DES BUBON
Il arrive quelquefois qu'un de ces ganglions s'enflamme. Il devient alors légèrement douloureux , augmente de volume. La peau qui le recouvre rougit à son tour. Cette tumeur arrive lentement à suppuration^ fournit un pus peu abondant, jaune, assez bien lié. Son ouverture est fistuleuse, jamais chancreuse ; le pus n'est point inoculable.
L'abcès une fois vidé^ le ganglion reprend peu à peu son volume^ les fistules se cicatrisent, laissant une trace d'un rouge violacé^ puis d'un blanc nacré assez vif.
Le bubon d'emblée ne diffère pas des deux premiers: il est ou inflammatoire ou induré. Toute la différence tient à ce qu'il n'existe pas d'ulcère sur les parties voisines.
Ce bubon est presque toujours précédé de symptômes généraux : courbature , douleurs dans les membres, perte de l'appétit, langue muqueuse, soif, constipation ; chaleur de la peau marquée, interrompue par des frissons ; pouls accéléré, développé, dur ; insomnie ou agitation avec rêves fatigants. Toutes ces souffrances s'effacent lorsque la tumeur a complété son développement et que la suppuration s'est fait jour.
Du reste, les symptômes locaux sont ceux que j'indiquais tout à l'heure ; ils varient suivant que le bubon passe ou non à la suppuration, qu'il est seulement phlegmoneux , ou phlegmoneux et inoculable, ou, enfin, induré.
C'est surtout pour le bubon d'emblée que le diagnostic est difficile. Plusieurs caractères cependant peu
vent aider le médecin à fixer son opinion : 1° le siège de la tumeur, ces bubons étant toujours inguinaux ; 2» Taveu d'un coït suspect, pratiqué dans les limites ordinaires de rincubation; 3'*rexistencede symptômes primitifs chez le sujet infectant; 4° Tordre de développement des symptômes ; les troubles généraux précédant les altérations locales, tandis que, chez les scrofuleux, le ganglion s'engorge avant que la santé ne s'altère, et la fièvre paraît seulement au moment où la suppuration s'établit ; 5» l'apparence extérieure de la tumeur ; 6° dans certains cas, les caractères de son ouverture, qui deviennent ceux du chancre, et l'inoculabilité du pus.
Du reste, le diagnostic de cette affection est encore assez obscur pour que bien des syphilographes refusent d'admettre l'existence du bubon d'emblée.
Le pronostic du bubon n'est pas, en général, trèsgrave. Il le devient seulement lorsque les fistules passent au phagédénisme ; mais alors il l'est plus que pour le chancre lui-même ; car, les destructions de tissus sont plus profondes qu'avec l'ulcère, et elles peuvent s'étendre plus facilement encore de proche en proche. Si le bubon est induré, il faut redouter l'apparition de symptômes constitutionnels.
* En homœopathie les médicaments ne sont pas les mêmes pour les différentes espèces de chancres ; j'in-
diquerai donc successivement ceux qui se trouvent le mieux appropriés à chacune d'elles.
4° Chancre mou. — Le médicament qui répond le mieux à cet ulcère primitif est le mercure soluble (mercurius solubilis). Lorsque Hahnemann soutenait que la syphilis primitive cède rapidement à la plus petite dose de ce composé, il entendait évidemment parler du chancre simple, dont il est question en ce moment. Seulement il avait le soin d^ajouter qu^on ne devait compter d'une manière certaine sur Tefficacité de ce médicament que dans le cas où la maladie ne présentait aucune complication. Lorsque le docteur Rûckert (1) recommande le mercure soluble pour les sujets robustes , qui n^ont point encore subi d'infection syphilitique antérieure, il exprime la même idée sous une autre forme.
L^expérience de tous les homœopathes a confirmé, on peut le dire, l'opinion émise par Hahnemann, opinion que la matière médicale pure justifie de tous points. Ce médicament administré à un homme sain, tout à fait exempt de syphilis, produit, en effet, chez lui, tous les symptômes du chancre : le prurit initial, la tache rouge, sur laquelle s^élève une vésicule, l'ulcère à bords rouges, arrondis, à fond sécrétant une matière purulente, blanc jaunâtre (2).
D'un autre côté , l'observation clinique a montré que le mercwre réussissait lorsque ces ulcères étaient
(1) Rûckert, Klinische Erfahrungen, etc. Leipsick. 1854.
(2) Mat. 'médicale pure, pathogénésie du merc. soliib.
nombreux, couenneux, à bords taillés à pic, et quand ils sécrétaient un pus abondant.
L^étendue du chancre, sa profondeur, ne changent rien aux indications du mercure soluble, qui réussit encore si Fulcère est le siège d'une douleur aiguë s^irradiant dans tout le corps.
S'il y a un accord complet entre les homœopathes relativement aux symptômes caractéristiques de ce médicament, il n'en est pas de même relativement à son mode d'administration. Tandis que Hahnemann donne la préférence aux dilutions élevées et aux globules , la plupart des médecins , en Allemagne surtout, recommandent de se borner aux trois premières triturations, et de ne pas négliger non plus le mercure non dynamisé.
La vérité se trouve entre ces extrêmes. Si les basses atténuations ne sont pas indispensables à la guériâon d'un chancre mou, il faut reconnaître, cependant, qu'il existe des sujets peu impressionnables, chez les-, quels la trentième dilution serait insuffisante. Ces cas, du reste, sont très-exceptionnels ; les dilutions élevées réussissent le plus souvent, lorsque le médicament est exactement choisi.
Le mieux, quand on est appelé à donner des soins à un malade pour la première fois, et à le traiter d'un chancre mou , est de débuter par les dilutions moyennes (la dix-huitième ou la vingt-quatrième) , et de donner tout d'abord de 5 à 8 globules d'une de ces puissances , en les faisant dissoudre dans 120 grammes d'eau, potion que le malade prend par
cuillerées à bouche, à des intervalles réguliers.
Comme, en définitive , un chancre mou a toujours une marche un peu aiguë, ces intervalles ne doivent pas être trop éloignés les uns des autres; le mieux est de répéter toutes les six heures ^administration du médicament.
On continue de la sorte pendant deux à trois jours. S'il ne s'est produit alors aucun changement favorable, on baisse la dilution, allant à la douzième ou à la neuvième, qu'on administre comme je viens de le dire. *
Si rétat de statu quo spécifique persiste et qu'il n'y ait aucun symptôme mercuriel apparent , il faut laisser au malade quatre à cinq jours de repos, puis recommencer l'administration du mercure^ en restant dans la limite des puissances que je viens d'indiquer, mais en remplaçant les globules par une ou deux gouttes.
Si Ton reconnaissait enfin que ces doses fussent encore insuffisantes, il faudrait recourir aux triturations, et en donner un centigramme en une seule fois. On répète cette dose le matin et le soir. Le médicament, n'étant pas, sous celte formC;, très-soluble dans l'eau, il faut le faire prendre à sec, c'est-à-dire le déposer sur la langue, en le laissant se dissoudre dans la salive, pour éviter toute décomposition chimique.
Je m'empresse de le dire : si le chancre est simple et le sujet exempt de toute maladie chronique autre que la syphilis, on n'est jamais obligé d'arriver à des
divisions aussi basses. Avec les dilutions moyennes (de dix-huit à trente)^ on modifie Fulcère^ dont les bords s'affaissent, le fond se nettoie, s'élève et se cicatrise graduellement. -
Lorsque ce résultat n'est pas obtenu, c'est qu'il existe une complication, ou qu'on a donné trop de mercure. On reconnaît qu'il en est ainsi à l'apparition de symptômes accessoires propres à ce médicament, et qui se composent habituellement soit de congestion buccaie avec hypersécrétion salivaire , soit de douleurs vagues dans les membres , soit de symptômes intestinaux, soit encore de tièvre mercurielle.
En général, l'amélioration s'arrête dès que les effets artificiels du médicament commencent à paraître. L'administration de la substance active doit être immédiatement suspendue ; il faut laisser réagir le malade ; et si l'action médicinale est trop énergique, il faut donner un antidote : le soufre ou Vacide nitrique. Le soufre ^ quand le sujet n'est pas de constitution irritable, et que les gencives et les intestins sont le siège des symptômes accessoires ; Vacide nitrique, lorsqu'il s'agit de symptômes fébriles ou de douleurs musculaires et névralgiques.
Je citerai à l'appui de ces recommandations le fait suivant :
Première Observation. — Le nommé D., âgé de 25 ans, se présenta au dispensaire le 15 mai 4850. Cet homme, d'une bonne constitution, n'ayant jamais eu de symptômes de psore primitive ou consécutive, portait à la face interne du prépuce, du côté
gauche , un chancre mou bien caractérisé : bords rouges^ irréguliers^ déchiquetés, taillés, à pic ; fond recouvert d'une espèce de couenne grisâtre, suppuration abondante. Pas de phimosis. Cet ulcère existait depuis huit jours ; il avait été aperçu lé dixième jour à la suite du dernier coït.
Prescription : niercurius solubilis, vingt-quatrième dilution, 6 globules, dans 250 gr. d'eau alcoohsée ; prendre deux cuillerées par jour de cette potion ; une le matin et l'autre le soir. Régime homœopathique usité dans les maladies chroniques. Panser le chancre avec un plumasseau de charpie glissé entre le prépuce et le gland.
22 mai. Même état, merc. solub,, 18% 5 globules administrés ut suprà.
29 mai. Le fond est rouge, Tenduit diphthéritique est détaché, les bords de Tulcère sont toujours taillés à pic, la suppuration reste abondante.
Merc. solub., 12% 6 globules administrés, ut suprà,
5 juin. Le fond de Tulcère est plus rouge encore que la dernière fois; il s'élève avec une apparence mamelonnée; les gencives sont rouges, gonflées, sensibles pendant la mastication.
Nitri acidum, 18% goutte j, dans 120 gr. d'eau alcoolisée, une seule cuillerée par jour, le matin à jeun.
12 juin. Très-bien. L'ulcère est presque entièrement cicatrisé, la suppuration presque nulle. Les gencives ne sont plus ni rouges ni sensibles. Pas de médicament.
19 juin. Cicatrice complète. Il ne reste plus qu'une teinte rouge à la place de l'ulcère. Pas de médicament.
26 juin. La rougeur elle-même a presque disparu. Pas de prescription.
Ce malade revient cinq mois après pour une bronchite aiguë. Examiné à ce moment,, il ne présentait aucune trace de son chancre, dont la cicatrice n'était nullement apparente. Aucun symptôme consécutif n'avait paru.
L'acide nitrique fut donné ici comme antidote du mercure , surtout à cause de l'aspect framboise que le chancre avait revêtu, aspect qui le rapprochait du chancre végétant.
On voit par ce qui précède, que rien n'est plus simple que le traitement du chancre mou frappant sur un sujet parfaitement sain du reste. Le choix du médicament n'offre alors aucune difficulté; mais le mode d'administration exige quelque soin. Le point essentiel est de n'en pas trop donner^ de laisser réagir le malade à temps, afin d'éviter les aggravations.
Corallia rubra a été employé également dans le traitement du chancre mou. D'après le docteur Riickert, il conviendrait, lorsque la surface du gland et celle du prépuce sont couvertes de larges exulcérations superficielles, se creusant de loin en loin à des endroits où elles prennent un aspect lardacé, et sécrétant une sanie claire, abondante et de mauvaise odçur (1).
(1) Loc, cit.
On ne sera pas surpris^ en regard de ces caractères, d'entendre le même auteur recommander le cor allia rubra pour la balanite accompagnée d'ulcères superficiels du prépuce; mais il serait impossible de compter sur lui pour le chancre simple sans complication ; car cet ulcère peut bien se multiplier par inoculation de voisinage, mais il ne donne jamais lieu aux excoriations dont il a été parlé tout à Fheure.
En résumé^ le mercurius soluhilis reste toujours le spécifique du chancre mou; rien ne peut le remplacer.
Le traitement devient plus difficile lorsque la syphilis frappe sur un sujet psorique ou scrofuleux.
Il est facile de comprendre comment une diathèse aussi étendue et aussi profonde que celles-ci puisse devenir une cause d'aggravation et un obstacle à la cicatrisation des ulcères.
Le point essentiel est donc de diminuer tout d'abord son influence. Le plus sûr, quand le sujet est psorique, est de commencer le traitement par le soufre^ médicament qu'il convient de donner à la 30® dilution, et à la dose de 3 à 4 globules tous les matins, pendant trois à quatre jours, ou encore en potion, comme je l'ai dit à propos du mercure soluble.
Au bout de ce temps, on laisse reposer le malade pendant quatre autres jours, et on remplace ensuite le soufre par le mercurius soluhilis administré comme il a été dit plus haut, avec les mêmes précautions et la même surveillance quant à la production des aggravations médicinales.
Après le mercure , il faut revenir à un antipsorique, mais non plus seulement à un agent général comme le soufre. Le médicament, cette fois, doit être choisi en raison de Vensemble des symptômes psoriques présentés par le malade. La substance à laquelle on s^arrêtera ne sera donc pas la même si le sujet est atteint d^une dermatose ou d'une affection des muqueuses; elle différera encore s'il présente, dans le premier cas, un psoriasis ou un eczéma, etc., dans le second, une affection des voies respiratoires, une maladie intestinale, ou s'il est en proie à quelque affection des parenchymes.
Comme je n'ai point à m'occuper ici du traitement des maladies psoriques, je ne dois point entrer dans d'autres détails relativement au choix de ce second médicament. Je me bornerai donc à résumer ainsi les principes du traitement du chancre mou chez les sujets psoriques : 1° donner le sulphur: 2° faire succéder à ce médicament le mercurius solubilis; 3° remplacer ce dernier par un antipsorique qui ait un rapport d'homœopathicité avec l'ensemble des symptômes offerts par le malade; 4° revenir ensuite au solubilis, s'il en est besoin.
Le grand point pour réussir dans un semblable traitement, est de ne pas changer de médicament trop tôt ni trop vite ; de laisser aux réactions le temps de se produire. Il ne faut pas surtout donner une seconde substance avant que la première ait parcouru toute sa sphère d'action. En un mot, il faut savoir attendre, et ne pas se laisser dominer par l'impatience du malade;
TRAITEMENT DES CHAKCRES. 3S9
ne pas oublier surtout qu'il s'agit d'affections chroniques^ plus dangereuses pour l'avenir que pour le présent; mais que l'on doit guérir si l'on veut être à l'abri de toute inquiétude ultérieure.
La difficulté est la même si le sujet est scrofuleux au lieu d'être psorique. Dans ce cas, Rûckert a recommandé, de concert avec le docteur Gerson, de Dresde, le biiodure de mercure (mercurius biiodatus) (1), médicament qu'ils proposent de donner, de la première à la troisième trituration, par doses de 3 à 5 centigrammes, qui doivent être prises à sec, sans aucun mélange d'eau simple ou alcoolisée.
On peut dire, sans doute, que la pathogénésie de chacun des éléments de ce composé justifie son emploi. Il ne faut pas oublier, cependant, qu'au point de vue de l'action thérapeutique, le biiodure de mercure est un corps nouveau, différant de l'iode et du mercure, comme il s'en sépare sous le rapport de ses propriétés physiques et chimiques. Il serait donc fort à désirer que l'étude des effets pathogénétiques de ce médicament vînt confirmer les données de l'observation clinique, et nous permettre de bien spécifier les cas dans lesquels il devra être prescrit.
Tous les scrofuleux, en effet, ne se ressemblent pas. Chez les uns, les symptômes de la peau sont ceux qui dominent; chez d'autres, ce sont les affections glanduleuses ou les maladies des os, etc., et il serait bien
(1) Etude sur la valeur thérapeutique et les caractères des diverses préparations mercurielles, par le docteur Gerson, in Allg. homœop. Zeitung.
surpronani qu'un môme médicament put être homœopathique à des formes morbides aussi diverses.
Il ne serait pas juste assurément de refuser au biiodure mercuriel la propriété dont il est question en ce moment; mais ce médicament a échoué plus d'une fois; il faut donc savoir comment on pourra le remplacer.
On arrivera à ce but^ en suivant la marche que j'indiquais tout à rheure, donnant d'abord un médicament doué d'une action aussi générale que possible et en rapport avec la diathèse scrofuleuse. L'expérience a montré que le soufre serait encore le mieux en état de remplir ce but. Le mercure soluble, qui reste toujours le spécifique du chancre mou viendrait ensuite^, pour être remplacé par une autre substance en rapport de similitude symptomatologique avec l'affection scrofuleuse à laquelle la syphilis est venue s'adjoindre.
Enfin, si le sujet a subi des infections chancreuses répétées et que le solubilis ne soit pas suffisant^ cinabaris devra le remplacer.
Le malade se trouvant arrivé alors à un véritable état cachectique, il faut donner le médicament avec prudence, à une dilutioa moyenne, allant même jusqu'à la trentième; employer des globules dissous dans l'eau, comme je l'ai indiqué déjà, à propos du mercure.
J'ai supposé jusqu'ici que le chancre était le seul symptôme vénérien dont le sujet eût à souffrir; mais il arrive fréquemment que le phimosis, le paraphimosis et le bubon viennent s'y joindre.
Le phimosis et le pay^phimosis^ étant des effets organiques dus à la présence de Pulcère, ne persistent jamais après la guérison de ce dernier; aussi a-t-il été suffisant^ dans bien des cas, de traiter le chancre comme s^il était seul.
Il est bon de remarquer cependant que tous les ulcères primitifs ne produisent pas le gonflement du prépuce, que tous les médicaments non plus ne lui donnent pas naissance ; il est donc utile, pour faire un choix rigoureux, de tenir compte de cette complication. Trois médicaments y répondent d'une manière exacte : le mercurius solubilis, le nitri acidum et le cinaharis. Le mercurius solubilis doit être choisi lorsque le gonflement du prépuce est de volume moyen, transparent, œdémateux.
Dans le cas où il augmente malgré l'emploi de cet agent, le nitri acidum doit remplacer le mercure. Il n'y a pas de médicament dont les effets pathogénétiques se rapprochent davantage du chancre avec phimosis, comme il est facile de s'en convaincre par la lecture des symptômes particuliers à ce médicament.
S'il arrive que le phimosis soit inflammatoire au lieu d'être œdémateux, le prépuce étant gonflé, résistant, rouge et suppurant, cinabaris sera préféré aux deux autres substances que je viens de nommer.
Chacune d'elles devra être donnée à la 18^ ou à la 24^ dilution, à une dose qui pourra varier entre 6 globules et 1 goutte, que l'on dissoudra dans 120 gr. d'eau, dont il faudra donner de 2 à 4 cuiUerées par
jour, suivant Tintensité et la gravité des symptômes.
Lorsque le phimosis est porté trop loin^ le prépuce se gangrène. Deux médicaments sont alors indiqués : Varsenicum (acide arsénieux) et le lachesis.
Le premier, si la peau se couvre de taches violacées avec ou sans phlyctènes ; le second, si la teinte de Tescarre est plutôt grise que noirâtre. U arsenic a souvent pour effet d'arrêter les progrès de la mortification; le lachesis hâte la chute de Fescarre.
Cette élimination ayant eu lieu, si les bords de la plaie ont Taspect chancreux, le mercurius solubilis se trouvera indiqué ; sils ont les caractères d'une plaie ordinaire, silicea et graphites seront nécessaires pour amener la cicatrisation.
Au reste, il est bien rare, quand on emploie dès le début, les médicaments que j'ai indiqués, de voir survenir ces graves coraphcations. Il arrive d'ordinaire, sous l'influence des trois médicaments que j'ai nommés, que le prépuce diminue et que l'étranglement cesse sans amener aucun désordre.
C'est surtout contre le phimosis gangreneux que la chirurgie est appelée à intervenir, d'abord pour inciser l'escarre et faciliter son détachement d'avec les parties voisines; plus tard, pour aider à la cicatrisation par un pansement convenable; enfin, pour réparer autant que possible la perte de substance, lorsque celle-ci a eu lieu.
Ainsi que je l'ai dit, il arrive parfois que le gland étant exactement appliqué contre le prépuce, le pus sécrété en arrière de la couronne s'y accumule et
forme un véritable abcès^ reconnaissable à la tuméfaction qu'il occasionne et à la fluctuation qu'il est facile de percevoir.
Le mieux alors est de pratiquer une incision qui permette l'écoulement de ce liquide, et fasse cesser la compression 'dangereuse qu'il exerce sur les parties voisines.
Les médicaments restent les mêmes lorsqu'il y a paraphimosis au lieu de phimosis.
Le traitement du chancre mou ne varie pas, quelle que soit la région qu'il occupe; il ne diffère pas chez la femme de ce qu'il est chez l'homme. Seulement, le gonflement des grandes lèvres, causé par l'ulcère, n'offre jamais les dangers du phimosis et n'est jamais un motif de changer le médicament.
Il en est de même lorsque le chancre occupe les profondeurs du canal de l'urètre, au heu de se trouver à la surface des organes génitaux. Toute la difficulté consiste dans ce cas à reconnaître sa présence, ce que la pathologie nous apprend.
Le second symplôme qui accompagne fréquemment le chancre mou est le bubon ^ lequel diffère pour le traitement, quand il est dû à l'absorption directe du pus virulent, et quand il est le résultat d'un retentissement sympathique.
Dans le premier cas, ce bubon n'est qu'un chancre ganglionnaire. En réalité, c'est un ulcère de plus, ce n'est pas une maladie nouvelle ; et il ne serait pas plus nécessaire de modifier la thérapeutique, lorsqu'il apparaît, qu'il ne serait utile de le faire quand un second
OU un troisième chancre se forme par inoculation de voisinage.
Le mercure soluble reste encore ici le médicament spécifique : c'est à lui qu'il convient d'avoir recours. Il ne faut pas s'attendre cependant qu'il empêchera la tumeur de suppurer : ceci serait tout aussi difficile à obtenir que d'empêcher une pustule de s'élever sur le point où le pus d'un chancre a été inséré par la lancette; mais il pourra toujours limiter la suppuration, hâter l'ouverture de l'abcès, et surtout lui enlever rapidement le caractère chan creux.
Si, malgré son emploi, la tumeur tarde à s'ouvrir, hepar sulphurû, dont l'action pathogénique cause la suppuration des ganglions de l'aine et de ceux de l'aisselle, hepar sulphuris hâtera cette terminaison.
S'il ne suffisait pas, il serait nécessaire de pratiquer une ponction avec le bistouri, afin d'éviter que la collection purulente ne s'étendît assez pour détruire le ganglion.
Dans cette sorte de bubon, c'est, en effet, au centre même de la glande que le pus se forme; d'où il résulte qu'il a souvent un long trajet à parcourir avant d'arriver sous la peau. Bien des fois aussi, il se fait un double foyer : l'un dans le ganglion ; son pus est inoculable ; l'autre dans le tissu cellulaire environnant.
Dans tous les cas, un certain temps est nécessaire pour que l'abcès puisse s'ouvrir. Durant cette période, les douleurs sont vives, les tissus se trouvent décollés. Faire une incision, c'est donc abréger les souffrances du malade, et lui éviter des désordres toujours longs
à réparer, et dont il est très-difficile pliistard de dissimuler les traces.
L'abcès étant ouvert, Forifice de la fistule ayant les caractères du chancre, étant douloureux pendant la marche, et amenant une sensation de paralysie de la cuisse avec douleurs tensives dans tous ses muscles, niùH acidum remplacera le mercure avec avantage.
Seulement, il faudra revenir à mercurius solubilis dès que le gonflement aura diminué, et que les douleurs de la cuisse auront cédé.
Enfin, du moment où la fistule aura repris sa forme habituelle, où les caractères du chancre auront disparu, le travail de cicatrisation commençant à se faire, on pourra le laisser s'accomplir sans autre médicament.
S'il arrivait que la constitution scrofuleuse entravât la %\iévhon, phosphorus remplacerait Tacide nitrique avec avantage ; il devrait être donné après lui . Si la cicatrisation tardait encore à se faire, silicea devrait succéder à phosphorus, mais seulement lorsque ce dernier médicament aurait ramené le ganglion à son volume normal.
S'il y avait complication de psore, sulphur^ suivi de graphites, produirait un très-bon résultat.
Ces divers médicaments seront donnés de la manière suivante :
4° Mercurius solubilis, comme il a été dit plus haut (page 332), et à intervalles d'autant plus rapprochés que la marche de la maladie sera plus rapide.
2° Hepar sulphuris à la 42'^ ou à la 18^ dilution, à la
dose de 6 globules à 1 goutte dans 120 grammes d'eau, mélange dont il sera pris une cuillerée de six en six heures.
3" Nitri acidum aux mêmes dilutions que hepar, mais à des intervalles moins rapprochés^ trois fois par jour, par exemple.
Cette différence dans le mode d'administration tient à ce que ce médicament n'est donné qu'après l'ouverture de l'abcès^ à un moment où l'acuité de la maladie a cessé.
4° Phosphorus, siltcea, sulphur et graphites ne doivent être employés qu'à la 24^ ou la 30® dilution, à la dose de 6 à 8 globules dissous dans 120 grammes d'eau, dont il est donné une cuillerée à bouche le matin, et une le soir.
Règle générale : plus la marche des symptômes se rapproche de celle des maladies chroniques, plus les dilutions doivent être élevées, et plus les doses de médicament doivent être éloignées les unes des autres.
Le traitement du bubon appelé sympathique réclame d'autres médicaments. On n'en sera pas surpris, si l'on se rappelle que, par ses caractères et par sa marche, ce bubon diffère du précédent.
Sous le rapport du choix du médicament, cette tumeur présente quatre moments qu'il convient de distinguer :
1° Son début, A cette époque, le malade accuse un sentiment de gêne dans l'aine, avec douleur légère, obtuse pendant la marche. Le ganglion est un peu plus volumineux que ceux qui l'entourent, un peu sensible
TllAITEMENT DES CHANCRES. 3 47
à la pression. Il est rare que Ton ait à tenir compte de cette complication^ et qu^'on change alors le médicament auquel on s^était arrêté pour le chancre; car bien souvent il suffit de mettre le malade au repos et de continuer le mercurius solubilis, pour voir le gonflement de Faine s^'arrêter^ puis disparaître.
2° Toutefois, comme le bubon sympathique ne paraît guère que chez les scrofuleux^ le mercure ne suffit pas toujours à entraver sa marche; la tumeur arrive alors à sa seconde période^ qu^onpeut appeler période inf!ammatoire.LB.iumeuv augmente, la douleur devient plus vive^ surtout pendant la marche et au toucher ; la peau rougit. Carbo animalis est le médicament spécifique en pareil cas. Il faut le donner à la 18^ ou à la 24^ dilution, à la dose de 4 à 6 globules, répétés de quatre à six fois par jour, ainsi que Renseigne Caspari (1).
Le carbo amène souvent là résolution de l'ulcère, alors même que la suppuration est imminente.
3° S'il ne réussit pas en ce sens, là tumeur continue sa marche, la peau s'amincit, la fluctuation devient manifeste. Hepar sulphuris, 18^ dilution, donné par cuillerées à b ouche, de quatre en quatre heures, par exemple, mais toujours à des intervalles rapprochés, agit comme il a été dit tout à l'heure. Quelquefois il amène la résorption du pus et la résolution du bubon, le plus souvent il hâte la rupture de Tabcès. Si son action n'est pas rapide, l'incision doit être pratiquée.
(1) Voy. Annales de la méd. homœop. Paris, 1840, p. U.
4° Après la période de suppuration arrive celle de la réparation des tissus. Lorsqu'elle suit une marche progressive et régulière, il suffit de surveiller le pansement; les médicaments sont inutiles. Mais si le ganglion est engorgé et qu'il y ait des trajets fistuleux, phosphorus suivi de silicea rendront de très-grands services, et pourront suffire à la guérison.
2° Chancre induré. — Le symptôme caractéristique pour le choix du médicament approprié à cette espèce de chancre, c'est l'induration. C'est elle qui sert à fixer le diagnostic ; tout l'avenir du malade repose sur son existence; sa valeur thérapeutique est incontestable.
Or, parmi les agents de la matière médicale, il en est deux surtout qui produisent sur l'homme sain tous les caractères de cette base du chancre ; je veux dire le lachesis et le sulphur. Le premier fait naître des vésicules, auxquelles succède un ulcère accompagné de l'épaississement du prépuce, et cet épaississement peut aller jusqu'au point d'acquérir une consistance cartilagineuse ; le second rend le prépuce dur, roide, brillant à sa face interne, ou sécrète une sanie claire et de mauvaise odeur (1).
Il reste à déterminer maintenant l'ordre d'administration de ces deux substances. Si le malade n'a encore
(1) Yoy. Traité des malad. cliron., pathogénésie du soufre. Manuel de mat. méd., par Noack et Trincks, art. Lachesis , et la traduction de la pathogénésie de ce médicament, par le docteur de Moor (d'AIost), publiée par le journal de la Société îiahneniannienne de Paris.
subi aucun traitement mercuriel, lachesis doit avoir la préférence. On le donne à une dilution moyenne, par doses de 2 à 4 globules dans 120 gr. d'eau, par cuillerées répétées de quatre à six fois par jour.
Si le malade a pris du mercure, sulphur précédera lachesis, en raison de ses propriétés antidotiques.
Il faut alors faire prendre le soufre à la 24^ ou à la 30^ dilution, en mettre 6 globules dans 120 grammes d^'eau, et donner toutes leâ six heures, ou toutes les quatre heures, une cuillerée à bouche de cette potion.
Ce médicament ayant été continué assez longtemps pour effacer les effets les plus saillants du mercure, c'est-à-dire pendant cinq à six jours, on laisse réagir le malade, puis on lui donne le lachesis de la manière indiquée plus haut.
Ces médicaments, du reste, doivent être administrés pendant assez longtemps. Comme les symptômes de la maladie sont persistants^ que, par nature, celleci tend à se prolonger, il faut insister sur les deux substances indiquées, les cesser pour y revenir, laissant toujours entre ^administration des substances actives un intervalle de repos proportionné à la durée d^action de ces médicaments.
Il est un point essentiel à observer lorsqu'on doit répéter pendant longtemps une même substance : c'est de changer sa dilution. Dans ce cas, ou l'on commence par une puissance élevée, pour arriver à employer des dilutions de plus en plus basses ; ou bien l'on part d'une dilution inférieure, pour s'élever jusqu'aux plus hautes. C'est au médecin à déterminer