémie ou d’amaigrissement. En général, lorsque les règles s’établissent bien ou qu’elles reprennent leur cours après s’étre supprimées, les accidens provenant de leur défaut cessent en peu de temps ; cependant lorsqu’on n’est pas parvenu à provoquer l’établissement des règles , et qu’on a passé un certain temj)s sans qu’elles se soient régularisées, ou qu’il s’est écoulé plusieurs années depuis qu’elles se sont supprimées , on ne doit guère espérer de les voir prendre leur cours. 11 est inutile de fatiguer les malades par des traitemens pour cet objet; il faut se borner à prévenir et à combattre les accidens qui sont la suite de ce défaut de menstruation.
Les évacuations de matières muqueuses par les parties sexuelles , lors de l’absence des règles , sont des efforts salutaires de la nature, pour suppléer cette évacuation , et doivent être respectées; celles qui précédent ou qui suivent l’époque des règles, sont de mêmes supplétives de cette évacuation.
On n’en obtient guère la guérison qu’en régularisant les règles relativement au retour de leur période et A leur quantité : les hémorrhagies qui' ont lieu à la place des règles , pendant leur absemee
DE l’AMÉNORKUÉE.
ou vers leur époque , sont quelquefois d’une guérison difficile; elles présentent un danger pins ou moins grand, en raison du lieu ou se fait l’évacuation sanguine.
Les hémorrhagies nasales sont peu alarmantes , lorsqu’elles ne sont pas trop prolongées et trop fréquentes. Celles qui ont lieu par les poumons le sont moins que dans toute autre circonstance , cependant lorsqu’elles se reproduisent à chaque époque menstruelle, elles annoncent une grande disposition à la phthisie pulmonaire. Les hémorrhagies par l’estomac sont plus dangereuses ; elles doivent faire craindre un squirre du pylore, ou une maladie organique de quelque portion de ce viscère.
On doit moins s’inquiéter des hémorrhoïdes ; elles sont quelquefois salutaires: leur guérison est cependant difficile , les moyens employés pour rappeler le sang vers l’utérus , étant propres à le
retenir dans les vaisseaux hémorrhoïdaux. Quant
aux hémorrhagies destégumens, elles ne présentent aucun danger : ce sont celles dont on ob tient la guérison avec le moins de difficulté.
Le traitement à suivre lors du retard de la première menstruation varie en raison de la constitution du sujet, de l’état de ses forces, delà diversité des accidens, et de la nature des causes que l’on soupçonne devoir empêchercette évacuation. Lorsque la jeune personne est d’une constitution forte , qu’il y a des symptômes de pléthore , de congestion sanguine ik la tête ou dans quel-
DE l’aménorrhée.
qu’autre partie, et qu’on soupçonne un état d’éréthisme ou decontraction dans les tissus de l’utérus , on cherche à diminuer cette prédominance des forces , ces congestions, et cette constriction locale, au moyen de la méthode antiphlogistique , qu’on gradue en raison de l’iotensité des accidens (i).
On pratique la saignée du bras que l’on réitère au besoin d’après l’état des forces et celui du pouls. On applique des sangsues au siège , sur la région des lombes , aux parties sexuelles , aux aines , à la partie interne des cuisses , au gras des jambes ou aux pieds ; des ventouses sèches ou scarifiées sur ces mêmes parties.
On prescrit des boissons mucilagineuses et opiacées, les bains tièdes, les bains de siège tièdes long-temps prolongés, les bains de pieds tians une décoction de son, d’amidon ou de plantes émollientes ; les douches d’eau tiède sur les pieds , sur les reins et sur les aines; les fumigations aqueuses dirigées sur les parties sexuelles et dans le conduit vulvo- utérin , au moyen d’un entonnoir ou d’un tube alongé en cuir, nouvellement inventé et connu sous le nom de glissoir. Les douches de vapeurs aqueuses sur ces mômes parties , des injections d’eau tiède avec le canon d’une seringue dans le conduit vulvo-utérin, des lavemens émolliens et narcotiques un peu chauds, des cataplasmes émolliens sur le bas-ventre et sur les parties sexuelles, des frictions avec de l’huile de jusquiame ou des
(i) Voy, De Vlrritation des organes des femmes ^ p. 3o3.
DE l’aMÉNORIUIÉE.
substances opiacées au pourtour des cuisses , des reins et de la région du pubis , sont aussi trèsutiles.
Lorsqu’il survient des saigneinens de nez, des crachemens de sang et d’autres hémorrhagies , on insiste sur les boissons gommeuses et acidulés , sur les évacuations sanguines , vers les parties inférieures ; sur les cataplasmes synapiques et les vésicatoires sur ces parties. Si les forces s’affaiblissent, ce qui est rare, on a recours aux astringens comme pour les hémorrhagies utérines.
S’il est survenu des inflammations aux yeux, à l’estomac ou dans quelque autre organe , on les combat de même par la méthode antiphlegmasique.
Quand ce sont des maladies cutaneés, on emploie les bains , les bains de vapeur , les amers et les moyens usités contre des affections herpétiques.
S’il existe un premier degré d’hypertrophie du cœur , une irritation dans un lieu éloigné de l'utérus , qui compliquent l’aménorrhée pt qui en sont même la cause,, on les combat par des moyens appropriés à chacune d’elles.
Si la femme éprouve des accidens nerveux ou sympathiques avec l’état de l’utérus , ou dépendans d’une excitation propre du système neryeux , on a recours à la saignée , aux sédatifs doux, puis au musc, au castoréum et aux antresmoyens usités contre le spasme.
(i) \‘Oy. Du Spasme de l’ utérus.
DE l’aménorrhée. ^5^
Quand la femme est d’une complexion délicate qu’elle a été long-temps exposée à l’action des causes débilitantes, qu’elle est affaiblie parles maladies, par de fortes évacuations ; lorsqu’il existe chez elle un état chlorotique, d’anémie , une atonie de l’utérus , on cherche à relever les forces générales, ainsi que la sensibilité de l’utérus , et à déterminer vers ce viscère l'afflux des liquides sanguins , par les moyens que nous avons indiqués en traitant de l’atonie de l’utérus (i), auxquels nous ajouterons l’emploi de seigle ergoté et la strychnine.
Le seigle ergoté , proposé avec raison pour stimuler l’action de l'utérus dans l’état d’inertie, est utile dans celui d atonie ; je l’ai employé avec avantage à la dose de 1 2 grains par jour , soit seul , soit uni a la rhubarbe. On a annoncé qu’il n’avait pas d’action sur l’utérus dans l’état de vacuité ; mais c’est à tort , il m’est arrivé de faire reparaître les règles lorsqu elles avaient cessé , au moyen d’une prise de 1 2 grains de cette substance.
11 est bon de combiner le seigle ergoté avec la rhubarbe ou avec quelques légers purgatifs; il occasionne sans cette précaution un gonflement et des douleurs dans le ventre , qui peuvent devenir inquiétantes.
J’ai aussi employé avec avantage la strychnine à la dose d un quart de grain à un demi et à un grain par jour.
CO ^ oy. Di! l’Alonie , jj. 45y.
DE i’AMÉNORRHÉE.
Pour remplir la même indication , on prescrit les bains entiers , les bains de siège froids \ les bains de mer , les douches d’eau froide sur les reins, les frictiofxs a\ec de la glace sur le bas de Fépine du dos, l’application de la glace sur cette jDartie et sur la région hypogastrique, les bains sulfurevix de Barèges et autres, les, douches de Barèges de même sur la région du sacrum et sur les lombes , les lavemeus froids , les lavcmens avec des substances stimnljantes, avec addition de 20 à 24 et 56 grains d’aioës ou de savon de Starkoy : on emploie des injections avec une décoction des plantes dites emménagogues , ou avec addition d’un gros de muriate d’ammoniaque, ou de deux gros d’acétate d’amniUniaque liquide par pinte de liquide , des bains entiers dans lesquels on a plongé pendant quelques minutes une boule de Nancy, des bains de pieds irritans avec addition de la farine de moutarde, ou du sel , ou du vinaigie , ou du sous-carbonate de potasse , une livre pour chaque bain , ou 4 onces d’acide muriatique pour 4 pintes de liquide : on fait des fumigations aromatiques ou avec la vapeur de l’oau tenant ensuspension un peu de farine de moutarde ; des frictions sur le bas de l’épine du dos, sur les extrémités inférieures , avec une pommade ammouiacdile , telle que celle de IM.Gondret, ou avec un liniment volatil , avec de l’eau de mélisse ou avec d’autres substances excitantes.
On applique des cata])lasmes de moutarde aux
de l’aménorrhée. 659
^neds, où prépares avec raddition d’une certaine quantité d’acide muriatique ou d’ammortiaque liquide. On fait aussi préparer des pessairés ihitans ;iinais on s’en sort peu.
Les cantharides ont été proposées : je m’en suis servi : parfois avec avantage; mais il faut ctéè èîiconspect sur leur usage; Les purgatifs drastiques à petite- dose conviennent très-bien : de ce nombre, soilt'les savons amygdaUii'i ^alapin, ou aloétique,' les pilules de Bâcher dans lesquelles entre lellébore , les pilules bénitès de Fuller. 1 V
Qn a cru parfois devoir indiquer l'es yomitîfs en ce qu’ils opèrent une secoùstee dansdoute l’économie; ils peuvent en effet être employés aveç
avantage. '
L’électricité galvanique a été utile ; et l’on y aurait recours plus souvent si son appîîcâHon'''ne présentaitpas tant de diffibultéiiî .Bai rapporfé dans le Journal du galvanisme phiàieués 'observations de^ personnes sur lésquë!Ies ' jë‘ l’avais "(^mployée avec succès. ‘ '
Quoiquq le raagnétiùné nliffércll ne paraisse pas prése^iter >des phénoïùènes’ physiologiques bien apparens , il a une action mai'quée sur bien des
. , . ’ -U • lia
personnes. .1.
;On. retire; quelquefois' aussi de bons effets du quinqaina:iet<dçs amers, des Isiics* d’hèrbos (lits apéritifs dans la saison , de divers diuréliqiies.
Les ventouses sèches ét scarifiées à la partie interne des cuisses, et aux jambes, les frictions
DE l’aménorrhée.
avec la pommade stibiée , des vésicatoires , des emplâtres aloëtiques sur la région du sacrum, sont de même avantageux.
11 faut aussi compter sur les moyens hygiéniques , sur les exercices à cheval , la danse , les jeux de volant, les voyages. Il faut se couvrir avec de la laine et en porter sur la peau.
S’il existe un état scrofuleux ou quelque maladie spécifique , on emploie les moyens usités contre eux. Lorsque la malade est épuisée par un mauvais régime , une convalescence longue , et qu’elle est dans un état d’anémie, on a recours aux analeptiques et aux restaurans.
Si l’absence des règles tenait à l’imperforation du vagin ou du col de l’utérus , on y pourvoirait comme il a été dit précédemment (i).
Enfin, on diminue et l’on tâche de remédier aux difficultés de la menstruation que les femmes éprouvent dans le cours de leur vie , par l’usage des pédiluves irritans, quelques jours avant les règles ; des lavemens un peu chauds , des cataplasmes émolliens sur le bas-ventre, pendant la menstruation ; des pilules de Fuller quelques jours avant les règles, et des antispasmodiques toniques tant généraux que locaux.
On se conduit d’après les mêmes principes de traitement , lorsque les règles sont peu abondantes,
(l) De V Accumulaiion du sang dans l’utérus et ses dépendances,
p. ujfiS.
nE l’aménorrhée. 66 1
et qu’elles reviennent à des intervalles trop éloignés.
Si la femme est d’une constitution forte avec prédisposition du système sanguin , on pourrait au milieu de l’intervalle des règles , à leur approche ou après qu’elles sont passées , pratiquer une saignée du bras ou du pied , que l’on réitérerait au besoin , à chaque époque menstruelle.
L’on supplée à la trop petite quantité des règles, par l’application de lo à 12 sangsues aux parties sexuelles, aux pieds , ou à la partie interne des cuisses , immédiatement après qu’elles ont cessé.
D’autres fois on applique les sangsues successivement au nombre de deux, le premier jour après les règles , en continuant de la sorte trois ou quatre jours de suite, selon qu'elles ont été plus ou moins faibles.
Il n’y a pas de règles bien positives pour le choix de ces divers modes d’évacuations sanguines. On se guide un peu d’après les résultats que les malades en ont éprouvés.
On prend en même temps des boissons muqueuses abondantes , des douches d’eau tiède sur les extrémités inférieures et sur les reins , des bains tièdes; à l’approche des règles, des fumigations sur les organes sexuels avec la vapeur de l’eau chaude , des bains tièdes prolongés , des lavemens chauds.
S’il y a des phlegmasies ou d’autres affections
Gd.'i DE l’amÉiNORKIIÉE.
chroniques , on s’attache à combattre ces maladies.
Si l’organe cérébral , comme il n’arrive que trop souvent, est sujet à quelque lésion, ou à quelque trouble dans ses fonctions , on les combat par les moyens indiqués.
On n’emploie le plus souvent aucun ti'aitement pendant les règles , de crainte d’en augmenter le dérangement. Quelquefois on retire de bons effets des douches d’eau tiède, de l’exposition à la vapeur d( l’eau chaude vers les organes, sexuels.
Il arrive parfois que la femme est d’une constitution forte, et que l’utérus est dans un état d’anémie ; il faut alors augmenter l’action de çe viscère par les moyens excitans indiqués , tout en diminuant les forces générales par les bains tièdes etlesdébilitans , pendant la durée des règles: d’autres fois CCS moyens les arrêtent sans qu’on puisse en déterminer la raison , et l’on éprouve de bons effets de divers excitans spiritueux , tels que la teinture d’absynthe , l’élixir américain.
Lorsque la suppression des règles est complète, on remonte autant que possible aux causes qui l’ont dét('rminée ; et l’on remédie aux accidens qu’elle produit.
Quand la suppression est occasionnée par une irritation sympathique, telle que celle qui a lieu à la suite d’un refroidissement, ou par un spasme nerveux, après une grande frayeur, il faut s’attacher à ramener le sang vers l’organe utérin , et à remédiera la, pléthore, et aux accidens nerveux qui ont suivi la suppression.
1;E l’aMÉNOIUIIIÉE.
On rappelle le sang vers l’organe utérin , comme il a été dit par l’application des sangsues aux parties sexuelles, à la partie interne des cuisses ou aux pieds , par l’usage des pédiluves rendus stimulans, au moyen de fumigations aux parties sexuelles , par des lavemens irritans, par l’application de cataplasmes de riz et de décoction de pariétaire , ou d’absynthe sur le bas-ventre , par des frictions avec un liniment camphré, ou contenant de l’huile rectifiée de térébenthine sur le dos, sur les reins , sur le bas-ventre , par des fumigations aromatiques aux pieds, et par les autres moyens indiqués contre la menstruation difficile.
' Quand la face est rouge et animée , et qu’il y a des symptômes d’une pléthore générale , la saignée du bras est nécessaire ; elle, doit précéder l’application des sangsues aux parties sexuelles.
Si la malade éprouve des vomissemens et d’autres accidens nerveux , on les combat par les moyens indiqués contre le spasme.
Si la suppression a lieu par suite d’une maladie aiguë , il faut insister sur l’application des sangsues aux parties sexuelles et sur les moyens propres à ramener le sang vers l’utérus. On combat ensuite l’inflainmation par le traitement qui lui est spécialement applicable.
Quand elle est l’efïet d’une débilité tant générale que locale , ou d’évaouationS trop abondantes , on se (comporte comme dans le cas d'éruption difficile des règles par les mêmes caus(;s.
. , lit ' • »
<304 de l’amè.norrhée.
Lorsque la malade éprouve des flux muqueux à la place des règles , soit qu’ils les précèdent ou les suivent, soit qu’ils semblent les suppléer et leur servir de complément, il faut chercher à provoquer le cours des règles , ou les rendre plus abondantes , par les moyens que nous avons indiqués ; on tâche de faire cesser les écoulemens muqueux par l’emploi des adoucissans généraux ou locaux sur les parties qui en sont le siège , qui présentent quelques traces d’irritation , de chaleur insolite, et donnent lieu à des douleurs. Dans le cas contraire, on préfère les astringens , tels que la décoction de racine de grande consoude , le quinquina , la racine de ratanhia.
On se conduit d’après les mêmes principes , lorsqu’il y a des hémorrhagies supplétives. On tâche de rendre aux règles leur libre cours , et de ramener le sang vers l’utérus , par les moyens déjà prescrits. On diminue la sensibilité des parties qui sont le siège de l’hémorrhagie , et l’on arrête l’écoulement de sang qui a lieu par ces parties, au moyen des mucilagineux, des acidulés et des légers astringens , en choisissant de préférence ceux qui sont appropriés à ces mêmes parties.
L’hémorrhagie a-t-elle son siège dans le nez? On fait respirer par cet organe , lorsque le sang coule avec trop d’abondance , de l’eau et du vinaigre ; on en fait des aspersions à la face , on en frotte les tempes , ou y trempe les mains : ces moyens suffisent ordinaireinent.
DE l’aménorrhée.
Quand l’héinorrhagie a lieu par les bronches , on cherche à diminuer leur sensibilité, tout en opérant un certain degré d’astringence , par l’usage de loochs blancs avec une addition d’une petite quantité de sirop de Tolu, d’eau de Rabel, de sulfate d’alumine, d’extrait de ratanhia ; on prescrit le petit-lait avec addition du sirop de grande consoude , le diascordium , la conserve de rose, la thériaque; et l’on insiste plus particulièrement sur les moyens propres à rappeler le sang vers l’utérus.
Les mêmes moyens conviennent dans le vomissement de sang, en choisissant de préférence ceux qui ne le provoquent pas. 11 est bon d’appliquer un cataplasme de farine de graines de lin et de décoction de racines de guimauve sur le creux de l’estomac.
Dans le cas d’hémorrhoïdes supplémentaires, il faut se borner à un demi-lavement avec une décoction de riz et de deux têtes de pavots ; employer l’onguent populéum avec addition d’un peu de laudanum liquide de Sydenham , des cataplasmes de farine de riz et d’oignons cuits.
Les hémorrhagies par quelques points de la surface dos tégumens n’exigent aucun moyen particulier.