CONCLUSIONS
Il résulte de ce qui précède, que l'on doit comprendre sous le titre générique de maladies vénériennes quatre affections parfaitement distinctes quant à leur cause, quant à leurs symptômes et quant à leur traitement.
La première a pour caractère essentiel le chancre mou, la seconde le chancre induré, la troisième la granulation blennorrhagique f la quatrième la végétation sycosique.
Dans les conditions physiologiques ordinaires ces affections se contractent d'une manière uniforme ; elles sont de plus capables d'une transmission artificielle, qui varie pour chacune d'elles en particulier. Les affections
chancreuses sont inoculables avec la lancette, la blennorrhagie ne Test pas; il faut pour qu^elle se produise, que le muco-pus soit simplement déposé à la surface d^une membrane absorbante ; les végétations,, enfm^ prennent naissance lorsque Taction du pus sécrété par le condylome est favorisée par le frottement.
Ces diverses affections ne se métamorphosent jamais. Elles ont;, au contraire^ la faculté de parcourir toutes leurs périodes sans se transformer l'une dans Tautre ; elles sont complètement indépendantes de leur début à leur terminaison.
Mais si elles ne se transforment pas , elles peuvent s'associer et coexister sur un même organisme ; elles peuvent^ en outre, se compliquer de toutes les autres maladies chroniques non vénériennes, sans s'unir aux maladies aiguës.
Ces combinaisons n'ont lieu qu'à certaines conditions. Tout porte à croire que les virus ne s'unissent que dans le cas où aucun d'eux n'est à l'état latent. Autrement, celui qui a infecté l'organisme en dernier lieu, développe les effets qui lui appartiennent, sans éprouver aucune modification.
Les maladies vénériennes sont essentiellement spécifiques, et leur individuahté tient à ce que chacune d'elles est l'effet d'un virus sui generis.
Ces affections, étant dues à des causes de même espèce, offrent des caractères généraux qui leur sont communs.
Elles débutent par une forme primitive contagieuse; abandonnées à elles-mêmes, elles ne guérissent jamais
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spontanément, mais affectent une marche de plus en plus envahissante; la différence des formes qu'elles revêtent, varie avec la période à laquelle la maladie est parvenue et avec les fonctions du tissu et de Torgane altérés.
Parvenues à ces périodes consécutives^ elles perdent en grande partie leur caractère contagieux ; mais, en même temps^ elles deviennent héréditaires, se présentant chez les enfants sous une des formes propres à la période à laquelle elles étaient parvenues chez les parents.
Lorsque la maladie vénérienne est acquise , le virus ne produit aucune altération de tissu, n^engendre aucune lésion de sensation ou de fonction, s'il n'est préalablement absorbé; Finfection de l'organisme est le premier effet du virus. Le chancre, la blennorrhagie et les végétations ne sont jamais des maladies locales, mais le résultat d'un désaccord dynamique localisé.
Les maladies vénériennes se présentent donc comme des affections générales, virulentes et spécifiques; et c'est de ce point de vue qu'il convient de les traiter.
Je ne puis terminer ce qui a rapport à la pathologie générale de ces maladies sans faire une dernière remarque; c'est qu'elles obéissent sous tous les rapports aux lois posées par Hahnemann relativement aux maladies chroniques.
Pour le fondateur de l'homœopathie, les maladies réellement dignes de ce nom dépendent toutes de l'infection de l'organisme par un virus : c'est à ce dernier qu'elles doivent leurs caractères, leur nature,
leur individualité ; c'est donc lui seul qui peut servir à les distinguer. De là^ ce principe : de fonder sur Tétiologie les grandes divisions nosologiques. Les virus, du reste^ ne nous sont point connus en eux-mêmes, mais seulement par leurs effets^ c'est-à-dire par leurs symptômes. Comme ils ne se métamorphosent pas, ils trahissent leur présence par des caractères constants, qui se retrouvent dans toutes les phases que la maladie est appelée à parcourir, et aussi par des formes morbides variables et successives.
Suivant Hahnemann, Faction première des causes morbides est dynamique, les lésions de sensation, de fonction et de texture ne sont que des localisations du trouble général.
Il nous a fallu reconnaître que ce mode d'action appartenait aux différents virus dont nous avons étudié les phénomènes.
Le fondateur de l'homœopathie a proclamé aussi rincurabilité des maladies chroniques, et, en particulier, celle des maladies vénériennes, en dehors de tout traitement spécifique, et les syphilographes conviennent qu'il en est réellement ainsi.
Il a distingué entre la diathèse et la forme qu'elle affecte, et depuis la fm du quinzième siècle, tous les médecins en ont agi de même avec les maladies syphilitiques. L'homœopathie s'accorde donc de tous points avec les vérités reconnues en sy philographie.
Il est un fait que nous ne devons pas oublier, c'est que Hahnemann a formulé tous ces préceptes au moment où les doctrines de Hunter régnaient en souve-
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raines; que les principes posés par lui sur ce sujet furent la première opposition qui s^éleva contre les théories du chirurgien anglais^ la première rectification qu'elles eurent à subir.
Depuis vingt ans, les médecins dirigés par M. Ricord ont^ eux aussi, protesté contre ce qu^ils nomment les anciennes doctrines,, et à mesure qu'ils se sont éloignés de leur premier modèle^ ils se sont rapprochés de rhomœopathie. Ils sont venus à elle en adoptant^ à leur insu^ les principes hahnemanniens^ et aussi en lui empruntant la méthode d'individualisation.
Le moment était donc opportun de rechercher quelles avaient été les notions pathologiques professées par Hahnemann et défendues par ses successeurs; jusqu'à quel point elles étaient conformes aux découvertes modernes^ jusqu'à quel point elles pouvaient concourir à la solution des problèmes controversés. J'ai tenté cette étude dans les chapitres précédents : elle a conduit^ si je ne me trompe, à cette conclusion : que l'allopathie est conduite par ses immenses travaux^ à l'acceptation des principes que rhomœopathie défend depuis plus d'un demi-siècle.
Le résultat de cette étude a donné aussi une nouvelle preuve du peu de fondement des reproches adressés à Hahnemann au sujet de ses travaux pathologiques. Certes^ ce n'est pas au moment où les matériaux si patiemment et si savamment recueillis par nos adversaires^ servent à consolider l'édifice élevé par le fondateur de rhomœopathie^ qu'on est en droit de
parler de ses erreurs. Ce n'est pas au moment où la science officielle vient lui rendre un hommage involontaire et forcé, qu'il est possible de soutenir que Hahnemann a négligé Tétude des maladies, ou qu'il n'a rien su dire d'exact au point de vue pathologique. Ce n'est pas enfin, lorsqu'il est établi que tous les préceptes enseignés par lui au sujet des maladies vénériennes sont rigoureusement vrais, qu'on peut être en droit de rejeter la doctrine des maladies chroniques, à laquelle la syphilographie a toujours servi de base.
Un autre soin nous est maintenant imposé. Après avoir recueiUi les enseignements de Hahnemann au sujet de la pathologie, il nous faut rechercher quels progrès, plus grands encore, il a su imprimer à la thérapeutique.