‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 24 sur 86 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

De la Blennorrhag^ie.

Il y a trois questions à examiner au sujet de la ble^morrhagie :

1° Faut-il la considérer comme une maladie à part, ou seulement comme un symptôme appartenant à des états divers ?

2° Dans le cas où elle constituerait une maladie distincte^ faut-il la regarder comme produite par un virus?

3** Quels seraient alors les effets de ce dernier, et les dangers qu^il a puissance de faire naître ?

EXISTE-T-IL UNE MALADIE A LAQUELLE IL FAILLE RÉSERVER LE NOM DE BLENNORRHAGIE ?

Les auteurs ont répondu d^'une manière différente à cette première question.

Lorsque Hunter définissait la gonorrhée « la sup- G puration vénérienne du canal de Futrètre, » lui accordant ainsi la même nature qu'au chancre, il en faisait un symptôme, et non pas une maladie. Lorsque

M. Ricord^ en considérant la blennorrhagie comme une affection locale^ dont Tissue ne doit laisser aucun souci^ soutient « qu'elle se produit souvent sous Tin- « fluence des causes qui peuvent déterminer Tinflam- « mation des autres muqueuses (1), » il aboutit au même résultat; car tout en elle devient variable^ aussi bien sa forme que sa nature.

Hecker et Swédiaur faisaient, au contraire, de cette affection une maladie complète. Seulement^ comme ils ne distinguaient pas suffisamment entre les maladies et les symptômes, ils se trouvaient obligés de distinguer autant d'espèces de blennorrhagie qu'ils rencontraient d'écoulements différents. Pour Hecker, le nombre de ces variétés s'élevait à quinze ; il était de sept pour Swédiaur. Ce dernier, plus rigoureux que ses devanciers dans le choix de ses expressions, traitait des blennorrhagies et non de la blennorrhagie.

On a voulu de nos jours simplifier cette classification, et l'on n'a plus reconnu que deux espèces de gonorrhées, celle qui est syphilitique, et celle qui ne l'est pas (2) ; mais, dans ce cas encore, on est forcé d'admettre que l'écoulement relevant de causes distinctes, présentant des différences nombreuses, n'est, en définitive, qu'une portion d'un état beaucoup plus général.

On ne gagne donc rien à rejeter les divisions précédentes. Je dirai même qu'on y perd beaucoup ; car, en réunissant sous une même dénomination, dans une

(1) Lettres, p. 19.

(2) Monneret et Fleury, Compe^idium, art. Blennorrhagie.

même unité, des états morbides aussi divers que ceux qui étaient désignés sous les noms de blennorrhagie herpétique, goutteuse, rhumatismale, a stimulo mechanico^ etc., on est forcé de leur appliquer les mêmes principes, les mêmes raisonnements, et on aboutit de la sorte à des discussions sans fin, et à des traitements sans objet.

Ceux pour lesquels la blennorrhagie est de nature syphilitique, rappellent lescas où Técoulement urétral est suivi de vérole constitutionnelle, et ils ont raison de le faire. Ceux qui la considèrent comme une maladie locale, invoquent, au contraire, des faits dans lesquels un stimulus mécanique ou physiologique, des hémorrhoïdes, des vers intestinaux, ont été la cause de ^écoulement. Chacun appliquant alors, à ce qu'il nomme la gonorrhée, ce qui est vrai seulement d'une de ses espèces, élève un édifice différent de celui qu'avait bâti son prédécesseur, mais tout aussi peu durable. Telle est l'histoire des disputes dont la blennorrhagie est encore l'objet, le motif des incertitudes qui régnent encore au sujet de cette affection.

Hahnemann avait individualisé davantage, et il était arrivé également à considérer la blennorrhagie comme un symptôme et non comme une maladie. Tantôt il la regarde comme un des effets du virus sycosique ; tantôt comme étant le résultat d'un autre miasme, sur la nature duquel il ne s'explique pas, et qui aurait pour effet unique d'irriter localement les organes urinàires (1) ; comme s'il n'y avait pas antagonisme absolu

(1) Doct. des malad. chron., p. 133^ note.

entre la virulence et la nature locale d'une maladie !

On pensera peut-être que le fondateur de Fhomœopathie n'avait point à insister sur le sujet qui nous occupe, celui-ci devant avoir à ses yeux un intérêt secondaire, du moment où il déclarait que la thérapeutique, pour être précise, devait être basée sur la connaissance des symptômes, et non sur celle de la nature intime d'une maladie. D'après cette opinion, il devait peu lui importer de savoir si la blennorrhagie était ou non syphilitique, si elle relevait de quinze causes différentes ou seulement de sept, l'ensemble des caractères de cette affection pouvant toujours être reconnu, quel que fût le virus qui lui avait donné naissance.

Mais Hahnemann ne traitait pas si légèrement de semblables problèmes. Il savait que le médecin ne peut rester indifférent aux questions qui s'agitent et aux solutions qu'elles reçoivent ; que tout ne se borne pas pour lui à choisir un médicament, qu'il lui faut encore en diriger l'administration, et que celle-ci ne peut être la même si la blennorrhagie est une maladie locale ou si elle constitue une diathèse. Il savait encore que le pronostic n'est plus aussi assuré, lorsqu'il doit porter sur une affection dépendant de causes diverses, ou sur une maladie appartenant à un agent unique, parfaitement déterminé. Aussi avait-il abordé et résolu toutes ces difficultés pour ce qui regarde la psore, la syphilis et la sycose ; je dois dire qu'il n'a pas été aussi explicite pour la blennorrhagie. Tout ce qu'il estpossible d'induire des quelques indications contenues, au sujet de cette affection, dans le Traité des maladies chro-

niques, c'est que les écoulements du canal de Turètre peuvent appartenir à chacune des grandes diathèses admises par Hahnemann ; qu'il faut, en conséquence, leur donner la valeur d'un symptôme, et rien de plus.

Il résulte de tous les détails précédents que les auteurs ont confondu, sous le nom de gonorrhée ou de blennorrhagie , des affections très-analogues par leur forme, mais relevant de causes différentes, appartenant par conséquent à des états morbides plus étendus, dont ils constituent seulement une expression importante, mais passagère.

Cette opinion est trop conforme aux données de l'observation pour être contestée. Il est bien vrai que tous les écoulements du canal de l'urètre ne se ressemblent pas; qu'on doit en conséquence établir parmi eux des distinctions profondes.

Mais ce qui n'est pas moins exact, c'est que, parmi les variétés qu'on observe, il en est une qui offre des caractères constants, constitue une sorte de type, qu'on ne peut confondre avec les autres hypersécrétions des membranes muqueuses.

Cette blennorrhagie paraît de deux à cinq jours ' après le coït, se montre tout d'abord sous la forme d'un écoulement composé de mucus et de pus, accompagné de vives douleurs, qui se font sentir surtout en urinant, et, chez l'homme, pendant les érections.

Elle peut atteindre le même sujet à plusieurs reprises. Dans ce cas, elle cause plus de douleur la première fois que les suivantes.

Le muco-pus qui s'écoule de l'urètre ou du vagin

n'est point inoculable avec la lancette ; mais il est essentiellement contagieux. Son pouvoir, sous ce rapport, paraît varier en raison de sa composition; il n'est jamais plus intense qu'au moment où l'élément pus domine l'élément mucus (1).

Si l'on peut examiner la femme par laquelle cette affection a été transmise, on la trouve atteinte d'une maladie entièrement semblable à celle qu'elle a communiquée.

Cette affection n'a point d'organe qui lui appartienne. Elle se développe dès qu'il y a eu « application a de la matière morJDifique sur une surface sans épice derme; l'écoulement est le même à l'anus, à

« l'intérieur de la bouche et du nez, aux yeux, et c< dans les oreilles (2). »

Tl y a évidemment dans cette fixité des caractères appartenant à cette maladie, dans cette espèce de généralité qui lui permet de se reproduire sur toutes les régions où l'agent infectieux est' déposé, une preuve certaine de sa spécificité et de l'impuissance où se trouvent les causes ordinaires d'irritation, lorsqu'il s'agit de la produire.

Si j'ajoute que cet écoulement est suivi de symptômes consécutifs particuliers, on jugera facilement qu'il est le premier terme d'une maladie, au même titre que le chancre est le point de départ de la syphilis.

Ce qu'il y a de remarquable, c'est que la blennor-

(1) Diday.

(2) Hunter, Traité de la maladie vénérienne^ Irad. de Richelot, p. 57.

rhagie dont je parle n'a rien de commun avec cette dernière diathèse^ et que c'est à tort que Swédiaur lui donna Tépithète de syphilitique.

Jamais, en effets le pus gonorrhéique n'a produit de chancre ; jamais le chancre n'a engendré la gonorrhée. Les nombreuses expériences de M. Ricord, celles de Hernandez, de MM. longue et Rowan (de Philadelphie), les essais plus récents de M. Baumes, ont mis ce fait hors de doute.

Si souvent que ces expériences aient été répétées, leur résultat a toujours été le même. Il existe donc entre ces deux affections quelque chose de plus qu'une différence de siège et de forme symptomatologique ; il existe une différence de nature, en vertu de laquelle le chancre donne toujours naissance à un chancre, et la blennorrhagie produit toujours une blennorrhagie.

Pour arriver à ce résultat, il a suffi de déposer sur la muqueuse elle-même le muco-pus urétral. Lorsqu'on a fait une inoculation, l'effet n'a plus été le même ] le pus du chancre a donné lieu à un ulcère, et celui de la blennorrhagie n'a rien produit. Ce dernier fait dépose encore en faveur de la distinction à établir entre ces deux affections.

L'anatomie pathologique viendrait, au besoin, confirmer l'opinion dont je parle. Morgagni, ayant eu l'occasion d'ouvrir plusieurs cadavres de sujets atteints de gonorrhée (1), trouva la muqueuse de l'urètre seulement un peu plus rouge et un peu plus humide qu'à

(1) Desedib. et causis morb.^ lettre xliv.

l^ordinaire ; Hunter (1), ayant fait Tautopsie de deux suppliciés affectés de blennorrhagie virulente, ne trouva pas non plus d'ulcères dans le canal de Turètre.

Ce n'est pas cependant que les membranes muqueuses ne soient point susceptibles d'ulcération : le chancre primitif y a été trop souvent reconnu pour que le moindre doute s'élève à cet égard. On l'a constaté dans le rectum^ dans la bouche, sur les paupières^ et M. Ricord en a rencontré des exemples dans le canal de l'urètre et jusque sur le col de la vessie. Si donc le muco-pus blennorrhagique ne le produit pas, cela ne tient point, comme le croyait Hunter, à la résistance que les membranes sécrétantes offriraient sous le rapport de l'ulcération, mais bien à l'impuissance même du muco-pus pour produire un semblable travail pathologique.

La thérapeutique confirme les données précédentes. Dans l'école officielle, personne n'emploie plus le mercure pour le traitement de la gonorrhée. Sydenham combattait cette affection par les purgatifs, et réservait le mercure pour le chancre. Aux purgatifs de Sydenham, Astruc et Swédiaur ajoutèrent l'emploi des balsamiques ; et, de nos jours, la différence du traitement opposé à ces deux maladies est aussi profonde que l'est la différence des causes qui les engendrent. Ceux-là même qui soutiennent avec le plus d'énergie, l'identité de nature de la gonorrhée et du chancre, réservent lecopahu et le cubèbe pour la pre-

(1) Loc. cit., p. 192.

mière, tandis qu'ils donnent le mercure pour le second (1).

La même différence existe en homœopathie. Pendant que le mercure^ le lachesis, Tor, V acide nitrique, etc., sont les médicaments les plus utiles quand il s'agit de la syphilis; le cannabis, le natrum muriaticum, le sulphur, e,ic., doivent être préférés pour la gonorrhée.

Tout dépose donc en faveur de la distinction qu'il convient d'établir entre la syphilis et la blennorrhagie ; tout nous oblige à refuser à cette dernière le caractère que Hun ter lui attribuait.

Il résulte des détails précédents que, parmi les écoulements divers des organes génitaux de l'homme et de la femme, il en est un qui se présente avec des caractères constants, relève d'une cause spéciale, différente du virus syphilitique, et qu'il faut considérer, en conséquence, comme la forme primitive d'une maladie distincte de la syphilis elle-même.

Cette maladie ne peut plus offrir alors de doute que sur un point : ou elle relève d'un virus spécial, ou elle n'est qu'une irritation locale sans gravité. Ces deux opinions ayant été soutenues, il faut choisir entre elles. L'observation, aidée de l'expérience, permet de le faire avec certitude.

(1) Vidal de Cassis, Traité des malad. vénér,, p. 88.

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