SYPHILIS CONSTITUTIONNELLE
La syphilis constitutionnelle succède au chancre induré. Avec elle cesse la précision que nous ofi'rait la syphihs primitive : sa symptomatologie est un tableau sur lequel on efface et on ajoute chaque jour (1 ) ; son diagnostic est parfois douteux , son pronostic incertain. La science a fait cependant, sous tous ces rapports, de nombreuses conquêtes qu'il importe de constater et d'utiliser.
A. Symptomatologie. — La description de la syphilis parvenue à sa seconde période a présenté pendant longtemps une étendue sans limite ; les syphilographes s'étant laissé entraîner à placer dans son cadre le plus grand nombre des états pathologiques qu'ils voyaient apparaître à la suite du chancre.
On est tombé de nos jours dans une exagération
{!) Léon Simon père, Commentaires sur l'organon.,^. 271.
contraire^ en tenant compte seulement des symptômes nettement accusés^, sur la nature desquels le doute n^est pas possible, et qui sont, en quelque sorte^, les caractères constants de la maladie.
L^observation nous oblige à n'êtrepas aussi exclusifs ; car elle nous conduit à distinguer^ au milieu des formes appartenant à Fétat constitutionnel, trois groupes différents. Le premier comprend les symptômes caractéristiques dont je parlais tout à l'heure; le second, des états pathologiques souvent méconnus, parce qu'ils occupent des organes où Ton n'est point accoutumé à retrouver l'action du virus syphilitique ; le troisième, enfin, se compose de ces formes douteuses auxquelles on a donné le nom de syphilis larvée, pseudo-syphilis, el que M. Yvaren désigne sous le titre inexact de métamorphoses (1).
(1) Yvaren, Métamorphoses de la syphilis.
Le titre de cet ouvrage est la seule partie qu'on puisse en criti quer; ce livre en lui-même étant un des plus intéressants qui aient été publiés sur les formes douteuses de la syphilis, le seul où l'on rencontre une méthode pour arriver à fixer leur diagnostic.
Les nombreuses observations recueillies par l'auteur ont été divisées par lui en trois catégories : la première comprend les maladies du système nerveux : les névroses et les névralgies, les maladies convulsives, les maladies de l'oreille, la paralysie, la fièvre intermittente ; — la seconde, les maladies des organes membraneux coryza, ophthalmie, cécité, fistule lacrymale, cataracte; — affections intestinales : dyssenterie, gastralgie; — maladies organiques, phthisie, cancer ; — hydrocèle, rhumatisme musculaire, arthrite, tumeur blanche, rachialgie. —La troisième, les maladies des organes parenchymateux : phthisie pulmonaire et laryngée, pneumonie, asthme, œdème de la glotte, anévrisme,
Le premier groupe se divise en deux classes^ fondées sur le moment où l'oa voit apparaître les accidents qui composent chacune d'elles. Il y a des symptômes syphilitiques secondaires et des symptômes ter tiaires; le chancre et le bubon composant, à eux seuls, toute la période primitive de la maladie.
Lorsqu'elle est à Y état secondaire, Ib. syphilis envahit la peau, les membranes muqueuses et les ganglions lymphatiques, se présentant sous la forme de syphilides superficielles, d'ulcérations de la bouche et de la gorge, d'engorgement des ganglions cervicaux. Puis, lorsqu'elle se dispose à subir sa dernière transformation, elle atteint plusieurs viscères, en particulier l'œil
maladies du foie, des reins. Viennent enfin les maladies diathésiques : squirrhe, cancer, ulcères atoniques.
Il suffit de lire ces observations pour rester convaincu sur un premier point ; c'est qu'il est dangereux, en pathologie, de s'en tenir seulement aux caractères organiques des maladies, qu'il faut toujours remonter jusqu'à leur diathèse; et qu'il n^est pas moins dangereux, en thérapeutique, de poursuivre ce que Hahnemann appelait la cure du nom.
Parmi les faits rapportés par M. Yvaren, on en trouve un grand nombre dans lesquels l'erreur a tenu précisément à la méthode vicieuse suivie ordinairement. C'est pour s'être arrêté aux symptômes habituellement présentés par les malades, pour n'avoir pas tenu compte des nuances que chacun d'eux pouvait olîrir, que le médecin a cru à une épilepsie ordinaire, à une gastrite, à une dyssenterie, à une phthisie, lorsqu'il s'agissait seulement d'une affection syphilitique du système nerveux, ou d'un ulcère secondaire développé sur la membrane muqueuse de l'estomac , de l'intestin ou du larynx. Le grand service rendu par M. Yvaren est d'avoir indiqué le moyen d'éviter de semblables méprises, et d'avoir cherché à préciser le diagnostic de ces états morbides douteux.