L. SIMON
dérer alors comme un symptôme sympathique ; mais cette théorie tombe devant un fait signalé par M. Baumes, à savoir : que ce bubon existe Je plus souvent avec les chancres les plus petits et les moins profonds ; qu'il n'y a aucun rapport à établir entre sa fréquence, son volume, et Fétendue et Timportance de Tulcère ; qu'ainsi il ne peut se former que sous Tinfluence de l'intoxication générale, laquelle en est la cause fondamentale , comme elle est aussi la cause de l'ulcère primitif. La présence de ce dernier n'a plus alors qu'un effet : c'est de déterminer le siège du bubon.
Il n'en est plus absolument de même lorsque le pus sécrété par le bubon est inoculable. Dans ce cas, le rapport anatomique qui existe toujours entre le chancre et le ganglion malade, l'inflammation des vaisseaux lymphatiques intermédiaires, la forme que revêt l'ouverture de l'ulcère, forme qui est en tout semblable à celle du chancre primitif, tous ces caractères prouvent que le pus a passé directement dans le ganglion engorgé. La tumeur se produit alors comme le chancre lui-même, c'est-à-dire sous l'influence de l'action locale du virus et de son action dynamique combinées. Cette dernière ne peut être mise en doute, puisque l'absorption est évidente, et puisque des symptômes généraux nombreux précèdent l'apparition de la tumeur.
Ce qui prouve par-dessus tout que le bubon n'est pas un retentissement organique du chancre, c'est qu'il peut exister sans lui. La réalité du bubon
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d'emblée a été^ en effets trop bien établie par les observations des chirurgiens de Lyon, en particulier de MM. Diday et Baumes, pour que nous ne soyons pas obligés de l'admettre, malgré les dénégations de M. Ricord.
Selon M. Diday, ce bubon présente des caractères parfaitement tranchés :
1° Il est précédé d^une incubation beaucoup plus longue que celle du chancre ; il ne se forme guère que trois semaines après le coït.
2° Son apparition est précédée de symptômes généraux : insomnie, chaleur et sécheresse de la peau, frissons irréguHers, lassitude vague, inappétence, douleurs lombaires. Tous ces signes de perturbation générale s'eâacent à mesure que la tumeur se développe.
3° L^inflammation est toujours modérée ; Tengorgement s'accroît lentement, arrive lentement à suppuration, et atteint rarement le tissu cellulaire.
4° D'où la longue durée de cette adénite, qui se prolonge parfois au delà d'un mois.
5" Cette tumeur se termine presque toujours par suppuration; mais son ouverture ne devient jamais chancreuse, et le pus n'est point inoculable.
6° Ce bubon n^est jamais suivi de syphilis constitutionnelle (1).
Or, parmi ces six caractères, les deux premiers prouvent sans réplique la théorie que je soutiens. Du
(1) Diday, Exposition critique et pratique, des nouvelles doctrines sur la syphilis, p. 189.
H 2 DES MALADIES VENERIENNES.
moment, en effet, où le bubon et emblée est précédé d'une longue incubation,, du moment où des symptômes généraux existent avant la formation de la tumeur, il faut bien admettre que la cause morbide a une action d'abord générale ; que ce bubon, en un mot, est une maladie localisée.
D'un autre côté, la faculté qu^il possède de se terminer presque toujours par suppuration ( caract. 5), et de ne jamais fournir de pus inoculable (caract. 5), porterait à penser qu'il est de même ordre que le bubon sympathique du chancre mou ; et par conséquent, un effet du virus capable de produire ce dernier.
Les observations de M. Baumes conduisent, je dois le dire, à une conclusion différente. Ces observations sont au nombre de huit (1). Celles des deux premiers malades sont des exemples de bubons qui ont pu se résoudre sans suppurer ; tandis que chez les sujets de la sixième, de la septième et de la huitième, la suppuration a eu lieu, l'ouverture de la fistule a pris Taspect d'un chancre, et le pus a donné un résultat positif à Finoculation. Enfin, chez le septième malade, le bubon a été suivi d'une éruption d'ecthyma secondaire bien caractérisée.
En rapprochant ces résultats des caractères indiqués par M. Diday, on voit que le bubon d'emblée se comporte de trois manières différentes ;
1° Tantôt, il se compose d'une tumeur passant à la
(1) Précis des malad. vénériennes, t. I, p. 30etpass.
SYPHILIS CHANCREUSE. 113
suppuration, et ne donnant pas de pus inoculable, comme il arrive au bubon soi-disant sympathique du chancre mou.
2° Tantôt, il suppure, fournit un pus inoculable, et Couverture de Fulcère prend l'aspect d^un chancre : ce qu''on observe dans le bubon par absorption du même chancre mou.
3° Enfin il est suivi de symptômes constitutionnels, comme après un bubon induré.
Il est évident, d'après cela, que la cause du bubon d'emblée est la même que celle du chancre ; le virus du chancre mou Tengendre aussi bien que le virus du chancre induré, et la tumeur ganglionnaire participe toujours aux caractères de l'agent morbide qui l'a produite.
Ce point admis, il a fallu en trouver l'explication ; chose difficile, lorsqu'on suppose que la syphihs est une maladie locale à son origine ; que c'est seulement le pus sécrété à la surface du chancre qui passe dans les lymphatiques et détermine l'engorgement, l'induration ou la suppuration des ganglions ; explication plus facile, au contraire, si l'on admet avec Hahnemann que l'infection virulente précède toute action organique, et que le premier efïetde aV agent hostile à la vie » est de troubler l'action régulière de la force vitale, pour la pousser ensuite c( aux actions insolites que nous nommons maladies (1), » On comprend, en effet, alors, comment un état diathésique, dont la localisation
(t) Organon, §11.
habituelle a pour effet un chancre suivi d^un bubon, donne lieu, dans d'autres circonstances, à un ulcère sans bubon, ou à un bubon sans ulcère.
Il y a là, toutefois, une anomalie, une exception à la règle générale; et cette exception elle-même doit avoir un motif. Ne pourrait-on arriver à la comprendre, en se rappelant que la production du chancre est due, à la fois, à l'action locale et à Taction générale du virus, et que s'il arrive, pour des raisons bien mystérieuses, je l'avoue, que l'impression organique laissée par Tagent infectieux ne soit pas assez énergique pour déterminer la formation de l'ulcère, l'état dynamique se localisera sur les ganglions ?
Quoi qu'il en soit de cette explication, bien insuffisante évidemment, le fait reste au-dessus de toute contestation : le virus du chancre mou et celui du chancre induré peuvent engendrer, l'un et l'autre, des bubons sans ulcères primitifs.
Il n'est donc pas possible d'admettre, avec M. Ricord, que le chancre est le symptôme unique de la syphilis primitive; il faut au contraire reconnaître avec Hahnemann, dont le témoignage se trouve confirmé par les recherches de MM. Diday et Baumes, que le bubon doit être placé, sous ce rapport, à côté du chancre, qu'il accompagne souvent, et qu'il remplace quelquefois.
La syphilis se montrera alors comme une maladie virulente, générale de son début à sa terminaison, et, de plus, spécifique.
N'est-elle pas spécifique par sa cause, spécifique
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par ses symptômes^ spécifique aussi par son traitement ?
On devra se rappeler que ce traitement^ pour être curatif^ doit être général. Faute de présenter ce double caractère de spécificité et de généralité, il est impuissant à entraver la marche de la maladie. L'état diathésique persiste alors, se transforme avec le temps, et la syphilis constitutionnelle apparaît.