DES ÉCOULEMENTS NON BLENNORRHAGIQUES
Je n'ai parlé jusqu'à présent que de la blennorrhagie type, affection, comme on l'a vu, nettement caractérisée. Mais cette maladie n'est pas la seule qui se localise sur les membranes muqueuses, sur celles des organes génito-urinaires particulièrement ; et je ne puis abandonner ce sujet sans rechercher ce que peuvent être ces écoulements, et à quels signes il est possible de les reconnaître.
Ces écoulements, on ne peut le nier, se rapprochent souvent par leurs caractères de ceux que nous avons étudiés jusqu'à présent ; mais leurs causes, en déter-
minant leur nature, nous obligent à les distinguer. Aussi Fétiologie est-elle la véritable base sur laquelle nous puissions établir avec certitude la classification d'états pathologiques si divers (1).
En agissant de la sorte à leur égard, on distinguera parmi eux :
1° Des écoulements syphilitiques, dus à la présence d'un ulcère spécifique, ou au contact du pus sécrété par un symptôme secondaire ;
2° Des écoulements psoriques y comprenant tous ceux auxquels Svs^édiaur donnait le nom d'herpétiques, lépreux, etc. ;
3° Des écoulements sycosiques, auxquels Hahnemann attachait une grande importance ;
4° Des écoulements dus à des irritations mécaniques ou physiologiques, à Fabus du coït ou de la masturbation, à Taccouchement, etc.;
(1) Hecker admettait 1» une gonorrhée ordinaire; c'est elle que j'ai désignée sous le nom de blennorrhagie type; 2» une gonorrhée consécutive; 3o une gonorrhée vénérienne; 4o une gonorrhée scorbutique ; 6° une gonorrhée scrofuleuse ; 6» une gonorrhée catarrhale et rhumatismale; 7» une gonorrhée goutteuse; 8° une gonorrhée avec exanthème chronique ; 9° une gonorrhée avec hémorrhoïdes ; 10» une gonorrhée due à l'âcreté des urines; 1 1° une gonorrhée due à la masturbation ou à des excès de coït; 12° une gonorrhée par continence; 13» une autre causée par des irritants extérieurs; 14» une encore produite par des irritants sympathiques; 15° enfin, une suite d'accouchement. (Hecker, Traité de la gonorrhée.) Swédiaur reconnaît !« une blennorrhagie syphilitique; 2» une blennorrhagie herpétique, lépreuse, scorbutique ; 3» une goutteuse; 4» une rhumatique; 5° une par irritants pris à l'intérieur ; 6» une à stimulo mechanico ; 7» une blennorrhagie hémorrhoïdale.
5° Des écoulements causés par des substances médicamenteuses : par exemple,, le gaïac^ certaines espèces de bière^ etc.
r ÉcouLEiviENTS SYPHILITIQUES. — ^-Personne ne contestera, à coup sûr, rexistence des écoulements syphilitiques. Lorsqu'ils ont lieu à la surface d'une membrane que Tceil peut explorer, sur les paupières, dans la bouche, au prépuce, sur le gland, dans le vagin ou sur le col de Futérus, il est facile de reconnaître la présence de Tulcère; aussi dit-on alors que le sujet est atteint d'un chancre, et on ne parle pas de Técoulement.
Mais si l'ulcère est caché dans la profondeur du canal de l'urètre, le suintement est le seul symptôme accusé par le malade, et constaté par le médecin. Il importe donc de reconnaître sa véritable nature. Voici les signes à l'aide desquels M. Ricord pense y arriver :
!« Cet écoulement est moins abondant que celui de la blennorrhagie, très-purulent, sanieux, rouillé, sanguinolent (sans qu'il y ait eu d'injection irritante) ;
2° Il ne cause de douleur, ni pendant l'érection, ni pendant l'émission des urines ;
3° Il s'accompagne souvent d'adénopathie, avec ou sans suppuration;
4° En palpant convenablement le canal de l'urètre, on sent un engorgement qui correspond aux bords de l'ulcère ;
5** Si ces caractères ne sont pas suffisants, et que quelque doute subsiste encore, l'inoculation sera le moyen de le lever, en montrant que le liquide qui s'é-
coule de Turèire peut donner naissance à un chancre caractéristique.
T Écoulements psoriques. — On n'accordera pas aussi facilement j sans doute^ qu'il y ait des écoulements psoriques ; mon premier soin doit donc être d'en prouver Texistence. Je le ferai à Taide de quelques observations.
Pirmière observation. — « Je connais, dit M. Baumes, c( un individu menant une vie très-débauchée, car outre « deux maîtresses entretenues^ il a plusieurs maîtresses a intercurrentes. Il est affecté depuis son bas âge, etpar « disposition héréditaire, d'une éruption érythémato- « vésiculeuse (eczéma rubrum, dartre squammeuse, huc( mide, etc.) à la partie interne de la cuisse gauche. Il « arrive assez souvent à cette dartre de pâlir, de dispaa raître presque entièrement, et alors il survient un « picotement, une chaleur dans le canal de l'urètre, et « un suintement muco-purulent blanchâtre, qui dure «jusqu'à ce que la dartre reparaisse. Jamais, avec « cet écoulement, il n'a rien communiqué à ses maî- (( tresses (1). »
Ici, évidemment, il s'agissait d'un écoulement herpétique, et celui-ci avait pour caractères d'être mucopurulent, blanchâtre, et non contagieux.
Mais la suite de cette observation n'est pas moins intéressante que sa première partie. Ce malade, en effet, étendant encore le cercle de ses relations, contracte une véritable blennorrhagie avec une fille pu-
(l) Baumes, loc. cit.^ p. 200.
blique.Il croit seulement au retour de son écoulement^ infecte ses deux maîtresses, plus une femme mariée, laquelle, à son tour, donne la maladie à son mari.
M. Baumes étant, à cette époque, chargé de la visite des prostituées de la Guillotière, à Lyon, examine la femme qui avait été la première source de tous ces maux, et il trouve chez elle « une urétro-vaginite, avec « écoulement hlennorrhagique du vagin et du canal de « l'urètre (1). »
La différence entre ces deux espèces d'écoulements fut donc des plus tranchées. Celui qui résultait du principe dartreux, paraissait à la suite de rapports avec des femmes jouissant d'une santé parfaite : une fois établi, il restait sans danger pour elles. L'autre était contracté avec une femme atteinte d'une affection semblable, et se transmettait à toutes les maîtresses du malade, puis de celles-ci à d'autres personnes. Cette observation prouve ainsi, et l'existence des écoulements psoriques, et la distance qui les sépare de la blennorrhagie, sous le double rapport de leur origine et de leurs dangers.
Deuxième observation. — «M. X..., étudiant en droit, c( a eu une blennorrhagie, complètement guérie il y a « un an; jamais de chancre. Il se présenta à notre ob- (( servation, écrit M. de docteur Boucaud, une pre- « mière fois le 23 juin, avec une gale évidente, pour c( laquelle nous lui ordonnâmes le traitement de^l'hô- « pital Saint-Louis. Le malade l'exécuta consciencieu-
(1) Ibid., p. 201.
« sèment et prit même, le surlendemain, un bain de a Baréges, par excès de précaution. Le 24 juillet, il se c( représente à nous. Toute trace de gale a disparu ; « les organes génitaux sont seuls malades.
(( Gonflement du prépuce, surtout au niveau du « frein ; rougeur légère ; quelques croûtes supérticiel- (( les, accusant une éruption d'herpès ; aucune trace « de chancre ni d'adénite, dans Tintérieur du canal; « douleur intense, exaspérée par le séjour au lit; érec- « tions nocturnes, pénibles; aucun écoulement. Pas de (( coït depuis le 30 mai.
« Nous introduisons lentement une sonde métallique « ordinaire ; lorsqu'elle a pénétré à environ 3 centi- « mètres, le malade accuse une douleur très-vive, qui « s'exaspère par la rotation imprimée à l'instrument. « La sonde pénètre, du reste, sans difficulté au delà « du point douloureux. Il n'existe aucune difficulté « pour uriner ; le jet est fort. Au niveau du point où « le malade précise le siège du mal, on sent, à la partie (( inférieure de la verge, une tuméfaction profonde, « occupant les parois de l'urètre. Ces symptômes du- « rent depuis dix jours, et aucun écoulement n'a paru. « Avons-nous affaire à une blennorrhagie sans écoule- « ment? Cette variété a été peu observée ; et puis la ({ douleur ne serait pas bornée à un point bien limité « du canal.
« Un chancre du canal n'aurait pas attendu six se- « maines pour se manifester, et au bout de ce temps (( il y aurait une ulcération, avec écoulement purulent « ou sanguinolent. La douleur serait exaspérée par le
« passage de Turine ; vraisemblablement d'autres chan- « cres auraient coexisté sur les parties visibles de Tor- « gane. D'après ces motifs, vu surtout la coïncidence « deVheT^èsprœputialîSy nous avons pensé avoir af- « faire à un herpès du canal. Le 2 août^ le malade était (( soulagé de cette affection urétrale (1). »
J'ai tenu à transcrire entièrement cette observation, parce que le diagnostic y étant discuté avec soin, elle ne laisse aucun doute sur l'existence des affections herpétiques du canal de l'urètre ; et aussi parce qu'elle nous apprend quelle est la forme primitive, contagieuse, à laquelle ces dermatoses doivent être rattachées.
Cette observation, n'ayant pas été rédigée par un disciple de Hahnemann, ne saurait, en effet, être suspecte aux yeux des ennemis de la théorie de la psore : aucune cependant ne peut être plus concluante. Un étudiant contracte la gale, la traite par des moyens externes, efface l'éruption sans atteindre jusqu'au virus ; celui-ci engendre alors des accidents secondaires spéciaux, parmi lesquels un herpès du prépuce et une affection du canal de l'urètre, présentant deux symptômes propres à la blennorrhagie : la douleur et le gonflement de la muqueuse. Certes, ces transformations sont trop bien enchaînées pour qu'il soit possible de méconnaître le rapport qui les unit ; et nous sommes tout aussi sûrement autorisés à remonter de l'affection du canal de l'urètre, ci-dessus décrite, à la gale elle-
(t) Y oyez Annuaire de la syphilis, etc., année 1858, p. 87, l'observation ayant pour titre : Affection herpétique du canal de l'urètre, par le docteur Boucaud.
même, que^ dans d'autres circonstances^ nous pouvons Têtre à remonter d'aune syphilide jusqu^'au chancre qui Ta précédée.
Cette observation laisse cependant à désirer sur un point; et Tobscurité qu'elle présente sur certains détails tient au siège même de la maladie. Celle-ci étant localisée au fond du canal de Turètre, il a été impossible de comparer Tétat de la muqueuse, sur ce point, avec les altérations qui existaient sur le prépuce, et de démontrer la similitude des lésions de texture produites sur ces deux régions. Le fait suivant lève tous les doutes à cet égard.
Troisième observation, — « En octobre 1837, dit « M. Léon Simon père, je fus consulté par madame « D..., âgée de vingt-cinq ans, de tempérament lym- « phatico-nerveux, de constitution éminemment irri- « table. A différentes époques de sa vie, elle fut atteinte (f de symptômes assez variés de la diathèse scrofuc( leuse, pour lesquels sa famille lui fit faire un séjour G de plusieurs années à Florence. Lorsqu'elle me con- « sulta, les symptômes principaux de sa maladie con- « sistaient en un écoulement considéré comme leuc( corrhéique, fort abondant, accompagné de violentes c( démangeaisons des parties génitales internes ; la c( malade souffrait beaucoup de symptômes dyspepc( siques, et portait sur différents points de la peau des « taches de pityriasis fort étendues et assez nomce breuses. Examiné avec soin, l'utérus fut trouvé sain, « et la muqueuse du vagin, des grandes et petites lè- « vres, offrait des taches d'un rouge vif, nettement
« circonscrites, siège des démangeaisons dont il a été (( parlé^ et d'un écoulement muco-purulent considéré, « par les médecins antérieurement consultés, comme « le symptôme d'un catarrhe vaginal. Avant et après c( les règles, Fécoulement était plus abondant qu^en (( aucun autre temps, et les douleurs plus vives. Mariée c( depuis sept ans, jamais elle ne communiqua rien à « son mari. »
Chez cette dame, raffection*du vagin était non-seulement de même ordre, maisencore de même forme que celle de la peau. N'y a-t-il pas identité parfaite entre les taches pityriasiques de Tenveloppe cutanée et les taches d'un rouge vif, nettement circonscrites, qui existaient sur le vagin ?
Il est inutile vraiment d'insister davantage sur ce point, et d'augmenter le nombre des observations. Celles qui précèdent prouvent sans répHque l'existence des écoulements herpétiques, et la différence qui les sépare de la blennorrhagie.
Toute la difficulté consiste évidemment dans leur diagnostic. C'est surtout ici que le médecin devra tenir compte de tous les symptômes, de leurs nuances les plus légères, des circonstances accessoires capables de l'éclairer ; car bien souvent les symptômes formels, saillants, tendront à faire confondre ces hypersécrétions du canal de l'urètre avec la blennorrhagie ellemême.
On peut dire toutefois que les suintements herpétiques sont moins abondants que l'écoulement blennorrhagique ; qu'ils sont souvent intermittents, accom-
pagnés d\me vive sensation de chaleur et de prurit. Avec euX;, les érections sont douloureuses^ le canal de Turètre est très-sensible au contact de la sonde, moins cepenijant au contact des urines. Ils paraissent peu de temps après le coït, n'offrant pas de période d'incubation.
L-'existence de dermatoses, antérieurement à l'apparition de l'écoulement, leur disparition au moment où celui-ci s'établit, l'état d'intégrité des organes génitaux de la femme avec laquelle cette affection a été contractée, l'innocuité des rapports existant entre un homme affecté de ce suintement et la femme ellemême, suffiront à fixer l'opinion du médecin. Les mœurs, la moralité des époux, auront encore ici une valeur incontestable pour faire admettre ou rejeter l'hypothèse de la contagion.
Or ce dernier caractère est essentiel ; car si la blennorrhagie est constamment transmissible par le contact, l'écoulement herpétique ne l'est jamais. La première et la troisième observation que j'ai citées en sont la preuve.
L'ordre d'apparition des symptômes aura aussi une grande valeur, chez la femme surtout. Tout le monde sait que celle-ci est sujette à des leucorrhées assez irritantes pour rougir, excorier la face interne des cuisses et les parties externes de la génération, causer ainsi de vives douleurs au moment du passage des urines, et donner lieu à un sentiment permanent d'ardeur et dç chaleur, tous symptômes qui pourraient faire croire, à tort, à une blennorrhagie. Mais ces deux états pré-
sentent un caractère distinctif dont il faut tenir compte. Si la malade est atteinte de blennorrhagie, la douleur précède Técoulement : c^est seulement trois ou quatre jours après avoir éprouvé de la chaleur, de Tardeur en urinant, que le suintement apparaît. Celui-ci est d^abord peu abondant, muqueux, et augmente ensuite d'épaisseur et de quantité ; la douleur diminue le plus souvent alors.
Lorsqu'il s'agit, au contraire, de ce qu'on nomme une leucorrhée acre, l'écoulement précède la douleur : chose naturelle, puisque celle-ci est simplement le résultat de l'espèce de vési cation causée par le contact du liquide vaginal.
Enfin, on constate dans le premier cas des granulations bien caractérisées : on n'en trouve pas dans le second.
3° Écoulements sycosiques. — Je dirai peu de chose des écoulements sycosiques, dont j'aurai à parler plus au long dans le chapitre suivant. Leur caractère essentiel est d'être accompagnés de végétations qui existent, soit sur les organes génitaux eux-mêmes, soit sur quelque région éloignée. Lorsque la végétation se trouve placée dans le canal de l'urètre, c'est elle qui cause le suintement. Toute la difficulté consiste donc à la reconnaître : on y parvient par une exploration attentive, ainsi que je le dirai plus loin. Quand elle a pour siège une surface facile à explorer, on constate aisément sa présence ; c'est elle alors qui attire l'attention. La sécrétion qu'elle produit n'a plus qu'une valeur secondaire.
Il y a encore deux ordres d'écoulements dont je n'ai point parlé : celui auquel on a donné le titre de scrofuleux, et V écoulement rhumatismal.
Je n'ai point considéré le premier comme constituant une espèce à part^ parce que, d'après ce que j'ai dit, il appartient à la classe des symptômes blennorrhagiques héréditaires.
Quant au second, son existence est problématique. On en est encore à se demander s'il y a une blennorrhagie rhumatismale, ou s'il convient d'admettre seulement un rhumatisme blennorrhagique.
Le motif de ces hésitations se trouve dans ce fait, qu'il est bien rare de rencontrer un rhumatisant n'ayant jamais eu de gonorrhée type, et chez lequel un écoulement éclaterait tout à coup au milieu d'un accès de douleurs aiguës; tandis qu'on observe bien plus souvent des malades qui, ayant contracté une blennorrhagie, ont employé pour la combattre des moyens purement externes, et chez lesquels des douleurs rhumatismales ont succédé à la maladie primitive. Dans ce cas, il arrive souvent que les douleurs venant à cesser, l'écoulement urétral reparaît tout à coup sans qu'il y ait eu de contagion, sans même qu'il y ait eu de rapports sexuels. Évidemment, ce rhumatisme et ce second écoulement sont, l'un et l'autre, des symptômes secondaires de la blennorrhagie. L'observation suivante fera mieux comprendre encore la véritable genèse de l'écoulement appelé rhumatismal.
« En février 1841, dit M. Léon Simon père, je fus « consulté par M. de M... pour un rhumatisme du
« muscle deltoïde et des muscles intercostaux du côté « droit. A rage de vingt-huit ans (le malade en avait « trente-trois)^ il eut une simple blennorrhagie sans « végétations ni ulcération chancreuse. Cette maladie « fut traitée par les boissons délayantes, le baume de « copahu et le poivre cubèbe. Sous Tinfluence de cette c( médication,, la blennorrhagie disparut, et, à peine « guéri, le malade se maria. Peu de mois après son (( mariage, il ressentit les premières atteintes du rhuc( matisme. Au bout d'un an, sa femme accoucha d'un (( enfant mâle, qui mourut, au bout de trois semaines, « d'une prétendue gastro-entérite, dont les premiers « symptômes,se montrèrent dès le jour de la naissance. c( M. de M..., jouissant d'une position sociale qui lui « permettait de songer à sa santé autant qu'il le vou- « lait, consulta toutes les notabilités médicales. Les « sudorifiques, les bains de vapeur, les eaux minérales c( d'Aix en Savoie, les eaux de Bourbonne, de Néris, « les eaux sulfureuses des Pyrénées, furent successi- « vement employés par lui, et sans aucun succès. Lors- (( qu'en février 1841 il me consulta pour la première (( fois, sa femme était enceinte de nouveau, et elle ac- « coucha depuis d'un second enfant, qui eut le même « sort que le premier.
« De l'examen que je fis du malade, il résulta que « sa santé était parfaite à tous égards, si ce n'est une « douleur de déchirement et d'élancement dans l'é- « paule et le muscle deltoïde, assez vive pour gêner les c( mouvements du bras, et une douleur pressive et (( élançante, dans les muscles intercostaux, se faisant
« surtout sentir lorsque le malade montait un escalier, « allait à cheval, ou pressait fortement la poitrine. Dans (( rétat de repos, il n^existait qu'une douleur sourde « et élançante, quelques taches de pityriasis sur la c( main droite, c'est-à-dire du côté affecté. Je m'arrêtai « à natr. mur. ; et comme le malade était jeune, bien « portant du reste, qu'il menait une existence de riche « oisif qui ne me permettait pas de compter sur une « observance scrupuleuse des moyens diététiques, je c( lui donnai le natr. mur. à la dose d'un globule IS** « tous les jours, pendant huit jours. Je le laissai huit « autres jours sans médicament; et n'apercevant au- « cun changement dans son état, au bout de ce temps, « je crus avoir fait un mauvais choix de médicament. « J'examinai de nouveau, et m'arrêtai à graphites, que (( je fis prendre de la même manière que le natr. mur. « Il y avait à peine cinq jours que le malade faisait « usage du graphites, qu'il avait recouvré l'usage du « bras droit : les taches de pityriasis avaient disparu ; « les douleurs rhumatismales des muscles intercostaux « n'existaient plus. Mais l'écoulement blennorrhagi- « que, dont il n'existait aucune trace depuis plusieurs (( années, était revenu avec une abondance excessive. (S Le muco-pus qu'il fournissait était d'un jaune ver- (( dâtre assez prononcé ; et, malgré l'abondance de « l'écoulement, il n'accusait que peu de douleur en « urinant et pendant l'érection. Je tins le malade pen- (( dant quinze jours au s. L.,k la décoction d'eau (( d'orge, et à un régime un peu sévère, lui assurant « que son affection rhumatismale antérieure n'était
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« qu^une conséquence de sa première blennorrhagie^ « dont celle-ci n'était qu'un retour. Déjà Técoulement « était devenu tout à fait indolent^ purement muc( queux^ lorsque Timpatience saisit M. de M... Il con- « sulta M. Cullerier^ qui se refusa à reconnaître aux « médicaments homœopathiques la puissance de faire c< revivre une blennorrhagie mal guérie^ tout en ad- « mettant que celle-ci était secondaire, conseilla les « capsules de copahu, et promit guérison dans un court c( espace de temps. Au mois de juin, la guérison n'é- « tait encore qu'une espérance, et le malade attendait « patiemment, sur la foi et Tautorité du nom de (( M. Cullerier. Ce dernier ne vit plus qu'un écoulec( ment atonique dans le suintement qui, au mois de « juin, tourmentait encore le malade, et l'envoya aux c( Eaux-Bonnes, lui recommandant une saison de bains c( de mer si les Eaux-Bonnes étaient insuffisantes. La c( blennorrhagie céda, mais le rhumatisme reparut; et « c'est dans cet état que M. de M... me consulta de c( nouveau, au mois de janvier 1842. Les taches de pi- (( tyriasis n'ont pas paru de nouveau. Je suis revenu à (( l'emploi du graphites, que j'ai donné pendant quinze « jours, mais à la dose d'un globule 24° dans dix cuil- « lerées d'eau, et que j'ai laissé agir pendant trente « jours. A la suite de cette médication^ les douleurs c( rhumatismales avaient disparu de nouveau, sans qu'il « y ait eu la moindre trace d'écoulement blennorrha- « gique. J'administrai ensuite le sulphur trituratum^ G qui ne produisit aucun effet.
« Réflexions. — Je crois que le malade , sujet de
c( cette observation, est bien guéri de Taffection rhuc( matismale qui Fa tourmenté pendant cinq ans ; « mais sa guérison est trop récente pour que j'ose (( Taffirmer. Aussi n'est-ce pas comme thérapeutique « qu'un pareil fait me paraît être concluant : je Tai c( rapporté dans l'intention de montrer quelle opinion c( on peut se faire des prétendues blennorrhagies «rhumatismales, lorsque ces dernières surviennent «après une première infection.
({ C'est à la suite d'un mauvais traitement de la (( blennorrhagie primitive, et lorsque celle-ci a disc( paru , que les douleurs rhumatismales surviennent « pour la première fois. La blennorrhagie reparaît, et (de rhumatisme s'efface ; de nouveau la blennor- « rhagie disparaît, et il y a retour du rhumatisme. Il c( me semble qu'il est impossible de voir deux états « morbides sous une plus complète dépendance, et plus « étroitement unis par la relation de cause à effet (1).»
On peut induire encore de l'observation précédente les caractères sur lesquels on devra s'appuyer pour reconnaître cette espèce d'écoulement. Ces caractères seront : l'existence antérieure d'une première blennorrhagie suivie de douleurs rhumatismales; la disparition de ces dernières lorsque le suintement reparaît ; enfin l'absence de douleurs urétrales malgré l'abondance et l'épaisseur du liquide sécrété.
4° Les écoulements dus a des causes de simple irritation mécanique ou physiologique s'observent rare-
(1) No^Qi Annales de la méd, homœop.^ p. 172.
ment chez Thomme adulte. On les rencontre plus fréquemment chez la femme,, pour laquelle ils constituent plusieurs espèces de leucorrhée. Encore est-il juste de dire que ces causes ont le plus souvent un rôle très-secondaire ; qu^elles se bornent presque toujours à mettre en éveil quelque maladie chronique restée à Fétat latent. Dans ce cas, l^écoulement se trouve en rapport avec sa cause déterminante. Les symptômes varient suivant qu'il doit être rapporté à la psore , à la syphilis, à la sycose ou à la blennorrhagie.
Autrement, lorsque aucun virus ne prend part à son développement, il rentre dans la classe des fausses maladies chroniques signalées par Hahnemann, dont (( viennent à être atteints les hommes qui sont souc( mis sans relâche à des influences nuisibles auxquelles « ils pourraient se soustraire ; qui font habituellement « usage d'aliments ou de boissons nuisibles à Técoa nomie ; qui se livrent à des excès ruineux pour la
« santé Ces maladies, ou plutôt ces privations de
« santé, que Fon s'attire soi-même, disparaissent par « le seul fait d'un changement de régime, à moins « qu'il n'y ait quelque miasme chronique dans le (( corps, et on ne peut pas leur donner le nom de « maladies chroniques (1). »
Tel est le caractère des écoulements qu'il convient de ranger dans cette catégorie , et parmi lesquels se trouvent les suintements qui surviennent après un excès de coït, sont accompagnés de chaleur
(1) Organon^ § 77.
pendant l'émission des urines , ceux qui succèdent aux rapports intimes avec une femme qui a ses règles, ceux aussi que Ton rapporte à Tusage de certaines boissons, en particulier de la bière et du café. Les premiers disparaissent d'eux-mêmes par le seul fait de la continence, les seconds s'effacent peu à peu dès que le régime est modifié.
De plus, ces écoulements ne sont point précédés d'une période d'incubation ; ils se développent presque aussitôt après les rapports sexuels; se composent de mucus et non de pus ; enfin ils ne se transmettent jamais par le contact. «Je connais, dit M. Baumes, « un homme marié qui , toutes les fois qu'il boit un « peu abondamment de bière, éprouve un écoulement « urétral, séreux, jaunâtre, qui dure huit à dix jours. « Avec ces écoulements, il n'a jamais rien communi- « que à sa femme ; tandis que, ayant contracté, il y a (( un an, avec une fille publique , une véritable blen- «norrhagie, et se croyant au dix-huitième jour débar- « rassé, parce qu'il ne souffrait plus, il communiqua « à sa femme, par le coït qu'il exerça de nouveau (( avec elle à cette époque, une blennorrhagie (1). »
5° Quant aux écoulements causés par de véritables MÉDICAMENTS, il serait difficile de les reconnaître si l'on n'était prévenu sur l'usage qui a été fait de ces substances; car il y a entre eux et les suintements pathologiques une similitude complète, similitude qui nous servira plus tard pour fixer le choix des médicaments
(1) Baumes, loc. cit., p. 200.
appropriés aux différents cas que nous aurons à guérir. Seulement ces écoulements ne sont pas contagieux.
En résumé^ il existe^ en dehors de la blennorrhagie type^ des écoulements syphilitiques , psoriques et sycosiques; le premier et le dernier sont virulents et souvent contagieux 3 les seconds sont virulents aussi, mais non contagieux. On rencontre également des suintements scrofuleux, forme héréditaire de la blennorrhagie elle-même, d^autres qui succèdent à certaines douleurs rhumatismales, symptômes secondaires de la gonorrhée. Ceux-ci sont également virulents sans être contagieux. 11 y a enfin des suintements causés et entretenus par des causes extérieures physiologiques ou médicinales ; ceux-ci n'ont aucun des deux caractères présentés par tous les autres.
Ces hypersécrétions se distinguent entre elles et se séparent de la blennorrhagie type par leur cause, leurs symptômes et leur traitement.