II
SYPHILIDES.
Les dermatoses syphilitiques présentent des caractères particuliers, dont on a voulu faire des signes pathognomoniques. Ces caractères, toutefois, lorsqu'on les considère isolément, ne sont pas assez constants pour qu'on puisse leur accorder une valeur absolue.
La coloration, par exemple, à laquelle Biett accordait une extrême importance, est souvent d'un rouge cuivré, facile à reconnaître ; d'autres fois on Ta comparée à celle de la chair de jambon. Mais il arrive fréquemment que cette nuance est très-douteuse ou qu'elle manque entièrement.
Ce qui est vrai de ce signe, Test bien plus encore de
{\) Lu syphilis constitutionnelle, par R. Virchow, professeur d'analomie pathologique à la Faculté de Berlin, etc., traduit de l'allemand par le docteur P. Picard. Paris, 1860.
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la forme des syphilides; car si ces éruptions affectent souvent une disposition circulaire, il n'en est pas toujours ainsi. Vépaisseur et la couleur verdâtre des croûtes, leur consistance, la facilité avec laquelle elles se fendillent, se retrouvent parmi les signes de dermatoses non vénériennes, et manquent dans un grand nombre de celles qui dépendent du virus syphilitique.
La tendance à former des ulcérations aurait plus de valeur; néanmoins il y a des syphilides qui ne donnent lieu à aucun désordre de ce genre; les exanthèmes sont dans ce cas.
Il en est de même des cicatrices qui sont arrondies, déprimées, offrent une teinte bronzée lorsqu'elles sont récentes, puis s'affaissent, blanchissent, deviennent d'un blanc mat, sont tendues ou plissées, Hsses ou gaufrées, souvent sillonnées de brides saillantes. Bien d'autres affections peuvent donner lieu à des cicatrices de ce genre ; le lupus est de ce nombre.
Quant à la marche chronique de ces éruptions, elle n'a rien de spécial, rien qui la distingue de celle des dermatoses psoriques , dont la persistance est parfaitement étabhe.
M. Bassereau a signalé comme un signe important la tendance à lapolymorphie, mais seulement pour les syphilides précoces. Le siège de l'éruption, l'aveu d'antécédents syphilitiques, la coexistence de symptômes dont la nature vénérienne est incontestable, sont des caractères diagnostiques plus importants encore que ceux qui précèdent.
Reste enfin Tabsence de prurit^ qui s'observe souvenfc^ mais non toujours.
Les variétés que présente chacun des symptômes précédents, tiennent à ce que les syphilides sont souvent le résultat de la réunion de la psore et de la syphilis, d'où l'indécision dans laquelle on se trouve en présence de certains malades, surtout s'ils essayent de dissimuler la véritable nature de leurs souffrances.
Il est juste de dire cependant que la réunion des caractères généraux attribués aux syphilides a une grande valeur pour le diagnostic ; qu'ainsi, on serait autorisé à prononcer sur la nature d'une dermatose qui offrirait une couleur cuivrée, serait disposée par disques complets ou incomplets, se recouvrirait de croûtes épaisses, verdâtres et fendillées, ne s'accompagnerait pas de prurit, et laisserait, après elle, des cicatrices irrégulières ou arrondies, d'abord d'une teinte bronzée, puis blanches, nacrées, difformes. S'il arrive, au contraire, que l'éruption manque de plusieurs de ces caractères, si surtout elle en offre quelques-uns qui leur soient opposés, comme serait, par exemple, un prurit assez intense, on ne pourra rien décider d'après l'examen de la dermatose. Il faudra, dans ce cas, tenir compte de tous les autres symptômes présentés par le malade et aussi de ses antécédents.
Les syphilides n'apparaissent pas toutes à une égale distance du moment de Tinfection. Il y en a qui se montrent dans les premiers mois qui suivent le chancre, d'autres qui viennent beaucoup plus tard. D'où la séparation de ces éruptions en deux classes : les syphi-
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lides précoces et les syphilides tardives', celles de la période secondaire et celles de la période tertiaire.
Relativement à leur forme, elles ont été divisées en plusieurs groupes. M. Gazenave en admet sept; MM. Gibert, Rayer et Rassereau en reconnaissent huit.
Les sept classes admises par le premier de ces auteurs, et décrites par Vidal (de Gassis), sont :