L. SIMON. J
Hahnemann avait posé la vérité du simile ; quelques-uns de ses disciples voulurent all^r plus loin, et proclamèrent le simillimum, substituant ainsi Fisopathie à riiomœopathie.
Cette innovation, si justement condamnée par le maître, est tellement abandonnée aujourd'hui, que j'aurais dû la passer sous silence, si deux de nos collègues, MM. Escallier et Desterne, n'avaient voulu expliquer à son aide les succès de la syphilisation. Je n'aurais même pas insisté sur ce dernier mode de traitement, si l'un de ses partisans n'avait essayé de le rattacher à la découverte de Hahnemann; si, comme il le dit lui-même, il n'avait voulu lui donner l'homœopathie pour appui ^ ou, si Von veut, pou?' complice (1).
En présence de ces deux faits, il devenait impossible de garder le silence, de ne pas rechercher quelle est la valeur réelle de ce procédé thérapeutique, et jusqu'à quel point il convient de le rattacher à l'homœopathie ou à Tisopathie.
La syphilisation, comme chacun le sait, a pour objet de guérir la vérole , en inoculant au malade, d'une
(1) Marchai (de Calvi), Lettre à P Académie de médecine. Le même auteur, parlant au *sein de la commission chargée par M. le préfet de police de se prononcer sur la découverte de M. Auzias-Turenne, avait dit : « Le principe de la syphihsation, « qui n'est autre que la grande loi Jiomœopathique, Sirnilia « similibus, dans sa plus haute expression, a fait naître dans « mon esprit des espérances dont il n'a pas voulu, dont il ne « veut pas se défendre... > (Rapport à M. le préfet de police sur UsYiihilisation, p. 95.)
manière presque indéfinie, le pus emprunté à un chancre primitif. Ces inoculations ont été parfois si nombreuses^ qu^elles ont dépassé deux mille chez un même sujet.
Il semblerait qu^il fût très-facile de prononcer sur la valeur d^un semblable moyen , qu^il dût suffire pour cela d^observer quelques malades. Il paraît cependant que ce procédé a été infructueux , car le désaccord le plus complet règne toujours parmi les sy philographes. Tandis que le plus grand nombre des médecins français, M. Ricord à leur tête, repoussent une semblable pratique^ MM. Auzias-Turenne, Boëck, Sperino^ la défendent avec conviction.
La lecture des observations publiées par chacun de ces auteurs prouve une seule chose : c^est que les inoculations multipliées de pus primitif et le développement d'un grand nombre de chancres ont une influence manifeste sur la marche de la vérole.
Si cette affection est à sa première période, l'induration disparaît et le chancre se cicatrise ; si elle est parvenue à Fétat secondaire ou tertiaire, la santé générale du syphilisé s'améliore notablement, et les altérations organiques diminuent ou disparaissent.
Faut-il conclure de ces changements à une guérison durable? Personne n'oserait l'affirmer. Pour guérir la syphilis, il faut anéantir le virus et détruire l'impression dynamique causée par lui ; on ne peut;, en vérité, espérer d'atteindre à ce but par la syphilisation. Aussi les promoteurs de ce procédé ont-ils affiché une prétention unique : celle de rendre nulle
la réceptivité de Torganisme pour le virus syphilitique. En réalité^ ils n^ont fait qu'une chose : maintenir le malade sous l'influence de Taction primitive du virus ^ comme on le tient parfois sous Faction première d'un médicament, dont on répète sans cesse la dose.
Or, tout le monde convient qu'au moment où l'on suspend l'administration de la substance active^ les réactions commencent. Pourquoi en serait-il autrement avec les virus ? N'a-t-on pas vu déjà des femmes inoculées par M. Sperino^ et chez lesquelles les piqûres d'inoculation elles-mêmes se sont rouvertes dès qu'on a cessé la syphilisation ? Pourquoi ce qui s'est produit ici d'une manière hâtive, n'aurait-il pas lieu plus tard par la réapparition de symptômes secondaires ou tertiaires ?
Ce qu'il y a de certain^ c'qst que la syphilisation ne peut détruire le virus syphilitique; qu'elle ne peut^ en conséquence ;, guérir la vérole. Elle trouble la marche de la diathèse^ cela n'est pas douteux^ mais son pouvoir ne peut aller au delà. Elle laisse donc le malade exposé à toutes les chances d'une infection complète, allant jusqu'à la saturation de l'organisme.
Ce danger existe non^seulement pour le malade, mais aussi pour ses descendants; grave objection qui n'a point échappé aux syphilisateurs, mais qu'aucun d'eux n'a osé résoudre en faveur de ses opinions.
Si j'ajoute que les effets obtenus ne l'ont pas été sans peine, et sans faire parfois courir au malade de
grands dangers, on comprendra pourquoi la syphilisation n'a pas rencontré de nombreuses sympathies.
Ces dangers^ notre confrère , M. Desterne , les a ainsi résumés :
c( Des diarrhées abondantes^ des ulcères phagédé- « niques ou gangreneux , succédant aux chancres (( d'inoculation , des mouvements fébriles violents et (( simulant dans quelques cas des accès de fièvre in- « termittente pernicieuse^ à la suite desquels deux « ou trois malades sont emportés. Dans d'autres cas, « .des malades languissants des mois entiers avec des a ulcérations secondaires dans la gorge, une iritis exic( géant l'intervention des saignées répétées et de la c( pommade mercurielle, tels sont, en peu de mots^ « les accidents qui ressortent du dépouillement des « quatre-vingt-douze observations de M. Sperino sur « les suites de l'inoculation (1). »
N'en est-ce pas assez pour faire rejeter la syphilisation comme agent curatif de la syphilis, du moment surtout où il est établi que ce moyen pallie, mais qu'il ne peut guérir ?
Peut-être y aurait-il néanmoins une place à lui donner dans le traitement de quelques syphilitiques.
Si je ne me trompe , le syphilin , proposé par MM. EscaUier et Desterne, pourrait être utilisé au même titre que l'a été le psoricum dans les maladies chroniques non vénériennes. Mais ce dernier agent
(1) Voy, Isopathie et syphilisation, par le docteur Desterne, in Journal de lu société' gallicane de médecine homœopatldque, t. Il, 2e série, p. 360.
n'a point été considéré comme curatif par ceux-là mêmes qui Tont employé ; il ne leur a jamais servi qu'à imprimer une modification à des affections chroniques invétérées , lesquelles paraissaient résister à remploi des médicaments. C'était en quelque sorte un moyen de rapprocher la maladie de son état primitif, sur lequel les médicaments agissent plus aisément et plus sûrement. Aussi, M. de Bœnninghausen, en permettant l'emploi du psoricum, avait-il soin de recommander de donner immédiatement après une dose de soufre. J'ajouterai qu'on ne devrait point oublier ce conseil en faisant usage du syphilin, qui devrait être bientôt suivi de l'administration de son antidote, le mercure.
Les résultats de la syphilisation ainsi appréciés, il resterait à en trouver la raison. Plusieurs explications pourraient en être données. Les uns y verront peutêtre une action dérivative exercée par les chancres nombreux dus à rirK)culation ; d'autres diront que ce moyen ayant presque toujours été employé sur des sujets saturés de mercure, le virus a agi comme antidote de ce médicament. Quoi qu'il en soit de ces explications et de celles que l'on présentera encore, un fait restera établi, c'est que la découverte de M. Auzias-Turenne ne rentre ni dans le domaine de l'homœopathie ni dans le domaine de l'isopathie, comme il est facile de s'en convaincre.
Pour syphiliser un malade , le seul virus qu'il soit p'ossible d'employer est celui du chancre mou, celui de l'ulcère induré ne pouvant être inoculé plusieurs
fois de suite au même sujet. Or^ ce pus, qu'on emploie pour guérir la vérole , ne peut en produire les effets sur rhomme sain; il n'y a donc pas alors d'action homœopathique, comme l'a cru, à tort, M. Marchai (de Calvi). Il faut, par conséquent, abandonner cette tendance qui a fait donner la doctrine de Hahnemann pour appui à une mauvaise cause, et qui aurait fait comprendre dans une même réprobation une erreur et une grande vérité.
On pensera peut-être que la syphilisation doit être en rapport plus direct avec l'isopathie. En fût-il ainsi, cela ne prouverait pas beaucoup en sa faveur; mais cet appui lui fait encore défaut.
L'application du simillimum suppose, en effet, que la maladie est combattue par sa cause ou par un de ses produits. On la traite par sa cause quand on donne le psoricum dans une affection psorique, on la traite par un de ses produits lorsqu'on veut guérir un eczéma en faisant prendre au malade quelques-unes des croûtes recueillies sur lui-même, et qu'on les lui administre après les avoir dynamisées. Or, la syphilisation n'a point de part à une pratique si rebutante, car le pus du chancre mou n'est point un produit de la vérole; et comme le virus d'un ulcère simple diffère profondément de celui que sécrète un chancre induré, on ne peut dire non plus que le résultat du traitement soit d'opposer à la maladie sa cause ellemême.
Ainsi, non-seulement la syphilisation est d'une efficacité plus que douteuse, mais encore elle ne rentre
ni dans les principes de rhomœopathie ni sous les lois de Pisopathie ; c^est un moyen énanthiopathique, ainsi que Taurait dit Halinemann^ et rien de plus.
Le mieux, lorsqu'on veut traiter la vérole avec fruit, est donc de recourir à Tusage des médicaments, et pour choisir avec certitude celui qui sera le plus efficace, la seule voie à suivre consiste à observer la loi des semblables, en s'appuyant d'une part sur Texpérimentation pure , de Tautre sur îlndividualisation pathologique , ainsi que Hahnemann Fa enseigné.
B. Mode d'administration des médicaments. — Fixer la manière dont un agent de guérison doit être administré consiste à déterminer la forme la plus favorable à son action , la manière dont il devra pénétrer dans l'organisme, la dose à laquelle il conviendra de le donner.
« Quoique le mercure agisse foncièrement et d'une a manière indépendante des formes sous lesquelles « on peut l'administrer, il n'en est pas moins vrai, (c dit M. Ricord, que le choix de ces formes n'est pas « chose indifférente. Tel individu qui reste réfractaire « à l'une d'elles est fortement impressionné par une a autre, et ne subit d'effet médicamenteux ou curatif « que de celle qui est le mieux appropriée à sa conte stitution (1). »
Malheureusement , le même auteur a dii ajouter : « Il n'y a ni dose, ni forme phaiinaceutique, ni durée
(1) Loc. cit., p. 208.
(( de traitement^ qui donne à coup sûr Timmunité, « quelles que soient d'ailleurs Inattention du médecin « à diriger la médication^ et la docilité du malade à « Tobserver (1). » Ce qui revient à dire que la forme du médicament a une importance relative et qu^on n^a aucun moyen positif de reconnaître celle qui sera la meilleure. Aussi les uns emploient-ils les pilules de préférence (2), d'autres les préparations liquides, d'autres les pommades ou les fumigations, etc.
La manière de faire pénétrer le médicament dans Forganisme n'est point non plus toujours la même. La voie la plus ordinaire est l'estomac. Si l'état des fonctions digestives ne permet pas de la suivre, on a recours aux frictions; personne, enfin, n'ignore l'emploi, si souvent malheureux^ des fumigations de cinabre.
Rien de fixe^ par conséquent, sous ce rapport.
La dose est chose plus difficile encore à déterminer. « Il n'est certainement pas, pour le mercure, « non plus que pour tout autre médicament, de dose « fixe, invariable, qui influence toutes les constituc( tions et qui guérisse dans tous les cas (3). » Cela est vrai ; aussi M. Ricord agit-il très-prudemment en recommandant de commencer par une dose faible, afin d'apprécier la susceptibilité du malade, d'aller en augmentant jusqu'à ce qu'on ait obtenu une amé-
(1) toc. cit., p. 220.
(2) Dupuytren, par exemple.
(3) Ricord, loc. cit., p. 216. On s'étonne alors de voir le même auteur recommander plus tard (p. 221) un traitement mercuriel de six mois, suivi d'un traitement ioduré de trois mois.
lioration, de s'en tenir alors à la dose qui soulage, et de fie la changer qu'autant qu'on observerait un état stationnaire. Il est très-prudent aussi de donner le conseil de suspendre le médicament aussitôt qu^on aperçoit quelqu'un des effets qui lui sont propres, en particulier la salivation. « Il est d'obserc( vation, en effet, et d'observation rigoureuse, que « l'action curative du mercure est généralement sus- « pendue dès que les symptômes morbides qui appar- « tiennent en propre au médicament commencent à se « produire (1) ; vérité importante , que Hunter et Hahnemann avaient indiquée bien avant M. Ricord. Tels sont les préceptes de l'école allopathique relativement au mode d'administration des médicaments ; voyons maintenant quels sont, à ce sujet, les enseignements de l'homœopathie.
Dans la pensée de Hahnemann, la forme et le mode d'administration des médicaments doivent être en rapport avec l'effet qu'on veut 'en obtenir. Le but étant d'utiliser l'action générale de chaque substance, en évitant ses effets locaux ; de rechercher son influence dynamique et non sa puissance perturbatrice, tout se réduit à faire prendre l'agent médicinal sous une forme telle qu'il soit rapidement absorbé. De cette manière, on évite son contact avec l'estomac, et les troubles organiques qui pourraient en être la conséquence. Ainsi que notre maître l'a dit depuis longtemps, c( la préparation mercurielle la plus certaine
(1) Ricord, loc. cit. p. 214.
et dans son action^ la plus énergique et la moins per- « turbatrice^ sera celle qui donnera à ce métal la « faculté de se dissoudre dans les liquides de l'est o- « mac, et d'être ensuite facilement absorbée^ celle « dont les eftets chimiques seront le moins marqués, « mais qui permettra au médicament de déployer c( toutes ses propriétés spécifiques (1). »
Ce qui est vrai du mercure Fest aussi des autres agents de la thérapeutique; le principe général est donc de choisir, pour forme des médicaments antivénériens, celle qui répondra le mieux aux conditions précédentes. Le moyen d'y parvenir est de faire usage des dilutions et des triturations homœopathiques, dans lesquelles la substance active est réduite à un état moléculaire avec lequel son passage dans la circulation est facile, avec lequel, par conséquent, on évite ses effets organiques, tandis qu'on obtient toute sa puissance dynamique et spécifique.
Le médecin homœopathe n'a plus qu'à rechercher alors à quelle dynamisation il doit accorder la préférence. Sous ce rapport, il règne en homœopathie une opinion assez générale, que M. lahr a nettement formulée , c^est qu'il faut employer le mercure à de basses atténuations, même à l'état brut, lorsqu'on traite la syphiHs, et qu'il faut réserver les dilutions plus élevées pour la blennorrhagie et pour la sycose.
Cette différence est justifiée sans doute par l'ob-
(1) Voy. Trniié de In maladie vénérienne, p. 55.
servation; mais elle ne prouve qu^une chose ^ c^est que le mercure n^est pas le seul médicament qu'il faille employer pour guérir la syphilis. J'ajouterai qu'en le dormant à l'état brut , sans l'avoir dynamisé^ on rentre dans l'allopathie d'une manière qui n'est pas très-heureuse , et qu'on devient plus allopathe que les membres de l'Académie de médecine eux-mêmes.
On trouve, en effet, dans les bulletins de la savante compagnie, un rapport récent sur l'introduction des médicaments dans le lait , par l'assimilation digestive (1) , rapport dans lequel il est positivement reconnu, comme un fait bien démontré, « que les ence fants atteints de syphilis et qui sucent le lait des « nourrices qui subissent un traitement mercuriely « guérissent, » ainsi que l'ont proclamé autrefois MM. Moreau, Londe, Lagneau, et, avant eux, Svs^édiaur, Biett et Lebreton.
Or, le médicament, on peut le dire, se trouve alors dans un état très-analogue à celui où il est réduit dans les préparations homœopathiques ; il est divisé par l'absorption, la circulation et la sécrétion mammaire comme , dans l'autre cas , il l'est au moyen de la trituration et de la dilution prolongées et répétées. De plus, il y est à des doses si minimes, que des chimistes habiles, M. Péligot, entre autres, n'ont pas toujours pu démontrer chimiquement sa présence.
(ij Rapport de M. Bouhy s7J.r un trnvaiJ de M. Lnhonrdeiie, t. XYIV, p. 746.
La conclusion de cette remarque^ c'est que le mercure, quand il est approprié, guérit à des doses infinitésimales, et qu^il est inutile de le donner à Tétat brut.
M. Diday a même été plus précis sur cette question. M. Cullerier avait rejeté ce mode d'administration des mercuriaux par cela seul que Tanalyse n'avait découvert dans le lait médicamenteux que des traces infinitésimales du médicament. « Mais, répond le « chirurgien lyonnais, pensez-vous donc que Tana- « lyse ait tout révélé ? Savez-vous si d'autres moyens c( n'auraient pas mis à nu une plus grande quantité
« de métal? De quel droit m'interdirait-on
c( d'espérer que demain un système plus parfait d'ace nalyse pourra y en démontrer une proportion plus « considérable?
« Mais il y a plus : admettons, je le veux, que la « chimie ait, dès à présent, dit son dernier mot. Cette « quantité infinitésimale de mercure doit-elle être ap- « préciée, quant à sa puissance curative, à l'égal des « sels que nous dissolvons dans nos laboratoires ? Une « extrêmement petite quantité de soufre ou d'alcali « contenu dans les eaux de Baréges ou de Yichy guéce rit en vingt-cinq ou trente jours des affections réce fractaires jusque-là aux plus hautes doses officinales c( de sulfure de potassium ou de carbonate de soude. (( La nature s'est-elle défendu le même privilège dans c( les combinaisons qu'elle opère au sein de l'orga- (( nisme vivant ? Un adage vulgaire nous apprend que c( l'homme vit parce qu'il digère , non parce qu'il
c( mange. De même, c^est le médicament absorbé, non « le médicament ingéré qui opère la guérison. Et si une c( molécule mercurielle réduite par la sécrétion lai- « teuse à Tétat de combinaison le plus propice à son « action médicatrice, déposée dans Fexcipient le plus « conforme aux conditions spéciales qu'offre le nour- (( risson, arrivant incessamment dans son estomac, y « parvient sous une forme et aux moments où son « passage dans le système absorbant est assuré; si, de (( plus, cette molécule (les faits le prouvent) suffit à « guérir...., au nom de quelle science voudriez-vous (( comparer ses effets à ceux de la parcelle d'un sel « que vous lui faites, deux fois par jour, avaler à « contre-cœur, sans même savoir s'il ne sera pas seuc( lement rejeté intact par les selles (1) ?
Il serait difficile vraiment de mieux défendre l'emploi des doses infinitésimales. Que leur reproche-t-on en effet, si ce n'est de ne donner aucun résultat lorsqu'on les soumet à l'analyse chimique telle qu'on la dirige aujourd'hui? Mais de quel droit, dirai-je avec l'auteur précédent, m'interdirait-on d'espérer que demain un système plus parfait d'analyse pourra y démontrer la présence du médicament? Et ce résultat ne dût-il se réaliser jamais, de quel droit viendrait-on assimiler les réactions chimiques aux effets des substances médicinales, et rejeter la possibilité de celles-ci parce que les premières ne seraient point obtenues? Au nom de quelle science viendra-t-on refuser aux
(1) Voy. Diday, Traité de la syphilis des; nouveau-nés^ p. 382 et passim.
préparations homœopathiques ce qu'on accorde au lait médicamenteux?
11 n'est donc pas besoin d^une grande masse de mercure pour guérir la syphilis ; il faut seulement que celui-ci soit approprié au cas individuel dans lequel on Tadministre, et qu'il soit donné sous une forme particulière. Je pourrais même soutenir, comme fait d'observation, que les préparations hydrargyriques agissent d'autant mieux qu'elles ont été dynamisées, et que, du moment où sous cette forme elles restent sans effet, on a plus d'intérêt à changer le médicament qu'à baisser la dilution.
En fait, tous les degrés de dynamisation appartiennent au médecin ; c'est à lui d'en faire usage en temps opportun. S'il est vi-ai que l'homœopathicité d'un agent thérapeutique dépende de son choix et non de sa quantité, il ne l'est pas moins qu'on ne peut tirer un parti utile de ses propriétés tant que sa puissance curative n'a pas été mise en complète expansion. Or, c'est ce qui arrive lorsqu'on donne le mercure à l'état brut ou aux premières triturations. De là vient que l'emploi de la première forme doit être rejeté, et que celui des basses atténuations ne peut devenir un précepte général.
Nous donnerons ainsi le mercure en trituration ou en dilution; nous le donnerons à dose infinitésimale, et, s'il ne réussit pas alors, nous chercherons dans la matière médicale une substance plus appropriée au malade qu'il s'agit de guérir.
Le choix de la dilution, la répétition du médicament.
sa dose, étant en rapport avec des conditions multiples^ c^est-à-dire avec la période à laquelle la maladie est parvenue, avec Timpressionnabilité du sujet, l'activité et la solubilité naturelles au médicament, il est impossible de poser des règles fixes à ce sujet, la solution de ces questions varie pour chaque substance et pour chaque forme morbide, elle trouvera naturellement sa place dans la seconde partie de ce travail.
Je me bornerai, pour le moment , aux détails qui précèdent, et je n'insisterai plus que sur un point, Valternance des médicaments.
Ce procédé consiste à donner tour à tour deux substances qui paraissent également convenir et se compléter Tune par l'autre. On l'a suivi souvent dans les maladies aiguës, bien que HahnemannFait condamné, et qu'il ne soit pas sans inconvénient.
Les médicaments , il ne faut pas l'oublier, sont comme les causes morbides : leurs effets se réunissent quand ils se rencontrent dans un même organisme; de là des effets croisés, qui empêchent chaque substance de développer tout son pouvoir lorsqu'on ne laisse pas à chacune d'elles le temps d'épuiser son action.
En général, lorsqu'on se croit obligé d'alterner deux médicaments pour une même maladie, c'est qu'on n^'est pas bien sûr du choix de l'un ni de l'autre. Il est donc beaucoup plus simple d'en choisir un troisième qui réunisse toutes les conditions de l'homœopathicité. C'est ainsi qu'il convient d'agir tant que le yirus syphilitique est la seule cause des souffrances qu'il faut combattre.
Il n'en est plus ainsi lorsqu^'on doit traiter la syphilis larvée. Dans ce cas^ ainsi que je le rappelais tout à l'heure^ il est nécessaire de recourir successivement aux substances qui sont en rapport d'appropriation avec chaque diathèse. Seulement , il faut les donner Tune après Tautre^, et ne pas mêler leurs effets, comme il arrive lorsqu'on fait prendre le matin une cuillerée de potion mercurielle^ et le soir une cuillerée de potion sulfureuse, pour recommencer le lendemain.
Une telle pratique aurait évidemment tous les inconvénients que je signalais, il y a un instant ; il convient, par conséquent, de l'abandonner. Ce qu'il faut, c'^est de donner les mercuriaux pendant le temps nécessaire au développement de leur action, de laisser ensuite réagir le malade, pour passer, après, à l'administration des antipsoriques, et ne revenir aux antisyphilitiques qu'après un laps de temps convenable.
Il n'y a pas de règle fixe à poser relativement à la répétition des doses. Tout ce qu'on peut en dire d'une manière générale, c'est qu'il ne faut pas trop les rapprocher. Les maladies vénériennes ayant toutes une marche chronique, ne demandent pas des actions médicatrices trop souvent répétées. Le médecin doit donc résister à l'empressement des malades , qui croient leur guérison d'autant plus assurée qu'on leur donne plus souvent leur médicament. Ce qu'il faut rechercher, c'est une guérison sûre et non pas une guérison rapide. En syphilothérapie il faut savoir utiliser le présent au profit de l'avenir; et, dans ce but, ne
pas chercher des modifications brillantes, mais des effets durables.
C. Régime. — Les syphilographes n'abordent pas ce sujet; il semble que les syphilitiques n'exigent aucune précaution sous ce rapport. L'homœopathie est plus sévère : le régime des maladies vénériennes est celui qui fut recommandé par Hahnemann pour toutes les maladies chroniques ; il comprend l'alimentation et le genre de vie.
La première doit être conduite de manière à offrir au malade tout ce qui peut soutenir ses forces,, en évitant ce qui ne ferait que l'exciter, en mettant de côté surtout les substances capables de produire quelque effet médicamenteux. En un mot, il faut choisir les aUments, de manière à favoriser l'action des médicaments, et non pas de manière à la contrarier.
Pour remplir la première condition, il est utile de recommander tous les aliments capables de fournir à l'organisme les éléments d'une active réparation, en défendant les mets de digestion difficile, ceux qui sont incomplètement élaborés.
D'un autre côté, on sera sûr de se conformer aux deux derniers préceptes en mettant de côté tout ce qui n'est qu'accessoire dans la nutrition : les vins capiteux et les liqueurs; les aromates, que nous retrouvons en partie au nombre des médicaments, et surtout le café, dont Hahnemann avait si bien étudié les effets sur l'organisme, et dont la thérapeutique homœopathique fait souvent une application utile. Les acides, qui sont fréquemment indiqués parmi les antidotes d'un grand
THERAPEUTIQUE GENERALE. 307
nombre de nos médicaments, seront exclus avec la même sévérité et dans le même but.
Le genre de vie du malade est souvent fort difficile à tracer^ non pas que le médecin ne puisse en poser aisément les règles, mais parce que le sujet ne veut pas ou ne peut pas s'y soumettre.
La résistance que Ton rencontre en pareil cas tient à ce que les maladies vénériennes n^'amenant pas de troubles généraux importants, lorsqu'elles ne sont pas parvenues à une extrême gravité, le patient renonce avec peine à ses occupations et à ses plaisirs.
Le médecin se trouve obligé, sous ce rapport, d'éviter deux difficultés opposées : l'excès du travail ou l'oisiveté. Le premier entrave souvent les efforts réparateurs auxquels la force vitale doit se livrer pour remédier à l'action destructive du virus, de sorte qu^on peut dire que tout excès de fatigue corporelle est un obstacle à la guérison.
Ce qui Fentrave plus encore, à coup sûr, ce sont les excès sexuels, et comme les vénériens s^y trouvent presque toujours plus ou moins portés, en raison de leurs habitudes antérieures, il devient parfois très-difficile de leur faire comprendre que la continence est pour eux une nécessité en même temps qu'un devoir.
Quant à l'oisiveté, elle est d'autant plus redoutable qu'il s'agit d'affections contractées au milieu de jouissances que l'imagination recherche aloEs même quelquefois que le corps s'y refuse; qu'elles intéressent des organes qu'il ne faut pas surexciter.
La plus grande difficulté, toutefois, que l'hygiène
des vénériens puisse présenter, se tire de leurs occupations. Tous, il faut bien le dire, n'appartiennent pas à la classe pour laquelle Foisiveté est à craindre. Pour un grand nombre, il s'agit de travaux violents, souvent de professions insalubres, ou tout au moins d'états dans lesquels des substances médicinales sont sans cesse employées. Il est facile de concevoir la résistance que de tels malades devront présenter sous le rapport de l'action des médicaments. Cependant, si nous tenons compte des résultats fournis par la pratique des dispensaires, nous pouvons dire que ces malades guérissent malgré les conditions fâcheuses où ils se trouvent. L'habitude, chez eux, émousse la réceptivité de l'organisme pour des substances qu'ils manient sans cesse, mais elle n'éteint pas l'impressionnabilité à l'action des autres médicaments.
Le grand point pour le médecin sera seulement d'apprécier la puissance antidotique du milieu dans lequel l'ouvrier est forcé de vivre, afin d'augmenter l'action de l'agent thérapeutique en proportion de la résistance qu'elle pourrait rencontrer.
D. Moyens auxiliaires. — Pour compléter ce qui se rattache à la thérapeutique, je dois dire un mot des moyens auxihaires dont il convient de faire usage. La chirurgie d'abord est souvent appelée à jouer un rôle dans le traitement des maladies vénériennes ; et quoique son importance diminue à mesure que le nombre des spécifiques augmente, il y a toujours bien des circonstances où il est nécessaire de faire appel à ses ressources.
II ne faudrait pas croire^ cependant^ que cet art put remplacer jamais Faction des médicaments. Ainsi que renseigne Hahnemann, la maladie est « inabordable aux procédés mécaniques de la chirurgie (1) ; » celle-ci s^'attaque toujours à un effet , jamais à une cause. Son véritable rôle commence donc au moment^ où la diathèse étant détruite,, les efforts conservateurs de la force vitale sont impuissants pour remédier aux désordres accomplis.
Elle peut encore trouver son application dans deux autres circonstances : 1° iorsqu^il existe des lésions dont les conséquences peuvent devenir funestes^ lorsqu'il s'agit^ par exemple^ d^arrêter une hémorrhagie entretenue par un polype; 2° quand il faut diriger, à Taide d'un pansement convenable, le travail de cicatrisation des ulcères, favoriser l'expulsion des parties nécrosées.
Il y a encore trois moyens importants dont il est souvent fait usage ; ce sont : l'hydrothérapie, les bains de mer et les eaux minérales.
La première, employant un modificateur général qui n'a rien de spécifique, qui n'est pas un médicament, peut très-bien trouver sa place dans un traitement homœopathique. Et, de même qu'il serait imprudent de compter sur l'hydrothérapie pour arriver à une guérison radicale, de même aussi il serait fâcheux de rejeter son emploi lorsqu'on a à traiter des malades chez lesquels la réaction est en défaut, et qui offrent
(1) Organon, § 13.
3ie DES MALADIES VENERIENNES.
pour ce motif peu de prise à Faction des médicaments. Si ce secours est souvent dangereux pour les syphilitiques, il pourrait être plus utile pour les affections blennorrhagiques. Dans tous les caS;, ce n'est jamais qu'un accessoire, qu'il faut utiliser avec prudence.
Les bains de mer et les eaux minérales ont aussi leur valeur dans des circonstances que j'aurai occasion de déterminer pour chacune des maladies vénériennes. Il faut avoir soin seulement de suspendre l'emploi des médicaments homœopathiques pendant toute la durée de la saison, et après, tant que dure la période de réaction.
Ces moyens peuvent servir à compléter un traitement ; à ce compte, il ne faut pas les négliger.
La thérapeutique homœopathique des maladies vénériennes repose, comme on peut le voir, sur un petit nombre de principes bien arrêtés :
1° Choisir le médicament d'après la loi des semblables, et en s'appuyant sur l'individualisation pathologique et l'expérimentation pure.
2*" Donner le médicament de manière à obtenir toute sa puissance spécifique en évitant ses effets perturbateurs; et, dans ce but, le faire prendre à l'intérieur, dynamisé et à dose infinitésimale.
3° Tracer le régime de manière à soutenir et à ménager les forces du malade, sans l'exciter et sans le soumettre à des actions médicinales inutiles ou contraires aux eff"ets des médicaments.
4** Être très-réservé à l'égard des moyens auxiliaires, en s'adressant seulement à ceux qui peuvent ve-
THERAPEUTIQUE GENERALE. 3 11
nir en aide aux médicaments homœopathiques^ en excluant tous ceux qui s^opposeraient en quelque manière au développement de leurs propriétés curatives.
C'est en vertu de ces principes qu^'il faut étudier une aune chaque maladie vénérienne, et tracer son traitement.