‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 55 sur 86 · L. SIMON · texte numérisé non relu

L. SIMON

470 DES MALADIES VÉNÉRIEINNES.

le rectum ou les organes génitaux^ qu'il est possible d'établir le diagnostic. Or, celui-ci doit porter, pour être complet, non-seulement sur la nature du mal, mais aussi sur le degré auquel il est parvenu.

L'examen attentif des symptômes permettra de fixer Fopinion du médecin sous ce rapport. Un simple enrouement indiquera une lésion superficielle ; Fenrouement porté à un plus haut degré, accompagné d'une toux le plus souvent sèche, fatigante, sibilante, revenant particulièrement la nuit, suivie d'une expectoration glaireuse, une douleur de cuisson assez vive se faisant sentir pendant une inspiration profonde ou quand la gorge est sèche, indiquent des ulcérations assez étendues.

Lorsque ces dernières ont atteint les cartilages, qu'elles en ont détruit une portion , les crachats sont mêlés de stries purulentes , rarement de sang ; la douleur et la toux augmentent , des symptômes fébriles apparaissent.

Enfin, après que la cicatrisation est terminée, l'oppression, causée à la fois par le rétrécissement permanent et par le spasme qui vient s'y joindre, est à peu près le seul signe auquel on puisse se fier.

Il faut bien savoir que ce rétrécissement peut amener la mort. M. Virchow cite l'observation d'une femme de 42 ans, entrée à l'hôpital Julius, de Wurtzbourg, pour un rétrécissenient syphilitique du larynx, et qui mourut assez rapidement avec les signes d'un spasme laryngé (i). On trouve dans VA7i-

(i) Loc. cit., p. 151.

nuaire de la syphilis (1) deux observations du même genre.

L'une;, rapportée par M. Moissenet^ avait pour sujet une femme qui présentait^ pour tous symptômes^ une angine légère^ une adénite cervicale à droite et une névralgie intercostale^, perte de l'odorat^ pas d'altération de la voix^ mais une inspiration prolongée, sifflante, causant un bruit dont Fintensiié augmentait la nuit et sous rinfluence d'une émotion. La toux était sèche et rare.

L'état venant à s'aggraver, la malade eut de véritables accès de suffocation la nuit. L'inspiration était sifflante et prolongée, l'expiration difficile, mais la voix n'était pas éteinte. La trachéotomie fut pratiquée, et la malade mourut.

A l'autopsie , on trouva un renflement trachéal audessous de la fourchette du sternum et un rétrécissement de la partie inférieure de la trachée ; au-dessous du rétrécissement, trois plaques arrondies, mamelonnées, de couleur jaune, à centre déprimé, et présentant au fond le cartilage à nu, excepté sur la ligne médiane qui était dépourvue de cartilage. Au niveau du rétrécissement, la surface interne de la trachée avait un aspect gaufré par le fait du tissu cicatriciel. Entre les plaques et le rétrécissement, quatre cartilages avaient disparu et étaient remplacés par des parties molles ; d'autres étaient altérés ou détruits.

Le second fait fut observé par M. Demarquay chez

(1) Par MM. Diday et Rollet, p. 324 et passim. Année 1858.

un homme robuste. Ici encore^ la difficulté de l'inspiration^ le bruit qui l'accompagnait, la suffocation, l'asphyxie, furent les seuls symptômes apparents. La trachéotomie fut également pratiquée, mais sans succès.

A Fautopsie : rétrécissement de la partie inférieure de la trachée par rétraction du tissu cicatriciel, rétrécissement tel que Tintroduction de la sonde de moyen calibre était à peine possible . De plus, engorgement et induration des ganglions lymphatiques voisins , épaississement, condensation du tissu cellulaire environnant, adhérence de ce tissu avec la trachée, d'où immobilité presque complète de cette dernière .

Ces deux faits confirment de tous pohits les remarques anatomiques de M. Virchovs^. Elles montrent en même temps que les symptômes concomitants et les antécédents sont seuls capables de faire reconnaître la véritable nature de ces lésions, qu'il serait facile de confondre avec l'angine laryngée œdémateuse , et même avec certains cas de diphthérite.

Mais la marche lente de la phthisie laryngée syphilitique, la présence d'autres formes morbides appartenant à la vérole, les antécédents , établissent d'une manière suffisante la diff'érence qui sépare ces diverses affections.

Il est un point que l'anatomie pathologique met aussi hors de doute , c'est la distance qui existe entre la phthisie laryngée ordinaire et celle qui appartient à la vérole. La première a pour signe pathognomonique la présence de tubercules ; la seconde^ des ul-

cérations ou cicatrices, jamais de tubercules. Aussi le véritable moyen de distinguer ces deux espèces de phthisie consiste-t-il à ausculter les poumons. Si la laryngite est tuberculeuse^ on trouvera dans le parenchyme pulmonaire des signes évidents de tuberculisation; si elle est syphilitique, on constatera l'intégrité de cette portion des organes respiratoires.

Le pronostic de la phthisie laryngée syphihtique est toujours grave ; il Pest d'autant plus que les altérations organiques sont plus destructives. Le danger tient, en effet, à Tétat d'affaiblissement général qui coexiste presque toujours avec cette affection , et à la difficulté qui résulte, pour Thématose, de l'état des voies aériennes supérieures.

On a vu, par les trois observations dont j'ai rapporté l'analyse, que ce danger persiste après la guérison , la nature du tissu cicatriciel conduisant au rétrécissement extrême du larynx et, par suite, à l'asphyxie et à la mort.

D'après les recherches de M. Virchow, les bronches elles-mêmes n'échapperaient pas à l'action du virus syphilitique. Cet auteur cite, à ce sujet, une première autopsie qui lui fit reconnaître, en outre des lésions spécifiques du larynx, du foie et des ovaires, un engorgement avec tuméfaction et adhérence des ganglions bronchiques et des altérations caractéristiques des bronches elles-mêmes.

« La bronche droite, est-il dit, est notablement « rétrécie à l'endroit de la bifurcation et au-dessus ; à a la coupe, sa forme est triangulaire ; son diamètre est

« (le un quart de pouce^ tandis que celui de la bronche « gauche a un demi-pouce. Cette dernière présente, « tout près de la bifurcation , un rétrécissement plus (( considérable, mais n'ayant qu'un huitième de pouce « d'étendue ; la bronche adhère sur ce point avec l'œ- (( sophage, normal du reste, au moyen d'un tissu épais « et tendineux. »

A sa face interne, la bronche droite « est épaissie et a rétrécie jusqu'à ses rameaux suivants , qui y partice cipent dans une petite étendue ; au-dessous, la mua queuse est rouge et les bronches dilatées. Dans le « lobe inférieur du poumon, qui est normal du reste, a se trouvent quelques ectasies bronchiques plus con- « sidérables. En ces points, les bronches sont remplies « d'un mucus abondant; le tissu qui les entoure est « épaissi, et cette altération se continue jusqu'à la « plèvre (1). »

Dans une autre observation, dont le même auteur rapporte seulement l'analyse (2), il rencontra : « plu- « sieurs cicatrices dures, radiées dans les bronches « profondes ; le tissu pulmonaire environnant présen- « tait une induration centrale, étendue, comme arec doisée. »

M. Virchow conclut de ces faits « qu'on doit admet- « tre des ulcérations syphilitiques et des rétrécissec( ments cicatriciels dans les bronches, de même qu'on « les observe dans la syphilis du larynx; et de même « que les ulcérations laryngées se continuent avec le

(l)*Zoc. c^7., p. 162.

(2) Ihid.,Tp. 154.

« tissu cellulaire du cou par des indurations étendues « et calleuses^, je pense^ ajoute-t-il^ que la bronchite « syphilitique peut se transformer en pneumonie chro-

« nique J'ai vu souvent^ dans la syphilis constitu-

c( tionnelle^ des cicatrices limitées^ stellaires^ de la « plèvre, et des pleurésies déformantes^ suite de ces « altérations (i). »

Malheureusement^ si l'existence de ces aifections est anatomiquement étabhe, leurs signes fonctionnels sont loin d'être connus. Leur diagnostic devient de plus en plus problématique à mesure que ces lésions occupent des régions moins accessibles à l'exploration directe.

8° La membrane muqueuse qui tapisse les organes génitaux de l'homme et ceux de la femme, est souvent le siège des localisations syphilitiques. On y rencontre d'abord la forme exanthématique qui se caractérise par des taches d'un rouge foncé, ou par des demi-cercles ayant la même nuance rouge ou cuivrée. Cetexanthème se rencontre sur le prépuce, le gland (2), à la face interne des grandes lèvres et dans le vagin. Elle existe rarement seule et se reconnaît à la coloration des taches et à la coexistence d'autres symptômes syphilitiques, de papules muqueuses, en particuher.

Celles-ci sont assez fréquentes chez la femme surtout. Elles prennent naissance soit sur un tissu sain, soit sur la cicatrice d'un chancre, soit encore à la surface d'un ulcère primitif.

Quand le tissu est sain, la papule débute par une

(1) Loc. cit., p. 154.

(2) Iconographie, pi. XV.

tache rouge, sur laquelle Fépithélium se trouve soulevé par une petite quantité de sérosité, qui s'y accumule. Cet épiderme étant rompu, laisse à découvert une surface rouge, saignante et bordée d'un bourrelet blanchâtre. Une sécrétion plastique, opaline, comme pseudo-membraneuse, se forme à la surface de ces exulcérations, s'enlève facilement par le frottement, mais se reforme ensuite.

Parfois la plaque muqueuse reste dans cet état ; d'autres papules se développent à côté, et bientôt une assez large surface se trouve envahie par cette éruption. M. Cruveilhier l'a vue même prendre un tel développement, chez une fille publique, que les mouvements étant devenus impossibles, cette femme dut garder le ht, et finit par succomber au progrès du travail de désorganisation (i).

Quand la papule se développe sur la cicatrice d'un chancre, on voit l'épiderme s'excorier et une couche diphthéritique le remplacer. La maladie suit, après cela, la marche que j'ai indiquée précédemment.

Il arrive enfin que cette éruption se développe à la surface même d'un ulcère primitif. Cette transformation a lieu au moment de la période de réparation. Alors le fond de l'ulcère s'élève, dépasse le niveau des surfaces environnantes, puis se recouvre de la couche pseudo-membraneuse caractéristique.

Deux circonstances accessoires favorisent le développement des papules muqueuses : la chaleur et le

(1) Voy. Cruveilhier, Anat. path. générale, t. III, p. 638.

frottement. Aussi les observe-t-on bien plus souvent à l'entrée du vagin et à la vulve que sur le gland et le prépuce. Ces parties^ toutefois, sont loin d'en être exemptes et le col utérin lui-même en présente assez fréquemment.

Il n'est pas rare de voir ces papules humides prendre un surcroît de développement et se transformer en végétations. La sycose joue, dans ce cas^, un rôle évident.

Les ulcérations secondaires des organes génitaux sont aussi fréquentes au moins que la papule humide. Tantôt elles se présentent sous la forme d'exulcérations aphtheuses ou de gerçures occupant le gland^ le prépuce, les grandes lèvres ou les nymphes; parfois aussi, elles affectent la forme chancreuse et deviennent très-difficiles à distinguer de Tulcère primitif. Chez la femme, il survient parfois de véritables pustules ecthymateuses auxquelles succèdent des ulcérations bien caractérisées. La seule différence sur laquelle le diagnostic puisse s'établir, se tire de la marche propre à cette éruption. L'ulcère, une fois formé, n'offre pas, en effet, la ténacité du chancre ; il se cicatrise alors même qu^on ne le traite pas, mais il est bientôt remplacé par une pustule nouvelle qui naît sur quelque point voisin, et donne Ueu à une ulcération en tout semblable à la première.

Les tubercules, 1 es gommes etles ulcères destructeurs qui leur succèdent, ne sont pas aussi fréquents aux organes génitaux qu'à la gorge et dans la bouche. Il ne faudrait pas croire cependant qu'on ne les y observe

jamais; plus d'une fois des fistules urétro-vaginales ou recto-vaginales n'ont pas eu d'autre origine.

Lorsque les altérations de tissu que je viens de décrire existent à la surface des organes de la génération, leur diagnostic se fait à l'aide des caractères que j'ai indiqués plus haut, en parlant de ces mêmes affections développées dans la bouche ou au fond de la gorge. L'exploration directe pouvant avoir lieu, suffit à lever tous les doutes.

11 n'en est point ainsi quand les profondeurs du canal de l'urètre en sont le siège. Le seul signe qu'on possède alors est l'écoulement qui se produit et la douleur qui accompagne la miction. Il arrive souvent que celle-ci est tellement insignifiante qu'elle n'est même pas indiquée.

Chez un malade auquel j'ai donné des soins l'année dernière, concurremment avec mon ami, le docteur Boyer, nous avons vu survenir tout à coup un écoulement urétral très-abondant, verdâtre, ne causant presque aucune douleur. Ce malade était impuissant, circonstance qui permettait de croire à sa sincérité lorsqu'il affirmait ne s'être pas exposé à la contagion blennorrhagique. La maladie pour laquelle nousle traitions était une stomacace syphilitique. La face interne des lèvres, les bords de la langue, la gorge étaient le siège de plaques muqueuses très-étendues et de gerçures en forme de rhagades. Aux deux coins de la bouche existaient des papules humides bien caractérisées et fissurées.

Que s'était-il fait à la surface du canal de l'urètre? Des ulcérations ? cela n'est pas probable vu le peu

de douleur qui accompagnait la miction ; de l'érythème et des plaques muqueuses? ceci serait plus admissible, d'abord parce que la maladie ayant revêtu cette forme dans la bouche, rien ne s'opposait à ce qu'elle la prît encore sur d'autres muqueuses ; ensuite parce que ces altérations sont les seules qui puissent donner naissance à une sécrétion abondante sans destruction ultérieure des organes. Or, celle-ci n'ayant pas eu lieU;, l'écoulement ayant disparu, au contraire, en quinze jours sous l'influence du mercurius solubilis, de Vacidum nitri et du mlphur, il était impossible d'admettre l'existence d'un tubercule ou d'une tumeur gommeuse.

Une dernière circonstance viendrait à l'appui de l'appréciation que je soutiens. Pendant que dura l'écoulement, les symptômes de la bouche, qui avaient été jusque-là assez rebelles, s'amoindrirent d'une façon notable; mais ils rejÊ-irent leur première intensité lorsque l'écoulement urétral eut disparu.

Tous les auteurs signalent encore une leucorrhée syphilitique. Celle-ci serait de tous points l'analogue de l'écoulement dont je parlais tout à l'heure. Seulement l'exploration à l'aide du spéculum permettra toujours de reconnaître les altérations anatomiques, auxquelles elle se rattache. Cet examen est d'autant plus nécessaire que le col utérin est bien souvent le ^ siège des symptômes de la syphihs secondaire, et qu'on ne trouve pas sur les parties externes de la génération la raison positive de cette leucorrhée, non plus que ses caractères distinctifs.

Je dois ajouter que le col de la vessie et la surface interne de cette poche ont aussi présenté des ulcérations secondaires caractéristiques. Tout le monde se rappelle l'observation citée à ce sujet par M. Ricord^ observation qui permit de renverser l'analogie établie par Hunter entre la gonorrhée et le chancre. Personne n'a oubhé les discussions auxquelles ce fait a donné lieu (l). L'existence de ces ulcérations étant admise, il resterait toujours à les reconnaître pendant la vie. C'est toujours aux souffrances accessoires, aux antécédents, etc., qu'il convient de s'adresser pour découvrir la véritable nature des dysuries syphilitiques.

Traitement. — Ainsi qu'on l'a pu voir par les descriptions précédentes, les diverses formes élémentaires des affections syphilitiques des membranes muqueuses sont le plus souvent réunies. On rencontre en général sur le même sujet des exanthèmes, des plaques muqueuses et des ulcè^s ; ici une rougeur circon> scrite ou par taches, là une membrane opaline avec ou sans papule plate, plus loin une gerçure ou un chancre secondaire bien caractérisé. Aussi est-ce toujours par la réunion de ces différents groupes de symptômes que le médicament se trouve indiqué.

L^expérience pure a montré qu'il était toujours possible de remplir, sous ce rapport, le précepte hahnemannien, les substances dont j'aurai à parler ayant pour la plupart le pouvoir de faire naître chez l'homme en santé plusieurs de ces formes élémentaires. Seule-

(I) Bulletin de l'Académie, 15 fév. 1842.

ment tous ces médicaments n'ont pas une égale importance^ et la détermination de celui quil convient dV dopter est parfois assez difficile.

Le MERCURE est sans contredit celui auquel on pense tout d'abord, quand il s'agit des membranes muqueuses. Son action sur ce tissu est, en effet, bien plus énergique et bien plus variée que sur la peau. C'est surtout sur la muqueuse buccale qu'il déploie ses premiers eff'ets amenant la salivation, la rougeur, le gonflement des gencives et de l'intérieur de la bouche, la production d'une fausse membrane blanchâtre, due, elle aussi, à la desquamation épithéliale, le gonflement, la rougeur, et le ramollissement de la langue, puis la formation d'ulcères sur les gencives, la langue et au fond de la gorge. Ces ulcères sont superficiels, rarement très-profonds, mais ils peuvent s'étendre à la manière des ulcérations phagédéniques, et, quand il s'agit du mercure vif, elles sont souvent gangreneuses et rapidement destructives.

Les autres muqueuses n'échappent pas à l'action des mercuriaux : la conjonctive oculaire et celle qui tapisse les paupières, la pituitaire, celle qui recouvre les organes de la génération et qui double les voies aériennes supérieures, les ressentent aussi. L'expérimentation pure justifie donc de tous points l'importance de ces médicaments.

Il nous reste à déterminer alors quelle est celle de ces préparations à laquelle il faut recourir dans un cas donné, et dire quelles substances doivent la remplacer quand elle échoue. C'est ici surtout que la division des

symptômes syphilitiques en raison de leur forme élémentaire d'abord^ ensuite en raison de leur siège et des souffrances qui les accompagnent, retrouve toute sa valeur.

A. — On peut recommander pour la forme exan-

THÉMATIQUE^ 1° le MERCURIUS SOLUBILIS ; 2° AURUM METALLICUM ; 3° AURUM MURIATICUM ; 4° LACHESIS ;

5° staphysagria; 6° thuja; 7° sulphm^, qui n'est jamais qu'un intercurrent utile.

Lorsque Férythème est papuleux^ le mercure est encore utile, il cède pourtant le pas au cinabaris,, au LACHESIS, à STAPHYSAGRIA ; sulphur est encore ici d'une grande valeur; hepar sw/^î^wrfs le remplace souvent avec avantage.

Le MERCURIUS soLUBiLis cst à coup sûr le médicament qui répond le mieux à Texanthème syphilitique des membranes muqueuses; c'est toujours par lui qu'il faut commencer. Il est indiqué lorsque la maladie occupe les parties supérieures du corps, la gorge, la bouche, la pituitaire, et même aussi quand elle se présente à l'anus et sur les organes de la génération. L'action physiologique de ce médicament se portant sur ces diverses régions, il faut le considérer comme l'agent le plus général auquel on doive recourir.

On le donne à une dilution moyenne, allant de la 12^ à la 30e, à la dose de 5 à 6 globules à une goutte, dans 120 grammes d'eau distillée, et par cuillerées que l'on répète de trois à six fois chaque jour, suivant, la susceptibilité du malade.

Lorsque l'amélioration se produit, il faut insister

sur ie mercure, mais en changeant sa dilution, et continuer de la sorte aussi longtemps qu'on n'observe pas de symptôme médicamenteux artificiel.

Si l'amélioration est lente à se produire^ il faut supposer ou qu'il a été fait antérieurement usage des mercuriaux à haute dose^, ou qu'il existe quelque complication de psore ou scrofule. Dans ces trois hypothèses le sulphur doit remplacer le mercure soluble, mais seulement momentanément. S'il y avait effet de médicament, sulphur agissant comme antidote des mercuriaux, détruirait l'action exubérante de ces derniers, et l'amélioration ne tarderait pas à se produire. Toutefois, si la guérison n'était pas complète alors, que la rougeur eût diminué, sans disparaître, que la douleur eût cessé en partie, mais non entièrement, /ac^es^s remplacerait très-bien le soufre, il avancerait encore Taméhoration, et le mercure soluble administré de nouveau après lui, compléterait l'œuvre de la guérison.

Le sulphur doit être donné comme je l'ai dit tout à l'heure, à propos du mercure; il ne faut pas le continuer plus d'un septénaire de suite. Il est également nécessaire de laisser un intervalle de repos de 8 à 15 jours entre l'administration de ce médicament et celle du lachesis.

Ce dernier serait donné comme le mercure; on peut y insister plus longtemps que pour le soufre.

Ces deux médicaments seraient encore les plus convenables, si l'existence de la psore ou de la scrofule était la complication qu'il conviendrait d'éloigner.

Le MERCURE SOLUBLE, le LACHESIS, le SULPHUR, SUf-

fisent le plus souvent à la guérison de cette forme morbide^ quand elle existe seule; au moins Faméliorent-ils toujours. Si elle résistait, il faudrait employer un des autres médicaments que j'ai nommés, et cela dans les conditions suivantes :

AuRUM METALLïCUM lorsquc la maladie occupe la muqueuse palatine et la pituitaire et qu'il existe quelque douleur du côté des os.

AuRUM MURiATicuM quand la langue, la gorge et le pharynx sont envahis, et que la rougeur est accompagnée d'une sécheresse marquée des muqueuses. Le mercure convient, au contraire, quand il y a salivation.

Staphysagria s^adresse à ce que l'on pourrait appeler une forme mixte, c'est-à-dire lorsque la muqueuse est non-seulement rouge, mais encore exuU cérée.

Thuja serait préférable si la rougeur affectait la forme de taches circonscrites. On pourrait encore recommander phosphorus et phosphori acidum pour le cas où l'éruption occupe le fond de la gorge, et s'accompagne de vives douleurs pendant la déglutition.

Le phosphori acidum serait préférable si l'exanthème occupait surtout le voile du palais et que celui-ci fût exulcéré.

Chacun de ces médicaments serait administré comme il a été dit à propos du mercure.

Lorsque la rougeur des muqueuses est parsemée de petites papules rouges et acuminées, mercurius solu-

BiLis suivi de sulphur suffit encore à laguérison, surtout lorsque la maladie est récente.

Si elle dure depuis longtemps déjà, cinnabaris doit être préféré. Après lui^ hepar sulphuris serait fort utile, et LACHESis compléterait très-bien Faction de ces deux premiers médicaments.

Staphysagria devrait être choisie dans le cas où la rougeur se présenterait sous la forme de plaques allongées, parallèlement disposées sur des organes symétriques.

J^ai dit déjà que petroleum pourrait être utile si ^éruption occupait la semi-muqueuse du gland et du prépuce (p. 408).

B. — Les plaques muqueuses se présentent sous deux formes, dont il serait possible de faire deux degrés différents. Dans la première, la muqueuse, plus rouge qu^'à Tétat normal, est recouverte d'une membrane opaline, adhérente, mais sans épaisseur; mercu- Rius soLUBiLis cst Tagcut le plus utile en pareil cas. Il faut le donner à la 18^ ou à la 24^ dilution, et par gouttes, si Pimpressionnabilité du sujet ne s'y oppose pas. On doit répéter souvent son administration, en allant même jusqu'à le donner comme on le fait dans les maladies aiguës, c'est-à-dire dans une potion de 125 grammes d'eau alcoolisée, dont on fait prendre une cuillerée de trois en trois heures.

Il est bien entendu que ce mode d'administration convient seulement lorsque la maladie est superficielle, et qu'on ne doit pas le continuer plus de trois à quatre

jours. Le fait suivant viendra à l'appui de cette recommandation.

IIP Observation. — 'W*, 60 ans^ sanguin, avait contracté un chancre au mois de février 1859. Il n'en avait jamais eu auparavant. Ce chancre fut cautérisé en même temps que le mercure était administré à l'intérieur. La cicatrisation fut complète au bout d'un mois. Trois mois après, mal de gorge dont le malade ne peut caractériser Fespèce, mais pour lequel il croit avoir pris du mercure. La guérison fut encore assez rapide.

Au mois d'octobre, ce monsieur sentit ses forces diminuer, son appétit se perdre, son sommeil était troublé par des douleurs dans les membres et par des sueurs assez abondantes; enfin, étant sorti par un temps de brouillard, pendant les premiers jours de novembre, il ressentit de la douleur à la gorge et crut à un simple refroidissement.

Je fus appelé le 13 de ce même mois. Je trouvai le malade sans fièvre, mais abattu, inquiet, ayant le visage terreux. Il y avait dans la gorge un sentiment de gêne continuel, qui augmentait encore pendant la déglutition.

Les amygdales étaient d'un rouge plus foncé que les parties voisines et recouvertes d'une couche blanche, opaline très- caractéristique. Cette fausse membrane existait également au fond du pharynx. Pas d'engorgement ganglionnaire, mais, sur la poitrine et l'abdomen, une magnifique roséole, qui était restée jusque-là inaperçue. Rien aux organes génitaux.

Prescription. — Mercurius solubilis, 18^^ goutte j; clans 125 gramaies d'eau alcoolisée; prendre toutes les trois heures une cuillerée à bouche de cette potion. Eau de gruau pour tisane^ alimentation ordinaire, mais modérée.

14 novembre. — Mieux; la sensation de gêne à la gorge a diminué; les tissus sont moins rouges^ mais la couche pseudo-membraneuse est la même.

Prescription. — Mercurius solubilis, 42% goutte j; administré comme la veille.

15 novembre. — Beaucoup mieux; le sommeil est plus calme, les sueurs ont diminué, Tappétit est plus franc; moins de gêne dans la gorge, mais un sentiment d'ardeur plus marqué qu'antérieurement. La fausse membrane n'existe plus sur l'amygdale gauche, elle a presque abandonné le fond du pharynx ; elle persiste encore à droite.

Prescription, — Mercurius solubilis, 6% goutte j; ut suprà.

46 novembre. — L'amélioration continue; Famygdale gauche est nettoyée, mais toute la gorge est le siège d'une rougeur vive, foncée, parsemée de papules acuminées. Cette rougeur s'étend sur le voile du palais et sur la partie postérieure de la voûte palatine.

Pas de médicament.

48 novembre. — Même état que la dernière fois; Sulphur trituratum, 30% 6 globules, dans 425 grammes de véhicule; trois cuillerées par jour.

21 novembre. — Beaucoup moins de rougeur.

mais les papules restent saillantes; la douleur est presque nulle ; Tétat général est excellent.

Pas de médicament pendant quatre jours.

A cette époque la gorge était parfaitement débarrassée, mais la roséole persistait. Je donnai alors le lachesis 30% 6 globules, dans la quantité de véhicule indiquée plus haut, mais seulement à raison de trois cuillerées chaque jour. Ce médicament fut continué pendant une semaine, puis le malade fut laissé au repos pendant huit jours. L'éruption avait alors beaucoup diminué.

Nitri acidum suivit lachesis ; je ^administrai de la même manière, et après un nouveau repos de huit jours, je revins au sulphur qui fut donné pendant huit jours aussi, d'abord à la 24-^ dilution, 5 globules, pendant quatre jours, puis à la 18^ dilution, A globules.

La roséole avait complètement disparu avant la fin de ces dernières potions. La santé générale et les accidents locaux avaient alors entièrement disparu. Je n'en continuai pas moins à traiter le malade pendant trois semaines encore. Il prit, pendant la première semaine, lachesis, 30% 4 globules; rien pendant la seconde, et sulphur 30% 5 globules, pendant la troisième.

Il y a plus de six semaines que le traitement est fini, et rien n'a reparu.

Je n'ai pas la prétention assurément d'avoir détruit la diathèse dans un aussi court espace de temps; aussi n'est-ce pas à ce point de vue que j'ai cité l'observation précédente. Tout ce que je veux en conclure, c'est que

pour arriver à guérir rapidement des plaques muqueuses^ il faut donner les médicaments à doses répétées. Sous ce rapport ce fait est concluant, puisqu'il n'a pas fallu plus de dix jours pour faire cesser les symptômes dont la gorge était le siège.

J'ai obtenu un semblable résultat chez un autre malade qui était porteur de plaques muqueuses superficielles de la langue et des amygdales, auxquelles s'était jointe une roséole très-étendue. Dans ce cas encore, le médicament fut donné à des intervalles rapprochés, et avec le même succès.

Il ne faudrait pas croire cependant que cette forme de la vérole cède toujours aussi facilement. On est souvent obligé de recourir à d'autres substances : d'abord à lachesis, comme on a pu le voir par le fait précédent; puis à nitri acidum, mezereurriy phosphorus et sepia,

Lachesis doit être donné après le mercure et le sulphur, surtout si les muqueuses ont une teinte bleuâtre, qu'elles soient sèches, gonflées, et aussi lorsque l'éruption existe par petites taches isolées; enfin dans le cas d'érythème papuleux.

Nitri acidum, si les muqueuses sont rouges, gonflées, et que l'enduit blanchâtre soit assez épais. Ce médicament est le premier qu'il faille prescrire, quand le mercure, ayant été employé allopathiquement^ a produit des symptômes artificiels, ou une aggravation de la maladie. Il est toujours indiqué, quand l'érythème s'accompagne d'exulcération.

Mezereum convient surtout lorsque les organes gé-

nitaux sont envahis, et que la muqueuse offre un degré de sécheresse très-prononcé.

PflosPHORUS, si les parties malades sont rouges^ gonflées, douloureuses; il s'adresse surtout à l'érythème de la gorge et de la langue.

Sepia est préférable quand l'éruption forme des demi-cercles ou des cercles entiers,, qu'elle ne s'accompagne d'aucune sécrétion remarquable.

Lorsque la plaque muqueuse se forme à la surface de papules plates qui lui servent de base, l'amélioration est beaucoup plus lente à se produire. Les médicaments les plus .importants alors^ sont : cinnabaris^

LYCOPODIUM et AURUM MURIATICUM.

GiNNABARis convient, quelle que soit la région envahie, surtout lorsqu'il existe un gonflement œdémateux des parties voisines. Il est aux plaques muqueuses profondes ce que le mercure soluble est aux plaques muqueuses superficielles.

On doit l'employer à une dilution moyenne; les triturations préparées à l'aide du dynamisateur soht également très-efficaces. La dilution varie de la douzième à la trentième; la trituration de la sixième à la quinzième. Dans le premier cas, on emploie presque toujours une ou deux gouttes mêlées à 125 gr. d'eau alcoolisée; dans le second, on peut donner chaque fois 1 à 2 centigr. de la trituration.

Quel que soit le mode de préparation auquel on s'arrête, il ne faut jamais répéter la dose plus de deux à trois fois en vingt-quatre heures.

Le médicament le plus utile après cinnabaiis, estLY-

COPODIUM, lequel convient plus particulièrement aux plaques muqueuses de la gorge et surtout de la langue.

AuRUM MURiATicuM a une action plus générale; il s^adresse aux plaques muqueuses de Fanus et des organes génitaux.

Enfin, nitri acidum, staphysagria et îhuja peuvent être employés après les médicaments qui précèdent : le premier, quand les plaques sont profondément exulcérées eu forme de vh^g^ide^', staphysagria, quand elles sont le siège d'un suintement abondant et acre; thuja, quand les papules sont volumineuses et qu'elles se rapprochent, par leur forme, du condylome.

B. Les ULCÈRES réclament des médicaments assez variés.

1° Les ulcères superficiels sont heureusement modifiés par MERCURIUS SOLUBILIS, MERCURIUS CORROSIVUS,

et aussi par aurum metallicum, lachesis, phosphori acidum, nitri acidum, thuja.

2° Les aphthes, par mercurius solubilis, aurum, io-

DIUM, NITRI ACIDUM, PHOSPHORUS, PHOSPBORI ACIDUM;

et mercurius prœcipit. ruber pour les formes les plus invétérées.

3° L'ulcère véritablement chancreux cède au mercurius CORROSIVUS, mieux encore qu'au mercurius solubilis; lODIUM, LACHESIS, LYCOPODIUM, STAPHYSAGRiA

et SULPHUR sont aussi très-utiles.

4° Pour les ulcères phagédéniques, mercurius cor-

ROSIVUS, MERCURIUS PRŒCIPIT. RUBER, MERCURIUS BI-IO-

DATUS sont, parmi les mercuriaux, les substances les

mieux indiquées; aurum et kali hydriodicum sont aussi très-utiles.

5° Enfin^ si ces ulcérations menacent de se gangrener, MERCURIUS VIVUS, CALOMELAS, LACHESIS; ARSENICUM,

sont préférables.

6° Quand Tulcère devient végétant, il faut recourir

à CINNARARIS, NITRI ACIDUM et THUJA.

T Hepar suLPHURis, lODiuM, NITRI ACIDUM, Conviennent, lorsque la maladie s'est aggravée sous Tinttuence d'un traitement mercuriel antérieur.

J'essayerai de préciser davantage les indications propres à chacun de ces médicaments.

1° Ulcères superficiels. — Mercurius solurilis convient quand ils sont peu étendus et nettement circonscrits, entourés d'un cercle inflammatoire, le pus sécrété étant peu abondant.

Mercurius corrosïvus est préférable, si l'ulcération s'est étendue en surface que, ses bords se confondent graduellement avec les tissus voisins, et si elle est devenue douloureuse.

Ces deux médicaments suffisent en général à cicatriser ces ulcérations.

Lorsqu'elles résistent, aurum metallicum doit remplacer la préparation mercurielle. Ce médicament réussit mieux quand la maladie occupe la muqueuse buccale et pharyngienne, que dans le cas où elle a envahi les organes de la génération.

Lachesis serait préféré à l'or, si l'ulcère reposait sur une nàuqueuse bleuâtre, boursouflée, et s'il avait de

la tendance à creuser plus profondément dans Tépaisseur de la muqueuse.

Phosphori acidum s'adresse aux exulcérations multiples, entourées d'un cercle rouge très-vif, et accompagnées d^une douleur cuisante et d'une sécrétion purulente assez abondante.

Nitri acidum, aux ulcérations superficielles en forme de rhagades, et pour toutes les formes, s'il y a exubérance de Faction mercurielle.

Thuja s'adresse aux ulcérations étendues de la vulve et du prépuce, ulcérations accompagnées de chaleur, de prurit, et d'une abondante sécrétion d'un pus jaune, mais séreux.

2° Ulcères aphtheux. — Le mercurius solubilis est le médicament qui leur est le plus approprié. Il réussit toujours, quand l'ulcération est bien circonscrite, entourée d'un cercle vif, et recouverte d'une légère couche diphthéritique.

Le mercure soluble a pour effet de nettoyer la surface de l'ulcère, d'augmenter sa rougeur et de faire que son fond s'élève.

S'il ne suffit pas à compléter la cicatrisation, nitri acidum l'achève presque toujours.

La véritable difficulté du traitement n'est pas, on le conçoit, d'amener la cicatrisation de ces aphthes, mais bien d'en empêcher le retour.

IV^ Observation. — J'ai donné des soins à un homme de 35 ans, fort, bien constitué, qui avait eu un chancre dix ans auparavant, et qui , depuis cette époque, était resté sujet à voir se former, sur le gland et le prépuce,

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