L. SIMON
enfin, il meurt à dix-huit mois^ « avec tous les symp- « tomes d'une hydrocéphale aiguë. »
Trois mois plus tard^, naissance d'un troisième enfant, un garçon. Peu de jours après sa naissance, écoulement jaunâtre derrière les oreilles; à trois mois, mort à la suite de convulsions.
Quatorze mois après, la mère accouche d'une petite fille qui offre tous les symptômes de sa sœur aînée. Enfin, les parents songent à se traiter. Le père avait « un suintement épais, purulent, blanc jaunâtre, avec « rétrécissement spasmodique de l'urètre ; la mère, « un écoulement semblable avec rougeur, inflamma- « tion légère de l'entrée du vagin, et quelques granu- « lations du col de la matrice (1). »
L'un et l'autre ayant été guéris, cette dame eut encore une petite fille, chez laquelle aucun symptôme de scrofule n'avait paru lorsque cette observation fut publiée. Cette enfant avait alors trois ans.
A ce fait il serait facile d'en ajouter beaucoup d'autres; je me bornerai à en citer un seul.
Deuxième observation, — M. X..., négociant, quarante ans, bien constitué, n'ayant aucun des attributs de la constitution scrofule use, est uni à une femme brune, forte, d'une excellente constitution aussi. Ce ménage a eu déjà huit enfants. Sur ce nombre, il n'en reste que deux. Parmi les^six qui ont succombé, cinq auraient été enlevés par des affections pulmonaires, un par des convulsions. Je n'insisterai pas à leur sujet,
(I) Baumes, loc. cit,, p. 318.
' n'ayant pas eu occasion de les traiter. Je parlerai seulement des trois derniers, parce que j'ai pu les voir. Celui pour lequel je fus consulté tout d'abord était un petit garçon de six mois. Lorsque je l'examinai, il était arrivé au dernier terme d'une phthisie pulmonaire. Sa sœur^ que l'on me présenta en même temps^ avait quatre ans^ se trouvait atteinte d'un engorgement du foie avecascite.
Elle était alors confiée aux soins d'un autre médecin qui continua à la traiter. J'ai revu cette malade il y a six mois : son ascite est résorbée,, mais le foie reste engorgé; le teint est pâle ; l'enfant a un aspect chétif^ un caractère triste et irritable ; les fonctions digestives sont irrégulières; elle tousse quelquefois, sans que l'auscultation fasse reconnaître encore aucun signe de tubercules. — Le second enfant vivant est une petite fille de onze mois^ mince^ chétive^ sujette à la diarrhée, à la toux et aux ophthalmies.
Il serait bien facile, assurément, de multiplier ces exemples ; ils sont si communs, que tout le monde, en se reportant à ses souvenirs, en rencontrera de plus précis encore. Je suis ainsi parfaitement en droit de conclure que la blennorrhagie mal guérie, même alors qu'elle est réduite à une simple blennorrhée sans danger pour la femme, est la cause de la cachexie scrofuleuse la mieux caractérisée, de cette cachexie qui commence par des suintements muqueux, des dermatoses humides, et se termine par l'hydrocéphale, les convulsions ou la phthisie.
La blennorrhagie se présente alors à nous comme
une diathèse complète, ayant une forme primitive contagieuse, bien déterminée, donnant lieu ensuite à des formes morbides consécutives, toutes spéciales, et à des symptômes héréditaires qu'on est convenu de confondre sous un titre commun, celui de cachexie scrofuleuse.
- J'ai peu de chose à dire relativement au diagnostic de la gonorrhée. Aussi longtemps qu'elle reste à sa période primitive, les trois caractères que j'ai indiqués : la douleur, l'écoulement et les granulations, permettront de la reconnaître ; ils la feront distinguer des écoulements qui n'ont rien de blennorrhagique.
Seulement il sera nécessaire, pour acquérir une notion exacte de la maladie, de tenir compte de tous ses caractères, de leurs variétés, de l'ordre dans lequel ils se succèdent. La connaissance des antécédents, celle de la santé des enfants, celle des habitudes et de la moralité des malades, auront aussi leur valeur. Comment en serait-il autrement, lorsqu'il s'agit d'une affection que ses caractères organiques tendent à faire confondre avec beaucoup d'autres ? L'individualisation sera d'autant plus nécessaire pour arriver à reconnaître les formes consécutives de la blennorrhagie , que leur tableau est plus mal dessiné. Il importera surtout d'établir d'une manière rigoureuse l'enchaînement des différentes formes morbides qu'il s'agira de rattacher à cette même cause.
Lorsque, enfin, il faudra faire un choix parmi les affections appelées scrofuleuses, en vue de distinguer celles qui sont le résultat d'une blennorrhagie hérédi-
taire, l'attention du médecin sera plus grande encore. Il ne devra jamais oublier, en pareil cas, qu^il avance sur un terrain nouvellement exploré, qu'il entre dans le champ des découvertes, et que ses pas seront d'autant plus assurés qu'il restera plus fidèle à la méthode tracée par Hahnemann.
La blennorrhagie étant ainsi connue à toutes ses périodes, il sera nécessaire d'en apprécier les dangers.
Sous ce rapport, il règne en médecine une singulière opinion. Il semble que cette maladie ne doive laisser aucune crainte ; que le copahu et le cubèbe, aidés de quelques injections , en triomphent à coup sûr, pour le présent et pour l'avenir.
Si cet espoir est déçu, le malade s'accoutume volontiers à conserver un suintement qui ne lui cause pas de douleur, et avec lequel il peut se livrer à toutes ses occupations, à tous ses plaisirs.
Adopter de semblables idées, c'est sacrifier à des erreurs funestes contre lesquelles on ne saurait trop s'élever.
Comment ! une maladie qui peut se prolonger pendant des années, même pendant la vie tout entière, serait sans gravité? Une maladie capable de laisser après elle des suintements sans fin, desrétrécissements de l'urètre, des maladies rebelles de la vessie et de l'épididyme ; capable aussi de donner lieu à des douleurs articulaires et à des ophthalmies tenaces; de se transmettre de génération en génération, ne laisserait au malade aucun souci ?
On ost surpris, vraiment, en présence de tous ces faits, de voir les médecins conserver une quiétude aussi complète et se confier sans mesure aux traitements abortifs et aux moyens insuffisants que la matière médicale ordinaire leur présente.
Non, on ne fait pas avorter la blennorrhagie, pas plus qu'on ne fait avorter la syphilis. Quand on parvient à comprimer Texplosion des symptômes primitifs, tout n'est pas dit pour cela;, car on n'a point atteint l'état dynamique, on n'a point détruit le virus.
Or, c'est précisément parce qu'elle est virulente que cette affection doit éveiller notre sollicitude. Ce que nous devons redouter en elle, c'est d'abord sa transmission par le contact ; ce sont, ensuite, les transformations qu'elle est susceptible de subir, et enfin cette terrible faculté d'atteindre les enfants au moment même où ils sont appelés à la vie.
Ces dangers, je me hâte de le dire, ne sont pas identiques à ceux de la syphilis ; ils n'ont point le caractère destructeur des symptômes constitutionnels de cette maladie. Qu'importe? Le malade est-il donc plus en sûreté parce que, au lieu d'une roséole, il aura une dermatose squammeuse ou papuleuse ; au lieu de douleurs ostéocopes^ des rhumatismes? L'enfant lui-même aura-t-il une destinée plus douce parce que, au lieu de succomber au bout de quelques semaines ou de quelques mois, il atteindra jusqu'à l'adolescence, pour mourir ensuite d'une phthisie tuberculeuse ? Tel est pourtant le sort qui lui est souvent réservé.
La blennorrhagie est donc une maladie grave dans
DE LA BLENN0RRHA6IE. 2? 3
le présent, grave aussi dans Tavenir; une maladie redoutable pour celui qui la contracte, plus redoutable encore pour ses descendants.
C'est là un fait dont le médecin doit être bien convaincu. C'est donc pour lui une obligation étroite de chercher à éteindre cette affection dans sa cause et dans les effets qui la caractérisent, de chercher avec soin et avec persévérance les médicaments spécifiques sur lesquels il a seulement le droit de compter.
Il ne faut pas se le dissimuler, c'est là un labeur souvent pénible; mais les difficultés ne doivent pas nous arrêter, car le succès ne peut s'obtenir qu'à ce prix. Or, ce succès, le malade y a droit ; c'est à nous de pouvoir le lui assurer.
§ IV