SYPHILIS CONGE NI ALE
Il ne suffit pas de savoir que la syphilis peut se transmettre par voie d'hérédité ; il faut connaître aussi les effets qu'elle produit, les dangers qu'elle fait courir.
Ces effets sont nombreux ; ils se rapprochent beaucoup par leurs formes des symptômes de la syphilis secondaire des adultes. La peau et les membranes muqueuses sont le siège le plus ordinaire de ses localisations. La roséole, l'ecthyma, et, selon M. P. Dubois, le pemphigus, sont les dermatoses les plus communes alors, au moins le sont-elles bien davantage que les éruptions sèches, ce qu'explique la finesse et l'humidité habituelle de la peau des nouveau-nés. Pour ce motif aussi, les plaques muqueuses se rencontrent fréquemment; on les observe à la gorge, à l'anus, à la vulve. Les ulcères secondaires, le coryza et l'onyxis font également partie du tableau de la syphilis congéniale.
Celle-ci offre, comme on le voit, beaucoup d'analogie avec la syphilis acquise des adultes, lorsque cette der-
(l) Voyez Leçons de médecine homœopathique , par le docteur Léon Simon, père. Paris, 1835, p. 305.
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nière a franchi sa première période. La seule différence symptomatologique consiste en ceci^ que les viscères sont bien plus fréquemment envahis chez Tenfant que chez rhomme fait. Les poumons^ le foie et le thymus sont atteints de préférence ; ces organes paraissent tous subir une altération identique^ Tinduration, au centre de laquelle il se fait plus tard des points de ramoUissement;, ce qui a porté les auteurs à comparer les affections des parenchymes aux tumeurs gommeuses et au sarcocèle syphilitique.
En revanche, il est très-rare de rencontrer dans les premiers mois de la vie les altérations syphilitiques du système osseux. M. Diday explique cette différence par la lenteur avec laquelle la vérole altère les os. Selon lui, il arrive le plus souvent que la syphilis congéniale cause la mort de Tenfant avant que la périostose ou l'exostose aient eu le temps de se produire ; et si le malade échappe à la mort, le traitement spécifique qu^on ne manque pas d'instituer^ s'oppose aux envahissements de la maladie ou renvoie l'apparition de ces symptômes à un âge plus avancé.
Lorsque la syphilis congéniale revêt une des formes précédentes, elle est facile à reconnaître ; mais il lui arriverait aussi, selon M. Ricord, de se dissimuler parfois sous les apparences de la scrofule. Ceci aurait lieu lorsque les parents étaient porteurs de symptômes de l'ordre tertiaire.
Il n'y a qu'une objection à faire à cette opinion; c'est que l'on trouve bien souvent des enfants scrofuleux dans des familles où la vérole n'a jamais existé;
qu'il serait même juste de dire qu'il n'y a aucune proportion à établir entre le nombre de ces malades et celui des sujets porteurs de symptômes tertiaires ; qu'ainsi l'observation indique de trop fréquentes exceptions à cette loi pour qu'il soit possible de l'admettre.
Il y a plus : d'après les observations de M. Diday, auxquelles il faut joindre celles de MM. Maisonneuve et Montanier, cette scrofule syphilitique présenterait des caractères spéciaux, capables de faire reconnaître sa véritable nature. Il y aurait dans ses symptômes un mélange de signes appartenant à la scrofule et d'autres propres à la syphilis. Or, cette complexité dans les effets doit faire croire à la multiplicité des causes ; elle montre que cette syphilis larvée des enfants, comme celle des adultes, tient à la réunion de plusieurs virus, à la coexistence,, chez les engendreurs, de plusieurs diathèses, en un mot à une comphcation.
Lorsque la syphilis congéniale est bien caractérisée, elle affecte une marche rapide, mais régulière. Tantôt elle existe d'une manière apparente au moment de la naissance, tantôt, ce cas est le plus commun, l'enfant paraît sain au moment où il vient au monde, et c'est dans le cours du premier mois que les symptômes de la maladie commencent à se montrer. La diathèse éclate parfois à une époque plus reculée encore, mais qui dépasse rarement la fin du troisième mois de la vie extra-utérine.
L'ordre du développement symptomatologique est le même chez l'enfant et chez l'adulte avec l'exception
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que j'ai indiquée. Les affections de la peau et des muqueuses sont les plus précoces; après elles, et souvent aussi à la même époque, les altérations viscérales apparaissent, et la mort arrive comme conséquence de rétat dWaiblissement général du nouveau-né et des lésions organiques dont le thymus, le foie ou les poumons sont alors le siège.
Si la vie se prolonge, la maladie continue ses envahissements ; les os s'altèrent, des ulcères, suites de tumeurs gommeuses, se développent, et la suppuration devient une nouvelle cause d'épuisement.
Le diagnostic de la syphilis congéniale est facile lorsqu'elle n'existe pas comme syphilis larvée. L'aspect général de l'enfant qui ressemble à un petit vieillard, dont les membres sont grêles, la peau jaune et flasque, le visage ridé avant le temps, les cheveux rares ; les caractères des formes morbides dont les muqueuses ou la peau deviennent le siège ; la santé actuelle et antérieure des parents, sont autant de circonstances capables de fixer l'opinion du médecin.
S'il s'agit de scrofule syphilitique, il devient plus difficile d'arriver à une certitude. C'est dans ce cas surtout qu'il est essentiel de scruter la santé des engendreurs, et si Ton rencontre chez l'un d'eux des signes de l'existence antérieure d'un chancre, si, de plus, les symptômes primitifs et consécutifs prouvent que ce chancre était induré, on peut prononcer hardiment que le virus syphilitique joue un rôle certain dans le développement de la maladie de l'enfant. L'individualisation pa-
thologique sera également ici d'un grand secours, en nous faisant connaître les variétés que présente Tétat du malade et les différences qui le séparent de la scrofule elle-même.
Le pronostic de la syphilis héréditaire est grave pour l'enfant, pour sa mère, pour ceux qui l'approchent. Pour l'enfant d'abord dont la vie est menacée aussi bien pendant la grossesse qu'après sa naissance. Le virus syphilitique est, en effet, une cause fréquente d'avortement, soit par l'irritabilité plus grande qu'il donne à l'utérus, soit par l'obstacle qu'il apporte au développement du fœtus. Celui-ci succombe bien souvent pendant la gestation même, et se trouve expulsé parce qu'il a cessé de vivre.
L'enfant arrive-t-il à terme , il rencontre un nouvel obstacle dans l'impression souvent trop forte que lui cause le milieu dans lequel il est appelé à vivre. Sa faiblesse d'une part, la maladie de l'autre, amènent, dans ce cas, une mort prématurée.
Aussi n'existe-t-il aucune maladie chronique plus redoutable pour un nouveau-né. Si elle ne le tue pas au moment de sa naissance, elle le voue à une série non interrompue de douleurs, dont la mort est encore le terme presque inévitable. C'est le plus souvent en vain que l'art lutte contre un ennemi aussi terrible. Si l'enfant résiste à de si cruelles atteintes, c'est toujours pour souffrir des conséquences d'une faute dont il est solidaire, sans en être coupable.
Mais là ne se bornent pas les dangers de la syphilis congéniale, qu'il faut redouter non-seulement pour
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Tenfant^ mais encore pour sa mère^ pour sa nourrice, pour tous ceux^ en un mot, qui auront à lui donner des soins.
On sait déjà comment le fœtus syphilisé peut infecter sa mère pendant la durée de la vie intra-utérine. Si cet effet ne se produit pas alors, que Fenfant naisse sain en apparence, et que les symptômes de la maladie n'éclatent que plusieurs jours ou plusieurs semaines après la naissance, un autre danger apparaît : rien n'est plus contagieux, en effet, que la syphilis congéniale.
Cette proposition si vivement contestée, a été mise hors de doute j^ar les recherches de M. Diday(l). Ce médecin a établi, à Taide d'observations nombreuse^, que cette affection se transmettait très-aisément de Tenfant à la nourrice, puis de celle-ci à ses autres enfants, à son mari, à tous ceux, en un mot, qui pouvaient être souillés par le pus sécrété en pareil cas.
La vérole, en devenant héréditaire, recevrait donc une sorte de révivification, dont l'effet serait de la rendre aussi contagieuse que la syphilis primitive et plus facilement communicable encore par les circonstances particulières où les malades se trouvent placés.
Ici, en effet, l'altération organique débute le plus souvent par la bouche chez l'enfant, et par le mamelon chez la nourrice ; au moins, occupe-t-elle presque toujours une surface de rapport. Les sécrétions
(1) Traité de la syphilis des nouveau^nés.
qu^elle produit sont abondantes; enfin les soins qu'un nouveau-né exige, la confiance qu'il inspire, le peu de précaution qu'on observe habituellement vis-à-vis de lui , exposent davantage encore ceux qui rapprochent.
Ces circonstances particulières ne pourraient expliquer toutefois que la transmission directe de l'enfant à sa nourrice ou aux autres personnes, sans nous donner la raison de la facilité avec laquelle un sujet ainsi infecté par le contact communiquera, à son tour, sa maladie.
Pour qu'il en soit ainsi avec la syphilis héréditaire, lorsque la syphilis secondaire acquise est si difficilement transmissible d'un sujet malade à un sujet sain, il faut que le virus retrouve une nouvelle activité en passant des parents à l'enfant, ce qu'expliquerait peutêtre l'espèce d'infection moléculaire éprouvée par le fœtus au moment de la conception et durant son développement intra-utérin.
Cette différence entre la syphilis acquise et la syphilis congéniale se retrouve chez l'enfant lui-même. Lui aussi peut être infecté après sa naissance ou au moment de l'accouchement, lorsque la mère est porteur de chancres primitifs. Dans ce cas, c'est aussi par un chancre que la maladie débute ; et comme elle suit sa marche ordinaire, il arrive un moment où elle se traduit par des symptômes secondaires, semblables par leur forme à ceux de la syphilis héréditaire, mais bien moins contagieux que ces derniers. M. Diday a donc eu raison d'insister sur ce pouvoir excep-
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tionnel que possède la syphilis des nouveau- nés , lorsqu'elle leur vient par droit d'héritage et non pas par Teffet d'une contagion postérieure à la naissance.
Chose remarquable ! tandis que Tenfant est ainsi un sujet de craintes sérieuses pour ceux qui le touchent^ il ne fait courir à sa mère aucun danger, lorsque c'est d'elle qu'il tient la maladie, ou, lorsque, après l'avoir reçue de son père, il la lui a communiquée pendant la gestation.
Il y a dans ce fait un enseignement pratique et une notion spéculative dont la théorie doit profiter.
Pratiquement, il semblerait naturel de confier, dans ce cas, l'allaitement à la mère elle-même; personne n'ayant le droit d'exposer une nourrice à une contagion aussi certaine et aussi redoutable. Il y aurait cependant dans cette conduite un trop grand danger pour l'enfant, qui se trouverait soumis de nouveau à une infection permanente. Du moment, en effet, où il est reconnu qu'une femme scrofuleuse ou herpétique ne peut sans inconvénient servir de nourrice, il serait vraiment téméraire de faire une exception en faveur de la femme syphilisée. Évidemment, il n'y a qu'une manière d'élever un semblable enfant ; c'est l'allaitement artificiel.
Théoriquement, ce fait montre combien il serait téméraire d'assimiler, sous le rapport de la contagion, les effets déployés par le virus syphilitique, agissant sur un sujet sain, à ceux qu'il produira sur un sujet infecté; combien il serait téméraire d'admettre que ce
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viriiSj par cela même qu^'il resterait sans effet chez le premier, ne pourrait être redoutable pour le second. Et cependant, c'est toujours ainsi qu'on a raisonné lorsqu'on a voulu établir que la syphilis constitutionnelle acquise n'était point contagieuse !
Je dois ajouter maintenant que Thérédité n'est pas la seule voie par laquelle un enfant puisse devenir syphilitique. On sait déjà qu'il est apte à contracter le chancre, par le contact, plus facilement peut-être que l'adulte, la finesse et la perméabihté de la peau, à cet âge, étant très-favorables à l'absorption. De là vient, qu'on a rencontré souvent des enfants qui avaient reçu la syphilis de leurs nourrices ou depersonnes étrangères, lesquelles, atteintes d'accidents primitifs, souillaient par hasard la peau du nouveau-né; de là vient aussi qu'il arrive parfois que l'infection a lieu au moment de l'accouchement, lorsque la mère elle-même est porteur d'accidents primitifs, par exemple, de chancres de la vulve ou du vagin. Dans ce cas, la maladie se présentera sous ses formes habituelles. D'abord, le chancre et l'engorgement ganglionnaire ; ensuite les symptômes secondaires; enfin, les accidents tertiaires. La seule différence se trouvera dans la rapidité avec laquelle ces transformations successives apparaîtront, dans l'extension que prendra la diathèse, dans la tendance qu'elle affectera à revêtir ses formes les plus redoutables.
Mais il y a deux autres voies par lesquelles l'enfant, né sans syphilis, peut recevoir l'infection : je veux dire, l'allaitement et la vaccine.
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Personne ne soutiendra^ à coup sûr, qu^il soit indifférent de confier la nourriture d'un nouveau-né à une femme atteinte de la vérole^ alors même que cette affection se manifeste chez elle par des lésions organiques sans sécrétion, alors par conséquent que la transmission par le contact ne peut être admise. Ce qu^il faut redouter dans ce caS;, c'est Finfluence du lait sécrété sous Tinfluence de la diathèse, et auquel Tenfant doit emprunter tous ses matériaux organiques. Il est évident que Faction de la nourrice sur le nouveauné est. en tout semblable à celle de la mère sur Teinbryon; qu'elle est donc tout aussi redoutable. M. Diday donnerait au besoin une autorité réelle à cette opinion, en admettant la transmission de la possibilité de la vérole par l'allaitement (1) .
De trop nombreux exemples sont venus prouver que la vaccination est un moyen sûr de communiquer les affections virulentes, les dartres et les scrofules, par exemple, pour qu'on ne soit pas autorisé à lui accorder la faculté de transmettre aussi la syphilis. Le vaccin, du reste, est un agent dont l'action est essentiellement chronique, et qui peut parfaitement s'allier avec les autres virus , avec celui de la syphilis en particulier. Il faut donc être très-scrupuleux sur le choix de l'enfant auquel on empruntera le vaccin ; et s'il est démontré, comme on le croit généralement, que les animaux sont à l'abri de la vérole, on trouvera dans ce fait une raison suffisante d'adopter ce que le docteur James appelait la vaccination naturelle, c'est-
(1) Loc. cit., p. Gl.
à-dire d'emprunter directement à la vache Tagent préservateur de la variole.
L^enfant est donc exposé à contracter la syphilis dans des conditions bien diverses, qu'il appartient au médecin d'apprécier. C'est à lui surtout, que revient la mission de mettre le nouvel être à l'abri des dangers qui le menacent ; tâche quelquefois difficile, mais à laquelle il doit consacrer tous ses soins.
En résumé, on a confondu jusqu'ici, sous le titre de syphilis chancreuse, deux affections différentes : l'une débutant par le chancre mou, l'autre par le chancre induré.
La première est une affection essentiellement contagieuse et virulente, dont la forme première est bien connue, dont les symptômes consécutifs sont encore mal appréciés.
La seconde s'est montrée toujours comme une affection générale, de son début à sa terminaison, aussi comme une maladie spécifique.
Sa marche est régulière, constamment envahissante, mais non pas continue ; car, elle offre de nombreux intervalles de repos, pendant lesquels la maladie est dite à Vétat latent.
Abandonnée à elle-même, cette diathèse ne guérit pas, mais se transforme.
Elle ne revient jamais en arrière, alors même qu'une seconde infection est contractée.
A sa première, période, cette maladie est essentiellement contagieuse et inoculable; elle paraît aussi Iri posséder parfois cette double propriété, quand elle est i»
arrivée à l'état secondaire. Cette faculté toutefois paraît être très-amoindrie ; mais si la vérole se transmet moins sûrement de Fhomme à la femme , elle passe très-aisément alors des parents à Tentant; elle devient essentiellement héréditaire.
L'enfant, du reste, n'est point exempt de syphilis primitive ; il peut être infecté aussi par le lait de sa nourrice et par Tinoculation vaccinale.
Le virus syphilitique a la faculté de se compliquer avec les autres virus qu'il rencontre dans l'économie, pourvu que ceux-ci soient en pleine activité.
Le seul moyen de connaître tous ses effets est l'individualisation pathologique, telle que Hahnemann l'a enseignée.
Le seul traitement curatif est celui qui se compose d'agents internes et spécifiques , les applications locales et les médications indirectes ne pouvant rien pour guérir une diathèse.