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LA BLENNORRHAGIE TYPE EST-ELLE UNE MALADIE VIRULENTE

De nombreuses raisons permettent de Faffirmer.

Cette maladie présente, en effet, des caractères que nous avons reconnus appartenir à la syphilis, ce type des maladies virulentes. i° Originairement, elle se communique par voie de contact d'un individu malade à un individu sain ; 2° elle paraît seulement après une période d'incubation ; 3° abandonnée à elle-même, ou combattue par un traitement intempestif, elle tend à revêtir des- formes toujours nouvelles et toujours plus graves : sa marche est constamment envahissante ; 4'' lorsqu'elle a abandonné son état primitif pour revêtir ses formes secondaires, elle perd la propriété de se transmettre par le contact, mais acquiert le privilège de se transmettre par voie d'hérédité (1).

Personne assurément ne mettra en doute le premier de ces caractères. N'est-ce pas presque toujours à la suite du coït, pratiqué avec une femme ayant un écoulement, que l'homme voit apparaître la blennorrhagie urétrale?Et, lorsqu'il s'agit d'une contagion accidentelle, ne voit-on pas touj ours le muco-pus engendrer une sécrétion semblable à lui-même ? Ce résultat n'estil pas fatalement produit lorsque ce liquide a été dé-

(1) Voyez, sur ce sujet, Léon Simon père, Mémoire sur la blennorrhagie , Annales de la médecine homœopathique , t. 1, p. 101 et pass.

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posé sur la conjonctive, sur la pituitaire, dans le conduit auditif, su/le rectum, etc. ?

L^exemple du sodomite observé par M. Baumes (1) pourrait au besoin être invoqué ici; car, chez lui, Taspect de récoulement de l'intestin fit présumer une blennorrhagie, tandis qu'un examen direct permettait de constater un écoulement urétral caractéristique chez rhomme par lequel cette affection avait été communiquée. Enfin, lorsque des médecins introduisirent du muco-pus dans le canal de Turètre, ainsi que Ta fait M. Baumes, et beaucoup d'autres avant lui, le résultat de cette opération n'a-t-il pas toujours été de donner lieu à un écoulement blennorrhagique?

Le caractère contagieux de la blennorrhagie est donc incontestable. J'ajouterai que cette maladie ne se développe jamais aussitôt après le contact, mais toujours à la suite d'une période d'incubation. Si l'on interroge le malade, selon le conseil de M. Diday, il avouera qu'il « avait vu une femme de deux à cinq c( jours avant le début du mal (2). » Si l'on interroge ensuite l'expérience, on trouve dans les deux obser-

(i) Voyez loc. cit., p. 202. Cette observation a rapport à deux hommes qui entrèrent à l'hôpital de l'Antiquaille pour être traités deja gale. Au bout de quelques jours, l'un d'eux se plaignit d'un écoulement qui avait lieu par le rectum. La nature des taches laissées sur le linge fit croire à une blennorrhagie; en même temps, la disposition de cette partie de l'intestin et les aveux du malade prouvèrent ses habitudes sodomiques. Son camarade, examiné au même moment, présenta une blennorrhagie qu'il avait contractée avec une fille publique quelques jours auparavant.

(2) Loc. cit., p. 52.

valions de M. Baumes, par exemple,, que Fécoulement a paru^ chez le premier malade, cinq jours après que le muco-pus avait été introduit dans Turètre, et, chez le second, vers le septième jour seulement. On est vraiment surpris, en présence de faits aussi communs et aussi précis, d'entendre M. Ricord nier la période d'incubation de la gonOrrhée, et soutenir que « les « effets de la blennorrhagie peuvent être séparés de « la cause qui la produit, mais que rien ne prouve que « le temps qui s'écoule entre l'action de la cause et l'apa parition des phénomènes morbides soit le résultat « d'une véritable incubation virulente (1); » ce qui conduit cet auteur à comparer sous ce rapport la gonorrhée au coryza, et à repousser l'incubation, aussi bien pour la première de cesmaladies que pour la seconde. Or, cette comparaison est absolument inexacte, et nous sommes en droit de la repousser, par cela seul qu'elle a été établie entre deux termes d'ordre différent. Il ne faut pas oublier, en effet, que si la blennorrhagie est contagieuse, le coryza ne l'est pas ; ce qui constitue pour ces deux affections une dissemblance tellement profonde qu'on ne saurait les mettre sur la même ligne, et conclure de ce qui arrive à l'une à ce qui doit se rencontrer pour l'autre. Tout le monde convient que les maladies contagieuses, seules, présentent une période d'incubation ; il n'est donc pas surprenant que le coryza en soit dépourvu, tandis que la blennorrhagie en a une parfaitement incontestable.

(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, 4e lettre.

De plus, lorsque l'écoulement disparaît, en dehors de tout traitement spécifique, d'autres symptômes le remplacent. Ceci est tellement vrai, que M. Ricord luimême est obligé d'indiquer, après Astruc, Hunter, Swédiaur, etc., les conséquences de la blennorrhagie (1), parmi lesquelles tous ces auteurs placent le rétrécissement de l'urètre, l'engorgement de la prostate, l'épididymite chronique, l'ophthalmie, et une espèce particulière de rhumatisme. M. Baumes va même plus loin encore, en accordant au virus gonorrhéique le pouvoir d'engendrer des dermatoses. Mais sans entrer sur le domaine des faits contestés, on trouve dans les affections que j'ai nommées tout à l'heure un motif suffisant de reconnaître que la blennorrhagie type n'est point une affection limitée à sa période contagieuse, celle-ci étant suivie le plus souvent de symptômes constitutionnels parfaitement caractérisés.

Enfin, plusieurs auteurs ont parlé avec raison de sa transmission héréditaire. M. Baumes, entre autres, a prouvé par des observations irrécusables que des malades atteints de blennorrhagie passée à l'état chronique, avaient engendré des enfants scrofuleux.

La maladie qui nous occupe est donc contagieuse dans sa forme primitive, capable de donner naissance à des accidents consécutifs, qui ne sont plus habituellement contagieux, mais deviennent héréditaires : n'est-ce pas assez pour conclure qu'elle est virulente ? Enfin, la différence qui la sépare de la syphilis ne

(1) Lettres, p. 18.

prouve-t-elle pas aussi qu^elle a un principe sui gène- 7ns, auquel on peut à juste titre donner le nom de virus blennorrhagique ?

Cette conclusion^ si conforme aux lois générales de la pathologie, est cependant repoussée par toute une école, et cela pour trois raisons :

1° Parce que la blennorrhagie n^est pas inoculable ;

2° Parce qu^elle peut être contractée pendant des rapports avec une femme saine, voire même en dehors du coït;

3*» Parce qu'elle ne donne jamais lieu aux symptômes constitutionnels de la vérole.

La première et la troisième objection ne prouvent rien évidemment contre la thèse que je défends. Si la blennorrhagie n^'est point inoculable avec la lancette, elle est au moins contagieuse; elle se transmet du sujet malade au sujet sain, aussi bien à la suite d'une application artificielle du muco-pus qu'après des rapports physiologiques; elle est donc inoculable à sa manière. Nous avons vu, du reste, que si la matière de l'écoulement urétral ne produisait jamais de chancre, cela tenait à ce qu'il existe une différence profonde entre elle et le pus sécrété par un ulcère primitif, sans rien prouver contre l'existence d'un virus spécial blennorrhagique.

Il serait étrange vraiment de vouloir imposer à tous les virus un même mode de transmission, et de nier leur existence, par cela seul qu'ils ne produisent rien quand on les insère sous l'épiderme.

Il ne serait pas plus exact de refuser à la blennorrhagie type le caractère virulent parce qu'elle ne donne jamais lieu aux symptômes caractéristiques de la vérole. Cette impuissance prouve, en effet, la spécificité de cette maladie, sans rien établir contre sa généralité. Or, s^il est vrai que cette affection primitive ne soit suivie ni de roséole^ ni d'alopécie, ni d'exostose, elle n'en a pas moins des symptômes consécutifs bien caractérisés ; elle n'est donc pas limitée à l'organe primitivement envahi ; en un mot, elle n'est pas locale (1).

Enfin, on repousse sa virulence et sa spécificité, parce que, dit M. Ricord, il est possible de la contracter en cohabitant avec une femme saine.

C'est là, sans aucun doute, l'opinion de la plupart des malades. Quelle que soit la source à laquelle ils ont puisé leur écoulement, ils aiment à croire que cette source était pure de toute souillure ; mais le médecin ne doit pas partager cette illusion. Il est au contraire forcé de reconnaître la triste vérité, lorsqu'il lui est possible de soumettre la femme elle-même à un examen scrupuleux, et il doit convenir alors, avec M. Diday, que

(1) On chercherait en vain à soutenir cette dernière opinion par ce fait que la blennorrhagie s'étend souvent de proche en proche, et que ses effets consécutifs existent fréquemment sur les organes primitivement affectés. H est vrai qu'après être née sur uh point du canal de l'urètre, elle envahit aisément la prostate, les vaisseaux éjaculatoires, l'épidldyme; mais l'érésipèle s'étend aussi de proche en proche, et pourtant c'est une maladie générale j l'inflammation fait de même, et personne ne songe à la considérer comme une affection purement locale.

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cette femme était malade^ et, avec M. Baumes, qu'elle était spécifiquement malade.

Lorsque, en effet, on se borne à consulter Tobservation, on est conduit à repousser purement et simplement Tassertion de M. Ricord. Non, un homme sain, qui n'a jamais eu de blennorrhagie, chez lequel il n'existe aucun germe morbide, ne contracte pas une maladie de cet ordre en cohabitant avec une femme dont la santé est irréprochable.

Il peut se faire sans doute que les écoulements herpétiques, ceux auxquels Sv^^édiaur donnait le nom A'hémorrhoïdaux, adentitione, se produisent sans contagion, en dehors même de tout rapport sexuel, comme il arrive pour les enfants ; mais il y a loin de ces sortes de gonorrhées à une blennorrhagie type. Ainsi que Tobserve M. Diday, il est bien rare qu'un médecin spécialiste ait à traiter des sujets helminthiques ou en travail de première dentition ; ceux qui viennent à lui sont des adultes qui avouent en général, sans grande peine, qu'ils ont puisé leur mal au milieu de rapports iUicites. Si alors la femme peut être elle-même examinée, il est de fait qu'on la trouvera malade. Ainsi que M. Diday le reconnaît, elle avait ou un écoulement ou ses règles (1).

(1) On ne peut accepter sans discussion la dernière condition admise par M. Diday {loc. cît.^^. 52); car, on rencontre souvent des hommes pour lesquels l'existence des règles n'est pas un obstacle aux rapprochements intimes, et qui cependant ne contractent pas deblennorrhagie.Onestbien, il estvrai, témoin de faits contradictoires. Souvent aussi des hommes voient apparaître à la suite de ces rapports des écoulements ; mais ces écoulements ne sont pas

Or, si cette femme avait un écoulement, elle n'était pas saine. La proposition de M. Ricord est donc dé-

des blennorrhagles. Ils ne sont point douloureux comme cette dernière, ils sont presque exclusivement muqueux, et des soins de propreté, joints à la continence, sufiisentà les faire disparaître. Voilà ce qu'on observe quand un homme, qui n'a jamais eu de blennorrhagie, cohabite avec une femme saine, pendant la durée de ses époques.

Les choses se passent tout autrement si le malade avait eu une ou plusieurs blennorrhagies antérieures, surtout si ces dernières n'avaient pas été convenablement traitées et complètement guéries. Rien n'est plus propre, dans ce cas, à rappeler l'écoulement que le contact du sang menstruel. D'un autre côté, si la femme était blennorrhagique avant l'apparition de ses règles, elle n'a point cessé de l'être parce que celles-ci ont commencé à couler ; elle peut donc devenir alors une cause d'infection d'autant plus redoutable qu'elle est dans cet état.

Le médecin doit donc toujours être en garde contre l'interprétation et les explications des malades, lly a quatre ans, je fus consulté par un jeune ménage chez lequel avait apparu tout à coup une double blennorrhagie bien caractérisée. Cette affection étant venue à la suite des rapports accomplis pendant le cours de la dernière époque, celle-ci fut naturellement accusée. On convint cependant avoir tenu la même conduite depuis huit mois que durait le mariage, et, cela, sans inconvénient. Alors, pourquoi cette différence?

Cette étiologie était d'autant plus contestable, que si elle expliquait l'écoulement du mari, elle ne rendait pas compte de celui de la femme. Or, celui-ci s'accompagnait d'un vif sentiment d'ardeur, qui augmentait en urinant, de douleurs hypogastriques violentes. La muqueuse de l'entrée du vagin présentait un état granulé caractéristique, et la pression faisait sourdre du mucopus du canal de l'urètre. Il n'y avait donc pas de doute sur le diagnostic de cette affection. Restait alors à en découvrir l'origine; ce fut l'affaire d'un aveu du mari. Celui-ci convint s'être abandonné à des rapports extra-conjugaux avec une femme dont il ne pouvait répondre : son écoulement en avait été la conséquence. Pris au dépourvu, il n'avait pas voulu déserter le lit con-

truite par ^l'aveu échappé à son élève et à son ami.

11 y a plus : Qu'est que tous les écoulements vaginaux ne sont pas capables de donner une semblable maladie, pas plus que toutes les sécrétions cutano-préputiales ne sont aptes à faire naître, chez la femme, une blennorrhagie véritable (l).

On rencontre tous les jours des preuves de ces deux assertions. Ainsi que je l'ai rappelé plus haut, on voit, à chaque instant, des femmes atteintes de leucorrhée assez irritante pour rougir la vulve , excorier la face interne des cuisses, se livrer au coït sans rien communiquer à leurs maris ; on voit aussi des femmes atteintes d'ulcère cancéreux de la matrice présenter la même innocuité.

jugal, espérant n'avoir qu'un échauffement, et sa jeune femme se trouvait être victime de ce fatal moment d'oubli. Cette histoire n'est-elle pas celle de toutes les blennorrhagies qui apparaissent dans les ménages à la suite des époques ? Ab uno disce omnes.

(1) On répondra sans doute qu'il est impossible de distinguer, chez la femme, l'écoulement contagieux de celui qui ne l'est pas; qu'ainsi ce dernier n'a rien de spécifique. Il est vrai que les caractères objectifs laissent quelquefois le médecin dans le doute; pas absolument cependant. Mais quand il en serait ainsi, le caractère contagieux ne serait-il pas suffisant, à lui seul, pour fixer le diagnostic? Est-il donc toujours facile de distinguer le pus du chancre de celui des ulcères non syphilitiques? Et, lorsqu'on e.st dans le doute à cet égard, ne recommande-t-on pas l'inoculation tomme le seul moyen infaillible pour arriver à une certitude? Or, s'il suffit de constater que du pus est inoculable pour être en droit de déclarer qu'il provient d'un chancre, on sera également autorisé à soutenir qu'un écoulement vaginal, offrant tous les caractères du muco-pus, est de nature blennorrhagique, par cela seul qu'il aura communiqué un écoulement de cette nature. L'inoculation dans le premier cas, la contagion dans le second auront levé tous les doutes.

c( Combien n'existe-t-il pas d^hommes^ dit M. Bau- « mes, dont la surface du gland est le siège d^un c( suintement muco-purulent plus ou moins acre, sou- « vent avec rougeur, inflammation, excoriation du « gland lui-même... La matière de ces suintements a « quelquefois une odeur infecte ; quelques individus, « naturellement malpropres, ne Tenlèvent jamais, la « laissent fermenter, se putréfier entre le gland et le (( prépuce, de manière que le gland, à découvert, « seulement pendant Facte du coït, apporte en contact « avec les parties génitales de la femme, une matière « certainement douée de qualités acres, irritantes. « Or, combien d'hommes présentant ces conditions, « voient habituellement leurs femmes, sans jamais « leur donner aucun mal, tandis qu'avec une simple « blennorrhagie bâtarde, contractée à la suite du coït, « avec une femme infectée elle-même de blennorrhac( gie, lorsque les circonstances relatives à la rougeur, c( l'inflammation, Texcoriation du gland, sont moins c( intenses que dans le cas précédent, et lorsque la « matière de l'écoulement n'offre pas, même en appa- « rence, des qualités aussi irritantes, l'on voit cepen- {( dant la communication de la maladie blennorrha- « gique s'opérer à peu près dans tous les cas, de « l'homme à la femme, et de celle-ci à d'autres indi- « vidus (1). »

M. Ricord, malgré tout, maintient sa proposition; il l'appuie même sur une statistique bien arrêtée : « Les

^ (1) Baumes, loc. cit.^ l" partie, p. 205.

« femmes, dit-il, donnent souvent la blennorrhagie a sans Tavoir ; elles en donnent vingt pour une qu^on « leur rend (1). »

Cette preuve, il faut bien en convenir, n'est pas directe. Le chiffre invoqué dans cette circonstance ne montre qu'une chose, c'est que la maladie se transmet plus facilement de la femme à Thomme, que de rhomme à la femme ; mais elle ne prouve pas que, dans le premier cas, la femme ait été saine.

11 est certain, M. Ricord lui-même le reconnaîtra^ que chaque fois qu'il est arrivé à la femme d'être infectée, l'homme auquel elle devait sa blennorrhagie, était lui-même malade ; qu'il y a eu, dans ce cas, transmission d'un individu malade à un individu sain, donc contagion.

11 est incontestable aussi, que si cette femme, ainsi infectée, a cohabité avec un homme non atteint de blennorrhagie, elle a pu lui communiquer cette affection.

Cette immunité de la femme est du reste bien illusoire. N'arrive-t-il pas trop souvent aux médecins d'être consultés pour des écoulements vaginaux survenus tout à coup chez de jeunes mariées, écoulements qui s'accompagnent de chaleur, d'ardeur en urinant? D'où vient le mal? la jeune femme ne peut le dire. Il semble qu'elle porte seulement la peine de quelques excès commis dans les premiers temps du mariage. Mais interrogez le mari, et s'il est de bonne

(1) Lettres, p. 18.

foi, il conviendra qu'au moment où il a eu ses premiers rapports conjugaux, il portait des traces d'une ancienne gonorrhée. Celle-ci était réduite à de bien faibles symptômes ; à peine restait-il une petite goutte matinale, une légère chaleur en urinant ; cet homme, en un mot, se croyait guéri. Malheureusement il était dans l'erreur; la maladie communiquée par lui à sa femme en est la preuve.

Le résultat est le même pour un ménage uni depuis longtemps. Si les lois de la morale y sont observées, les rapports sexuels sont inoffensifs; mais que l'un des deux époux, venant à faillir, contracte une blennorrhagie en dehors du lit conjugal, et il ne manquera de l'y rapporter. Dans ce cas, le danger est le même pour la femme et le mari, et il est certain que tout le monde s'entendrait pour défendre à l'un et à l'autre toute espèce de rapprochement.

Mais, dira-t-on, comment expliquer la statistique de M. Ricord? Par quelques circonstances accessoires bien faciles à saisir.

On sait, en effet, que la blennorrhagie n'est pas également contagieuse à tous les moments de sa durée; qu'elle l'est d'autant plus que, dans l'écoulement, l'élément pus domine l'élément mucus. Or, ce moment est précisément celui où l'inflammation est dans toute son acuité, et où l'homme est éloigné du coït par la douleur, sinon par un sentiment d'honneur et de délicatesse. Plus tard, lorsque ces souffrances s'apaisent, l'élément contagieux diminue, et l'homme petit revenir à ses habitudes sans faire courir à sa

compagne les mêmes dangers. Ce que je rappelais tout à l^heure prouve cependant que, même à cette période^ il ne faut pas être rassuré.

Chez la femme, on s'accorde généralement à dire que les douleurs sont moins vives; chez elle aussi l'illusion et la dissimulation sont plus faciles. Il y a souvent impossibilité, pour la malade, de savoir si Vécoulement vaginal, dont elle souffre, est blennorrhagique ou seulement leucorrhéique. Elle est donc bien plus exposée que Thomme à accepter les rapports sexuels dans Tétatde maladie, plus exposée, par conséquent, à transmettre cette dernière.

Ce qui a fait encore illusion, c^'est qu'Hun grand nombre de blennorrhagies ne sont que des récidives. Ceci s'observe surtout depuis que la gonorrhée est traitée comme une maladie locale, à Taide d'agents substituteurs, qui n'ont rien de spécifique. Ces faits sont assez communs, pour qu'il soit admis qu'une première blennorrhagie prédispose à une seconde, même à une troisième. Il n'est pas rare, non plus, de rencontrer des malades qui ont acquis sous ce rapport une telle susceptibilité que chaque nouveau coït rappelle leur écoulement. Il est facile de comprendre comment de semblables sujets pourront devenir malades, après avoir cohabité avec une femme parfaitement saine du reste.

On peut apprécier maintenant la valeur de la statistique de M. Ricord relativement à la virulence de la blennorrhagie, et conclure qu'elle n'a point la portée que cet auteur avait voulu lui accorder.

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