‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 58 sur 86 · VI · texte numérisé non relu

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Ces maladies sont au nombre de quatre : les douleurs^ ^engorgement, la contracture et les gommes. 1° Les douleurs ressemblent à celles du rhumatisme, d'où le nom de rhumatisme syphilitique qui leur a été donné. Elles siègent dans les masses musculaires, surtout au niveau de l'insertion des muscles et des tendons. Ces douleurs ne s'accompagnent ni de fièvre, ni de gonflement, ni de rougeur de la peau; elles augmentent peu par le mouvement, mais s'aggravent par le repos et la chaleur, surtout durant la nuit.

Leur marche est celle du rhumatisme chronique ; elles se montrent au début de la vérole, peu de temps après la disparition des symptômes primitifs ; sont accompagnées, ou ne tardent pas à être suivies de dermatoses et de quelque affection des membranes muqueuses.

Cette coïncidence, jointe à l'exacerbation régulière de la douleur et à Texislence antérieure de symptômes primitifs, constitue le signe diagnostique de cette affection.

2° L'engorgement syphilitique des parties fibreuses se résume dans une seule affection, le panaris ; affection bien souvent méconnue, et sur laquelle M. le

professeur Nélaton insistait dans une de ses dernières leçons (1).

D'après les faits cités par le célèbre chirurgien^ les malades qu'il avait observés présentaient les caractères suivants : un doigt devenait gros et douloureux, puis diminuait spontanément, tout en conservant un excès de volume et de sensibilité. Trois ou quatre mois après survenait une rechute: celle-ci pouvait se calmer encore, mais la maladie reparaissait bientôt avec une nouvelle intensité. Ce développement irrégulier est le premier signe qui différencie le panaris syphilitique du panaris ordinaire.

Les autres symptômes ne sont pas moins importants : d'abord le gonflement porte sur tout le doigt, d'où il résulte que celui-ci augmente de volume sans être déformé. La peau est tendue, violacée, mais sans rougeur; le palper fait reconnaître que l'augmentation de volume tient surtout à celle des parties molles de la face palmaire.

Les mouvements du doigt sont gênés, la pression est peu douloureuse, les douleurs spontanées sont modérées et ne reviennent qu'à d'assez longs intervalles. La maladie ne marche que très-lentement à suppuration ; il serait même juste de dire qu'elle y arrive seulement quand elle a subi une nouvelle transformation, c'est-à-dire lorsqu'une tumeur gommeuse s'est développée dans l'épaisseur du doigt.

La marche de ce panaris, la forme, la consistance,

(1) Voy. Gazette des hôpitaux, n» du 3 mars, 1860.

SYPHILIS DES MUSCLES ET DES TENDONS. 5i3

la coloration des tissus^ le peu d'acuïlé des douleurs^ la difficulté avec laquelle il suppure^ constituent donc autant de signes capables de le faire distinguer de tous les autres.

Il est une dernière circonstance très-importante pour le diagnostic, c'est Taveu de symptômes primitifs antérieurs et Texistence de signes irrécusables de la vérole. Chez un des malades de M. Nélaton, une tumeur gommeuse de l'omoplate vint confirmer Fopinion qu'on s'était faite relativement à la nature du panaris.

3° La contracture est facile à reconnaître. M. Virchov^^ la considère comme le résultat c( des dégéné- « rescences calleuses du tissu musculaire, altérations « analogues à celles que produit l'inflammation rhu- (( matismale simple ou traumatique; au milieu du tissu (( interstitiel des faisceaux musculaires se développe un « tissu conjonctif qui se sclérose et détruit, après l'a- « voir atrophiée, la fibrille musculaire primitive (1). »

Cette affection occupe principalement les muscles fléchisseurs, surtout ceux de l'avant-bras ; elle est facile à reconnaître par la difficulté des mouvements d'extension, la saillie formée par le muscle ou par son tendon et la dureté de cette tumeur.

M. Bouisson, de Montpellier, pense que les sphincters sont plus souvent le siège de la contracture syphilitique que tous les autres muscles; cette opinion n'est pas admise de tous (2).

(1) Loc.cit.,^. 106.

(2) Yoy. Vidal, de Cassis, loc. cit.,^. 408.

J'ai eu occasion de voir dernièrement un jeune homme de douze ans qui porte une contracture des muscles glosso-pharyngiens , ce qui le fait bégayer d'une manière affreuse. Cet enfant est en outre défiguré par la déformation des os du nez^ conséquence d'une ozène qui a disparu ; il a un épiphora du côté gauche. L'origine de ces déformations est parfaitement établie ; la mère de ce malade a perdu le voile du palais,, qui a été détruit par un ulcère spécifique ; elle a, de plus^ un rétrécissement évident de la partie inférieure de la trachée.

4° Les tumeurs des muscles , décrites avec beaucoup de soin par M. Bouisson (1), se rapportent évidemment aux gommes.

Elles occupent plutôt les tendons et les aponévroses que la partie charnue du muscle, forment des saillies d'abord dures, mais qui se ramollissent ensuite et sup purent souvent.

On sent, au début, une saillie dure, indolente, qui gêne plutôt les fonctions des muscles qu'elle ne cause de véritable douleur. Cette tumeur semble faire corps avec le muscle, tandis que la peau glisse parfaitement sur elle. Quand la tumeur est petite, elle disparaît pendant la contraction et se retrouve au moment du relâchement.

Celte contraction, du reste, est gênée sans être douloureuse; il n'en est pas de même du mouvement d'extension, qui est toujours pénible. Lorsque ces tu-

(1) Gazette médicale de Paris y nos de juillet et août, 1846.

meurs augmentent^ elles se ramollissent, deviennent adhérentes à la peau, qui rougit et finit par se rompre. Elles suivent alors la marche des gommes du tissu cellulaire, avec lesquelles elles se confondent par tous leurs symptômes.

Souvent aussi les gommes deviennent cartilagineuses et même s'ossifient, formant alors ce qu'on a nommé un nodus syphilitique. Elles finissent, dans ce cas, par constituer une difformité irrémédiable.

Le diagnostic de ces tumeurs s'établit à Taide des signes qui ont été rapportés plus haut. (P. 433.) Il est facile, quand la gomme occupe les muscles superficiels, très-difficile, impossible même quand elle s'est formée au centre de muscles profonds. Quand elles occupent l'épaisseur du cœur, où messieurs Ricord, Virchow, etc., les ont observées, le diagnostic est impossible pendant la vie, ces tumeurs donnant lieu aux signes ordinaires des maladies organiques de ce viscère.

Traitement. — 1° Rhumatisme syphilitique. Il n'existepresque jamais seul, accompagne d'ordinaire les symptômes précoces de la vérole ; aussi est-il rare qu'il serve à fixer le choix du médicament. Celui-ci se détermine bien plus à l'aide des affections concomitantes que par les caractères mêmes de la douleur.

On peut toutefois s'arrêter aux indications suivantes, dont l'utilité devient manifeste lorsque les douleurs rhumatoïdes dominent tous les autres symptômes par leur intensité. Ainsi, mercurius solubilis est convenable quand il existe des douleurs musculaires composées de déchirements, d'élancements, de brûlure.

augmentant la nuit, à la chaleur du lit, avec ou sans gonflement, grande agitation et sueur qui n'est point suivie de soulagement. Ce médicament sera très-efficace s'il y a en même temps syphilis du larynx.

Si Ton avait déjà fait usage du mercure, salsapa- RiLLA serait très-utile si les douleurs existaient dans les masses musculaires, si elles se composaient d'élancements et de déchirements avec raideur des articulations, sensibilité et pesanteur des membres, et aussi quand les articulations sont envahies et qu'il y a des craquements dans les mouvements de flexion.

Nitri acidum doit être employé aussi après le mercure, mais quand les douleurs sont tiraillantes, pressives et crampoïdes, surtout quand elles ne persistent pas longtemps en un même points mais passent sans cesse d'une partie à une autre.

Lachesis aurait aussi une action favorable si les douleurs étaient accompagnées d'une roséole, quand elles sont erratiques et que les parties malades sont sensibles pendant le mouvement et à la pression.

Guajacum est beaucoup moins important, si ce n'est quand les douleurs sont lancinantes et très-aiguës.

Enfin, iodium, staphysagria et thuja pourraient être donnés s'il existait quelqu'une des formes morbides précédemment diécrites et auxquelles chacun de ces médicaments est approprié.

Sulphur et hepar sulphvris sont des intercurrents précieux.

2° Panaris syphilitique. Il fait partie des formes tardives de la diathèse; aussi Viodure de potassium lui

a-t-il été opposé avec succès. Ce médicament^ cependant^ n'est pas le seul qu'on puisse prescrire^ surtout dans les premières périodes de la maladie.

Le mercure est utile, mais au début seulement. Sulphur convient aussitôt après. Lachesis et nitri acidum seraient donnés plus tard; mais le médicament le plus efficace est aurum metalliccm^ qu'il faut donner après sulphur.

Si le panaris avait de la tendance à passer à la suppuration^ hepar sulphuris serait exclusivement indiqué dès que la fluctuation existerait; une fois la tumeur ouverte, kali hydriodicum d'abord, niiri acidum, et, en dernier lieu, silicea devraient être prescrits dans Tordre oii je viens de les énumérer.

3° Contracture. Les mercuriaux peuvent être encore efficaces, pourvu qu'ils soient donnés au début de la maladie.

Plus tard, il faut préférer lycopodium , quelquefois graphites, ç^i rhododendron, si la contracture est accompagnée de douleurs nocturnes très-intenses.

Si la maladie est ancienne, qu'il s'agisse d'une véritable infiltration gommeuse, causticum, suivi de kali hydriodicum, serait très-efficace.

Il ne faut pas se dissimuler toutefois que la contracture, quand elle est ancienne, constitue plutôt une infirmité qu'une maladie, et qu'ainsi les médicaments sont souvent sans eftet sur elle. La chirurgie peut parfois intervenir, mais ce n'est pas toujours avec succès.

4° Les tumeurs gommeuses des muscles ne diffèrent pas, quant à la thérapeutique, de celles du tissu cellu-

laire sous-cutané^ pas plus qu'elles ne s'en séparent quant à leurs symptômes. (V. p. 437.)

Quand elles s'indurent au point de devenir cartilagineuses, LYCOPODiUM est le seul médicament utile. Il ne faut pas oublier qu'il est très-difficile d'obtenir alors leur résolution,, et que celle-ci est tout à fait impossible lorsque la tumeur est ossifiée.

Mode d'administration. — Les médicaments dont j'ai parlé doivent être donnés à des dilutions moyennes^ lesquelles varient entre la 12® et la 30®.

Toutes choses égales d'ailleurs, elles peuvent être plus basses pour les rhumatismes et le panaris que pour les contractures et les gommes. La quantité varie entre 6 globules et 1 à 3 gouttes, dans une potion de 120 grammes, donnée par grandes cuillerées.

Quant à la répétition, elle est aussi plus fréquente pour les deux premières affections (de 3 à 6 fois par jour) que pour les dernières, où on les donne de 2 à 3 fois.

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