L. SIMON
des ulcérations aphtheuses parfaitement caractérisées. Ces ulcérations revenaient tous les mois^ quelquefois tous les deux mois, et se formaient sans qu^il y eût eu de coït. Le malade avait ^habitude de les cautériser lui-même, et au bout de six à huit jours, il en était débarrassé.
Voulant se mettre à l'abri de ces retours si fréquents, ce monsieur se soumit à un traitement homœopathique. Celui-ci fut commencé au moment où deux aphthes superbes existaient sur le prépuce.
Je donnai tout d'abord le mercm^ius solubilis ; et comme ce malade habitait la province, je donnai ce médicament en globules. Je prescrivis dix doses composées chacune de quatre globules de la 18^ dilution. Une de ces doses devait être prise chaque matin.
Le premier effet du médicament fut d'amener la cicatrisation des ulcères en quatre jours, au lieu de huit. Le mercure fut néanmoins continué, bien qu'il ne restât plus aucun aphthe.
Ces doses épuisées, j'en envoyai dix autres , composées chacune de trois glo'buies de la 24^ dilution du même médicament.
La maladie ne revint pas.
Je fis succéder le nitri acidum au mercure, donnant encore dix doses, dans lesquelles il entrait quatre globules de la 24^ dilution.
Le malade fut ensuite laissé au repos pendant quinze jours; puis il fit usage de cinq doses de sulphur, 30^, quatre globules, dont il prit une dose tous les deux jours.
Voici dix-huit mois que ce traitement est terminé; rien n^a reparu.
Parmi les médicaments que j'ai indiqués :
AuRUM pourrait succéder au mercure^ s'il existait de fortes douleurs.
loDiuM, quand la surface des ulcérations est d'un gris sale^ et que, existant dans la bouche^ elles causent une abondante salivation.
Phosphorus^ quand les ulcères sont précédés de vésicules douloureuses, cuisantes, ce qu'on observe sur la langue, au palais, plus souvent que dans le fond de la gorge.
Phosphori acidum, quand les aphthes sont entourés d'un gonflement marqué de la muqueuse, et qu'ils saignent aisément.
Enfin, mercurius prœcipitatus ruher , pour les cas rebelles. On ne devrait en faire usage qu^après avoir employé le mercurius solubilisy suivi des autres médicaments que j'ai indiqués, en particulier du mercurius corrosivus.
3*» Ulcères chancreux. — ^ Mercurius corrosivus est préférable à toutes les autres préparations mercurielles, quand le chancre a pénétré profondément dans l'épaisseur de la muqueuse, surtout lorsqu'il occupe les tonsilles et le fond de la gorge.
Ce médicament ne doit jamais être employé à une dilution plus basse que la 12*, en observant, pour les doses et leur répétition, les indications que j'ai données plus haut.
loDiUM doit souvent remplacer le mercure corrosif.
surtout lorsque celui-ci a produit de la salivation.
Lachesis est préférable si la muqueuse qui environne Fulcère est violacée et boursouflée, le pus séro« sanguinolent et de mauvaise odeur.
Lycopodium s'adresse surtout aux ulcères des amygdales^ tandis que staphysagria convient mieux à ceux des gencives et des lèvres.
Sulphur est un intercurrent très-utile; on ne doit jamais manquer de le donner quand il existe quelque signe de psore.
4" Ulcères phagédéniques. — Mercurius corrosivus est très-efficace, lorsque l'ulcère gagne en largeur, détruisant les tissus superficiellement et non en profondeur; la sécrétion est accompagnée alors de sang et de pus, les douleurs sont vives, cuisantes et lancinantes.
Le PRÉCIPITÉ rouge est approprié aux ulcères violacés, fongueux, à bords durs, à ceux, en un mot, qui ressemblent aux ulcères cancéreux.
LeBi-iODURE de MERCURE (mcrcuriusbi-iodatus) réussit dans les mêmes circonstances que le sublimé , mais chez les scrofuleux ; par conséquent lorsqu'il existe une diathèse scrofulo-sypbilitique.
AURUM METALLICUM et AURUM MURIATICUM doivCUt
remplacer les mercuriaux dès que la destruction s'est étendue aux os.
Kalï hydriodïcum est indiqué à son tour, quand Tulcère est le résultat de l'ouverture d'une tumeur gommeuse.
Enfin, si l'ulcère avait de la tendance à passer à la
gangrène, lachesis serait le premier médicament à employer.
Arsenicum devrait lui succéder si Peschare offrait une teinte noire, et si la sécrétion était ichoreuse et infecte.
Mercurius vivus est également utile, mais seulement après lachesis, quand Fulcère gagne en profondeur, tandis que calomelas serait préférable si la gangrène envahissait rapidement les parties molles de la bouche, et que ni lachesis ni arsenicum n'eussent été capables d'en arrêter les progrès.
Lorsque l'ulcère est devenu phagédénique sous ^influence du mercure, nitri acidum, hepar sulphuris, carbo vegetabilis sont parfaitement indiqués.
Nitri acidum si Tulcère est peu douloureux, et s^'il sécrète une sanie abondante.
Hepar sulphuris lorsqu'il y a écoulementde sang avec douleurs pulsatives et lancinantes.
Carbo vegetabilis quand la muqueuse est violacée , molle, comme scorbutique, et que Tulcère sécrète une sanie fétide.
Lorsque la surface de Tulcère a de la tendance à végéter , nitri acidum et thuja sont les médicaments les plus utiles. On donne V acide nitrique le premier, parce qu'en général le mercure a été largement employé déjà ; souvent aurum muriaticum doit être prescrit après l'acide nitrique, tandis que le thuja est tenu en réserve pour le cas où la surface de l'ulcération se couvrirait d'une végétation framboisée et suintante.
Les tumeurs gommeuses formées dans l'épaisseur du
tissu cellulaire sous-muqueux, cèdent au traitement que j'ai indiqué pour le cas oii elles existent sous la peau. AuRUM^ CAUSTicuM, lODiCM;, LYCOPODiUM, graphites conviennent à leur première période,, quand elles constituent de petites tumeurs indurées.
lODIUM^ KALI HYDRIODICUM, NITRI ACIDUM^ dès qu'elles commencent à se ramollir.
Lachesis, iodium^ KALI HYDRiODicuM, quand une fois elles sont ulcérées.
Les signes distinctifs de chacun de ces médicaments sont ceux que j'ai indiqués plus haut (p. 4^37).
Telles sont les indications thérapeutiques qui ressortent de Tétude des formes élémentaires de la syphilis des membranes muqueuses ; indications assez précises, comme on a pu le voir, mais qui se complètent encore par la considération des symptômes qui tiennent au siège de la maladie et par celle des souffrances qui dépendent des fonctions propres à ces différents organes.
1° Lorsque la vérole a envahi la gorge et la bouche, elle occupe les amygdales, le voile du palais etTarrièregorge, la face interne des joues et les gencives, enfin la langue.
Sur les amygdales^ on observe des plaques muqueuses superficielles, des plaques muqueuses profondes, des ulcères aphtheux et chancreux, et des ulcères phagédéniques.
a. — Les plaques muqueuses superficielles cèdent au mercure soluble , c'est-à-dire que ce médicament fait rapidement disparaître la couche opaline; mais il laisse une tonsille rouge et privée de son épithélium.
Belladone succède avec avantage au mercure, lorsque cette rougeur est vive et lorsqu'elle cause de la douleur. Du reste, cette plante n'est jamais qu^un intercurrent qu^il ne faut pas continuer plus de trois à quatre jours. On la donne à la 18^ ou à la 24^ dilution et en globules.
Si le sujet est lymphatique ou psorique^ sulphur doit succéder au mercure^ à la-place de belladone , et lachesis doit remplacer sulphur, surtout s^il y a eu éruption de roséole à la peau.
Les plaques muqueuses profondes, formées de papules humides dont la surface est excoriée et recouverte d'une fausse membrane, doivent être traitées d'abord par ciNNABARis, après lequel on donne lycopodium. Le cinabre est employé à la douzième out la dix-huitième dilution, le plus souvent en gouttes; tandis que le lycopode réussit mieux à une dilution plus élevée, la 24® ou la 30^ On le prescrit toujours à la dose de quatre à six globules.
Il faut laisser entre ces différents médicaments des intervalles de repos proportionnés à leur durée d'action.
Nitri acidum ne serait convenable que dans le cas d'ulcération concomitante et après un usage immodéré du mercure.
b. — Les ulcères des amygdales sont presque toujours profonds, à forme aphtheuseou chancreuse.MERcuRius soLUBiLis est le premier médicament qu'il faille leur opposer ; il aie plus souvent pour effet de nettoyer le fond de l'ulcère de la fausse membrane pultacée
qui le recouvre; il peut même^ quand on insiste sur son emploi^ en laissant des intervalles de repos et en changeant la dilution, amener complètement la cicatrice.
S'il en est autrement, c'est-à-dire si Tulcère s^étend malgré l'emploi du solubiiis , mercurius corrosivus doit remplacer ce dernier agent.
Enfin, dans les cas où, malgré cesdeux médicaments, la cicatrisation tarderait à se faire, hepar sulphuris, 12® ou IS** dilution, donné pendant un septénaire, à la dose de six globules à une goutte dans 425 grammes de véhicule , imprimerait certainement une marche favorable à la maladie. Il suffirait alors de revenir au mercurius solubiiis pour obtenir une guérison complète.
Quand l'ulcère est plus profond, large, ayant détruit une partie de l'amygdale, présentant une couenne épaisse sur toute sa largeur, des bords rouges et taillés à pic, si, déplus, le mercure a été employé, iodium est le médicament le plus utile. 11 ne faut pas craindre de le donner largement, à la sixième ou à la douzième dilution, à la dose de deux à six gouttes dans une potion ; on le continue tant que l'amélioration se produit.
Mais si les préparations mercurielles ont été interrompues depuis longtemps, que les iodures les aient remplacées, le précipité rouge est un des médicaments les plus utiles ; il faut seulement avoir le soin de donner .ensuite sulphur ou hepar sulphuris^ à titre d'intercurrents, et revenir à une des préparations mercu-
rielles indiquées plus haut^ dès que la maladie a perdu de son intensité.
Il peut arriver encore que le malade ait négligé son traitement et qu^il ne soit , au moment où il consulte , ni sous Faction du mercure , ni sous Faction de Tiodure de potassium ; le mercurius bi-iodatus est alors exclusivement indiqué. Ici encore les sulfureux sont indispensables, dès que Faction du bi-iodure semble s'arrêter.
On rencontre encore sur les amygdales des ulcères rétrécis , mais profonds, comme fistuleux, avec induration des parties concomitantes; kali hydriodicum est très-utile en pareil cas; il faut le donner comme Fiode.
Lorsque enfin Fulcère devient gangreneux, ce qui est rare sur les amygdales, lachesis et arsenicum sont indiqués ; j^'ai dit plusieurs fois comment on pouvait distinguer entre ces médicaments.
Le voile du palais, ses piliers et la luette sont, après les amygdales, le siège le plus fréquent de la localisation de la syphilis. La forme érythémateuse s'y observe souvent : mercurius solubilis , suivi de sulphur et de LACHESIS, suffisent à la guérison. Le mode d'administration de ces médicaments et leur ordre de succession ont été trop souvent indiqués pour qu'il soit utile d'y insister de nouveau.
Les plaques muqueuses envahissent bien rarement, d'une manière exclusive, le voile du palais. Quand on les y observe, on en trouve aussi sur les amygdales, et ce sont les symptômes de ces dernières qui caractérisent le médicament et fixent son choix.
Il n'en est pas de même des ulcères; ils s'y observent fréquemment avec leurs caractères les plus graves , et quelquefois aussi avec leurs formes les plus superficielles.
Dans cette dernière hypothèse, mercurius solubilis et/ si Tuicération est large et étendue;, mercurius cor- ROSivuS;, doivent être employés. S'ils restent insuffisants, que les tissus voisins soient d'un rouge vif, que la déglutition soit douloureuse , acidum phosphoncum complète l'action des mercuriaux. Thuja pourrait aussi être quelquefois utile.
Il arrive souvent que les ulcères destructeurs débutent par une tumeur gommeuse de la luette ; celle-ci est alors rouge, gonflée, déformée. Iodium est le médicament spécifique en pareil cas.
Il faut le donner à haute dose , comme il a été dit tout à l'heure.
Quand une fois l'ulcération est formée, on doit la traiter comme celle des amygdales. Le mercure soluble n'est jamais utile en pareil cas. Le précipité rouge , le bi-iodure de mercure seraient les seules préparations de cet ordre auxquelles il conviendrait de recourir.
L'iodure de potassium devrait succéder aux mercuriaux et le sulphur au kali hydriodicum.
Ici, la marche de la maladie est rapide et le mode d'administration doit être dirigé en conséquence. Les médicaments sont donnés à des dilutions moyennes, les anercuriaux à des puissances plus élevées que les iodures, car il ne faut pas craindre, si le sujet est ro-
buste, d'employer des gouttes et de répéter les doses plusieurs fois dans une journée.
Si rulcère, s'étant étendu, a envahi les os palatins, AURUM METALLicuM doit être préféré aux médicaments sus-indiqués. Il faut le donner aussi à des dilutions inférieures. La 3® et la 6^ trituration (ou dynamisation) sont très-utiles.
Les ulcères qui occupent le fond du pharynx et ceux qui s'étendent à la muqueuse palatine , doivent être traités comme je viens de le dire à propos de ceux du voile du palais. Il est bien rare , du reste, qu'ils débutent par cette région.
La forme exanthématique, très-commune au fond de la gorge, alors même qu'il existe sur les amygdales des plaques muqueuses ou des ulcérations, cède au mercure soluble, suivi de lachesis et de sulphur.
Il en est de même quand elle occupe le palais; seulement, s'il arrive, dans ce cas, que les rougeurs soient disposées en cercle , sepia peut être d^une grande efficacité.
A la face interne des joues et des lèvres, les formes de la syphilis se composent d'exanthèmes, de plaques muqueuses et d'ulcères.
a. — V exanthème réclame encore mercurius solu- BiLis, surtout quand il existe une abondante salivation ; lorsque celle-ci est infecte et sanguinolente, mercurius vivus est préférable.
. Aurum convient, au contraire, quand les muqueuses sont rouges et sèches.
Lachesis, quand elles sont violacées, bleuâtres.
Staphysagria, si la rougeur est disposée par plaques qui occupent principalement les lèvres et sont accompagnées d'exulcérations.
b. — Les plaques muqueuses superficielles cèdent quelquefois aux mêmes médicaments; celles qui sont plus profondes réclament encore cinnabaris^ lycopo-
DIUM^ AURUM MURIATICUM.
c. — Les ulcères superficiels seront combattus avec avantage par mercurius solubilis et mercurius cor- Rosivus donnés successivement dans l'ordre que je viens d'indiquer^ et suivis de sulphur , parfois de lachesis.
d. —Les ulcères aphtheux, par mercurius solubilis dansles cas ordinaires; mercurius pr^cipitatusruber^ quand leur fond est couvert d'un enduit puUacé ; AU- RUM, quand ils sont douloureux et précédés d'une éruption vésiculeuse; enfin cinnabaris,, quand ces ulcères sont profonds et recouverts d'un enduit blanc^caséeux.
e. — Les ulcères chancreux cèdent au mercurius solubilis, qu'il faut très-souvent faire suivre de mercurius coRROSivus , surtout s'il y a sécrétion d'un pus sanguinolent qui^ en se mêlant à la salive^ lui communique une mauvaise odeur et un goût spécifiques. Ce demie médicament s'adresse à des ulcérations plus profondes et plus anciennes que celles auxquelles répond le solubilis.
Hepar sulphuris doit succéder le plus souvent au mercure; et si l'éruption persiste, il convient de remplacer, le foie de soufre par le lachesis.
f. -^ Les ulcères phagédéniqueSf toujours très-redou-
tables en raison des destructions de tissus qu'ils peuvent amener^ doivent être traités par Tiodium et le kali HYDRiODicuM. Le PRÉCIPITÉ ROUGE Serait utile s'il n'avait pas été fait usage des mercuriaux^ et que la maladie fût très-avancée; le bmodure de mercure conviendrait surtout aux scrofuleux. Le nitri acidum aura aussi une action très-favorable à la suite du mercure.
g. — Lachesis et arsenicum seront toujours réservés pour les ulcères gangreneux.
h. — Les TUMEURS GOMMEUSES uo sout pas rares dans répaisseur des joues; mais leur traitement ne diffère pas de celui que j'ai indiqué pour celles du voile du palais (V. p. 502), et de celui dont j'aurai à parler bientôt à propos des maladies syphilitiques de la langue.
Les gencives sont presque toujours atteintes en même temps que les joues. Le plus souvent^ elles sont gonflées, mollasses, saignantes, présentent un bord rouge et exulcéré, sont recouvertes d'un enduit blanc, caséeux, très-épais. Une salivation abondante et une sensibilité assez vive, gênant la mastication, accompagnent cet état. Le mercurius vivus y répond d'une manière plus exacte que le solubilis ; en général, il dégorge la gencive et lui rend une teinte rouge plus franche. Le lachesis lui succède alors. Aurum metallicum est également fort utile, quand le mercure et le lachesis n^ont pas suffi.
Ce gonflement fongueux des gencives existe souvent quand il y a complication de psore, aussi sulfur tri-