‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 21 sur 86 · L. SDION · texte numérisé non relu

L. SDION

médecin, c'est de reconnaître la maladie au moment où il la traite, et non pas quand elle a disparu. Faisons donc des vœux pour que nos confrères, mieux éclairés sur les intérêts de la science, viennent puiser plus largement et plus complètement parmi les richesses que le génie de Hahnemann a réunies; pour qu'ils sacrifient plus souvent au sentiment de la justice, en reconnaissant les services rendus par notre doctrine et par celui qui Ta formulée.

Je ne puis terminer ce qui a trait au diagnostic sans dire comment il est possible de reconnaître la syphilis à Vétat latent, tâche difficile à remplir, mais dont rimportance est incontestable, le médecin étant souvent mis en demeure de se prononcer sur la possibilité, pour le malade, de contracter un mariage légitime.

Un exemple ferait au besoin sentir toute Futilité de cette question. On se rappelle cette observation de Stoll, que j'ai citée plus haut, et dans laquelle il s'agissait de deux petites filles atteintes d'affections pulmonaires syphilitiques et d'exostoses. La mère de ces enfants était saine; le père, examiné avec soin, ne présentait aucun signe de vérole, et n'en avait offert aucune trace depuis son mariage. Lui seul cependant était coupable; mais ce fut seulement après la guérison de ses enfants, que la syphilis éclata chez lui sous la double forme de syphiUde et d^'ulcères de la gorge (1). N'eût-il pas été précieux, pour ce malade, de savoir que l'existence antérieure de symptômes

(l) Métamorphoses de la syphilis, ob-crv, 78.

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primitifs^ non suivis d'accidents constitutionnels^ ne devait pas le laisser sans crainte pour Tavenir, et que sa santé apparente ne mettait pas ses enfants à Tabri de tout danger?

Il est évident que la méthode précédemment indiquée trouve ici encore son application. La syphilis à rétat latent^ ce n^'est, en effet, que la syphilis privée de ses symptômes organiques; ou mieux la syphilis réduite à ses effets généraux et à ses symptômes individuels. Elle se présente alors dans un état analogue à celui de ces rougeoles sans exanthème , de ces varioles sans éruption , dont parle Sydenham^ affections dont Texistence est révélée par les signes diathésiques, alors que les altérations locales manquent' complètement.

C'est ici surtout qu'il importera de réunir toutes les souffrances accusées par le malade, toutes celles que le médecin pourra ensuite constater, l'expression du visage et tout ce qui a rapport à l'habitude extérieure, l'état des forces, la composition du sang, etc.

A tous ces caractères Hahnemann en ajoute un autre, auquel il accorde une grande valeur, je veux dire la coloration de la cicatrice du chancre. Selon lui, tant que cette cicatrice reste «livide, rougeâtre, « rouge ou bleuâtre, » il y a tout à craindre, tandis que si la diathèse a été complètement détruite par un traitement interne, « on ne saurait distinguer la place c( qu'elle occupait, la peau étant devenue là aussi « unie et de la même teinte que partout ailleurs. »

Ces cicatrices apparentes étant ainsi le dernier

vestige d^'altération locale qu'il soit possible de constater^ leur importance devient extrême pour le médecin chargé de reconnaître si la vérole existe encore^ si le malade doit redouter ses phénomènes consécutifs, craindre sa transmission héréditaire. Il serait utile d'ajouter à ce signe l'existence d'indurations ganglionnaires, souvent très-limitées, mais dont la présence est tout aussi importante pour le diagnostic. Ainsi, lorsque la maladie est dite à l'état latent, le médecin par des recherches minutieuses peut encore reconnaître des traces matérielles de son existence, lesquelles, jointes aux caractères généraux et individuels, prouvent que le désaccord de la force vitale produit par le virus existe toujours, qu'il faut en redouter les effets. L'individualisation hahnemannienne est ici d'autant plus nécessaire que les caractères dont il s'agit sont moins saillants, et que l'illusion est plus facile.

La connaissance des antécédents est surtout d'une grande utilité. L'existence antérieure de symptômes primitifs, l'absence d'un traitement spécifique suffisant, permettent d'affirmer que le désaccord dynamique persiste, qu'il éclatera tôt ou tard, l'organisation la plus robuste ne pouvant, à elle seule, en triompher complètement.

Ces données seraient le plus souvent suffisantes. En fût-il autrement, le médecin trouverait un autre moyen de calmer les craintes du malade ou de justifier ses inquiétudes. Ce moyen, c'est la thérapeutique qui le lui offre. M. Yvaren s'est convaincu en effet par

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une statistique soigneusement établie^ que les eaux sulfureuses ont pour effet essentiel de faire sortir la syphilis de l'état de sommeil qu'elle affecte quelquefois. Ce résultat étant obtenu dans ce cas par une perturbation violente, se reproduit sous l'intluence d'autres secousses de ce genre, en particulier sous l'influence des bains de mer. Je pourrais citer deux exemples relatifs à ce sujet.

Un monsieur de 40 ans^, client habituel de l'homœopathie, contracte un chancre induré. Il lui semble cette fois que la thérapeutique hahnemannienne doit lui faire défaut, qu'il est nécessaire, pour guérir rapidement une maladie de ce genre, de s'adresser à un spéciahste de renom. Il consulte, en conséquence, un des maîtres de l'art; son chancre est profondément cautérisé. Peine inutile; dans le délai voulu la vérole éclate. Un traitement mercuriel est institué, et les symptômes organiques disparaissent. S'agissait-il d'une palliation ou d'une guérison ? C'est ce que le malade voulait savoir. Son médecin, pour calmer toute appréhension, conseilla les eaux sulfureHises, et envoya son cHent à Bagnères de Luchon. Sous l'influence des premiers bains, tous les symptômes reparurent. Les douleurs rhumatoïdes revinrent, la roséole se dessina de nouveau , les ganglions cervicaux s'engorgèrent , les testicules devinrent indurés. Dans cet état, le malade songea à l'homœopathie, et vint lui demander une guérison véritable.

Autre fait. Un employé d'une grande administration, ancien artiste dramatique, ayant été exposé par

profession à des tentations nombreuses^ avait bien souvent succombé. Plusieurs infections successives avaient été la conséquence de ces faiblesses, mais tout s'était borné à des chancres, sans autre résultat. Ce malade^, il est vrai, avait souffert pendant longues années d'une diarrhée rebelle ; mais comment supposer que celle-ci pût avoir quelque rapport avec les ulcérations d'autrefois ? Bref, étant rentré dans la vie régulière, il se croyait à l'abri de tout danger, d'autant mieux même qu'un mariage légitime l'avait rendu père d'un enfant absolument exempt de syphilis. Il y a deux ans, ce monsieur se rendit aux bains de mer, les prit à des intervalles très-rapprochés (deux et trois par jour) ; et il eut la douleur d'être atteint tout à coup, après deux jours de fièvre et de malaise, d'une roséole très-étendue et d'une iritis qui faillit lui faire perdre l'œil droit.

Je reviendrai plus tard ' sur ces deux observations lorsque j'aurai à parler de la thérapeutique ; tout ce que je veux retenir en ce moment, c'est la preuve de l'efficacité des traitements perturbateurs, en particulier des eaux sulfureuses et des bains de mer, lorsqu'il s'agit d'obliger le virus syphilitique à produire des symptômes locaux, caractéristiques.

Je ne puis dissimuler toutefois que cette épreuve n'est pas sans danger, le médecin n'étant pas toujours en état d'arrêter l'impulsion qu'il a donnée à la maladie. C'est donc un devoir pour lui d'éviter de pareils essais. Il y parviendra aisément en remplaçant ces épreuves thérapeutiques par l'individuali-

sation pathologique, dont il a été déjà si souvent parlé.

Si cette dernière ne suffisait pas à lever tous les doutes, et qu^il fallût en venir à Temploi des médicaments, il trouverait dans les préparations homœopathiques le moyen d'arriver au but d'une manière aussi certaine, mais moins redoutable. Il faudrait alors fixer son choix d'après les quelques symptômes reconnus chez le malade, en raison de ses antécédents, en raison aussi de l'espèce de la diathèse dont on soupçonne l'existence.

Le médecin n'est donc pas entièrement désarmé en face de la syphilis réduite à l'état latent. Les symptômes généraux, les signes individuels, les antécédents, des traces de lésions organiques antérieures, l'action de certains médicaments, peuvent lui faire découvrir l'existence de la maladie, le mettre à même de prononcer sur l'avenir du malade et sur celui de ses enfants.

C. Pronostic, — La syphilis est une de ces maladies pour lesquelles le médecin est souvent pressé de prévoir l'avenir. Apanage presque exclusif de la jeunesse, elle entraîne avec elle de trop graves préoccupations pour que sa victime n'essaye pas de se rassurer. En général, le malade veut savoir ce qu'il doit craindre pour lui, pour la femme qui lui accordera ses faveurs, pour les enfants qu'il pourrait engendrer.

La syphihs étant une maladie chronique, il est rare que le médecin soit appelé à se prononcer sur

le danger que court ia vie du malade. Ce qu^on lui demande^ c'est de déterminer la giavité réelle de cette affection^ les conditions capables de l'aggraver^ et les transformations qu'elle peut subir (1). La solution de ces trois problèmes résunie tout le pronostic envisagé par rapport au malade lui-même.

La gravité de la maladie dépend de sa nature. Affection virulente^ elle a pour tendance naturelle de persister aussi longtemps que la vie^ de s'aggraver toujours, et d'amener, dans un temps variable, des altérations assez graves pour causer la mort.

Toutes les conditions capables d'affaiblir la force vitale, d'entraver ses efforts conservateurs, la coexistence d'autres virus tout aussi redoutables que celui de la syphilis, les complications qui naissent de leur rencontre dans un même organisme, sont autant de motifs qui rendent l'avenir plus sombre et le pronostic plus sérieux.

Les transformations subies déjà par la maladie, celles qui peuvent se présenter dans la suite, doivent augmenter les appréhensions. C'est ici surtout qu'il faut se rappeler que la syphilis affecte une marche sans cesse envahissante, qu'elle ne recule jamais; qu'une syphilide superficielle doit faire redouter, pour l'avenir, une syphilide profonde, des affections du système osseux, des gommes suivies de la destruction des par-^ ties molles et du squelette lui-même ; et que le virus, en enlevant au sang sa fibrine et ses globules, con-

(1) Voijez pour les conditions générales du pronostic, en homœonatliie, les Coimrtenîaires sur l'Organo?!, p. 420 et pass.

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duit l'organisme à Tanémie, à la cachexie et au marasme.

Une seule chose pourrait ici consoler le médecin, c'est la puissance de la thérapeutique ; car, s'il est vrai que la gravité d'une diathèse doive se juger par les dangers qu'elle amène, il l'est aussi que le pronostic se trouve toujours subordonné aux ressources dont le médecin dispose.

S'il faut en croire les oracles de la science, nous devrions nous abandonner, sous ce rapport, à un véritable découragement; car, tous s'accordent à déclarer leur impuissance, à proclamer qu^on ne guérit pas la syphilis (1). Dans leur pensée, du moment où un malade a contracté un chancre induré, son organisme est infecté pour jamais; la maladie offrira des moments de repos, mais elle ne cédera pas complètement; il y aura

(1) Après avoir établi que la science ne possède pas un seul fait bien avéré d'une syphilis de récidive, M. Ricord ajoute : « Pour ma part, j'ai appelé de tous mes vœux et j'ai cherché ar- « demmentcescas de récidive. Car, voyez l'énorme portée qu'aut raient de semblables faits. Si la syphilis peut se produire deux « fois, c'est donc que l'influence d'une première infection peut « s'éteindre, qu'une première diathèse peut s'épuiser; c'est donc « que la vérole peut guérir^ et guérir non-seulement dans ses « manifestations, mais encore en tant que disposition morbide « imprimée à l'économie. Or, vous savez que, jusqu'à ce jour, « l'on a regardé cette terrible maladie comme curable dans ses « formes seulement, mais comme indestructible dans son fond. « Quelle consolation, Messieurs, ce serait donner à l'humanité « que de lui annoncer qu'elle a acquis enfin le droit de guérir « absolument de la vérole ! » C'est là ce qu'indique le raisonnement ; mais «i si l'on abandonne la théorie consolatrice pour ne a consulter que l'inexorable clinique, l'on se trouve en face d'une <» négation absolue. » {Leçons sur le chancre, p. 159.)

tout à redouter pour Tavenir. Aveu décourageant pour le malade et pour le médecin.

Uhomœopathiesera-t-elle plus puissante? Je le crois. Tout au moins peut-on dire que, possédant une connaissance plus exacte des propriétés des médicaments, pouvant indiquer à coup sûr les agents appropriés à chaque cas individuel, varier leurs doses en raison des immenses ressources que lui offre sa posologie , il lui sera plus facile de satisfaire à toutes les exigences de la maladie, de parer à toutes ses éventualités.

Des observations nombreuses pourraient être citées ici; j^'aurai Toccasion d'en résumer plusieurs dans la suite de ce travail. Il leur faut, je le sais, la consécration du temps. Peut-être pensera-t-on qu'il est nécessaire d'attendre encore pour savoir si, dans ce cas, la diathèse a été détruite. Malgré cela un fait restera prouvé, c^est que Thomœopathie peut faire cesser les manifestations extérieures de la vérole par l'emploi de moyens internes et spécifiques , et que ces derniers, répondant à l'ensemble des symptômes présentés par le malade, atteignent à la fois la cause de toutes ces souffrances et les effets déjà produits. Or, c'est en agissant ainsi sur le virus qu'il sera possible de le détruire , et d'effacer peu à peu le désaccord dynamique, origine de toutes ces douleurs.

C'est là, en tout cas, une œuvre difficile ; d'autant plus même que la maladie sera plus éloignée de son point de départ. Hahnemann fait remarquer avec raison qu'il est plus facile de l'anéantir quand elle est à

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sa première période^ qu'après son passage à Tétat secondaire (1). Il serait même relativement possible de l'arrêter encore lorsqu'elle a subi cette première transformation; tandis que, le virus ayant une fois franchi cette limite et produit des accidents tertiaires, la guérison devient presque impossible. Tout se borne alors à s'opposer aux désorganisations que la maladie a puissance de causer.

Ce qu'il y a donc à redouter dans la syphilis, c'est son incurabilité par les seules ressources de la force vitale et l'effet seulement palliatif d'un grand nombre de médicaments; c'est encore sa marche envahissante; ce sont les altérations locales qu'elle peut produire, et l'état diathésique qu'elle a le pouvoir d'engendrer.

Le pronostic se trouve subordonné à l'étendue des ressources dont le médecin dispose , à la régularité du régime, au genre de vie adopté par le malade.

Il est bien facile de comprendre, en effet, que la continuation d'une vie de débauche, et des infections successives, rendent le pronostic plus grave encore, parce qu'elles hâtent la marche de la maladie, et parce qu'elles paralysent les efforts de la thérapeutique.

Une considération importante à retenir, est celle de la nature même du chancre, point de départ de la maladie. Cet ulcère a-t-il été induré, tout esta craindre ;

(1) Loc. cit.

Est-il resté à Tétat de chancro mou , les symptômes ultérieurs seront moins graves , mais ils existeront cependant.

Le pronostic envisagé par rapport à la femme avec laquelle le malade cohabitera^ repose tout entier sur la transmissibilité de la maladie parvenue à sa seconde et à sa troisième période. Pour la première, en effet, il n'y a pas de doute. Tout individu porteur d^'un chancre en communiquera un presque à coup sûr pendant le coït; celui-ci doit donc être absolument défendu.

L'accord n'est plus aussi complet entre les médecins quand il s'agit de la contagion de la syphilis constitutionnelle. Cette affection étant considérée comme incurable, sa durée pouvant être aussi longue que la vie, il a paru bien sévère de condamner le malade à un célibat sans limite; et on a cherché par tous les moyens possibles si cette proscription devait être imposée à l'homme syphiHsé, si ce malheureux devait renoncer à toutes les joies de la famille, comme le faisait le lépreux du moyen âge. Aujourd'hui encore , les solutions les plus contradictoires sont professées à ce sujet; il importe donc beaucoup de prendre un parti à leur égard.

M. Ricord refuse à la syphilis secondaire toute propriété contagieuse, parce que ce mode de communication de la maladie n'est justifié, selon lui, ni par l'observation ni par l'inoculation.

Il est vrai qu'on a vu paraître la syphilis constitutionnelle chez des sujets qui n'avaient jamais eu de chancre aux parties génitales; mais, en cherchant bien.

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on trouva qu'ils en avaient eu ailleurs; par exemple à Tanus, au doigt^ au sourcil^ au cuir chevelu ; personne n'ignore le rôle important qu'a joué dans la discussion le chancre céphalique. Cette propriété que possède l'ulcère primitif de se développer sur toute la périphérie du corps, expliquait trop bien comment il avait pu échapper à l'attention du malade et aux recherches du médecin, pour qu'on ne trouvât pas dans son existence une explication facile des faits douteux. Ceux-ci furent donc tous repoussés par cette même fin de non-recevoir.

Quant aux expériences d'inoculation, on les contesta pour un autre motif. Dans toutes celles qui avaient été citées, du pus emprunté à une plaque muqueuse ou à une pustule plate avait produit un chancre ; mais comme celui-ci a la faculté de se transformer sur place, in situ, ainsi qu'on le dit dans le langage de l'école, on en conclut que le liquide inoculé avait été recueilli avant que cette transformation ne fût complète, à un moment où il restait encore une petite partie de l'ulcère. Dans cette hypothèse tout s'exphquait facilement. C'était en réalité le pus d'un chancre primitif qui avait été inoculé, il n'était donc pas surprenant que le résultat de cette opération eût été une pustule caractéristique. Chaque fois, au contraire, que l'inoculation avait été pratiquée avec le pus emprunté à un véritable tubercule muqueux, la plaie s'était cicatrisée promptement, sans donner lieu à aucune pustule, à aucun ulcère, sans faire naître non plus aucun symptôme constitutionnel.

La conclusion naturelle de tous ces faits consistait à dire qu'il n^y a point de vérole sans chancre préalable, que la syphilis, parvenue à Tétat secondaire ou tertiaire, n^est plus contagieuse, que les rapports sexuels peuvent donc être permis, aussi bien quand Thomme est le malade que dans la condition inverse, c'est-àdire, lorsque c'est la femme qui est infectée.

Tous les syphilographes cependant n'ont point accepté cette affirmation de M. Ricord. La plupart des chirurgiens non spécialistes l'ont j['epoussée, et des hommes qui ont été placés à la tête d'hôpitaux de vénériens, tout en reconnaissant que la vérole n'est point inoculable, n'ont pas admis, pour cela, qu'elle ne fût pas contagieuse. « Les faits, écrit M. Baumes, nous « forcent à admettre que le pus ou le virus syphiliti- « que, lorsqu'il est transporté par absorption dans l'é- (( conomie, est modifié par un travail quelconque de a l'organisme, inappréciable pour nous, de manière « à ce que le pus des ulcères appartenant à la syphilis (( constitutionnelle, ne soit plus inoculé, avec fruit, « chez le même individu; mais je n'admets pas que « cette affection ne puisse pas se communiquer ou « communiquer la vérole à un autre individu par le «coït (4).))

Pour mieux apprécier ces solutions diverses d'un même problème, il faut bien préciser tout d'abord ce qu'on doit entendre par ces mots : transmission de la syphilis par le contact. Si l'on veut dire qu'il suffise à

(I) Loc. cit., t'e partie, p. 13.

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une femme de cohabiter avec un homme syphihsé pour contracter cette maladie^, il faut admettre l'opinion de M. Ricord, et répondre par la négative. Le résultat serait le même si la femme était malade et rhomme sain^ pourvu que^ dans cette double hypothèse, les organes génitaux de Tun et de Tautre sexe fussent exempts de toute altération.

Mais si Ton veut entendre qu'il est indifférent de déposer sur une surface absorbante d'un sujet sain du pus emprunté à une plaque muqueuse, à un ulcère secondaire ou à une syphilide suppurante, la réponse ne peut plus être la même. Il est évident, en effet, que la contagion ne peut avoir lieu, ici, en dehors de ces conditions habituelles, conditions dont la plus importante est la présence, chez le malade, d'une sécrétion pathologique qui viendrait souiller quelque région absorbante du sujet sain. Si donc le malade est seulement porteur de symptômes sans suppuration, de roséole, d'alopécie, d'engorgements glanduleux indurés, de douleurs rhumatoïdes, la contagion n'est pas possible. S'il y a suppuration, mais que le pus se forme loin des organes de la génération, sur quelque point avec lequel le contact est impossible ou facile à éviter, la transmission pendant le coït n'aura pas lieu non plus. S'il arrive, au contraire, que la maladie occupe une surface de rapport facilement accessible, et donne lieu à une sécrétion purulente, le contact sera évidem- .ment redoutable à tous égards. On peut dire que, sous ce rapport, le bon sens domine toute espèce de théorie. Quel serait le praticien assez hardi pour per-

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mettre à un homme de cohabiter avec une femme dont la vulve, le vagin ou Tutérus seraient couverts de plaques muqueuses ou d'ulcérations secondaires ? Quel médecin oserait soutenir qu'il est indifférent d'emprunter à un malade, atteint de stomacace syphilitique^ les instruments qu'il peut porter à sa bouche, sa fourchette, sa cuillère, son verre ou sa pipe? Il y a vraiment, dans les recommandations qui sont faites à cet égard, une unanimité trop complète pour n'être pas concluante.

Cependant, lorsqu'une semblable question se présente, chacun fait appel à ses souvenirs, et cherche quelque exemple pratique auquel il puisse s'en rapporter. Il ne sera donc pas hors de propos de rappeler un fait dont j'ai été témoin il y a peu de temps, et qui est assez concluant pour être consigné ici.

M. X..., 38 ans, avait eu, il y a cinq ans, un chancre induré suivi de symptômes caractéristiques, alopécie, engorgements cervicaux, douleurs rhumatoïdes, etc. Au moment où je fus consulté, il y a six mois, ce malade se plaignait de symptômes gastriques et céphaliques variés, plus d'une dermatose, qu'il appelait son herpès, et qui n'était autre chose qu'une syphilide vésiculeuse. Cette éruption occupait la fesse gauche, le côté gauche de la peau qui recouvre le pénis et le prépuce. Il n'y avait rien sur la moitié droite de la verge.

A quelque temps de là, ce malade m'amena sa maîtresse, m'assurant que celle-ci avait eu à souffrir de l'herpès dont lui-même était porteur ; que cette éruption était décidément contagieuse. Le fait est que cette

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dame présentait sur la face interne de la grande lèvre droite des plaques arrondies et cuivrées^ où la muqueuse était détruite ; que ces plaques succédaient à de petites vésicules qui avaient été reconnues par la malade^ mais qui s'étaient rompues ; enfin qu'elles occupaient exactement le point sur lequel le contact devait s'effectuer pendant les rapports intimes.

Pour me convaincre entièrement^ ce malade ajouta qu'ayant pris pendant longtemps les précautions nécessaires pour éviter le contact direct, ses relations avaient été sans danger, et que c'était seulement depuis qu'il s'était affranchi de ces mesures que la femme avait souffert comme il arrivait alors. Du reste, cette dame ne présentait aucun autre symptôme vénérien, pas même d'engorgement des ganglions inguinaux; elle n'avait jamais eu à souffrir de dermatose ni de leucorrhée.

On peut considérer ce fait comme probant en faveur de la transmission d'accidents secondaires par le contact, pourvu que les organes sexuels soient eux-mêmes envahis.

Tous les faits de ce genre ont pourtant été repoussés, et cela pour un seul motif, c'est que le pus emprunté à ces accidents secondaires n'a jamais été inoculé avec fruit, et qu'au dire de M. Ricord, tout ce qui n'est point inoculable ne saurait être contagieux.

Il serait facile de répondre à cette assertion, en repoussant la loi générale sur laquelle on l'appuie; car, il y a des maladies vénériennes qui ne sont pas inoculables, mais qui sont contagieuses au p^.us haut degré.

La blennorrhagie, dont j'aurai à parler bientôt^ en est la preuve la plus frappante.

Mais il y a une réponse plus directe encore ; elle se tire d^'expériences récentes, tentées en vue de résoudre le problème qui nous occupe, et qui ont donné lieu à un rapport académique officiel. M. Ricord s'est borné à faire des réserves sur les conclusions de ce travail.

Voici l'analyse de ces observations :

1° Un adulte affecté d'un lupus de la face, est inoculé au moyen d'un vésicatoire à l'ammoniaque, qui avait été placé sur le bras gauche, et sur la surface duquel fut placé de la charpie imbibée à'un liquide purulent , recueilli sur des plaques muqueuses secondaires de Vanus. Cinq jours après, le vésicatoire est sec ; le quatorzième jour seulement, la cicatrice rougit un peu; le dix-huitième jour, apparition d'une papule cuivrée, saillante. Le vingt-deuxiènie jour, suintement à sa surface, qui s'est étalée et élargie. Ce suintement purulent se concrète en une croûte légère. Le vingt-neuvième jour, engorgement d'un des ganglions de l'aisselle. Le cinquante-cinquième jour, ulcération superficielle au centre de la papule, devenue de plus en plus saillante, indurée, et constituant un véritable tubercule. (( De plus, quelques taches et quelques pa- « pules rougeâtres se sont montrées sur le tronc; plus « tard, elles se sont changées en pustules acnéiques, « qui se sont généralisées sur la face palmaire des a membres supérieurs, sur le ventre, sur la face in- « terne des cuisses, et sur les régions inguinales. »

Le sujet qui avait fourni le pus « présentait autour

« de l'anus une couronne de pustules plates, datant (( d'une quinzaine de jours^, consécutives à un chancre « du prépuce, contracté quinze mois auparavant, « chancre dont la cicatrice est restée apparente. »

Il ressort d'une manière évidente, des détails précédents, que du pus emprunté à des pustules plates a donné naissance à de véritables tubercules muqueux; que lui seul en a été la cause, le sujet inoculé n'ayant jamais eu de syphilis. Il est incontestable aussi que l'explication ordinaire ne peut être appliquée à cette observation; que le pus n'a pas été emprunté à un chancre dont une partie seulement aurait été transformée en pustule, puisque l'ulcère primitif avait existé sur le prépuce, tandis que les symptômes secondaires occupaient le pourtour de l'anus.

2° Un autre malade, atteint de lupus invétéré, est inoculé par le même procédé que le précédent, et à l'aide du pus emprunté au même sujet. — Le vingtcinquième jour seulement paraît une papule sèche d'abord, qui devient ensuite un véritable tubercule plat, avec engorgement gangUonnaire. Mêmes réflexions que pour le fait précédent.

3° Un troisième sujet, atteint encore de lupus, est inoculé à la partie supérieure de la face palmaire de Tavant-bras droit. — Celui qui avait fourni le liquide infectant avait eu un chancre induré du prépuce, chancre dont la cicatrice s'était transformée en tubercule plat lenticulaire. Des tubercules de la même espèce existaient sur d'autres régions ; il y en avait un, entre autres, large, squammeux, d'un rouge cuivré,

tout à fait sec, ayant au moins V étendue d^une pièce de cinquante centimes, et qui se trouvait au front. C'est en enfonçant une lancette sur la circonférence même de cette papule qu'on avait fait saillir un peu de sang séreux, lequel avait servi à l'expérience.

Ce fut seulement cinquante jours après l'inoculation que le malade^ revenant à l'hôpital, montra une papule rougeâtre, étalée et irrégulière, légèrement squammeuse, a rappelant très-bien, par conséquent, cf la papule squammeuse frontale qui avait servi à a l'inoculation. » Cette papule existait depuis quinze jours environ, s'étant ainsi formée le trente-cinquième jour qui avait suivi l'inoculation (1).

On ne sera pas surpris sans doute d'entendre M. Gibert, rapporteur de la commission, conclure de ces faits :

a Qu'il y a des accidents secondaires ou constitutionnels de la syphilis, manifestement contagieux; qu'en tête de ces accidents il faut placer la papule muqueuse ou tubercule plat. » On ne s'étonnera pas de lui voir accepter les propositions suivantes, formulées par M. Rollet, et dire avec ce médecin :

« l*" Les lésions locales consécutives à l'inoculation « des accidents secondaires n'apparaissent jamais avant a la fin de la deuxième semaine, et, en général, elles « n'ont lieu qu'après la quatrième semaine ; la lon- « gueur de l'incubation est un fait caractéristique. »

2** La première altération consécutive à l'inoculation

(1) Voyez Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXIV, p. 889 et suiv.

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se fait toujours au point où l'inoculation a eu lieu. Elle reste pendant longtemps limitée dans le même siège ; elle a une marche essentiellement chronique,, à ce point que, lorsqu'il n'y a point eu de traitement, Taccident local persiste encore à l'époque où surviennent les symptômes généraux.

3° L'affection locale se produit sous forme de tubercules qui s'ulcèrent au bout de quelque temps, peuvent devenir fongueux, et entraînent le plus souvent le gonflement des gangHons lymphatiques.

4" Les symptômes généraux ne débutent guère qu'au bout d'un mois, et souvent beaucoup plus tard, après les premières manifestations locales (1).

La syphihs secondaire, lorsqu'elle donne lieu h quelque lésion sécrétante, se communique donc de l'homme malade à l'homme sain; elle se transmet alors aussi bien par le contact que par l'inoculation, et se communique en conservant les caractères qui lui appartiennent. Si donc il est permis de mettre en doute les faits dans lesquels une plaque muqueuse ou des tuber» cules ulcérés ont donné lieu à des chancres, il ne Test plus de contester à ces lésions la faculté de produire des phénomènes de même ordre, de même période, et de causer une infection générale , qui suivra la marche ordinaire de la vérole.

On se demandera sans doute d'où vient la différence si profonde des résultats proclamés par M. Ricord et de ceux obtenus par M. Gibert. La raison en serait fa-

(1) Voyez ibid.^ p. 886, cl Gazette médicale de Lyon, IG janvier 1859.

cile à donner; elle se trouve tout entière dans Tétat de santé du sujet sur lequel l'inoculation fut pratiquée. M. Ricord a toujours opéré sur des malades atteints de syphilis, ne se croyant pas en droit d'exposer à une aussi terrible affection celui qui en est exempt; M. Gibert^ au contraire, a inoculé des hommes qui n'avaient jamais eu la vérole ; il n'est donc pas surprenant qu'il ait obtenu des résultats différents.

Chacune de ces séries d'expériences conduit du reste à une conclusion pratique. La première montre que le sujet vérole ne ressent pas plus les effets du pus sécrété par un accident secondaire que celui du chancre primitif; qu'il est aussi bien réfractaire à l'inoculation du premier qu'à celle du second. L'autre série nous montre, au contraire, que le sujet indemne de syphilis est accessible à l'inoculation, aussi bien lorsque celleci est pratiquée avec le pus d'un accident secondaire qu'avec celui du chancre induré.

Or, c'est là précisément ce qu'il nous importe de savoir, lorsqu'il s'agit de permettre le coït à un sujet syphilisé, ou de le lui interdire. Tous les renseignements qui précèdent nous font évidemment une obligation étroite de défendre de semblables rapports; car la syphiUs secondaire est contagieuse; elle se transmet avec tous ses caractères, se contracte quand il y a sécrétion purulente et absorption de ce liquide; elle est également redoutable pour l'homme et pour la femme.

J'ajouterai que cette dernière, par le rôle que la Providence lui a confié dans l'acte de la procréation,

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se trouve exposée à contracter la vérole par une autre voie, c'est-à-dire par Tinterinédiaire de son enfant.

M. Diday a reconnu que du moment où le fœtus avait été infecté par son père, sa mère étant saine, il pouvait communiquer la vérole à cette dernière pendant le cours de la gestation.

L'auteur dont je parle appuie son dire sur les faits suivants :

1" Le plus grand nombre des observations, rapportées en vue d'établir le caractère contagieux des symptômes secondaires, ont eu des femmes pour sujet. Il s'est toujours agi, en pareil cas, de l'infection de la femme par l'homme ; ce qui constitue pour celle-ci une prédisposition, dont on trouve le motif dans les rapports qui l'unjssent au fœtus pendant la vie intra-utérine.

2® Les femmes, tout en cohabitant avec des hommes syphilitiques, n'ont jamais vu apparaître de traces de la vérole, jusqu'au moment où elles sont devenues enceintes, tandis qu'à partir de cette époque, les signes les plus irrécusables de la maladie ont pu être constatés.

3° Ce phénomène s'est produit, alors même que la vérole était chez le père à l'état latent; ce qui exclut toute idée de contagion.

Ât° Les premiers symptômes, en paraissant sur des régions avec lesquelles tout contact était impossible, excluaient du reste toute hypothèse de ce genre.

5° Chaque fois que la mère présenta, pendant sa grossesse, les signes d'une infection irrécusable, son

enfant vint toujours au monde, le corps couvert d'éruptions caractéristiques.

M. Diday conclut, des observations précédentes, qu^un enfant infecté par son père au moment de 1 a conception, transmet la maladie à sa mère pendant la grossesse ; ce qui s'explique par les rapports anatomiques nombreux qui existent entre Tutérus et Tembryon. Le même auteur utilise cette découverte pour expliquer comment on voit la vérole éclater tout à coup, chez certaines femmes, après un retard dans les règles, retard accompagné des symptômes les plus extraordinaires. Tantôt cette aménorrhée se termine, au bout de quelques mois, par une métrorrhagie abondante, c'est-à-dire par un accouchement prématuré ; tantôt Texpulsion du fœtus est plus tardive, et Fon peut alors constater chez lui des signes irrécusables de la syphilis. Dans ces deux circonstances, la femme avait reçu la vérole de son enfant ; elle était devenue malade pour avoir conçu un embryon syphilisé. c Lors donc que le médecin se trouve en présence d'un homme syphilitique, demandant à cohabiter avec une femme saine, il doit être inexorable, et prescrire la continence la plus absolue. La femme est, en effet, alors doublement exposée à Tinfection : elle doit trembler comme épouse et comme mère.

Le médecin ira-t-il alors, comme quelques-uns l'ont ouvertement proposé, conseiller au malade de rendre ces rapports inféconds? Non, à coup sûr; car ce serait aller contre toutes les lois de la morale et de la conscience ; ce serait tolérer des pratiques trop ré-

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pandues, hélas ! et contre lesquelles il est de son devoir de lutter ; ce serait retirer à la femme toute dignité, en faire un instrument de plaisirs honteux^ enlever aux rapports intimes la seule condition qui les justifient et les élèvent, je veux dire la possibilité d^appeler un nouvel être à la vie.

Si le médecin se trouve en présence de conditions inverses^ si la femme est infectée et Thomme sain, sa proscription sera tout aussi précise. Il arrive souvent, dans ce cas, que les symptômes secondaires occupent les organes de la génération : la vulve, le vagin, l^utérus; et Ton sait maintenant quel danger Phomme courrait alors. Pût-il y échapper, parce que la diathèse se serait localisée ailleurs, qu^il devrait s'abstenir encore; car, s^il n^a pas lieu de craindre pour lui, il doit trembler pour Tenfant qui pourrait être conçu sous une pareille influence.

Il est bien reconnu aujourd'hui que Tenfant peut recevoir la maladie de son père, de sa mère, ou de tous deux à la fois, et cela dans des circonstances déterminées.

Pour que la syphilis soit donnée par le père, il faut qu'elle soit arrivée, chez lui, à sa période secondaire. Tant qu'elle reste à l'état primitif, la femme reçoit seule la première influence du virus, contracte un chancre, mais l'enfant ne reçoit pas directement la maladie.

L'infection par le père a lieu le plus souvent au moment de la conception ; M. Diday pense qu'elle pourrait se produire encore dans le cours de la grossesse.

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