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L. SIMON

3 8 DES MALADIES VÉNÉRIENINES.

La résultat direct de cette confusion fut de compliquer le tableau de la syphilis^ de faire de cette maladie un de ces protées aux mille formes dont la marche n'offrait aucune régularité ; enfin, d'appliquer à toutes ces maladies les préceptes et le traitement qui convenaient à Fune d'elles.

Cette influence fâcheuse se fit sentir surtout lorsqu'on eut fait de la syphilis une affection spécifique^ distincte de toutes les autres non-seulement par sa forme, mais surtout par sa cause et par son traitement. Du moment, en effet, où l'on rapportait son développement à l'infection de l'organisme par un virus^ comme Fernel (1) et J. Cataneus (2) l'avaient fait, on devait se demander si cet agent pouvait engendrer indistinctement toutes ces formes morbides. La réponse devenait affirmative lorsque ces formes ellesmêmes étaient considérées comme les apparences diverses d'une même diathèse.

Du moment où le mercure, le gaïac et la salsepareille faisaient tous les frais du traitement, on était en droit de les administrer indistinctement, que le malade

(1) Fernel, De lue vénérera, dit : « Qualis est virulentorum animantium pernicies atque contagio, talum velim existimetis latere ac teneri in lue venerea. » 11 ajoute: « PrJmani autem occultam et venenatam illius esse naturam, tura ex invasionis modo, tum ex iis, quse mox tradentur, perspicuum fiet. » Aloysius, t. I, p. 609.

(2) Jacob. Cataneus s'exprime ainsi sur la cause du mal français : « Quod quidem virus paulatim inficiendo corporis membra corripit, et ad venas usque perveniens, sanguinem... totamque massam humoral em tali veneno menstruali subjectam in sui similitudinem convertit. » Aloysius, p. 141.

fût porteur d'un chancre simple^ cFun chancre induré, d'une blennorrhagie ou d'un groupe de végétations.

Du moment enfin où, comme le dit Astruc, les ulcères, les écoulements, les bubons et les poireaux étaient regardés comme les formes primitives de la vérole, on devait craindre de voir paraître à leur suite les éruptions, les douleurs, les ulcères destructeurs des périodes successives de cette maladie ; on était autorisé, par conséquent, à opposer à chacun de ces états pathologiques le médicament curatif et préservatif de cette affection, le mercure. De là ces traitements de précaution, l'effroi des malades; traitements que les efforts persévérants de Fécole de M. Ricord tendent de plus en plus à faire abandonner.

On eût évité bien des tâtonnements et bien des discussions en restant fidèle aux enseignements de ceux qui avaient été témoins des premiers ravages causés par le mal français, en se rappelant que cette réunion de toutes les maladies contagieuses des organes génitaux en une même diathèse était condamnée par l'histoire; celle-ci ne pouvant nous autoriser à mettre la blennorrhagie signalée par Galien , peut-être même par Moïse, au nombre des symptômes d'une maladie que les médecins observaient pour la première fois en 1493, et à confondre avec cette dernière les condylômes, si bien décrits par les anciens. Au point de vue de l'histoire, il y avait là trois maladies distinctes quant au moment de leur apparition.

Cette confusion, malgré tout, fut maintenue; et les théories qui s'agitèrent tour à tour en syphilo-

graphie furent appliquées indistinctement aux chancres, auxvégétationsetàlablennorrhagie. Soit qu'on voulût, comme on l'essaya tout d'abord, expliquer les phénomènes de la syphilis à Faide de la doctrine de Galien, soit qu'on essayât d'appliquer à cette affection les théories du seizième siècle, de manière à tout expliquer en elle par Tinfluence de la conjonction des astres sur les humeurs,ou par l'action d'un ferment; soit, enfin, qu'on "admît, avec Paracelse, l'existence d'un miasme, et, avec Fernel, celle d'un virus, le même problème se présentait. Fallait-il appliquer à toutes les maladies vénériennes ce qu'on croyait être vrai de la syphilis ? Astruc et Hunter répondirent par l'affirmative ; mais Hahnemann d'abord et, après lui, M. Ricord repoussèrent cette conclusion. De toutes les théories auxquelles les médecins aboutirent, trois seulement sont représentées de nos jours : celle de Hunter, celle de Hahnemann, celle de M. Ricord. La première, acceptée par la plupart des chirurgiens non spécialistes, la seconde par l'école homœopathique, la troisième par les élèves de l'hôpital du Midi. Je les analyserai rapidement.

§IV

Doctrine de Hunter. — Hunter ne reconnaissait qu'un virus, n'admettait qu'une seule maladie vénérienne, pouvant se présenter et se transmettre sous trois formes : la blennorrhagie, le chancre et la syphilis constitutionnelle, auxquelles il fallait ajouter les bubons et les végétations. La blennorrhagie était, selon

lui, l'effet du virus syphilitique, se localisant sur une surface naturellement sécrétante , une membrane muqueuse ; le chancre était, au contraire, le résultat de ce même agent développant sa puissai ce sur une surface non sécrétante (1). Le bubon (2), symptôme intermédiaire, se formait lorsque le virus passait dans les vaisseaux et les ganglions lymphatiques ; les végétations prenaient naissance par suite de l'irritation causée par le virus vénérien sur le gland ou le prépuce (3). Ces quatre formes morbides constituaient la syphilis primitive.

Selon Hunter, la maladie reste locale durant toute cette période, Faction du virus ne dépassant pas alors répaisseur du tissu sur lequel il a été déposé. Plus tard, lorsque ce virus pénètre plus avant, la constitution tout entière en ressent Tinfluence; de là le nom de syphilis constitutionnelle donné à la seconde période de la maladie (4).

(1 ) Voyez Hunier, Traité de la maladie vénérienne, traduction de M. Richelot avec des notes de M. Ricord, 3e édition. Paris, 1859, p. 34.

(2) « Le huhon, dit Hunter, p. 487, qui est la conséquence im- « médiate des maladies locales appelées gonorrhée et chancre^ et « la syphilis constitutionnelle {lues vénérera), qui en est la con- « séquence éloignée, sont le résultat de l'absorption du pus vé- « nérien récent sur une surface avec laquelle il a été mis en con-

« tact ou sur laquelle il s'est formé On ne pouvait donner

« la véritable théorie de la formation du bubon avant de savoir « que les vaisseaux lymphatiques sont les seuls absorbants. »

(3) « Une autre disposition que le poison vénérien développe « dans les parties de la génération , est une disposition à for- « mer des excroissances ou tumeurs cutanées appelées poi- « reaux (p. 462). »

(4) Les paroles de Hunter ne laissent aucun doute à cet égard.

Cette seconde période^ enseigne Hunter^ se compose de symptômes multiples (1), se présentant successivement sur la peau et les membranes muqueuses^ sur le périoste et sur les os , occupant enfin les viscères, pendant la dernière période de la maladie. Hunter fait très-justement remarquer que la syphilis, au milieu de ces transformations, affecte une marche constamment envahissante, qu^elle s'étend des parties superficielles aux organes plus profondément situés; et il attribue à des causes secondaires , particulièrement à l'action de la température , la préférence du virus pour les tissus les plus superficiels (2).

Le chirurgien anglais divise ces symptômes con-

II dit : « Le poison vénérien peut affecter le corps de l'homme «« de deux manières différentes : localement, c'est-à-dire, dans les « parties seulement sur lesquelles il est appliqué directement; « et constitutionnellement , c'est-à-dire consécutivement à l'ab- « sorption du pus vénérien qui, mêlé à la circulation générale, « affecte un certain nombre de parties.

« Entre le mode d'affection local et le mode d'affection consti- « tutionnel, on observe certaines maladies intermédiaires qui se « développent pendant les progrès de l'absorption : ce sont des « inflammations et des suppurations qui forment ce qu'on ap- « pelle des bubons, et qui produisent un pus de même nature « que celui de la maladie primitive (p. 60). »

(1) « Quand le pus vénérien a passé dans la circulation, ajoute « Hunter, et circule avec le sang, il détermine dans l'économie « une irritation qui a pour conséquence une action morbide. « De cette irritation naissent plusieurs maladies locales, telles « que des pustules sur la peau, des ulcères sur les amygdales, « l'épaississement du périoste et du tissu osseux (p. 61). » {Comj}. avec la Description de la syphilis constitutionnelle , p, 594 et passim. )

(2) Voyez loc. cit., p. 585.

sécutifs en deux parties : ceux qu^il regarde comme une suite habituelle de la blennorrhagie, et ceux qui succèdent, suivant lui, aussi bien aux chancres qu'à la gonorrhée (1). C'est à ces derniers seulement qu'il réserve le titre de syphilis constitutionnelle.

Cette division des symptômes secondaires se trouve en opposition avec la réunion des symptômes primitifs en un seul groupe ; car, si la blennorrhagie ne diffère du chancre que par sa forme, si elle est un effet du virus vénérien, on ne comprend pas pourquoi elle aurait des effets spéciaux, différents de ceux qui succèdent à Tulcère lui-même.

Dans sa première période la maladie vénérienne est exclusivement contagieuse ; elle se transmet alors du mari à la femme, de la nourrice à Tenfant, ou réciproquement (2). Parvenue à l'état constitutionnel, elle peut encore pénétrer l'organisme, pourvu que le pus virulent soit déposé sur une plaie, sur un ulcère simple, ou sur quelque autre surface absorbante. « En c( général, écrit Hunter, elle a sa source dans les afc( fections locales que j''ai décrites précédemment, et «dont le pus est absorbé et porté dans la constitution.

(1) Dès le début de son livre, Hunter admet cette identité de fond entre ces affections de formes diverses ; il soutient « que « le pus de la gonorrhée produit indistinctement une gonorrhée, « un chancre ou la syphilis constitutionnelle, et que le pus d'un « chancre peut produire également une gonorrhée, un chancre, « ou la syphilis conslitutionneîle (p. 33). » Ceci ne l'empêche pas cependant de décrire à part les maladies qui sont considérées comme un effet consécutif de la gonorrhée, et la syphilis constitutionnelle, p. 243.

(2) Loc. cit., p. 50.

« Il paraît que le pus vénérien peut pénétrer dans la t( constitution, consécutivement à son application a pure et simple^ et sans avoir produit d'abord l'un « ou l'autre des effets locaux ci-dessus mentionnés , c( ainsi que je l'ai dit en traitant de la formation des « bubons ; mais cela ne semble avoir lieu que lors- « qu'il est appliqué sur certaines parties du corps, telles « que le gland, que l'on peut appeler des surfaces (( semi-internes. Je crois qu'il ne peut être pompé par « les vaisseaux absorbants ou la peau saine, mais je « ne fais ici qu'exprimer une opinion (1). » Il ajoute encore : «Il (le virus) peut être porté également dans c( la constitution après avoir été appliqué sur des ulc( cères communs, bien qu'il ne rende pas nécessaire- (( ment ces ulcères vénériens (2). »

On voit par ces citations que Hunter admettait la syphilis constitutionnelle d'emblée, ce que l'école de M. Ricord a nié de la façon la plus complète.

Tout le monde sait avec quel soin Hunter a décritles nombreuses formes morbides qu'il rapportait au virus syphilitique, et, en particulier, le chancre, origine des symptômes constitutionnels. Cet ulcère a même retenu pendantlongtempsle nom du chirurgien anglais; on lui donne aujourd'hui le titre ô.'indure\ C'est ce même ulcère que nous avonsretrouvé déjà dans les descriptions du seizième siècle, et que les médecins considéraient alors comme étant le point de départ du mal français.

On sait aussi que notre auteur mit une extrême

(1) Traité de la maladie vénérienne,'^. 642.

(2) Loc. cit., p. 543.

attention à tracer le traitement de la maladie vénérienne. S'agit-il de la gonorrhée ? Il déclare que son spécifique est inconnu (d); il croit qu'elle peut guérir d'elle-même si la constitution n'y met obstacle (^2), et conseille souvent l'expcctation (3). Lorsque le médecin se décide à agir, il peut user soit de médicaments pris à l'intérieur, soit d'applications locales, mais, dans ce cas, « il faut éviter toute thérapeutique violente, « car elle pourrait renouveler l'irritation (4). »

Le chancre réclame plus d'attention. Cette ulcération « persiste le plus souvent, sinon toujours, jusqu'à a ce que l'art en opère la guérison (5). » Elle est souvent influencée par des dispositions morbides particulières au malade : « C'est pourquoi son traitement, « tant local que constitutionnel, est susceptible de

«varier beaucoup (6) Pour cette raison, les

« symptômes concomitants réclament une grande atten- «tion. Le mercure est le moyen curatif des symp- « tomes vénériens considérés abstractivement; mais il « n'existe aucun spécifique pour les autres symptômes, « dont le traitement doit varier suivant la constitu- « tion (7). »

Toutefois, le chancre étant une maladie locale, et,

(1) Traité delà maladie vénérienne, Paris, 1859, p. 120.

(2) Ibid.

(3) îbid., p. 123.

(4) Voyez loc. cit.^ p. 123 et 137, pour le traitement de la constitution dans la gonorrhée.

(6) Loc. cit., p. 407.

(6) Ihid.

(7) Ihid.

de plus , le foyer où se puise le pus vénérien , le point par lequel il pénètre dans Torganisme^ Hunter conseille de le détruire localement par les caustiques ou par le bistouri. Mais « le traitement d'un chancre (( n'est pas la même chose que sa destruction ; il conc( siste^ non dans la destruction de Tulcère^ mais dans « la destruction de la disposition vénérienne de cet « ulcère, qui par là se trouve guéri, en tant qu'ulcère (( vénérien (1). » Le meilleur moyen d'arriver à ce but est d'employer le mercure à l'extérieur et à l'intérieur.

Hunter préconise encore le mercure contre le bubon vénérien, qu'il prend soin de distinguer du bubon scrofuleux. Ce qu'il veut avant tout, c'est que ce médicament soit apphqué de manière à passer par l'absorption à travers la glande malade, et à « péné- « trer dans la constitution par la même voie que le « poison a suivie pour y entrer (2). »

Quant aux poireaux , ils ne réclament point le mercure ; il faut seulement les exciser ou les détruire par les escarotiques , méthode incomplète, puisque, de Taveu de notre auteur, « après que ces poireaux ont c( été, en apparence, suffisamment détruits, il arrive c( souvent qu'ils se développent de nouveau, non parce ce qu'on en a laissé une portion, mais parce que G la surface de la peau reste douée de la même dispoc( sition (3). »

(1) Traité de la maladie vénérienne, p. 417.

(2) Ibîd.,]). 521.

(3)ièzc?., p.464.

N'eût-il pas été juste de conclure de ce fait que ces végétations ne sont point une maladie locale, que pour elles^, comme pour la gonorrhée, le spécifique était inconnu, mais qu'il fallait le chercher et non pas se borner à un traitement chirurgical dont rinsuccès était patent ?

Le traitement de la syphilis constitutionnelle n'est pas moins bien indiqué que celui de la syphilis primitive. Cest aussi le mercure qui doit en faire les frais ; mais, pour réussir , il faut que ce médicament pénètre dans l'organisme ; « pour guérir les « effets locaux et visibles de la maladie, il faut Tat- « taquer par la voie qu'a suivie l'infection, c'est-à-dire « par l'intermédiaire du sang (1). » L'action du médicament se mesure par la quantité de substance absorbée ; « Les effets du mercure sur la constitution , «dit Hunter, sont toujours en raison directe de la « quantité de mercure qui y a pénétré (2). » Deux voies sont offertes à cette absorption : la peau et l'estomac. « La méthode externe, suivant l'auteur, « est préférable à la méthode interne, quand elle peut «être adoptée sans inconvénient, parce que la peau « n'est poiot aussi essentielle à la vie que l'estomac, c( et qu'elle peut supporter beaucoup plus de stimula- « tion que ce viscère (3). » Le mercure vient-il à échouer, la résine de gaïac et la racine de salsepareille peuvent êt3:e utiles ; mais le métal reste toujours le seul

(1) Traité de la maladie vénérienne, Paris, 1869, p. 663.

(2) Ibid.^ p. 665.

(3) Ibid.^ p. (569.

spécifique sur lequel il soit permis de compter (1).

On le voit, la doctrine de Hunter se résume en quelques propositions : 1° Admission d'un seul virus vénérien capable de manifester sa présence par deux formes morbides : le chancre et la gonorrhée, maladies essentiellement locales, mais qui donnent lieu à une sécrétion continuelle de pus virulent. 2° Plus tard, absorption de ce virus qui passe dans le sang et cause sur certains organes une irritation spécifique, laquelle a pour résultat la production de groupes de symptômes, qui varient en raison du tissu afi'ecté, en raison aussi de la période à laquelle la maladie est parvenue, et auxquels on a donné le nom de syphilis constitutionnelle, 3° Entre les symptômes primitifs et les symptômes constitutionnels, développement de formes mixtes : le bubon et les végétations ; le premier dû à l'action directe du pus virulent sur les vaisseaux et les ganglions lymphatiques ; les secondes, effets d'une irritation que Fauteur indique sans y insister. 4° Traitement spécifique pour le chancre, expectant ou rationnel pour la gonorrhée, spécifique encore pour le bubon et la syphilis constitutionnelle , chirurgical pour les végétations. 5° Nécessité de faire passer le mercure, autant que possible , par les mêmes voies que le virus. 6° Action du médicament proportionnée à sa dose, ou tout au moins à la quantité absorbée.

Doctrine de Hahnemann. — Hahnemann se rapproche de Hunter sur plusieurs points, mais s'en éloigne

(1) îhid., p. 705 Qi passim.

sur beaucoup d^autres. 11 admet, comme son devancier, la nature virulente de la syphilis, mais il reconnaît plusieurs maladies vénériennes, relevant de virus différents.

Pour lui ces maladies sont au nombre de deux : la syphilis et la sycose; la première ayant pour symptômes primitifs le chancre et le bubon (1); la seconde, se caractérisant par le développement des végétations. C'est à cette dernière diathèse que notre maître reconnaît pour caractère distinctif des a excroissances « des parties génitales qui, plusieurs jours ou plusieurs a semaines après FinfecLion par le coït, surviennent ac- « compagnées généralement, mais non toujours, d'une « sorte d'écoulement gonorrhéique par Turètre, sont c( rarement sèches et en forme de verrues, plus souvent « molles, spongieuses, imbibées d'un liquide fétide, « saignantes à la moindre cause, et semblables à des (( crêtes de coq ou à des choux-fleurs, et pullulent, chez a l'homme, sur le gland ainsi qu'à la surface et au- « dessous du prépuce ; chez la femme, aux alentours « de la vulve, puis à la vulve elle-même tuméfiée (2).»

Quant à la blennorrhagie, on voit par la citation précédente qu'elle était considérée par Hahnemann comme étant le plus souvent de nature sycosique. Cette opinion semble cependant n'avoir pas été bien arrêtée ; car, dans une note (3) du Traité des ma^

(l) Hahnemann, Doctrine et traitement homœopathique des maladies chroniques, trad. de Jourdan, Paris, 1846, t. I, p. 120. {2)Ibid., p. HT.

(3) 11 est dit dans cette note que « le miasme des autres go-

ladies chroniques, il admet des écoulements d'espèces dilïérentes produits par des miasmes, sur la nature desquels il ne se prononce pas, mais qui auraient la propriété dirriter localement les organes urinaires. Toutefois, si Hahnemann paraît être dans le doute relativement à la nature du virus gonorrhéique, s'il ne dit pas ce qu'il est, il dit au moins ce qu'il n'est pas ; et dans aucun cas, il ne l'assimile au virus syphilitique. Selon lui, la syphilis et la blennorrhagie constituent deux maladies parfaitement distinctes, et qui se rapprochent par un seul caractère : leur virulence. Ce caractère, du reste, est commun à toutes les maladies vénériennes, que le fondateur de l'homoeopathie range au nombre des véritables maladies chroniques, lesquelles doivent naissance à un miasme chronique (1). « En Europe, ajoute Hahnemann, et dans d'autres c( contrées du globe, on ne trouve, d'après tous les « renseignements qui nous sont parvenus, que trois « de ces miasmes chroniques, dont les maladies se « manifestent par des symptômes locaux, et d'où pro- « viennent sinon toutes, du moins la plupart des af- « fections chroniques; ce sont : la syphilis, que j'ap- « pelais autrefois maladie vénérienne chancreuse, la « sycose ou maladie des fies, et enfin la psore. qui est « la source de l'exanthème de la gale (2). o

« norrhées ordinaires (celles qui ne dépendent pas du miasme « sycosique) paraît ne point pénétrer l'organisme entier, et ne « faire qu'irriter localement les organes urinaires (p. Ii8). »

(1) Voyez Organon, § 78.

(2) Voyez Traité des maladies chroniques, 1846, t. I, p. 14. Par le mot autrefois, Hahnemann fait ici allusion à son

^existence des virus étant admise, Hahnemann recherche quel est leur mode d'action; et il arrive sur

Traité de la maladie vénérienne, traité qu'il publia en 1789, et dont j'ai donné la traduction en tête des Études de médecine homœopathique. (T. I, Paris, 1855.) Ce livre publié à une époque où l'homœopathie n'était point encore formulée , et où les doctrines de Hunter étaient dans toute leur vigueur, fat écrit sous l'influence évidente de ces dernières. L'imitation ne fut pourtant jamais complète ; plus d'une fois on vit le jeune auteur rompre avec la science officielle, et indiquer quelques-unes de ces vérités générales qu'il concevait alors, et qu'il devait bientôt résumer en un corps de doctrine.

En 1789, Hahnemann admettait, il est vrai, qu'il n'existe qu'une maladie vénérienne ayant pour forme primitive, soit une gonorrhée, soit un chancre, suivant que la propriété du tissu envahi est de donner lieu à quelque sécrétionphysiologique ou d'être recouverte d'un épiderme. Il reconnaissait aussi « une autre disposition or- « ganique, qui se traduit par d'autres accidents locaux, que Ton « pourrait appeler syphilis symptoniatigue, et qu'en raison de a ses manifestations isolées ou multiples, on a coutume d'appe- « 1er maladie vénérienne générale, cachexie sijphilitique (|6). » La différence signalée entre l'action du pus sécrété dans ces deux périodes de la syphilis , différence telle que celui des accidents primitifs est inoculable, tandis que celui des symptômes secondaires ne l'est pas, est admise par Hahnemann comme elle l'avait été par Hunter, tous deux devançant ainsi d'un demi-siècle l'école de M. Ricord.

L'accord reste encore assez complet entre les deux auteurs, lorsqu'il s'agit de fixer la valeur de chacun des symptômes primitifs de la syphilis , Hahnemann déclarant aussi que la gonorrhée et le chancre sont des maladies locales, que la syphihs constitutionnelle est plus rare après la première de ces affections qu'à la suite de la seconde, parce que l'écoulement urétral ne s'accompagne pas d'ulcérations, et que l'absorption du pus virulent est ainsi plus difficile. Le mode de formation du bubon est le même pour Hahnemann que pour Hunter, c'est encore à l'action directe du virus que cet engorgement est rapporté.

Mais l'accord cesse entre eux lorsqu'il s'agit des végétations.

5â DES MALADIES VENERIENNES.

ce point à une solution tout à fait différente de celle

« On est si peu d'accord sur la nature des végétations, écrit « Hahnemann, et sur la place qu'il convient de leur assigner dans o le tableau de la syphilis, qu'il me sera permis, je pense, de ne « pas les considérer comme appartenant à la syphilis constitu- « tionnelle, mais de les ranger parmi les symptômes vénériens « primitifs et idiopathiques (§ 340). » Notre maître complétait cette pensée quelques années plus tard, en faisant de ce symptôme l'origine d'une maladie vénérienne absolument distincte de la syphilis chancreuse et à laquelle il donnait le nom de sycose.

Ce désaccord entre Hahnemann et ses devanciers se montre plus clairement encore lorsqu'il s'agitdu traitement. Il préconise, il est vrai, la méthode ordinaire contre la gonorrhée, déclare que son spécifique n'est pas connu (§ 71) ; mais, pour le chancre, il veut un traitement tout différent de celui du chirurgien anglais. Il rejette complètement les applications locales, soutenant que « déplacer l'ennemi de quelque recoin impénétrable ne peut s'appeler guérir (§343), » il indique ensuite un traitement général dont le mercure soluble devait être la base. La nécessité d'une médication interne lui paraît mieux démontrée encore pour la syphilis constitutionnelle , dont la généralité n'était même plus un sujet de discussion.

Quelle que soit la période à laquelle la maladie est parvenue, Hahnemann recommande de rechercher l'action dynamique et spécifique du médicament, défaire tous ses efforts pour éviter ses effets perturbateurs. « Ce qu'il y a de positif, dit-il, c'est que la « destruction du virus n'est indiquée ni par l'absorption d'une « masse considérable de mercure donnée dans un temps très- « court, comme on l'a cru, ni par la salivation dont l'effet curatif « est très-limité, ni par les effets purgatifs que le métal peut dé- « velopper en quelques cas ; en un mot, que la cause de la ma- « ladie n'est entraînée ni par la salivation, ni par la diarrhée, ni « par les sueurs (comme Sanchez le pense), ni même par un « flux d'urine; mais que la guérison dépend bien plus d'une « modification spécifique de V organisme, à laquelle on peut, je « crois, donner le nom de fièvre mercurielle (§ 289). »

Cette fièvre a des caractères tranchés. « Le malade se plaint « d'avoir un goût métallique dans la bouche , de sentir conti- « nuellement une mauvaise odeur. Il éprouve des borborygmes

CONSIDERATIOMS GÉNÉRALES. 5 3

de Hunter. Celui-ci croyait que le premier effet de

« non douloureux, mais qu'on entend à distance. Son teint « devient terreux ; le nez se pince, un cercle bleu se forme au- « tour des yeux ; ses lèvres sont blanches; enûn le malade accuse « un frisson continuel qui va toujours en augmentant et envahit « peu à peu les parties les plus profondes. Le pouls est petit, « dur et fréquent. Le sujet a une tendance continuelle à vomir, « du dégoût pour tous les aliments, surtout pour la viande ; une « céphalalgie déchirante et pressive , qui se fait sentir de préféo rence à l'occiput et à la racine du nez. Le nez, les oreilles , les « mains et les pieds sont froids. Il y a de la soif et de la consti- « pation. Le sommeil est troublé par des rêves effrayants, ac- « compagnes de petites sueurs. L'abattement est extrême ; il y a « de Fagitation et une oppression anxieuse telle que le malade « croit n'avoir jamais rien enduré de semblable. — Les yeux sont « brillants, comme remplis d'eau, il y a un enchifrènement con- « tinuel : les muscles du cou sont raides, comme dans le rbuma- « tisme; la langue est couverte d'un enduit blanc. Lorsque tout «' va bien, il arrive au malade un malaise douloureux en avalant, « une douleur vive à la base de la langue, de chaque côté de la « bouche; les dents lui semblent molles et branlantes, et la « gencive se retire vers la racine de la dent, devient fongueuse, « rouge, sensible et gonflée, les amygdales et les glandes sous- « maxillaires se tuméfient, l'haleine prend une odeur rance toute « spéciale, sans que la sécrétion salivaire paraisse augmentée^ « et sans qu'il y ait ni diarrhée ni sueurs profuses (§ 295). »

Dans la pensée de Hahnemann, « c'est de la force de ce mouvement fébrile et non de la quantité des évacuations que dépend la guérison (§291). »

Le moyen d atteindre à ce but est d'employer une substance facilement absorbable. « La préparation mercurielle Itplus cer- « taine dans son action, la plus énergique et la moins perturba- « trice, sera celle qui donnera à ce métal la faculté de se dis- « soudre dans les liquides de l'estomac, et d'être ensuite facile- « ment absorbée ; celle dont les effets chimiques seront le « moins marqués, mais qui permettra au médicament de dé-

« ployer toutes ses propriétés spécifiques (§ 463) Le mercure

« oxydé, ajoute Hahnemann, sans le moindre mélange d'acide « est le seul qui agisse sur les premières voies d'une façon près-

ces agents pathogéniques était tout à fait local (1)^ et que

« que imperceptible, et sans causer de douleur, le seul qui pénètre « aisément dans nos humeurs, et que l'on puisse donner en quan- « tités exactes et bien pesées (| 534). »

Tous les homœopathes reconnaîtront sans peine, dans ces citations, le germe de la méthode à laquelle Hahnemann devait s'arrêter plus tard pour tous les médicaments. Ce qu'il donne ici c.omme une condition essentielle de l'action curative du mercure, il devait en faire, un jour, une loi générale de thérapeutique, loi qui consiste à préférer l'action dynamique des médicaments à leur action locale, leur action spécifique à leurs effets perturbateurs. Le moyen seul a changé ! Au lieu de l'oxydation, procédé recommandé pour le mercure, mais inapplicable au plus grand nombre des agents thérapeutiques, Hahnemann substitua la dilution et la trituration prolongées, ce qui le conduisit à l'emploi des doses infinitésimales. Mais si le procédé est différent, le but reste le même, et c'est celui que nous devons encore nous proposer d'atteindre.

Une dernière remarque. Si l'on compare les opinions acceptées par Hahnemann au sujet de la pathologie de ce qu'il nomme avec Hunter la maladie vénérienne, et celles qu'il professe relativement à la thérapeutique de cette diathèse , on est surpris de la contradiction qui s'y rencontre. Tandis que l'auteur rapporte à une seule et même cause, met sur le même plan la blennorrhagie et le chancre, de l'autre il indique pour ces deux affections un traitement absolument opposé ; tandis qu'il considère l'ulcère primitif comme une maladie locale, il recommande de lui opposer un traitement général, le seul qui puisse être curatif. Il veut, de plus, qu'on administre le mercure de manière à n'obtenir que son action dynamique et spécifique, et à éviter ses effets perturbateurs. #î'est-il pas évident qu'Hahnemann, se laissant guider par une observation attentive, a été conduit, pour la syphilographie d'abord, à modifier la pathologie par la thérapeutique, pour mettre la première en harmonie avec les résultats de la seconde ?

(I) Hunter pensait même que les symptômes delasyphihs constitutionnelle avaient ce caractère. H dit : « Je désigne par le « mot constitutionnel, cette forme de la maladie ; cependant, à la « rigueur, elle ne mérite pas cette qualification, car chacune des « affections morbides qui en sont la conséquence est véritablement

c'était seulement après avoir irrité ou ulcéré les tissus qu'ils passaient dans les vaisseaux lymphatiques^ puis dans la constitution tout entière. Hahnemann/ au contraire^ déclare que l'absorption du virus doit précéder toute action morbide^ et que c'est seulement après avoir désaccordé la force vitale que les altérations locales apparaissent. « C'est seulece ment, dit-il^ après que tous les organes sont ainsi a pénétrés par le mal reçu dans le corps, quand Tor- « ganisme est devenu de toutes parts vénérien, c'estc( à-dire lorsque la maladie vénérienne a complété son « développement intérieur, que la nature s'efforce de c( soulager le mal interne et de le réduire au silence, c< en faisant apparaître un symptôme local (1). »

Partant de ce principe, notre maître reconnaît trois périodes dans le développement d'une maladie vénérienne : l'infection, l'incubation et le développement des lésions organiques.

\J infection a lieu dans un moment indivisible. « Dès « que, par suite d'un coït impur, le miasme syphiliti- « que s'est trouvé imprégné dans la partie sur laquelle « il a frotté, dès ce moment même il n'est plus local, c( et le système nerveux entier, tout le corps vivant a « déjà perçu sa présence, le miasme est déjà devenu « la propriété de l'organisme entier (2) . » La preuve, c'est qu'on (( a beau s'essuyer, se laver même sur-le-

« locale^ et est produite par le simple contact du poison avec les « parties affectées, » (Hunter, Malad. vénérienne, 1859, p. 50.)

(1) Voyez Doct. et trait, des maladies chron. y 1846, t. I^ p. 54.

(2) Loc. cit.,^. 123.

0 champ avec quelque liqueur que ce soit, et même... (( on a beau exciser la partie, il est trop tard, tout « est inutile , la maladie se développe nécessaire- « ment (1). »

Uincubation comprend toute cette période pendant laquelle se développe Faction dynamique du virus, a Lorsque l'infection a pris, ajoute Hahnemann, le « corps vivant tout entier en est aussitôt pénétré. Im- (( médiatement après le moment de Tinfection, la force mation de la maladie vénérienne commence dans « tout l'intérieur (2). »

Enfin, après l'incubation arrive le développement des symptômes : « En troisième lieu, la manifestation c( du mal extérieur, par laquelle la nature annonce c( que la maladie miasmatique s'est intérieurement dé- (( veloppée et répandue dans l'organisme entier (3). » Après avoir ainsi reconnu l'existence et le mode d'action des virus vénériens, Hahnemann cherche quels en sont les effets. Pour le virus syphilitique, il en admet trois d'ordres différents. D'abord le chancre, dans lequel le pus contagieux se puise toujours, et qui est c( apte à communiquer le même miasme, c'est-àc( dire la maladie vénérienne chancreuse à d'autres c( personnes par l'effet du contact (4). » Avec cet ulcère et comme son compagnon obligé, il indique le bubon. Après le chancre, « des symptômes à chaque

(1) Ibicl, p. 123.

(2) Loc. cit., t. I, p. 53.

(3) Ibid., 1846, t. I, p. 49.

(4) Ibid., J846, t. 1, p. 64.

« instant nouveaux et de plus en plus fâcheux (1) ; » enfin des formes morbides mal caractérisées, et auxquelles on a donné le nom de syphilis larvée, pseudosyphilis (2).

Hahnemann rapporte les deux premiers groupes de symptômes à Taction du virus syphilitique seul ; quant au dernier, il lui parait être le résultat de la complication de la syphilis avec une de ces affections chroniques, également virulentes^ et dont la gale était pour le fondateur de Thomœopathie la forme primitive et contagieuse.

Notre maître fait une remarque importante relativement à ces complications; c'est qu'elles ne peuvent avoir lieu si les deux virus qui s'ajoutent ne sont en activité^ si la psore n'est elle-même en complète évolution ; la syphilis suivant^ au contraire^ son cours habituel, quand elle vient à frapper sur un sujet chez lequel la psore est à l'état latent. « La syphilis, « dit-il, ne se complique pas plus que la sycose avec « la gale encore latente (3) . »

Il assigne à la syphilis un troisième caractère : son incurabilité par les seules ressources de la force vitale. (( C'est ainsi, dit-il^ qu'une affection vénérienne c( chancreuse^ qui n'a jamais été guérie par le merce cure^ son spécifique^ et qui s'est transformée en sy- « phihs, ne s'éteint jamais d'elle-même^ mais aug- « mente d'année en année, même chez les sujets les

(1) Voyez Doctrme et trait, des mal. chrori. 1846, 1. 1, p. 10.

(2) Ibid., i). 12J9.

(3) Ibid., p. 124.

s 8 DES MALADIES YÉNERIENNES.

(( plus robustes et qui mènent la vie la plus régulière, c( et ne cesse non plus qu'à la mort de déployer des «symptômes à chaque instant nouveaux et de plus « en plus fâcheux (1). »

La syphilis était donc pour Hahnemann une maladie virulente, générale de son début à sa terminaison, pouvant revêtir des formes diverses, dont la première était essentiellement contagieuse, et les autres héréditaires; enfin une maladie incurable par les seules ressources de la nature, exigeant par conséquent un traitement spécifique, capable de détruire la cause même de toutes ces souffrances.

La sycose présente, dans Topinion de notre maître, les mêmes caractères généraux. Elle débute par des excroissances, accompagnées souvent mais non toujours d^un écoulement urétral ; excroissances qui paraissent contagieuses, puisqu'elles se montrent quelques jours après le coït. A leur suite, on voit survenir des symptômes consécutifs, parmi lesquels a tantôt c( des excroissances analogues sur d'autres points du « corps, tantôt des élévations spongieuses, blanchâtres, c( sensibles et plates, dans la bouche, sur la langue, (( au palais, aux lèvres, tantôt de gros tubercules sail- « lants et bruns dans les aisselles, au col, au cuir (( chevelu, etc. ; » ou bien il se manifestait d'autres (( affections parmi lesquelles je ne citerai ici que le « raccourcissement des tendons des muscles fléchis- « seurs, notamment de ceux des doigts (2). »

(1) Ibid.,p. 10.

(2) Voy. Doct. et trait, des malad. chron,, 1846, t. I,p. 118.

Hahnemann admet encore que le virus de la sycose est capable de se combiner avec ceux de la syphilis et de la psore pour produire des formes morbides mixtes, compliquées quant à leurs symptômes et quant à leur traitement. — Ces complications, du reste, sont soumises aux mêmes lois que celles du virus syphilitique ; elles ont lieu seulement lorsque les agents qui s'unissent sont en activité, et non quand ils se trouvent à Tétat. latent (1).

Cette manière de comprendre la pathogénie des virus conduisit Hahnemann à diriger le traitement des maladies vénériennes tout autrement que Hunter ne Tavait fait; c'est-à-dire, à condamner d'une manière absolue, ce qu'on appelait le traitement local des symptômes primitifs, et à se borner à l'emploi de médicaments spécifiques donnés à l'intérieur. « Comme la présence du chancre ou du bubon, dit-il, « pendant le traitement, annonce que la syphilis sub- « siste encore dans Tintérieur, de même lorsque ce c( chancre ou ce bubon disparaît, sous l'influence du « seul médicament mercuriel donné à l'intérieur, sans « qu'on ait recours à un remède dirigé contre le « symptôme local lui-même, et sans que celui-ci laisse « la moindre trace, il est parfaitement certain que « tout vestige de la syphilis intérieure se trouve éteint « au moment de la cicatrisation achevée du chancre, « ou de la disparition du bubon. »

c( Mais il suit non moins clairement de là que toute

(1) Loc. cit.^^. 119.

« disparition du chancre ou du bubon qui succède à « l'emploi de purs moyens externes^ n'étant point « Teffet de l'anéantissement de la maladie vénérienne (( interne, par l'administration intérieure du remède (( mercuriel approprié, laisse la certitude que la syphilis « existe encore dans le corps, et que tous ceux qu'on G leurre de l'espoir d'une guérison parfaite, après les (( avoir soumis à un pareil traitement local, n'en sont (( pas moins pénétrés de la maladie vénérienne qu'ils (( ne l'étaient avant la destruction du chancre (1). »

(( Ce qui est vrai de la syphilis, l^est aussi de la sycose et dont la force vitale ne peut également point triom- « pher seule, » et qu'on croyait « guérir après la des- « truction des excroissances à la peau, ne faisant pas « attention que son foyer ou sa source existait tou- « jours (2). » Aussi, ajoute Hahnemann, « le résultat « immédiat et naturel de cette méthode était ordinai- (( rement qu'elles (les végétations) reparaissaient au « bout de quelque temps, et qu'alors on les soumet- « tait vainement à un nouveau traitement non moins « cruel et douloureux, ou que, quand on parvenait (( ainsi à les détruire, la sycose, privée du symptôme « local qui tenait lieu de l'infection interne, se maa nifestait d'une manière plus fâcheuse, par des maux « secondaires, les moyens de destruction extérieurs « employés contre les excroissances et le mercure (( administré intérieurement contre une maladie à « laquelle il n'était point approprié, n'étant point ca-

(!) Ihid., p. 12G.

(2) Organon, § 79.

(( pables de diminuer en rien le miasme sycosique, (( dont l'organisme entier se trouvait comme im- « prégné (1).»

Ces critiques adressées par Hahnemann au traitement habituellement préconisé et suivi, sont encore vraies de nosjours, et Thomœopathie fait exception sur ce point, comme il arriva au moment de la publication du Traité des maladies chroniques. Aujourd'hui encore, le butque se propose le médecin homœopathe, lorsqu^'il est appelé à traiter la syphilis ou la sycose, est de détruire le désaccord général qui constitue le fond de la maladie. Il sait, en effet, que ce résultat une fois obtenu, l'ulcère se trouve réduit à l'état de plaie simple, dont la cicatrisation ne se fait pas attendre; que la végétation se flétrit et ne tarde pas à tomber.

Pour arriver à ce résultat, il lui faut seulement choisir le médicament approprié. Comme je le prouverai plus loin, le seul moyen d'arriver à reconnaître cette substance, est de s'appuyer sur la loi des semblables, l'expérimentation pure et le principe d'individualisation des maladies. S'il est vrai, en effet, que le mercure guérisse la plupart des chalîh'es, le thuya et Vacide nitrique., un grand nombre de végétations, le cannabis, le natrum muriaticum, etc., certaines gonorrhées, il ne Test pas moins que ces médicaments ont la puissance de produire sur l'homme sain, l'ensemble des symptômes par lesquels ces maladies se caractérisent.

(J) Boct. et trait, desmalad. chron., Paris, 1846, p. H7.

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