‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 20 sur 86 · H 8 DES MALADIES VÉNÉRIENNES · texte numérisé non relu

H 8 DES MALADIES VÉNÉRIENNES

et le testicule, donnant lieu à Tiritis et au sarcocèle fongueux syphilitique. Dans sa période tertiaire, le virus se localise sur le système osseux et le tissu cellulaire, causant les périostoses, les exostoses et les gommes ; reparaît ensuite à la peau sous la forme de dermatoses profondes et tardives, désorganise enfin les viscères.

Le second groupe n'a reçu aucune subdivision. Il renferme une partie de ces affections, regardées à tort comme des métamorphoses , et dont la nature a été méconnue parce que le diagnostic de la vérole n'a pas toujours été aussi précis qu^'il Test actuellement, ou parce que la maladie s'était localisée sur les organes qu'elle respecte d'ordinaire. Je citerai comme exemple ces indurations dont M. Yvaren rapporte des observations, et qui ont fait croire à des cancers; ces ulcérations vénériennes qui s'étaient développées sur le larynx, l'estomac et le tube digestif, faisant naître des symptômes analogues à ceux de la phthisie, de la gastrite et du cancer.

Dans le troisième groupe se placent des affections plus trompeuses encore : Tépilepsie, le tétanos, l'apoplexie, la cataracte, le carcinome de l'œil, la phthisie, etc., maladies qui se développent habituellement chez des sujets absolument exempts de syphilis, et qui sont une exception pour ces derniers. C'est à l'occasioa de ces formes douteuses de la vérole que M. Yvaren a dit : {( La syphiHs peut emprunter perfidement la forme (( de toutes les autres maladies, commettre sous ce « travestissement mille désordres dans l'économie, et,

SYPHILIS CHANCREUSE. 119

« renouvelant la fable du vieux pasteur des trouce peaux de Neptune, comme Protée, revêtir les a formes les plus insidieuses et les plus diverses.

Parler ainsi était exprimer dans un langage poétique une vérité incontestable, à savoir que la syphilis, étant une maladie générale, peut se localiser sur tous les organes, revêtir ainsi des apparences symptomatologiques en rapport avec les fonctions de Tappareil ainsi altéré. Faculté importante à retenir, mais qui n^exclut en rien la préférence bien marquée de cette maladie pour certains tissus, en particulier pour la peau, les membranes muqueuses, le tissu cellulaire et le tissu osseux.

Ainsi que je le dirai bientôt, en parlant du diagnostic, la vérole conserve alors des caractères assez précis pour qu'il soit possible de la reconnaître. Ces caractères montrent en même temps que, dans ce cas, le virus syphilitique est la seule cause de toutes ces souffrances; souffrances qu^il engendre sans rien perdre de sa spécificité.

Les affections syphilitiques du troisième groupe n'ont plus une origine aussi simple. Le poison vénérien ne concourt à leur développement qu'après s'être adjoint à une autre cause morbide.

Ce fait a été reconnu de tous les pathologistes. Tous ont admis que si certains sujets étaient devenus épileptiques, cancéreux ou tuberculeux à la suite d'un chancre, c'est qu'ils étaient prédisposés à l'épilepsie, aux tubercules ou au cancer, et cela, antérieurement à toute infection vénérienne.

Hahnemann est allé plus loin, en remontant jusqu'au fait « de la prédisposition héréditaire que tous a les systèmes admettent, qu'aucun d'eux n'a su exce pliquer ; qu'aucun d'eux n'a su combattre utilece ment (1). » Cette prédisposition, selon lui, serait le résultat de la présence d'un autre virus dans l'organisme, le signe de l'existence d'une maladie chronique à l'état latent. On comprend alors comment la syphilis, rencontrant une diathèse de même ordre, mais d'espèce différente, s'unit à elle, donnant ainsi lieu à une compHcation et non pas à une métamorphose.

Pour Hahnemann encore, ces virus, causes des véritables maladies chroniques non vénériennes, étaient celui de la gale et celui de la sycose; c'était avec eux que le virus de la syphilis pouvait s'unir. « Par l'effet de cette as- « sociation,enseigne-t-il, naît ce qu'on appelle la syphic( lis larvée, et chez les Augiâls pseudo-syphilis, mons- {{ tre de maladie double, qu'aucun médecin, jusqu'à (( présent, n'a pu ramener à la santé, parce que nul « d'entre les médecins n'a, jusqu'à ce jour, connu la « gale dans toute son étendue et dans sa nature, soit à a l'état latent , soit à celui de développement , et « qu'aucun n'a soupçonné même, bien loin de l'obc( server, cette effrayante complication avec fa sy- (( philis (2). ))

On objectera sans doute à cette assertion l'impos-

(1) Léon Simon père, Leçons de médecine homœopathique , Paris, 1835, p. 306.

(2) Voyez Traité des maladies chroniques, p. 146.

SYPHILIS CHANCREUSE. 121

sibilité d'accorder à la gale un caractère virulent, de prendre cette dermatose pour autre chose que le résultat de la présence du sarcopte. Il a été bien des fois répondu à ce sujet par Técole homœopathique (1) ; bien des fois on a montré que la présence de l'acarus ne prouvait rien contre la réalité du virus psorique^ qu^au moins elle ne la détruisait pas plus que Texistence du serpent n^'exclut celle de son venin. Du reste, que la gale soit ou non suivie de symptômes consécutifs, qu'ail faille y rapporter les maladies chroniques non vénériennes, ou les en séparer, cela importe peu au sujet qui nous occupe. Ce qu'on ne peut nier, c'est que les maladies chroniques non vénériennes ne soient virulentes; qu'elles compliquent parfois la vérole; qu'ainsi il faut bien que leur cause, quelle qu'elle soit du reste, s'unisse au virus syphilitique, pour produire ces maladies mixtes par leurs symptômes et par leur nature. Ceci ressort aussi des caractères attribués àces différents états qu'on appelle syphilis larvée, et parmi lesquels on constate deux ordres de phénomènes ; les uns qui se trouvent en rapport direct avec les signes habituels de la maladie simulée, les autres avec ceux de la vérole. Tandis que les premiers peuvent conduire à de fâcheuses méprises, les autres éclairent le diagnostic et fixent l'opinion du médecin. Dans ce cas, l'aspect ordinaire de la maladie n'existe plus, et les changements si profonds qu'elle présente né sauraient s'expliquer sans admettre une complication.

(1) Voyez Commentaires sur rOrgonon, par le docteur Léon Simon père, p. 375 et pass.

Enfin, Inobservation, en nous révélant les antécédents des malades, nous fait reconnaître également Texistence de ces causes morbides, dont la présence s^'était manifestée à d^autres époques par des signes certains. Elle fait plus encore, en nous apprenant quel était Fétat de santé du sujet lorsque le chancre a été contracté, et les modifications qui se sont produites depuis le moment où l'infection vénérienne a eu lieu. En comparant alors ce qu'était le tableau de la maladie avant la contagion, avec celui qu'elle présente après cette dernière, il est facile de suivre les effets de ces deux causes réunies.

Je citerai à Tappui de ce qui précède un fait assez curieux. Un jeune homme de 25 ans, lymphatique, adonné à toutes les habitudes du libertinage, contracte un chancre induré en d 855. L'ulcère est prompte ment cautérisé, il n'y a point de traitement interne, et, avant la fin du sixième mois , une éruption de taches lenticulaires couvre le tronc et les membres, tandis que des tubercules plats se forment au cuir chevelu. Ce jeune homme consulte alors une de nos spécialités les plus célèbres; un traitement mercuriel est institué et les tubercules disparaissent.

L'éruption persiste ; mais elle offre un caractère si mal défini, quant à la coloration et à la forme des taches, qu'un second médecin spécialiste ne crut pas devoir la rapporter à la syphilis. C'est alors que je fus consulté.

Ce jeune homme m'apprit qu'il avait eu des éphélides dès sa jeunesse, bien avant de devenir syphilitique ;

SYPHILIS CHANCREUSE. 123

que ces taches occupaient la partie postérieure du cou et les épaules^ mais qu^elles n^av aient jamais paru ailleurs, tandis que la dermatose qui avait succédé au chancre , s'était au contraire localisée sur la partie antérieure du thorax et sur les membres. Les taches que je constatai sur ces régions étaient petites, mais d'une teinte tout à fait grisâtre, rappelant la nuance des éphélides; celles-ci, au contraire, présentaient une coloration vive, tout à fait inaccoutumée.

Les caractères incertains de l'éruption me firent penser, conformément à renseignement de Hahnemann, que la cause ordinaire des dermatoses s'était unie à celle de la roséole, ce qui expliquait les modifications présentées par ces deux éruptions. En tenant compte alors de tous les symptômes, je donnai successivement mercurius solubilis, lachesis, aurum, sulfur.

L'éruption du tronc et des membres commença à pâlir; en même temps, les taches éphéliques du dos et des épaules reprirent leur teinte accoutumée. A mesure que la complication syphilitique s'effaçait, la maladie primitive revenait à sa forme habituelle, preuve certaine que c'était à cette complication même qu'il fallait rapporter la seconde éruption et sa forme si mal définie. Ce qui est vrai ici, le serait également de ces différents états sur lesquels le médecin hésite souvent, faute de pouvoir s'appuyer sur les symptômes habituellement pathognomoniques de l'état morbide qu'il est appelé à traiter.

Hahnemann a non -seulement établi la réalité de

ces complications si fréquentes de la syphilis, il a déterminé, en outre, les conditions dans lesquelles elles se produisent. « Il n'y a que la gale développée, dit-il, et « dessinée sous la forme de maladies chroniques évia dentés, qui puisse se compliquer avec le mal vénéc( rien; la gale, encore latente et sommeillante, n'ayant « pas cette faculté (1). » — Et il ajoute : m Tantôt le a sujet est déjà atteint d'une maladie chronique au « moment où il contracte l'infection syphilitique, et « par conséquent la syphilis se trouve compliquée de « la gale pendant l'existence même du chancre ; tan- « tôt, s'il n'y avait point encore de maladie chronique (( dans le corps à l'apparition du chancre, et s'il ne se (( montrait que les signes d'une gale sommeillant à c( l'intérieur, un médecin non-seulement a détruit le « symptôme local par un long emploi de moyens exce ternes fort douloureux, mais encore il a soumis le « malade à un traitement interne débilitant, en im- G primant une violente secousse à la constitution. Il (( est résulté de là que la santé générale a été détruite, « que la gale, jusqu'alors latente, est sortie de son som- « meil, et qu'elle a provoqué la manifestation d'affec- « lions chroniques , qui se sont alors associées à « celles de la syphilis interne dont le symptôme exté- (( rieur avait été traité d'une manière si peu rationce nelle (2) . »

Cette remarque nous explique les irrégularités que l'on constate parfois dans la syphilis, dès ses premières

(1) Traité des maladies chroniques, p. 145.

(2) Ibid.

SYPHILIS CHANCREUSE. 125

manifestations ; elle nous rend compte des différences que présentent certains chancres sous le double rapport de leur marche et de leur traitement, de la résistance qu'ils offrent lorsqu'on les soumet exclusivement au mercure,, de l'amélioration qu'ils éprouvent lorsque quelque préparation sulfureuse est donnée à titre d'intercurrent. Elle nous explique aussi comment la syphilis primitive ayant offert ses caractères habituels, la syphilis secondaire présente des déviations si profondes. Dans le premier cas^ la complication du virus et delapsore a eu lieu dès le début, parce que cette dernière diathèse était en pleine activité au moment de l'infection vénérienne ; dans le second cas, elle ne s'est produite que plus tard, parce que la psore s'était trouvée à l'état latent.

Tout prouve que les conditions indiquées ici par Hahnemann, sont parfaitement légitimes. Ne sait-on pas que les forces considérées d'une manière abstraite, se combinent seulement lorsqu'elles sont en activité, qu'il est fait un constant usage de cette propriété en mécanique, où l'on met à l'état de repos les puissances que l'on veut éviter; que les virus, en obéissant à cette loi, ne font que rentrer dans la règle générale, à laquelle rien ne nous autorise aies soustraire? Ne sait- on pas aussi qu'il y a des sujets psoriques et scrofuleux chez lesquels la syphilis suit sa marche habituelle, donnant lieu à ses formes les mieux accusées, sans participer en rien aux caractères de ces autres affections, et que, dans ce cas, aucun signe de psore ou de scrofule ne paraît tant que dure la vérole ? Ceci arrive lorsque la

première diathèse était à Tétat latent au moment de rinfection vénérienne, lorsque le traitement a été assez direct pour triompher de cette dernière, assez peu perturbateur pour ne pas mettre en éveil le premier virus. Il est facile de comprendre tout le parti que le thérapeutiste pourra tirer de cette remarque, tous ses efforts devant avoir pour objet de guérir la syphilis en évitant toute espèce de complication.

La syphilis constitutionnelle est donc produite ou par le virus syphilitique seul, ou par ce virus associé à quelque autre cause de maladie chronique. Dans le premier cas, ses symptômes sont tranchés ; ils sont plus douteux dans le second. Dans la première hypothèse, la marche de la diathèse est régulière, et présente des périodes qui se succèdent dans un ordre parfait. . Les accidents secondaires succèdent aux symptômes primitifs dans un intervalle qui varie, selon MM. Diday et Ricord, du trente-cinquième au cinquantième jour à partir de l'apparition du chancre, mais ne dépasse jamais le sixième mois (1).

Les sym])i6mes tertiaires remplacent les précédents; ils ne se montrent jamais avant la fin de la demiannée, mais peuvent apparaître au delà, dans un espace presque illimité (2).

(1) Cette variabilité dans la date d'apparition des accidents secondaires serait importante s'il s'agissait d'une maladie de courte durée. Mais comme la syphilis se prolonge parfois autant que la vie, on comprend qu^un intervalle de six mois puisse être considéré comme une échéance fixe.

(2) Ricord, loc. cit.

SYPHILIS CHANCREUSE. 127

Il suit de là que la vérole affecte une marche constamment envahissante. Si elle développe ses premiers symptômes sur les surfaces de rapport, la peau et les muqueuses, c^est pour pénétrer ensuite jusqu'aux organes de la locomotion plus profondément situés que ces surfaces elles-mêmes,, et n^'envahir les organes essentiels à la vie, qu'après avoir, pour ainsi dire, fatigué l'organisme de ses avertissements répétés. Hahnemann a donc eu raison de ranger la syphilis au nombre des véritables maladies chroniques a qui font inces- « samment des progrès lorsqu'on ne leur oppose pas « des moyens curatifs, spécifiques contre elles, et qui, « malgré toutes les précautions imaginables par rapc( port au régime du corps et de l'esprit, accablent (( l'homme de souffrances toujours croissantes, jus- « qu'au terme de son existence (1) .»

La marche de cette diathèse n'est point continue; elle présente des moments de repos pendant lesquels la maladie semble ne plus exister; apparence trompeuse, puisque le sujet reste apte à engendrer des enfants syphilitiques. La syphilis est dite alors à l'état latent.

Enfin, la vérole ne revient jamais sur ses pas, alors même que, pendant sa durée, le malade contracte une nouvelle infection. Ce principe, auquel M. Ricord a donné le titre pompeux de Dogme de Vunicité, est, à la fois, une loi pathologique et un aveu d'impuissance. Pour que la vérole recommençât, il faudrait, en effet, que la diathèse eût été complètement éteinte. Le sujet

(1) Organon, § 78.

se trouvant alors affranchi de la première infection, en verrait une seconde suivre son développement accoutumé. Or^M. Ricord n^a jamais rencontré de semblable malade, ce qui prouve la faiblesse de la thérapeutique officielle lorsqu'il s^agit de détruire un virus^ d'éteindre une diathèse.

On est donc obligé de convenir que, dans Tétat actuel de la science, on ne guérit pas la vérole. Le mercure, Tiodure de potassium, seuls agents dont le médecin fasse usage, peuvent bien effacer les symptômes causés par le virus, réduire la maladie à Tétat latent, prolonger ses périodes de repos; mais ils ne vont pas au delà. La raison de cette impuissance serait facile à trouver; elle con^ste tout entière dans le petit nombre de ces spécifiques; et dans Timpossibilité où Ton se trouve de parer avec eux à toutes les formes que la syphilis est capable de revêtir.

La syphilis larvée, on le devine, n'offre plus cette même régularité. Elle succède au chancre, il est vrai, mais ce n'est pas dans un intervalle exactement limité. Sa marche n'est plus progressive, et l'on voit souvent les affections les plus graves remplacer, sans intermédiaire, les symptômes primitifs. Résultat de la réunion de plusieurs causes morbides, elle participe aux propriétés de chacune de ces puissances pathogéniques : de là, les difficultés qu'elle présente pour son diagnostic surtout.

B. Diagnostic. — En homœopathie, le diagnostic repose tout entier sur quatre principes ;

(( 1° Constater les caractères distinctifs d'une ma-

SYPHILIS CUANCREUSE. 129

« ladie, en tenant compte^ d^abord, de la cause pro- « ductrice,, puis de tous les symptômes par lesquels « elle se caractérise, considérés en eux-mêmes, dans « toutes les nuances qu'ils peuvent présenter et dans a les conditions qui aggravent ou améliorent chacun « d'yeux ;

(( 2° Considérer chaque cas individuel de mala- (( die comme une partie plus ou moins étendue d'un « état plus général que lui-même, de ce que Hahne- « mann nomme assez improprement la cachexie, que i< d'autres ont appelé la diathèse ; par conséquent, ca- « ractériser cette maladie, d'une part, par les symptô- « mes généraux diathésiques que présente chaque in- « dividu qui en est atteint ; de l'autre, par les symp- « tomes particuhers à chaque malade, symptômes qui « varient d'un sujet à un autre sujet, aucun d'eux n'of- «frant, soit dans les maladies épidémiques, soit dans (( les maladies chroniques, tous les symptômes de la (( diathèse ;

(( 3° Distinguer autant que possible, dans les souf- « frances du malade, l'affection primitive de l'atfection « médicinale conjointe, lorsque celui-ci a été soumis « à un traitement allopathique avant de réclamer les « secours de l'homœopathie ;

(( A° Étudier chaque cas de maladie qui se présente « à l'observation du médecin, comme un fait nou- (( veau, ressemblant sous plusieurs rapports à d'autres « cas du même genre sans leur être identique (4). »

(1) Léon Simon père, Commentaires sur VOrganon, p. 409 et suiv.

Ces principes s^'appliquent de tous points au diagnostic de la syphilis. Lorsqu'un malade vient à nous, porteur de quelque symptôuie capable de nous faire soupçonner l'existence de cette diathèse, nous devons chercher à reconnaître si le virus syphilitique est la véritable cause de ses souffrances; et dans le cas de l'affirmative, quelsravages il aproduits. Or, les virus étant des agents que nous ne connaissons pas en euxmêmes, que leurs effets seuls caractérisent, c'est en tenant compte de tous les a symptômes considérés en « eux-mêmes, dans toutes les nuances qu'ils peuvent « présenter et dans les conditions qui aggravent ou (( améliorent chacun d'eux, » que nous arriverons à les distinguer. Il nous faudra donc, pour atteindre à ce but, recueillir'avec soin non-seulement les lésions organiques , mais encore les « symptômes gêné- « raux, diathésiques, et les symptômes particuliers à « chaque malade. » Ces notions étant acquises, les modifications apportées par le traitement au tableau naturel de la maladie étant éliminées, le médecin pos* sédera une connaissance assez complète de l'affection qu'il observe, pour se prononcer sur son diagnostic et pour procéder à son traitement.

On pensera sansdoute que suivre cette méthode^ c'est s'embarrasser de soins bien souvent superflus ; qu'il est toujours facile pour un praticien exercé de reconnaître les formes de la diathèse syphilitique, par exemple les ulcères secondaires, les tubercules plats, les syphilides et les exostoses. Cette remarque serait vraie sans doute, si la syphilis était une maladie locale, si elle ne

SYPHILIS CHANCREUSE. 131

donnait jamais lieu à plus d'une forme morbide à la fois, si elle se trouvait toujours limitée dans le nombre de ses symptômes extérieurs. Mais^ comme cette affection est générale , comme elle se localise simultanément sur des régions souvent éloignées les unes des autres, comme, en outre des altérations locales, elle offre de nombreux symptômes généraux, il est impossible de la connaître dans toute son étendue sans réunir tous les phénomènes pathologiques accusés par le malade ou découverts parle médecin.

Du reste, cette diathèse offre souvent aussi des apparences douteuses qui se distinguent par des nuances fugitives, ou par des symptômes très-secondaires en apparence. N'est-ce pas à l'aide d'une de ces particularités, l'exacerbation nocturne, qu'on reconnaît une névralgie ou un rhumatisme syphilitique? N'est-ce pas aussi à l'aide d'une différence peu importante au premier abord, et cependant pathognomonique, qu'on distingue l'engorgement vénérien des testicules et des mamelles de la dégénérescence cancéreuse des mêmes organes? Le premier occupant toujours les deux glandes similaires, tandis que le second reste limité à l'un d'entre eux. Or, comment être certain que ces caractères n'échapperont pas, si l'on n'a soin de réunir toutes les indications que le malade sera en état de fournir ?

Cette réunion de l'ensemble des symptômes sera plus importante encore si la diathèse s^est localisée sur un organe profondément situé, échappant pour ce motif à l'examen direct. C'est ainsi, par exemple, que

Stoll (1), appelé à traiter deux petites filles atteintes d^affections pulmonaires graves, en reconnut la nature syphilitique à la présence d'exostoses que portaient ces jeunes malades. Certes^, si le médecin se fût borné^ dans ce cas^ à constater les symptômes saillants de l'état pulmonaire, son illusion eût été grande, car il n'aurait connu qu'une partie du mal^ dont la véritable nature lui aurait échappé.

Or, cette coïncidence de symptômes réellement syphilitiques a fait trop souvent reconnaître la véritable espèce d'un état morbide, pour qu'il ne soit pas trèsimportant pour le médecin de la constater. Sur cent vingt-cinq des observations de M. Yvaren, [elle s'est montrée quatre-vingt-dix-neuf fois. Chez tous ces malades la présence d'un chancre ou de sa cicatrice, celle d'un ulcère secondaire, d'une plaque muqueuse, d'une syphilide, de gommes, d'engorgements glandulaires, d'iritis, de douleurs ostéocopes, vint éclairer le diagnostic et montrer que la vérole n'était pas étrangère à ces affections dont, le plus souvent, la véritable nature avait été longtemps méconnue. Il n'en eût pas été ainsi, à coup sûr, si l'on ne se fût pas laissé arrêter par la considération exclusive des symptômes les plus apparents, si l'on eût tenu compte de toutes les lésions de sensibilité, de fonctions et de texture présentées par le malade, de leurs nuances et de leurs variétés.

L'individualisation pathologique recommandée par

(I) Yvaren, Métamorphoses de la syphilis.

SYPHILIS CHANCREUSE. 133

Hahnemann est encore la seule méthode capable de nous faire reconnaître les différentes formes de la syphilis larvée. Ainsi que je Tai dit, celle-ci est le résultat d^une complication; les phénomènes qui Texpriment, offrent par cela même des caractères douteux. C^est seulement en les réunissant tous, en comparant rétat morbide qu'ils représentent avec celui que la maladie simulée aurait dû revêtir, en tenant compte de toutes ces différences, qu'on peut prononcer sur la coexistence de plusieurs virus. Les exemples seraient faciles à donner. Tandis que les caractères de la toux, ceux de la fièvre, le marasme tendent à faire confondre la phthisie syphilitique et la phthisie tuberculeuse, Taspect des crachats, qui restent glaireux et transparents, l'absence d'hémoptysie et des signes stéthoscopiques habituels, permettront de les séparer. Mais, pour établir ces différences, il faut tout d'abord les constater, ce qu'on ne peut faire si l'on ne tient compte de tous les symptômes de la maladie.

Mais pour tirer parti de l'individualisation pathologique, il ne suffit pas de réunir toutes les souffrances ^vésentées par le malade; il faut encore les subordonner. C'est ici que la division des phénomènes appartenant à la syphilis , en symptômes généraux, symptômes locaux, et symptômes individuels, trouve toute sa valeur. G On sait, dit M. Yvaren, que nos aïeux accordaient « une grande importance à l'expression du faciès, « et qu'ils prétendaient reconnaître un vérole à son c( visage pâle, terreux, à la tristesse et aux rides mar- « quéessur son front, à ses yeux ternes, entourés d'un

« cercle livide^ à son regard morne, perdu^ préoccupé, « à ses lèvres décolorées, à la fétidité dé son haleine, « à la rudesse, à la couleur terne de sa barbe et de ses « cheveux qui tombent par places (1). » Les auteurs modernes ont encore ajouté à cette énumération. M. Bassereau, entre autres, résumant les symptômes accessoires des syphilides, les divise en quatre classes : c( 1° des douleurs ou simplement une rigidité doulou- {( reuse occupant diverses articulations et principale- « ment les épaules, les coudes et les genoux, augmen- « tant le soir, dans le lit spécialement, et causant Fin- (( somnie ; 2° des douleurs dans la continuité des os, « dans le sternum, dans les os longs, et notamment « dans le corps des tibias et des cubitus ; 3° une cé- « phalalgie diurne et nocturne; 4'' des accès fébriles « revenant périodiquement chaque soir, à la tombée « de la nuit, avec frisson, puis chaleur et sueur; 5° un « appétit quelquefois diminué, mais bien plus souvent « aussi, augmenté d'une manière notable ; e** de la « courbature, de la faiblesse, des malaises, de l^op- « pression, des vertiges, des sueurs nocturnes (2). »

Si Ton examine un à un chacun de ces caractères^, il est évident qu'ils sont sans valeur quand on les étudie séparément; mais qu'ils prennent beaucoup d'importance, au contraire, lorsqu'ils sont réunis. Il y a sans doute bien d'autres affections que la syphilis qui font tomber les cheveux, rident le visage, donnent de la céphalalgie, de la fièvre et des sueurs nocturnes;

(1) Loc. cit., 11. 522.

(2) Bassereau, hc cit., p. 380.

SYPHILIS CHANCREUSE. 135

mais il n'y en a point qui offre la réunion de ces souffrances. C'est donc en les connaissant toutes, non-seulement en elles-mêmes, mais aussi dans toutes leurs variétés^ qu'on peut en' tirer un parti avantageux.

Les symptômes locaux n'ont aussi toute leur valeur qu'autant que Ton s'arrête à l'ensemble de leurs caractères. Ceux-ci sont-ils considérés isolément? Ils perdent la plus grande partie de leur signification. Bien d'autres causes différentes du virus syphilitique peuvent, on le sait, causer des dermatoses qui se rapprochent des syphihdes par de nombreuses analogies. Or, ces dernières se distingueront non pas seulement par leur coloration, leur forme, Tabsence du prurit, etc., mais par tous ces caractères réunis, et, plus souvent encore, par des symptômes tout à fait accessoires. Ce qui est vrai des éruptions syphilitiques, l'est aussi des ulcères secondaires, des gonflements du périoste et des os, etc. Ce n'est pas par un seul signe que ces formes morbides se distinguent de celles auxquelles la syphilis ne prend aucune part, c'est par l'ensemble des phénomènes morbides qui les constituent. Lorsque, ces derniers étant reconnus, il reste encore quelque doute, c'est en les comparant aux symptômes généraux, diathésiques, qu'on peut faire cesser l'incertitude.

Les symptômes individuels nous font connaître la maladie et le malade. Ainsi que le rappelle M. Yvaren, « le ton, les allures, la physionomie générale qu'im- « priment les habitudes du libertinage étaient, et sont

« encore, de puissantes raisons de soupçonner la parce ticipation de la syphilis à la production des mala- « dies simulées, dont de tels sujets peuvent être porc( teurs (1). »

Cest aussi par ces symptômes, qu'on a coutume de négliger aujourd'hui, que le choix du médicament se trouve bien souvent fixé, que sa dose et son mode d'administration se modifient. On comprend facilement que la liste de ces caractères ne puisse être donnée; elle serait presque interminable; les idiosyncrasies, les influences du tempérament et de la constitution, celle des habitudes contractées, doivent y prendre leur place. Mais pour être nombreux, ces caractères ne sont pas moins importants. Seulement, il ne faut pas oublier qu'ils ne constituent jamais, en matière de diagnostic, que des probabilités ; leur valeur étant bien plus thérapeutique que pathologique.

Si l'on examine enfin l'importance relative des trois classes de phénomènes dont je viens de parler, on jugera que le médecin a intérêt à en tenir compte. La première, en faisant connaître les symptômes fondamentaux, diathésiques ; la seconde, en nous instruisant sur les symptômes locaux et formels, nous indiquent tout ce que nous avons besoin de connaître relativement à la maladie ; la troisième enfin, nous montrant ce qu'il y a d'individuel dans le cas observé, nous aide à le distinguer de tous ceux qui lui ressemblent.

Considéré isolément, chacun de ces groupes a une

(1) Métamorphoses de la syphilis, p. 523.

SYPHILIS CHANCREUSE. 137

importance relative ; réunis^ ils acquièrent une valeur absolue pour établir Tétat actuel du malade qui nous consulte.

Cette notion est la première que le médecin doive acquérir, mais elle n^est pas la seule. Hahnemann nous recommande, en effet, de remonter dans le passé du sujet après avoir reconnu son état présent, les antécédents, que Fon découvre par ce moyen, ayant une véritable valeur qu^il importe de fixer.

Étudiés par rapport à la maladie qui nous occupe, ils se divisent en trois catégories : 1° les antécédents syphilitiques, 2° les antécédents non syphilitiques, 3*" ceux auxquels on peut donner le titre d'antécédents thérapeutiques.

11 faut placer en première hgne, T^dVïniles antécédents syphilitiques, ^existence de symptômes primitifs à une époque quelconque de la vie du malade. Ce signe est d'autant plus important que, selon la remarque de Hahnemann, les virus sont des agents pathogéniques dont la forme vitale ne triomphe pas à elle seule, de sorte que, du moment où un malade avoue avoir subi leur première atteinte, il a toujours à se demander si les souffrances postérieures à Finfection n'en seraient pas une conséquence. Selon M. Yvaren, ni l'ancienneté ni la bénignité des symptômes primitifs ne doivent faire rejeter une pareille hypothèse. «Le peu « d'importance, l'insignifiance apparente qu'auraient « offerte les accidents primitifs, rassurent à tort le ma- « lade et le médecin. Les chances d'infection consé- « cutive et, partant, celles d'une syphilis larvée ne

« sont nullement en rapport direct avec la gravité des G symptômes primordiaux; loin de là^ l'atteinte la (( plus légère,, un écoulement de peu de durée, une c( excoriation fugace, peuvent être suivis des accidents « les plus fâcheux (1). »

Le temps qui s'est écoulé entre le moment de Tinfection et celui où la maladie éclate, n'est pas non plus une raison de refuser à cette dernière le caractère syphilitique ; car ce laps de temps n'est pas toujours régulier. Lorsqu'il s'agit, par exemple, de la pseudo-syphilis, il est de six semaines à deux ou cinq mois, mais se prolonge chez quelques malades bien au delà de ce terme, allant même jusqu'à vingt à vingt-cinq ans (2). Les craintes du médecin ne seront pas arrêtées non plus par l'application antérieure d'un traitement spécifique. D'abord, parce que celuici est rarement assez complet; ensuite parce que du moment où l'on est forcé de se borner, comme il arrive en allopathie, aux mercuriaux et aux iodures, la maladie ne peut être poursuivie sous toutes ses formes, détruite dans toute son étendue.

Lors donc qu'il se rencontre parmi les antécédents d'un malade des signes certains de syphilis primitive, on est toujours en droit de supposer que ce virus n'est pas étranger aux maladies chroniques dont le sujet peut avoir à souffrir plus tard.

Cette hypothèse deviendra plus probable s'il se rencontre des symptômes constitutionnels parmi les an-

(1) Yvaren, loc. cit., p. 524.

(2) Yvaren, loc. cit., observ. 97.

SYPHILIS CHANCREUSE. 139

técédents. La vérole est une maladie si difficile à guérir, de Taveu des syphilographes les plus illustres, que du moment où elle a paru une première fois, on doit craindre de la voir reparaître encore.

Les antécédents non syphilitiques ne pourront rien nous apprendre relativement au diagnostic de la vérole même; mais ils seront d'un grand secours pour nous faire apprécier les complications que cette diathèse a pu éprouver. Pour juger d'une manière exacte la valeur de ces renseignements, il faudra toujours se rappeler que la syphilis ne s^ajoute pas aux maladies aiguës devant lesquelles elle paraît céder (1), qu'elle s'unit seulement aux affections chroniques. Celles-ci devront donc surtout être tenues en sérieuse considération. Le médecin cherchera à les connaître toutes , notant celles dont le malade a souffert avant l'infection, au moment où celleci a eu lieu, et depuis elle. Un point très-important est de pouvoir apprécier ce qu'était l'état de santé du sujet au moment où le chancre a été acquis, le médecin devant toujours se rappeler que la syphilis ne s'ajoute pas aux autres maladies chroniques , lorsque celles-ci sont à l'état latent.

Les antécédents thérapeutiques enfin, en nous édifiant sur les traitements antérieurement suivis, nous apprennent jusqu'à quel point il est permis de compter

(1) Voyez dans VAnriuaire de la syphilis, pour 1858, une observation de variole venue chez un sujet vérole, et pendant le cours de laquelle la maladie vénérienne céda complètement, pour reparaître ensuite.

sur leur action. La thérapeutique s'est-elle bornée à remploi d'une médication rationnelle et locale ? On peut affirmer que le virus n'a pas été détruit ; qu'il y a donc tout à redouter de sa présence. Ce traitement a-t-il été interne et spécifique ; s'est-il composé de médicaments donnés à haute dose ? ceux-ci peuvent avoir développé des phénomènes accessoires qui viennent obscurcir et défigurer le tableau de la maladie.

Il est facile de comprendre combien il importe de constater ces effets artificiels, d'en faire la part exacte , pour fixer l'utilité des traitements antidotiques. La connaissance exacte des propriétés physiologiques des médicaments, connaissance qui est le fruit d'une longue étude de la matière médicale pure, peut seule conduire à ce but.

Hahnemann recommande encore, comme dernier élément de diagnostic, de cherche:' quelle influence l'état de santé du malade a pu -r oir sur ceux qui l'entourent et sur ses descendants.

En matière de syphilis, la première de ces notions peut être très-précieuse. On trouve par exemple dans le livre des Métamorphoses deux exemples qui en feront comprendre toute l'importance. Il s'agissait de deux femmes atteintes d'engorgement, réputé squirrheux, du col utérin. Pour toutes deux, l'erreur de diagnostic fut reconnue, parce que des hommes, après avoir cohabité avec ces malades, virent apparaître des symptômes primitifs parfaitement caractérisés (1).

(1) Métamorphoses de la syphilis, observ. 123 et 124.

SYPHILIS CHANCREUSE. 141

J'ai eu aussi Toccasion de rencontrer un fait analogue. En 1848^ se présenta à mon dispensaire une femme de 45 ans^ se plaignant de pertes utérines abondantes et répétées. Le toucher fit reconnaître un engorgement dur et résistant du museau de tanche. Le corps de la matrice était sain. La malade accusait des douleurs dans les hanches et les cuisses^ mais pas ^'élancements. Le spéculum avait montré qu'il n'existait aucune trace d'ulcère. Le teint jaune-paille de la malade, sa faiblesse, sa maigreur, tout donnait à croire à l'existence d'une affection cancéreuse.

Il y avait cependant quelque anomalie au point de vue pathologique. L'absence d'élancements, le peu d'abondance de la leucorrhée, la coloration de la mu • queuse utérine, faisaient naître quelque doute. Mais ce qui fit penser surtout atout autre chose qu'à un cancer, c'est que le mari, consultant ensuite pour lui-même, assura n'avoir jamais eu de syphilis, mais s'être trouvé pris tout à coup, trois ans auparavant, et à la suite de rapports très-légitimes, d'une urétrite accompagnée d'ulcères superficiels sur le prépuce. Son médecin lui avait assuré que ces symptômes étaient étrangers à la vérole, consolation à laquelle il s'était volontiers arrêté.

Cette circonstance fit croire, chez la femme à un engorgement syphilitique du col utérin. La malade fut traitée non pas seulement en raison de cette hypothèse, mais aussi d'après l'ensemble des symptômes qu'elle présentait. La sepia, le lachesis, le soufre, etc., furent successivement administrés. Les pertes diminué-

rent^ et, au bout de six mois, les règles étaient revevenues à leur abondance, à leur fréquence normale, et le col de Tutérus avait repris sa souplesse. Il n'en eût certainement pas été ainsi, s'il se fût agi d'un véritable cancer.

Le plus souvent ce n'est point le mari qui souffre de l'état de santé de la femme, ou, dans les conditions inverses, ce n'est pas la femme qui est influencée par^ la maladie de son mari, ce sont les enfants. Une femme présentait tous les symptômes d'une phthisie laryngée incurable; elle accouche, et, trois mois après sa naissance, son enfant est couvert de pustules syphilitiques occupant, en particulier, les fesses et les parties génitales. Le père étant sain, on pensa que la maladie avait été transmise par la mère ; on crut, dès lors, à un ulcère syphilitique du larynx et non à une dégénérescence tuberculeuse : le mercure fut donné à cette femme, et la guérison vint confirmer le diagnostic porté en dernier lieu (1).

En résumé, la seule méthode capable de conduire à un diagnostic certain de la syphilis, est l'individualisation, à laquelle on arrive en tenant compte de tous les symptômes présentés par le malade, et considérés dans toutes leurs nuances, toutes leurs variétés ; en s'éclairant aussi des antécédents, de la santé de ceux avec lesquels le sujet peut avoir des rapports intimes, et des enfants auxquels il a donné naissance.

Cette méthode est la seule qui soit assez complète et

(1) Yvaren, loc. cit.

SYPHILIS GHANGREUSE. 143

assez précise pour nous faire connaître la maladie dans toute son étendue, nous édifier sur ses complications ; la seule qui nous permette d^en saisir les signes les moins importants en apparence^ mais dont Fexistence est souvent décisive pour le médecin. Elle seule est assez compréhensive pour satisfaire à toutes les exigences de la pratique, en ce sens surtout qu'elle nous permet de fixer le choix du médicament curatif, après nous avoir édifiés sur le véritable ennemi qu'il faut combattre.

Chose remarquable! c'est vers l'individualisation absolue, recommandée par Hahnemann, que les défenseurs des doctrines officielles se trouvent entraînés. Recommander, avec M.Yvaren, de fonder le diagnostic de la syphilis larvée sur les irrégularités que présente la maladie simulée, sur ses nuances les plus légères, obliger à tenir compte de l'existence antérieure d'accidents primitifs, suivis ou non de symptômes constitutionnels, de la transmission de cette maladie par le contact ou par voie de génération : ne pas négliger l'état moral et les habitudes du malade, son habitus extérieur, n'est-ce pas afficher une tendance marquée à imiter Hahnemann, à le suivre dans cette voie où il était entré soixante ans au moins avant le médecin d'Avignon? Que dit en efi'et notre maître? De ne pas s'arrêter aux symptômes ordinaires et communs des maladies, mais de rechercher avec soin, même avec minutie, leurs nuances, leurs variétés, en un mot leurs difTérences les plus insignifiantes ; et M. Yvaren a dû en venir à ce point pour distinguer les

névralgies, les rhumatismes,, les phthisies syphilitiques de ceux qui ne le sont pas. Il dit ensuite de remonter dans les antécédents des malades, de tenir compte de leurs habitudes, de leur genre de vie, de leurs relations, ce que l'auteur du livre àe?» Métamorphoses recommande de [ne pas négliger ; enfin de scruter la santé des enfants pour mieux analyser celle de leurs engendreurs, et reconnaître, parles souffrances des premiers, la nature des germes morbides qu'ils auraient reçus des seconds : or, c'est encore cette notion que le médecin d'Avignon recommande d'acquérir. Cette fois encore l'allopathie s'est donc vue forcée de rendre un hommage, bien involontaire sans doute, à l'œuvre si hardiment élevée par le fondateur de l'homœopathie, et d'adopter une méthode qu'elle ne cesse pourtant de décrier et de combattre.

L'adhésion d'hommes aussi éminents que l'auteur dont je parle, alors même qu'elle n'est point avouée, serait pour notre doctrine un véritable titre de gloire, et nous la reconnaîtrions avec bonheur si nous n'avions pas quelque motif de regret.

N'est-il pas pénible de voir emprunter à l'homœopathie jusqu'aux détails de sa méthode, sans que rhonneur de l'initiative soit renvoyé à l'homme qui a eu le bonheur d'appliquer cette méthode à la médecine ? N'est-il pas plus regrettable encore de reconnaître que les adversaires de Thomoeopathie , en suivant ses préceptes d'une manière incomplète, ne sachent pas en tirer toutes ses conséquences, et doter leur pratique d'une précision que les disciples

SYPHILIS CHANCREUSE. 145

de Hahnemann seraient heureux de leur voir partager, et dont les malades pourraient retirer un si grand fruit ?

Certes, ce n'est pas en recommandant de considérer comme vénériennes les maladies qu'un traitement rationnel n^a pu ni améliorer ni guérir (1), mais que le mercure a fait disparaître, que Fon pourra remplacer la certitude que nous donne Tindividualisation pathologique.

S'il fallait, par exemple, ranger parmi les effets de la vérole toutes les maladies chroniques contre lesquelles la médecine rationnelle est impuissante, celles qu'elle soulag.e parfois, mais ne détruit jamais, il faudrait étendre de beaucoup les limites de cette diathèse, et Ton arriverait certainement à placer dans son cadre toutes les maladies chroniques auxquelles Thomme est exposé.

De même, s'il fallait accorder une nature syphilitique à toutes les formes morbides que le mercure guérit ou soulage, on dépasserait de beaucoup les résultats de l'observation. D'abord, parce que ce métal ne guérit pas à toutes les périodes de la maladie, ensuite parce qu'il possède plus de propriétés que la syphilis n'offre de symptômes, et qu'il a triomphé plus d'une fois d'affections qui n'avaient aucun caractère vénérien. Du reste, les révélations du principe : Naturam morborum curationes ostendunt, sont trop tardives pour être souvent utiles. Ce qu'on demande au

(1) Yvaren, loc. cit.

Page 1