PI. XV
du gonflement des parties sous-jacentes, soit de papules plus larges, plates, composées de disques irréguliers peu élevés, souvent ovalaires, à surface granulée, et offrant une rougeur un peu plus vive que celle de la muqueuse. Lorsque ces papules existent aux commissures des lèvres , elles se fendillent , se gercent, comme il arrive des papules de la peau qui se forment entre les orteils. A la surface des muqueuses, elles se recouvrent fréquemment d'une couche pseudomembraneuse adhérente, blanche ou grisâtre, semblable à celle qui se forme quand on touche ces membranes avec du nitrate d'argent. Il arrive souvent que ces disques irréguliers se confondent par une partie de leur circonférence, ce qui donne à la plaque une certaine continuité. Un cercle rouge brun, vif ou cuivré, les environne ; la douleur est presque nulle, excepté pendant la mastication ou sous Tinfluence du frottement.
Lorsque cette pellicule blanchâtre se détache, la muqueuse reste privée de son épithélium, elle présente une plaque d'un rouge plus ou moins vif, paraissant exulcérée, sensible au toucher et bordée d'un liséré un peu plus rouge. Les bords de cette excoriation sont irréguliers.
Peu à peu celte rougeur s'efface, l'épithélium se reproduit et la cicatrisation arrive ; ou bien la couche pseudo-membraneuse reparaît, et la maladie s'étend et persiste.
On a comparé la pellicule blanchâtre, qui se forme ainsi à la surface des papules, à la desquamation de
l'épiderme; il y aurait^ dans cette hypothèse, réunion de deux formes morbides ; la papule humide et la squamme.
C. Forme squammeuse, — On observe aussi sur les muqueuses des taches blanchâtres, opalines , souvent disposées en demi-cercles ou en cercles, comme il arrive à la peau pour la lèpre syphilitique. Ces taches ressemblent tout à fait à celles que produit le nitrate d'argent , lorsqu'on le promène légèrement sur une muqueuse : c'est là, en réalité , la forme squammeuse franche.
Lorsque cette peUicule se détache, la muqueuse qu'elle recouvrait se retrouve d'un rouge assez vif, quelquefois cuivré, et parsemée de petites élévations papuleuses qui lui donnent un aspect chagriné. La douleur n'est jamais très-aiguë; c'est surtout de la gêne que cette affection cause du côté des organes malades.
Une fois à nu, la muqueuse tend à revenir à son état normal; elle pâlit d'abord, puis l'épithélium se refait. Mais la rougeur persiste souvent pendant plusieurs jours, pendant plusieurs semaines. Tant qu'elle existe, il faut craindre de voir les taches blanches reparaître, et la maladie recommencer.
On voit, par ce qui précède, que la syphilis, quand elle se développe sur les membranes muqueuses, sans causer l'ulcération, a pour effet la production de rougeurs irrégulières, la desquamation épithéliale, que l'on reconnaît à la production d'une pseudo- membrane blanche, opaline, plus ou moins adhérente aux
tissus sous-jacents, et les éruptions papuleuses qui se rapportent, soit aux papules coniques et miliaires, soit aux papules plates.
D. Forme ulcéreuse. — Les ulcères secondaires des membranes muqueuses affectent des formes variées. M. Baumes en admet cinq : Tulcère superficiel, qui intéresse seulement Tépithélium ; un ulcère plus profond, détruisant la plus grande partie de la muqueuse; un ulcère chancreux; un ulcère phagédénique et un ulcère végétant.
La variabilité de ces formes morbides tient évidemment à ce qu^elles n'appartiennent pas à une même éruption ; les unes succèdent à une bulle , d'autres à une vésicule, d'autres encore à un tubercule ou à une tumeur gommeuse. Les diviser ainsi, d'après leur origine , serait la conséquence rigoureuse de leur mode de développement; mais, dans la pratique, une semblable division ne peut être utile, le début de ces affections étant bien rarement observé. Force nous est donc de suivre la division de M. Baumes , telle que je Tai indiquée tout à l'heure , division bien plus complète, bien mieux individualisée que celle de Vidal, de Cassis. Nous admettrons ainsi :
1° Les ulcérations superficielles des muqueuses; elles sont assez communes. Leurs bords sont taillés en biseau, et se continuent insensiblement avec le reste de la muqueuse; une aréole rouge foncé les entoure; leur surface est, en général, d'une nuance un peu plus foncée que celle des parties voisines; le fond est d'un blanc grisâtre vers son centre.
M. Ricord a rapporté un bel exemple de cet aphthe syphilitique à la planche XX bis de son Iconographie.
2° La seconde variété ne diffère de la première que par sa profondeur, la plus grande partie de ^épaisseur de la muqueuse se trouvant détruite.
Les ulcères sont alors plus petits que les précédents; leurs bords sont plus nettement accusés, inégalement découpés, parfois décollés et entourés d'un cercle rouge qui manque quelquefois. Le fond est couvert d'une couche diphthéritique d'un blanc jaunâtre.
3" La troisième variété comprend le véritable chancre secondaire. L'ulcère a des bords taillés à pic , comme avec un emporte-pièce, rouges; le fond est grisâtre, franchement diphthéritique. Cet ulcère semble plus particulièrement réservé aux amygdales, qu'il a puissance de détruire complètement par un travail d'extension continue. Il s'étend même parfois aux trompes d'Eustache et cause la surdité.
Lorsqu'il guérit, on observe le même travail pathologique qu'avec le chancre. Le fond s'élève, les bords s'aff"aissent, l'ulcère se rétrécit ; et , lorsque la cicatrisation est complète, il reste une tache rouge, qui pâlit peu à peu et conserve ensuite un aspect lisse et brillant.
Cet ulcère , peu douloureux au début, le devient beaucoup plus dans la suite, et cause alors un mouvement fébrile irrégulier. Les destructions qu'il a puissance d'engendrer rendent son pronostic assez grave.
4** Vulcère phagédénique succède à un tubercule ou à une tumeur gommeuse. Dans le premier cas, il se
forme d'abord une petite élévation rouge^ à base dure, dont le sommet ne tarde pas à s'ulcérer; dans le second^ une tumeur arrondie;, dure,, mobile sur les tissus sous-jacents , est le signe initial de la maladie. Cette tumeur grossit et se ramollit tout à la fois^ se rompt et se trouve remplacée par une ulcération entourée d'un bourrelet œdémateux.
Dans les deux cas^ l'ulcération est profonde^ ses bords sont irréguliers, décollés, taillés à pic; son fond est couvert d'une couche pseudo-membraneuse trèsépaisse, ou de bourgeons violacés qui l'ont fait confondre avec certains cancers.
La tendance de ces ulcères est d'envahir les régions voisines , en détruisant les parties molles qu'ils rencontrent. Leur marche extensive est telle que souvent les os sont atteints, ce qu'on observe surtout pour les os maxillaires et les os propres du nez.
Ces ulcères sont souvent frappés de gangrène ; celleci est le plus ordinairement partielle. Les parties mortifiées prennent une teinte grise ou noirâtre caractéristique, et exhalent une odeur à laquelle on ne se méprend pas.
Il est facile de prévoir que des altérations organiques aussi graves doivent être accompagnées de symptômes généraux : faiblesse, fièvre hectique, amaigrissement, teint jaune, etc. Lorsque le travail de réparation commence, le fond des ulcères se nettoie, devient rouge, granulé; leurs bords s'affaissent, puis l'intégrité de la muqueuse se rétablit. Les cicatrices sont toujours fortement déprimées, d'autant plus même que
non-seulement les tissus mous^ mais encore les os, sont souvent détruits.
5*» M. Baumes admet encore une forme végétante. Celle-ci ne paraît jamais d'emblée. Tantôt c'est un tubercule plat, dont la surface devient rouge , granuleuse , framboisée (1); tantôt c'est un ulcère secondaire qui éprouve la même transformation que le chancre végétant. Dans ces deux circonstances, on retrouve l'action du virus sycosique, agissant de concert avec la syphilis et donnant naissance à des formes morbides analogues à celles qui ont été décrites plus haut (2).
Ces différentes expressions de la syphilis se retrouvent sur toutes les membranes muqueuses avec des caractères identiques; seulement elles causent des symptômes qui sont en rapport avec les fonctions de l'organe affecté.
1° La gorge et la bouche sont le siège habituel des manifestations de la vérole. On y retrouve toutes les formes que je viens de passer en revue : la rougeur exanthématique simple, les plaques muqueuses, qui se rencontrent sur les piliers du voile du palais, sur les amygdales, dans le fond du pharynx, s'étendent sur la muqueuse palatine et sur celle qui recouvre la base de la langue.
Sur le voile du palais, sur les piliers, sur les amygdales, on observe souvent cette pellicule blanche, opahne, formée par la desquamation de l'épithélium,
(1) Voy. Iconographie^ pi. XX his^ fig. 4.
(2) Voy. p. 364.
aussi les disques qui constituent le tubercule plat. Celui-ci se rencontre souvent à la base de la langue, où il prend parfois la forme végétante (\). La paroi postérieure du pharynx se tapisse aussi de la pseudomembrane caractéristique sous laquelle existent des granulations papuleuses^ acuminées.
La déglutition est toujours alors un peu douloureuse; de plus, le malade accuse une sensation de gêne semblable à celle que causerait un corps étranger.
Les ulcérations profondes, chancreuses, il faudrait presque dire ecthymateuses, occupent ordinairement les amygdales et la luette ; celle-ci est alors rouge, gonflée, et détruite dans une partie de son étendue. Les ulcérations plus superficielles existent sur les piliers et sur le voile du palais lui-même, aussi dans le pharynx.
Quant aux ulcères phagédéniques et gangreneux, ils envahissent souvent la luette qu'ils détruisent rapidement, s'étendent au voile du palais, au pharynx, causant alors une gêne extrême de la déglutition, ce qui arrive encore lorsque les amygdales sont atteintes. Lorsqu'ils vont jusqu^aux trompes d'Eustache, ils causent la surdité ; quand ils s'étendent vers le palais, ils altèrent les os palatins et peuvent amener une perforation de la voûte palatine elle-même.
Les ulcères destructeurs, les tubercules et les gommes qui les précèdent, débutent parfois à la face postérieure du voile du palais et passent alors inaper-
(I) Voy. Iconographie, pi. XX bis.
çus jusqu'au moment où ce repli membraneux se trouve perforé. D'où la nécessité d'explorer la gorge avec soin chez les syphilitiques, et de ne pas se fier complètement à l'absence de douleurs pendant la déglutition.
Il est rare que la gorge soit ainsi atteinte sans que la face interne des joues, les gencives, la langue le soient également.
A la face interne des joues on rencontre : la papule humide, la plaque muqueuse et les ulcérations. Cellesci sont en général superficielles; la face interne des lèvres est très-fréquemment le siège des plaques muqueuses, lesquelles s'étendent jusqu'aux commissures, où elles amènent des gerçures tenaces et profondes.
Quand une tumeur gommeuse se forme sur un de ces points, il est toujours possible de la reconnaître avant qu'elle soit ulcérée, et de s'opposer ainsi à de grands désordres.
Sur la langue on observe aussi toutes les formes appartenant à la syphiHsdes membranes muqueuses; les plaques et les papules muqueuses occupent presque constamment les bords de l'organe où elles forment des disques légèrement élevés, recouverts d'une pseudo-membrane caractéristique, se réunissant par quelque point de leur circonférence et entourés d'un cercle rouge brun qui suit tous les contours des bords de cette plaque. Le frottement de la langue contre les dents, la mastication, causent de la douleur; mais il est bien rare qu'ils amènent la moindre hémorrhagie.
Les malades sont tourmentés au contraire par une salivation presque continuelle^ la parole est embarrassée^ rhaleine répand une mauvaise odeur.
Les ulcères ne sont pas rares non plus sur cet organe. Tantôt ils sont superficiels^ n'intéressent que la couche la plus extérieure de Tépithélium^ tantôt ils se présentent sous la forme d'ulcérations profondes^ nettement découpées, dont les bords sont taillés à pic, dont le fond est couvert d'un enduit jaune^ caséeux, qui se détache difficilement.
Enfin, on rencontre souvent dans l'épaisseur de la langue de véritables tumeurs gommeuses^ qu'il est très-important de connaître.
Dans ce cas^ lorsque la muqueuse n'est pas ulcérée, on rencontre une tumeur dure, arrondie, indolente, au niveau de laquelle les tissus n'ont pas changé de couleur. La saillie et la dureté sont les deux symptômes qui attirent tout d'abord l'attention du médecin; ces duretés sont ordinairement multiples, de sorte que la langue semble rembourrée de noisettes.
Plus tard, ces tissus deviennent d'un rouge violacé, et la tumeur se ramollit, elle se rompt enfin, laissant un ulcère fongueux, qui sécrète une sanie ichoreuse infecte. Les parties voisines se boursouflent et s'indurent, le contact des dents et des liquides cause de la douleur; bien souvent on a lieu de croire à un cancer.
Tous les auteurs s'accordent à reconnaître les difficultés qui environnent le diagnostic d'un grand nombre de ces formes morbides.
458 i)ES MALADIES VÉNÉRIENNES.
Quand elles sont réunies, il est relativement facile de reconnaître leur véritable nature, la syphilis seule ayant le pouvoir d'engendrer à la fois des plaques muqueuses, des tubercules et des ulcères.
Il n^en est plus ainsi quand chacune de ces altérations est isolée. Il y a, en effet, bien d'autres causes que le virus syphilitique qui soient capables de produire les plaques érythémateuses. Toutefois, Téry thème syphilitique de la gorge ou de la bouche se reconnaîtra à la nuance des taches, à leur forme irrégulière ou demi-circulaire, au peu de douleur qu'elles occasionnent, à la coexistence d'une syphilide superficielle ou d'une des formes que je viens de décrire, à l'existence antérieure d'accidents primitifs, à l'ordre de développement des symptômes. Les papules muqueuses, les plaques de ce nom, ont un aspect tellement caractéristique qu'il est impossible de les méconnaître.
Il n'en est pas ainsi des ulcères, que l'on peut confondre soit avec le chancre primitif, soit avec les aphthes non syphilitiques, soit avec les ulcères mercuriels.
On a cru pendant longtemps que le siège de la maladie suffirait, à lui seul, à faire distinguer un chancre primitif d'un chancre secondaire; le premier s'observe, disait-on, sur les organes génitaux, le second, dans le fond de la bouche ou de la gorge.
Les progrès de la débauche ont annulé la valeur de ce caractère. Il résulte même des statistiques de MM. Buzenet et Fournier (1), que le chancre primitif se
(1) Du chancre de la bouche, thèse par M. Buzenet, p. 14.
trouve quatre fois sur cent dans la bouche ou dans la gorge^ proportion énorme en raison de la dépravation qu^elle suppose. On comprend, dès lors, combien il importe de pouvoir établir un diagnostic certain.
Or, dans ces régions, le chancre primitif est toujours induré, le chancre secondaire ne Test jamais; le premier amène forcément Tinduration des ganglions cervicaux, le second retentit rarement sur le système lymphatique, surtout ne Tindure jamais. Le premier est en général unique, se trouvant soit à la pointe de la langue, soit à la face interne des lèvres, soit encore au fond du pharynx; le second est le plus souvent multiple, existe sur plusieurs points à la fois. Enfin, le chancre primitif n'entraîne pas d'autre altération de texture, tandis que les ulcérations secondaires sont le plus souvent accompagnées de plaques érythémateuses, surtout de plaques muqueuses.
Le cas le plus embarrassant serait celui d'un malade atteint de syphilis secondaire de la bouche et qui viendrait, dans cet état, à contracter sur cette même région, un chancre primitif. Celui-ci alors ne serait plus induré, et il se confondrait par tous ses caractères avec Tulcère consécutif. L'inoculation du pus au malade lui-même pourrait seule lever les doutes. Et encore un résultat négatif ne serait-il pas un motif absolu de négation, l'ulcère de nature indurée n'ayant pas la faculté d'être inoculé indéfiniment au même sujet ?
Le pathologiste restera donc alors dans un véritable embarras; mais le médecin homœopathe ne sera pas
arrêté par là dans son traitement. Il lui suffira d'être prévenu sur ce points et, en choisissant ses médicaments d'après l'ensemble des symptômes présentés par le malade, il lui sera toujours possible d'arriver à une application exacte et à un choix heureux.
Il est généralement assez facile de distinguer une affection aphtheuse d'une syphilis secondaire; non pas qu'il n'y ait une grande analogie de forme entre certains aphthes et certains chancres consécutifs de la langue, des lèvres, des amygdales surtout.
Mais les aphthes sont plus superficiels, leur durée est moins longue, ils se montrent tantôt sur un point, tantôt sur un autre; tandis que l'ulcère vénérien change moins facilement de place, dure plus longtemps sans se cicatriser. De plus, le chancre secondaire s'accompagne toujours d'autres symptômes vénériens, soit à la peau, soit sur les membranes muqueuses, ce qui n'a pas lieu pour les aphthes non syphilitiques.
La stomacace mercurielle serait bien plus difficile à distinguer de la stomacace syphilitique , les formes anatomiques offrant pour ces deux affections une extrême analogie. Aussi, lorsqu'un malade est soumis à un traitement mercuriel pour un accident primitif, et qu'il accuse des symptômes du côté de la bouche, est-on parfois embarrassé pour déterminer si ces nouvelles souffrances tiennent à une extension de la maladie ou s'il convient de les rapporter à l'action du médicanient.
Le mercure produit en effet des ulcérations, des
pseudo-membranes blanches, opalines^ sous lesquelles la muqueuse est comme granulée, enfin des boursouflures semblables aux tubercules plats. Seulement, les symptômes produits par cet agent se développent d'abord sur les gencives, tandis que les ulcères vénériens existent plus souvent sur les amygdales, dans la gorge ou sur la langue. Les accidents mercuriels s'accompagne;it de salivation, ce qui est rare pour la syphilis; l'haleine prend une odeur hydrargyrique spéciale, enfin la maladie mercurielle marche avec une certaine acuité, ce qui n'arrive pas à la vérole.
Les ulcères vénériens pourraient aussi être confondus avec les ulcérations scorbutiques. A vrai dire, cette difficulté n'existe guère dans nos grandes villes où le scorbut est assez rare. Il est bon de savoir cependant que la teinte violacée, livide, noirâtre des ulcères scorbutiques, leur consistance flasque, leur forme irrégulière, leur aspect fongueux, les hémorrhagies dont ils sont le siège, leur présence presque constante sur les gencives, vers la racine des dents, où les chancres secondaires existent rarement, suffiraient à les faire reconnaître (1).
Les gommes ne peuvent être confondues qu'avec le cancer, et ici le diagnostic est assez difficile pour que de nombreuses erreurs soient chaque jour commises. Il ne faut pas oublier que cette distinction, si nettement établie par les anatomo-pathologistes. Ta été avec le secours du microscope, mais que pendant la
(1) Voy. Baumes, loc. cit., t. II, p. 455.
vie^, ce sont là des moyens d'exploration inapplicables.
L'étude des symptômes est le seul moyen auquel nous puissions recourir alors; il faut bien convenir qu'elle nous laisse parfois dans le doute. Celui-ci cesse quand il nous est donné de suivre le malade pendant plusieurs mois; mais s'il faut se prononcer à première vue, il est le plus souvent utile d'être très-réservé.
J'ai dit plus haut comment il était possible de distinguer une tumeur gommeuse d'un squirrhe ou d'un encéphaloïde ulcéré. Dans la bouche, la difficulté existe surtout lorsque la tumeur occupe les lèvres et l'épaisseur de la langue. On peut même dire, sans être taxé d'exagération, que ces gommes méconnues sont les plus beaux exemples de cancer sans récidive qu'on se soit plu à citer.
Les caractères distinctifs sont, pour la gomme, l'absence de douleur lancinante, une mobilité plus complète par rapport aux tissus sous-jacents, une altération plus rapide de la coloration de la peau, une dureté moins considérable et plus œdémateuse des parties voisines, l'intégrité des ganglions lymphatiques; enfin, la connaissance des antécédents depuis le moment de l'infection jusqu'à l'apparition de la tumeur, et la coexistence d'autres affections syphilitiques.
2° Les autres parties du tube digestif, l'œsophage, l'estomac, la muqueuse intestinale ont offert parfois des ulcérations ou des cicatrices que les observateurs ont cru devoir rapporter à la vérole. On comprend du reste que le diagnostic de pareilles lésions ne soit jamais très-assuré jusqu'au moment où l'autopsie vient
les révéler. La dysphagie, des symptômes dyspeptiques, accompagnés ou non de vomissements, des symptômes dysentériques, sont les seules expressions symptomatologiques de ces lésions; mais ces troubles fonctionnels ne peuvent faire distinguer ces dysphagies, ces dyspepsies, ces dysenteries, de ces mêmes formes morbides relevant de causes non syphilitiques.
Le seul moyen de présumer la véritable espèce de ces affections est de se laisser guider par les signes que j'ai indiqués à propos de la syphilis larvée : en un mot, c'est en tenant compte de tous les autres symptômes présentés par le malade, en remontant dans les antécédents, qu'on pourra fixer son opinion sur ce point.
Du reste, si la réunion de tous ces caractères est insuffisante, elle poujra toujours servir à fixer le choix du médicament; elle sera donc complète pour la thérapeutique, alors même qu'elle ne le serait pas pour la pathologie.
Le diagnostic est plus facile lorsque la maladie occupe la partie inférieure du rectum. On observe sur cette portion de intestin des indurations consécutives au chancre primitif, des papules muqueuses et des ulcères.
Les indurations causent le rétrécissement de cette portion de l'intestin, elles n'amènent aucune douleur au toucher ni pendant la défécation ; elles succèdent à un chancre et s'accompagnent d'une coloration cuivrée de la muqueuse, coloration que le spéculum ani peut permettre de constater.
Les plaques muqueuses envahissent davantage vers
la peau de la face interne des fesses que vers la muqueuse rectale. Elles forment des saillies arrondies^ constituant par leur réunion des plaques irrégulières, assez larges, à surface granulée, peu sensibles et donnant naissance à un suintement séro-purulent de mauvaise odeur.
Les ulcères sont en général allongés, à bords durs, rouges, à fond pultacé. Ils diffèrent des fissures^ dont ils n'ont pas Faspect nacré, par le peu de douleur qu'ils amènent. L'anus est alors le siège d'un écoulement purulent que les fissures ne causent jamais. Ces ulcérations allongées ont reçu le nom de Rhagades,
On rencontre souvent aussi dans le rectum des végétations que quelques auteurs décrivent parmi les symptômes de la syphilis, bien qu'elles appartiennent réellement à la sycose; il en sera question plus loin.
3** La muqueuse palpébrale et oculaire ne paraît pas être directement influencée par la syphilis secondaire. Les exemples d'ulcérations consécutives des paupières sont rares; quant aux plaques muqueuses, elles n'ont jamais été signalées. L'ulcération spécifique se reconnaîtrait en pareil cas à ses caractères ordinaires; elle se distinguerait du chancre primitif par l'absence de l'induration et par l'état d'intégrité des ganglions lymphatiques voisins. La fistule lacrymale est le seul symptôme réellement syphilitique que l'on observe sur cette région.
40 La semi-muqueuse qui tapisse le conduit auditif externe pourrait être également le siège de la localisation de la syphilis. La seule forme précise qu'on y ait
signalée est la végétation, mais elle n^'appartient pas à la vérole. Les plaques muqueuses ne paraissent pas s'y rencontrer, les ulcérations secondaires sont mal accusées. En un mot, il ne semble pas que la muqueuse qui tapisse l'oreille externe soit souvent envahie par la diathèse.
5° Il en est différemment de Y oreille interne. Bien souvent on voit les altérations de la gorge s'étendre aux trompes d'Eustache, puis au rocher, amener des destructions profondes qu'on ne peut complètement apprécier pendant la vie, mais qui ont souvent pour résultat la destruction des osselets, la rupture du tympan et la surdité. C'est alors que le conduit auditif devient le siège d'un écoulement purulent ou mucopurulent infect, et qui gêne beaucoup les malades.
Il faut dire toutefois que l'oreille ne paraît pas être atteinte primitivement, mais bien par extension de la maladie : de là vient qu'il existe toujours en même temps des symptômes caractéristiques sur d'autres régions, surtout dans la gorge et dans les fosses nasales. La coexistence de ces affections est le véritable signe diagnostique capable de faire distinguer la cophose syphilitique de la cophose scrofuleuse.
6^* hsimembrane pituitaire est très-souvent atteinte par la vérole; il arrive même fréquemment qu'entre deux poussées d'accidents consécutifs, le malade éprouve, pour toute souffrance, un enchifrènement dont il méconnaît la cause et la valeur. Cette légère incommodité est pourtant la preuve de l'existence du virus, c'est donc un signe important.
k66 DES MALADIES VÉNÉRIENNES.
On a groupé sous deux chefs (le coryza et Tozène) toutes les affections syphilitiques du nez.
Le coryza est Teifet de la présence d'une rougeur érythémateuse, de plaques muqueuses ou d'ulcères superficiels; Vozène est le résultat de l'existence d'ulcères profonds, destructeurs, qui envahissent les os après avoir détruit les parties molles. Il peut arriver également que la maladie débute par les os et que l'altération de la muqueuse soit seulement consécutive. Au début du coryza, le malade accuse un enchifrènement continuel; il mouche des matières épaisses, jaunâtres, muco-purulentes. L'odorat se perd d'un côtô d'abord, puis de l'autre. En inspectant la muqueuse, on la trouve d'un rouge violacé, ayant une apparence un peu fongueuse; on constate souvent aussi des croûtes noirâtres, minces, sous lesquelles se cachent des ulcères caractéristiques.
Le coryza a une marche chronique ; il ne s'accompagne d'aucun des symptômes généraux appartenant au coryza aigu. C'est par sa ténacité qu'il attire l'attention du malade ; aussi est-il toujours négligé pendant un certain temps.
La maladie, quand elle revêt cette forme , est parfois stationnaire ; lorsqu'elle décroît, l'écoulement nasal diminue , devient plus muqueux et perd de son odeur. En même temps, la pituitaire reprend peu à peu sa teinte normale, les ulcères se cicatrisent.
Il est bien rare que cette affection dégénère en ozène, que les ulcères superficiels de la syphilis secondaire se transforment en ulcérations destructives, comme il
arrive dans les périodes avancées de la maladie.
Uozène est la conséquence de tubercules, surtout du développement de tumeurs gommeuses dans le tissu cellulaire sous-muqueux ou à la surface des os propres du nez.
L^enchifrènement est encore le premier symptôme accusé par le malade ; si Fon examine alors les fosses nasales, on constate un certain degré de gonflement, pourvu que le siège de la tumeur ne soit pas trop élevé.
En général, Tulcération ne tarde pas à se produire ; il s'écoule alors par les narines une sanie infecte, roussâtre, mêlée de sang et de pus. A l'inspection, on découvre des ulcères profonds, qui se forment en dedans des ailes du nez, au niveau des cornets, ou même plus haut vers Tethmoïde. Ces os se nécrosent, le malade mouche des esquilles, la charpente du nez se ramollit et s'affaisse, et on peut y percevoir une véritable crépitation. Le plus souvent la peau reste intacte ; la voix se trouve altérée, nasonnée, les liquides passent aisément dans les fosses nasales pendant la déglutition.
Lorsque le traitement est bien dirigé, les ulcérations s'arrêtent dans leur marche envahissante; la sécrétion devient plus franchement purulente, moins infecte, moins abondante. Les os étant éliminés, la cicatrisation finit par s'accomplir entièrement. Mais le malade reste défiguré, et la parole reste toujours altérée.
Ainsi que l'enseigne M. Vîrchow, il arrive, après l'élimination des parties nécrosées, que les os s'épaississent, s'éburnent. De plus, ils conservent un cer-
tain degré d'écartement^ d'où l'existence d'une gouttière profonde^ formant un sillon sur le dos du nez. Dans certains cas graves, cette tendance à Tépaississement et à Téburnation des os s'étendrait jusqu'à la base du crâne (1).
Selon M. Baumes^ on observerait une autre forme d'ozène, dans laquelle les ulcères seraient profonds, mais peu étendus, donnant lieu à un écoulement peu abondant, mais d'une odeur infecte et tenace : ce serait une ozène sans carie des os. Il conviendrait, selon toute apparence, de le rapporter au développement d'un tubercule, tandis que l'espèce précédente serait l'effet de la désorganisation d'une gomme.
T Le larynx et la trachée sont souvent atteints par le virus syphilitique. Leurs altérations anatomiques sont encore celles que nous avons retrouvées sur toutes les autres muqueuses ; les symptômes seuls diffèrent. Ils varient depuis le simple enrouement jusqu'aux signes les plus manifestes de la phthisie laryngée.
Les altérations anatomiques se composent toujours d'érythème^ de plaques muqueuses, d'ulcères. Seulement les affections syphilitiques superficielles n'entraînant pas la mort et le larynx n'étant pas susceptible d'une exploration directe, il est très-difficile de constater la présence de la simple congestion, de l'exfoliation épithéliale, et celle de certaines ulcérations.
Les ulcérations profondes et les cicatrices sont les lésions qu'on a le mieux constatées. M. Ricord,par
(1) Virchow, loc. cit., p. 64.
exemple^ a reproduit le dessin d^ulcères destructeurs, occupant le larynx et ayant nécrosé une partie des cartilages de la trachée (1).
Dans ce cas, la maladie atteint la face interne de répiglotte , les ligaments aryténo - épiglottiques , les cordes vocales, enfin la partie inférieure du larynx et de la trachée. Les ulcères offrent les caractères habituels, et laissent des cicatrices parfaitement reconnaissablés. Selon M. Virchow,ces cicatrices se distinguent à ({ une certaine improductivité dans le travail de cica- (( Irisation, formant un contraste frappant avec la proa lifération abondante autour de ^ulcération. La masse « cicatricielle est extrêmement épaisse, dure, calleuse; (( elle se rétracte fortement, et cause souvent le rétré- « cissement du larynx. Sur les bords, on voit s^élever c( des proliférations papillaires ; elles sont serrées et « soulevées par une masse cicatricielle ; elles ont l'as- « pect de trabécules ou de tampons lisses, blanchâtres, « épais, et sont constituées par un tissu conjonctif « épais, sclérotisé, d^aspect cartilagineux (2). »
Mais, si les caractères que Tautopsie révèle sont assez tranchés pour lever tous les doutes, il n'en est pas ainsi des symptômes auxquels ces lésions donnent naissance. L^altération de la voix, la toux, Foppression, une douleur siégeant à Textrémité supérieure des voies aériennes, sont les seuls troubles fonctionnels qu'on observe. C'est surtout par la présence d'autres manifestations de la syphilis vers la gorge, la bouche,
(1) Iconographie, p!, XXX.
(2) Loc. cit.,]}. 150.