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CHAPITRE IV

Me la sycose.

Que faut-il penser des végétations?

« On est si peu d'accord sur la nature des végéta- « tions, écrivait Hahnemann, et sur la place qu'il conc( vient de leur assigner dans le tableau de la syphilis^ « qu'il me sera permis, je pense, de ne^"pas les con- « sidérer comme appartenant à la syphilis constitu- « tionnelle, mais de les ranger parmi les symptômes (( vénériens primitifs et idiopathiques (1). »

Cette opinion, si hardiment formulée il y a soixantedix ans, est vraie encore aujourd'hui ; et nous sommes forcés de l'admettre, dans sa première partie du moins ; car la syphilographie présente , pour ce qui regarde les excroissances, le même vague, la même incertitude que pour la gonorrhée.

Ici encore nous retrouvons en présence les anciennes doctrines et les nouvelles ; les unes professant que les végétations appartiennent à la syphilis, les autres prétendant qu'elles sont purement locales et qu'elles doivent être rangées dans l'ordre des verrues (2).

(1) Voyez Traité des malad. vénériennes, in Études de méde^ çine homœopathique, Jre série, p. 120, | 340.

(2) Diday, Exposition des nouvelles doctrines sur la syphilis, p. 257.

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Cette dernière assertion^ émise depuis peu , serait un véritable progrès^ si son auteur avait dit en même temps comment il faut considérer les verrues, s^il leur avait assigné une place en pathologie. Malheureusement, il n'est point allé jusque-là; la solution qu'il propose reste donc incomplète ; elle ne peut mener à aucune conclusion utile.

En étudiant avec soin chacune des opinions précédentes, en suivant les discussions dont elles ont été Tobjet, il est facile de se convaincre que les végétations n'appartiennent pas à la syphilis.

D'abord, elles ont été parfaitement connues et décrites par les anciens, ainsi que je l'ai montré plus haut(l), tandis que les ouvrages de ^antiquité ne contiennent rien de précis relativement à la vérole. Il serait réellement difficile d'expliquer ce fait , sans admettre, en même temps, que les végétations ont existé avant cette dernière ; qu'elles ne peuvent ainsi faire partie de son tableau. En second lieu, les excroissances présentent des caractères généraux tout à fait opposés à ceux de la syphilis : elles ne sont point inoculables, elles ne sont jamais suivies de symptômes syphilitiques constitutionnels ; et le mercure, si puissant dans cette dernière affection, ne peut rien pour les guérir.

Ces considérations suffiraient à séparer des affections aussi diverses, s'il n'y avait quelques circonstances capables de faire illusion. Les végétations pa-

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raissent souvent, en effet, après le coït, occupent les organes génitaux de Thomme et de la femme, succèdent souvent aux chancres ou aux écoulements de l'urètre. On aurait donc au moins une apparence de raison, de les mettre sur le même rang que les affections syphilitiques.

Mais leur transmission par le coït ne prouve rien en faveur de la thèse soutenue par les anciennes doctrines; car, il y a d'autres maladies que la syphilis qui se transmettent durant les rapports intimes; la blennorrhagie en est la preuve. Il y a aussi des affections tout à tait étrangères à la vérole, qui se localisent sur les organes de la génération, l'herpès par exemple. Ces deux raisons, tirées, l'une du mode de transmission des excroissances , l'autre du siège qu'elles peuvent occuper, ne prouvent donc pas leur nature syphilitique.

Leur apparition au milieu des symptômes de la période secondaire ou tertiaire est aussi de nulle valeur , par cette seule raison que ces différentes transformations et les formes extérieures qui les caractérisent, paraissent dans un ordre régulier , tandis qu'il serait impossible de dire à quel moment la végétation se développera. Tantôt elle arrive avec les symptômes secondaires, tantôt elle se forme alors même que le chancre existe encore , ou prend naissance à la place que celui-ci occupait.

Ce qui établit aussi que les végétations ne sont pas un symptôme nécessaire de la syphilis, c'est d'abord qu'on les voit succéder aussi bien à la blennorrhagie

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qu^au chancre , voire même à des affections herpétiques/qui n^ont aucun caractère vénérien; et ensuite que la vérole parcourt souvent toutes ses périodes^ atteint à la cachexie la plus prononcée, sans que le malade ait eu à signaler la moindre excroissance.

Les partisans des nouvelles doctrines en matière de syphilis triomphent ainsi complètement de leurs adversaires sur ce point.

Il n^en est plus absolument de même lorsqu'ils prétendent conclure de ce premier fait à la nature exclusivement locale des végétations. Les raisons qu'ils font valoir alors ne sont vraiment pas déterminantes.

Ils disent : la végétation est une maladie locale : 1° parce qu'elle a ordinairement pour siège quelque repH de la peau ou des membranes muqueuses exposé à des frottements continuels, comme il arrive, pour la femme, à la vulve, et pour les deux sexes, à l'anus.

Mais cette condition n'est pas suffisante. Il y a des hommes et des femmes qui marchent beaucoup et qui n'ont jamais de végétation, d'autres qui marchent fort peu et chez lesquels les excroissances sont nombreuses.

Ce qui est vrai ici de la marche l'est aussi du coït, auquel on accorderait volontiers une extrême influence (1) ; car il y a des hommes et des femmes qui s'y livrent souvent, sans que leurs organes se couvrent de verrues ou de choux-fleurs ; tandis que des su-

(1) Diday, loc. cit.

jets très-modépés sous ce rapport en sont atteints.

Il faut donc autre chose qu'une excitation physiologique, quelque exagérée qu'on la suppose, pour amener une excroissance. Les uns diront que ce quelque chose est une prédisposition ; Hahnemann soutiendra que cette prédisposition elle-même a un motif, qui se trouve dans une infection virulente acquise ou héréditaire.

Quoi qu'il en soit de cette dernière opinion, sur laquelle je reviendrai bientôt, un fait reste démontré, c'est que les causes extérieures d'excitation ne peuvent produire à elles seules des excroissances.

2° On dit encore : Ces affections sont locales, parce qu'elles naissent à la suite d'irritations variées : chancres, blennorrhagie, balanite, herpès, etc. (1).

Mais cet argument n'a point l'importance qu'on veut lui donner. Il prouve seulement que le symptôme appelé excroissance n'appartient ni à la syphilis, ni à la blennorrhagie type, ni à la psore, mais non pas qu'il ne puisse dépendre d'un agent général, qui ne serait ni le virus du chancre, ni celui de la gonorrhée, ni celui de la gale.

3° La troisième raison n'est pas plus concluante. Elle consiste à soutenir que la végétation est locale, parce qu'elle n'est pas contagieuse.

D'abord, cette transmission par le contact est soutenue par des auteurs parfaitement autorisés; ensuite, fût-il prouvé que les condylomes ne sont jamais conta-

'(I) Diday, loc. cit.

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gieux^ il faudrait en conclure qu'ils ne doivent pas être rangés parmi les symptômes primitifs d'une affection virulente ; mais cela ne nous autoriserait pas à leur refuser le rang de forme morbide secondaire ou héréditaire.

4° Le dernier argument qu'on fasse valoir se tire de l'inefficacité des traitements généraux. Cette inefficacité est vraie lorsque les mercuriaux sont les seuls agents employés, mais non pas lorsque d'autres médicaments les remplacent. Il faut donc dire que les végétations résistent à un traitement antisyphilitique, ce que tout le monde admets mais non qu'elles sont toujours rebelles à un traitement général.

D'un autre côté, s'il n'y a pas de faits qui prouvent irrévocablement la nature locale d'une excroissance, il y en a deux qui démontrent que les productions épigéniques sont bien réellement l'effet d'une cause générale.

D'une part, elles peuvent envahir successivement, ou simultanément, les régions les plus éloignées. Tous les syphilographes accordent qu'on en rencontre partout : dans le conduit auditif, à l'ombihc chez les nouveau-nés, à Tanus, à la vulve, aux paupières, etc.

D'autre part, elles résistent tout autant, aux applications purement locales qu'aux mercuriaux eux-mêmes. Lorsqu'on les détruit par l'excision, l'arrachement, la ligature ou le caustique, elles repullulent sans cesse; ce qui n'aurait pas lieu si l'opération atteignait la cause du mal aussi sûrement que l'effet organique produit par elle.

Ces deux raisons paraissent être vraiment con-

cluantes; elles ont reçu néanmoins une tout autre interprétation. Après avoir reconnu que les végétations naissent ailleurs que sur les organes génitaux, M. Diday ajoute : « Ailleurs comme là, c'est une simple irritation , c( locale qui en a provoqué l'apparition (1). »

yen demande pardon au spirituel syphilographe, mais les agents qui ne dépassent pas la surface deTenvfeloppe cutanée n'agissent pas de la sorte. La brûlure, par exemple, reste limitée au point où le corps incandescent a été appliqué. Si la cause des végétations agit autrement; si elle manifeste sa puissance sur des points souvent éloignés les uns des autres; cela tient évidemment à ce qu'elle n'est pas restée locale, à ce qu'elle a pénétré l'organisme de toutes parts, ce qui lui permet d'agir simultanément sur les régions les plus diverses.

Venant ensuite au fait de la repullulation et aux conséquences qu'il est permis d'en tirer, le même auteur ajoute : « Si tout ce qui repullule est virulent, il « faut alors donner ce nom aux incessantes récidives de « l'herpès, des polypes, des loupes, des verrues. Par « contre, si tout ce qui est virulent doit repulluler, il « n'y aura plus de virus dans le seul chancre qui en « ait réellement, dans le chancre infectant, puisque « jamais on ne l'observe une seconde fois chez le « même individu (2). »

Je ferai d'abord remarquer qu'il ne s'agit pas en ce moment d'établir la virulence des condylomes, mais

(1) Loc. cit., p. 225.

(1) Loc. cîï.,p..226.

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seulement le degré de généralité de la maladie dont ils sont l'expression organique. Cela dit, il est incontestable que tout symptôme organique qui se reproduit avec persistance, dépend d^me cause générale. Ceci est vrai de Therpès, des polypes, des loupes (1), des verrues, du chancre; cela peut donc être appliqué aux ulcérations.

Quant à Tassimilation établie entre les fies et le chancre induré, on ne saurait Fadmettre, parce que Tulcère primitif se multiplie par inoculation et non par repullulation.

Il faut remarquer, du reste, que prendre indifféremment pour termes de comparaison Therpès et le chancre, c'est commettre une confusion fâcheuse pour un homme qui se vante d^être individualisateur. Uherpès est un symptôme secondaire, le chancre un symptôme primitif, lesquels se comportent différemment en raison de la période à laquelle ils appartiennent. Dans tous les cas, V\m et Fautre relèvent d'une cause générale ; il n'y a donc pas de raison de doter les excroissances d'un caractère absolument opposé.

Est' il vrai, maintenant, que la végétation dite vénérienne soit une verrue (2) ?

On ne peut nier que ces deux ordres d'excroissances n'offrent de nombreuses analogies. Selon M. Diday,

(t) M. Cruveilhier, dans son Traité d'anatomie pathologique générale, t. III, p. 228, admet que les lipomes multiples appartiennent à une sorte de diathèse ; mais il ne dit pas à laquelle.

(2) Diday, loc. cit., p. 267.

l'une et Tautre paraissent se développer de préférence « là où une sensibilité exquise de la peau se trouve en « butte aux frottements, à la malpropreté^ etc.^ » aux mains chez les enfants, aux organes génitaux « chez (( les conscrits de la milice de VénuS;, à peu près excluce sivement (1). » J'ajouterai que, dans ce cas, ces irritations jouent le rôle de causes secondaires, déterminant la localisation de la maladie, sans pouvoir la produire à elles seules.

Une fois formée, la verrue affecte une tendance extrême à se multiplier; les végétations font de même.

Le microscope a prouvé que ces différentes excroissances avaient une composition identique, les cellules épithéliales étant le véritable élément anatomique dont elles se composent.

Il y a plus, leur forme établit souvent leur identité : « Le 19 avril 1849, je suivais, à TAntiquaille, la visite a de mon estimé successeur, M. Rollet; nous nous (( arrêtâmes devant un malade affecté de végétations « au gland. Poursuivant Tidée qui me préoccupait dès « lors, je demande à cet homme s'il n'a pas eu de a verrues. Il m'en montre d'anciennes et multipliées c( sur la main droite. Elles étaient, trait pour trait, la (( reproduction des végétations. Placées l'une à côté c( de l'autre, la ressemblance entre les deux lésions c( fut jugée si parfaite que, si on les avait présentées à « l^examen, isolées, sans laisser voir la région sur la-

(1) Diday, loc. cit.,^, 258.

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« quelle elles s'implantaient, il eût été réellement imc( possible de distinguer qui était la végétation, qui « était la verrue (1). »

Or, ce fait n^'est pas isolé ; sur cinquante-cinq individus porteurs de végétations, le médecin de Lyon en trouva quarante-sept qui avaient eu des verrues, et huit qui ne se souvenaient pas d^avoir jamais eu à en souffrir. Ce dernier chiffre lui-même pourrait peut-être se trouver réduit, la mémoire des malades leur faisant souvent défaut pour accuser un symptôme aussi peu important, ^observation suivante en est la preuve.

« Un jeune homme de vingt ans, dit M. Diday, vient « me consulter pour des végétations de la rainure du c( gland, datant de cinq mois et consécutives à quelques « légers écoulements. Interrogé sur Texistence anté- « rieure de verrues, il dit n^en avoir jamais eu. Cepen- « dant, je découvris sous Foreille gauche une verrue « bien caractérisée, qui, me dit-il, s^'était manifestée là a à la suite d^un petit coup d'ongle.

(( Des végétations qu'il me montrait autour du gland, a Tune, la plus petite, semblable du reste pour Faspect « aux autres, ne datait que de huit jours; et il l'avait « vue se former sur le lieu même d'un chancre simple c( contracté six semaines auparavant, et dont la cica- « trisation venait à peine de s'achever. — Coup d'once gle et chancre^ évidemment, avaient eu ici la même a valeur, le même pouvoir étiologique (2). »

(1) Loc. cit., p. 259.

(2) Loc. cit., p. 261, Note. — Il est surprenant que l'auteur de cette observation n'ait pas cru devoir assimiler le rôle de l'herpès,

Toutes les raisons que je viens de rapporter prouvent évidemment que les végétations et les verrues sont des formes morbides qu'il convient de rapprocher, qu'elles présentent des caractères en vertu desquels nous sommes autorisés à les ranger dans une même catégorie, à les considérer comme des effets divers d'une même cause. En un mot, elles nous autorisent à dire que la verrue est une végétation; mais non pas qu'une végétation soit une verrue.

M. Diday a donc exprimé par une mauvaise formule, un fait vrai. Ceci arrive souvent en médecine. Le défaut de la loi qu'il a posée, se trouve tout entier dans les expressions dont il s'est servi. Le terme végétation est, en effet, bien plus compréhensif que celui de verrue: l'un exprime le genre, l'autre l'espèce. Or, je ne sache pas qu'en bonne logique, il soit permis d'assimiler le genre à l'espèce, surtout de vouloir faire absorber l'une par l'autre.

La statistique s'oppose du reste à cette confusion. Ainsi que je le rappelais tout à l'heure, sur cinquantecinq individus ayant des végétations, quarante-sept seulement avaient des verrues. Si donc l'existence de ces dernières est capable de rendre compte du développement des condylomes chez ces premiers malades, elle ne nous apprend rien relativement à leur apparition chez les huit autres. Irons-nous les accuser tous d'avoir manqué de mémoire? Non, certainement. Nous le ferons d'autant moins que M. Diday lui-même

dans la production d'une excroissance, à celui du chancre et du coup d'ongle de l'observation précédente!

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nous apprend que tout le monde n'a pas de verrues : sur soixante-dix-neuf personnes interrogées à ce sujets quarante-sept seulement étaient dans ce cas. En rapprochant cette statistique de la précédente, nous verrons qu^il y a des sujets malades chez lesquels on rencontre des condylomes sans qu^ils aient eu de verrues, chez lesquels par conséquent la végétation ne peut être assimilée à cette dernière.

Si nous recherchons maintenant, en nous appuyant sur ^observation, comment ces individus ont contracté des condylomes, nous arriverons à distinguer, sous ce rapport, trois cas différents. ■

1° Les uns auront vu apparaître les végétations, après avoir cohabité avec un individu atteint lui-même de végétations;

2° Chez d^autres, le mal sera venu à la suite de rapports intimes exercés avec un sujet porteur d'un écoulement urétral ;

3° D'autres enfin auront vu les condylomes succéder à un chancre. Les malades qui consultent pour une affection de cet ordre, indiquent constamment une des conditions que je viens de rappeler.

1° Voici un fait qui se rapporte à la première de ces trois catégories.

Un ouvrier en soie, n'ayant jamais eu de maladie vénérienne, avait une femme légitime et une maîtresse. 11 s'absente. A son retour^ il a des rapports avec cette dernière, et, sept jours après, avec sa femme. Le neuvième jour « à partir du premier coït, « sans aucun écoulement, ni aucune ulcération préa-

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