‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 32 sur 86 · DONNANTE ET L^IMPRESSIONNABÎLITÉ DE LA PARTIE « PRENANTE · texte numérisé non relu

DONNANTE ET L^IMPRESSIONNABÎLITÉ DE LA PARTIE « PRENANTE

Les élèves de M. Ricord ont reconnu du reste la faiblesse de son raisonnement; et M. Diday a proposé une explication différente de celle que son maître avait adoptée. Selon lui^ le pus sécrété à la surface des végétations « détermine toujours à leur pourtour « une irritation blennorrhoïde de la muqueuse. Est-il « donc étonnant que ce même liquide, déposé sur le « tissu similaire d^un autre individu, durant Texcitation « du coït, laquelle double et la capacité nuisible de a la partie donnante et Fimpressionnabilité de la partie G prenante, — est-il étonnant que ce liquide produise « sur la vulve, par exemple, ce qu'il avait produit sur (( le repli balano-préputial (1) ? »

Cela ne serait pas extraordinaire, assurément, si TefFet de ce liquide ne dépassait pas les limites qui lui sont assignées dans la citation précédente. Mais lorsqu^'on reconnaît, comme le fait le même auteur, que cette irritation blennorrhoïde est suivie d^une végétation, on est bien forcé de conclure qu'ail y a, ici, une irritation toute spéciale, suivie d^une action spécifique^ action que le pus emprunté à Texcroissance a, seul, le pouvoir de produire.

Ce pus, il est, vrai, n'engendre pas les condylomes d'emblée ; la congestion de la muqueuse précède son boursouflement. Qu'importe ? Le chancre n'est-il pas aussi précédé d'un travail congestif, une tache rouge,

(1) Diday, loc. cit., p. 239.

sur laquelle s^élève une vésicule; et sommes-nous autorisés à nier qu^il soit contagieux parce qu'il ne se creuse pas tout d'abord?

Laissant donc de côté des explications contestables pour nous arrêter aux données de Tobservation^ il nous faut reconnaître que certaines végétations se transmettent par le contact de Thomme malade à rhomme sain, qu'elles se communiquent en conservant tous leurs caractères, qu'elles paraissent seulement après une période d'incubation qui varie de sept à quinze jours; qu'ainsi elles présentent tous les caractères des formes primitives des affections virulentes.

Ces caractères toutefois n'appartiennent pas à toutes les végétations; la grande classe des polypes,, celle des verrues ne les possèdent pas. Cela tient à ce qu'il y a des excroissances secondaires, comme il y en a de primitives.

Ces végétations offrent une persistance extrême, se multiplient aisément, paraissent simultanément ou successivement sur des régions distantes les unes des autres, envahissent même les organes splanchniques, déterminant alors des symptômes qui se trouvent en rapport avec les fonctions de l'appareil affecté.

J'ai insisté, déjà, sur la plupart de ces caractères; je me bornerai donc à les rappeler, ajoutant que la maladie de laquelle ils dépendent, présente ainsi tous les signes généraux que nous avons reconnus appartenir à la syphilis, qu'ainsi nous sommes autorisés de tous points à considérer la sycose comme étant

DE LA SYCOSE. 265

Teffet de ^infection de Torganisme par un virus.

Cette conclusion est d'autant plus légitime que ces excroissances sont héréditaires. Ce fait est trop généralement admis, trop facile à constater, pour qu'il soit utile de Tappuyer sur de nouvelles observations.

Il vient donc confirmer encore le caractère attribué par Hahnemann aux végétations consécutives.

Nous sommes ainsi amenés à reconnaître que la sycose est une affection virulente et spécifique, distincte de la syphilis et de la blennorrhagie par sa cause et par ses symptômes.

Ces derniers offrent un caractère anatomique constant, la végétation, caractère variable dans sa forme extérieure , mais dont la composition . anatomique montre l'identité. Ce fait a été mis hors de doute par les découvertes des anatomo-pathologistes et des micrographes. N'avons-nous pas vu déjà M. Diday, s'appuyant sur les recherches de M. Courty, soutenir que les cellules épithéliales « forment la totalité de « certaines tumeurs, des verrues, des végétations sy- « philitiques (1) ? » De plus M. Cruveilhier, dont le nom fait toujours autorité en pareille matière, proclame qu'il n'existe entre les fibrophytes des membranes tégumentaires, des membranes séreuses et synoviales, des membranes vasculaires et des membranes fibreuses, d'autre différence que celle qui tient au tissu sur lequel ces productions épigéniques se sont développées (2).

(1) Loc. cit., p. 259.

g{2) Traité d' anatomie pathologique générale^ p. 610 et suiv.

Certes^ lorsque nous voyons ce professeur ranger les polypes durs et charnus ainsi que les polypes vésiculo-fibreux dans la première catégorie, mettre dans la seconde les verrues, les végétations polypifformes de la peau, les végétations verruqueuses des vieillards, « végétations susceptibles d'érosion et qui (( se couvrent ordinairement de productions épider- « miques ou cornées; » ajouter ensuite «à ces mêmes a végétations polypiformes de la peau, les excrois- (( sances syphilitiques du prépuce de Thomme, des « grandes et petites lèvres de la femme, excroissances {( connues sous les noms de condylome, de porreaux, (( choux-fleurs, à pédicule étroit ou à base large (1), » nous sommes parfaitement autorisés à reconnaître les rapports immédiats qui existent entre ces différentes altérations.

Lorsque nous savons ensuite que ces fibrophytes se comportent d'une manière analogue par leur mode de développement et de multiplication, par leurs symptômes, par leur transmission au moyen du contact ou de l'hérédité, nous sommes obligés de convenir qu'ils ne constituent pas des maladies distinctes, qu'ils sont seulement des formes différentes causées par un même état général. Nous pouvons, en un mot, remonter de l'identité des effets à l'identité* de la cause, et ranger ces diverses productions dans une même diathèse.

Il resterait à déterminer maintenant si le virus sy-

(\) Traité d'anatomie pathologique gén. p. 637 j 610 etpassim.

DE LA SYCOSE, 26 7

cosique a le pouvoir de produire d'autres formes morbides. Hahnemann le croyait^ et il citait, entre autres, la rétraction des tendons. Tavoue que je ne possède aucune observation capable d'infirmer, ou d'établir, la proposition de Hahnemann. La sycose a été si peu étudiée comme maladie virulente, qu'un grand nombre de ses effets nous échappe encore. Mais s'il n'est pas possible de fixer, dès à présent, ses limites, nous devons tout au moins ranger dans son tableau les productions épigéniques dont j'ai parlé, laissant à l'avenir le soin de compléter une description qui ne peut être qu'ébauchée en ce moment.

En limitant de la sorte le champ d'action du virus sycosique, il devient évident que le diagnostic des formes morbides qu'il engendre est assez précis. Le plus souvent les végétations sont situées sur une surface accessible à l'exploration directe; il est facile de constater leur présence. Les difficultés sont plus grandes lorsque l'excroissance s'est développée sur quelque organe profondément situé, dans l'intestin, le larynx ou sur les valvules du cœur.

On comprend que l'énumération de leurs signes diagnostiques ne puisse trouver place ici; il devra en être question seulement dans la seconde partie de ce travail.

Ce dont il faut rester bien convaincu dès à présent, c'est que tout n'est point terminé parce que l'altération anatomique a été reconnue. Il faut encore tenir compte des symptômes qui l'accompagnent, et des signes individuels que le malade peut présenter. En

un mot, pour avoir une idée complète de la maladie, il faut encore individualiser.

En général, les excroissances passent pour n'entraîner avec elles aucun danger. Situées le plus souvent sur des surfaces de rapport, elles réagissent faiblement sur la constitution, paraissent n^intéresser que médiocrement la santé générale. Dans ce cas, toute la gravité du pronostic tient à leur persistance, à la ténacité avec laquelle on les voit reparaître.

Il arrive cependant quelquefois que leur danger est beaucoup plus grand. C'est ce qui arriva chez une fille publique, dont M. Cruveilhier raconte Thistoire, et qui portait à la vulve des végétations tellement multipliées qu'il fut impossible d'en pratiquer l'excision. Cette malade, condamnée à une immobilité absolue, ne tarda pas à succomber en présentant tous les signes d'une fièvre de résorption (i).

Enfin, ces mêmes productions épigéniques entraînent souvent au développement de symptômes redoutables: par exemple, une diarrhée sans fin, quand elles existent sur la muqueuse intestinale ; la suffocation et l'asphyxie quand elles se forment à l'entrée du larynx ; et les signes d'une maladie organique du cœur quand elles ont envahi les valvules de cet organe.

Le danger de la sycose est donc celui de toutes les maladies virulentes. A la première période, cette affection est redoutable parce qu'elle est contagieuse; elle le devient davantage dans la suite parce qu'elle a puis-

(1) Cruveilhier, loc, cit.

DE LA SYCOSE. 269

sance de se transformer^ de changer de siége^ d'envahir des organes essentiels à la vie; et aussi parce qu^'elle est héréditaire.

Ainsi envisagé, le pronostic de cette maladie est beaucoup plus grave que celui des verrues, dont il est impossible par conséquent de faire un type auquel toutes les productions épigéniques doivent être rapportées.

Ce pronostic varie, du reste, en raison de Tespèce des excroissances, en raison aussi du siège qu'elles occupent et des symptômes qu'elles amènent : toutes conditions qui devront être étudiées dans la seconde partie de ce travail.

Page 1