IX
SYPHILIS DES PARENCHYMES.
A. — Iritis. — Le malade qui doit être atteint de riritis, éprouve tout d'abord un malaise général avec cépbalalgie. Cette douleur se localise surtout du coté où la congestion va se faire ; elle s'étend à Tœil luimême.
Celui-ci ne tarde pas à rougir ; la photophobie se caractérise et^ en même tempS;, la vue se trouble.
D'après M. Sichel (l), Tiritis syphilitique présenterait les caractères anatomiques suivants :
1° Changement de couleur du petit cercle iridien^ lequel prend une teinte rouge^ cuivrée ou violacée, teinte qui s'étend au grand cercle, lorsque la maladie s'est beaucoup accrue. « Lorsque le petit cercle se com- (( pose à l'état sain de deux anneaux concentriques, c( ces deux anneaux se confondent d'ordinaire et n'en c( forment plus qu'un seul. »
2° Ce petit cercle se gonfle, et paraît être épaissi par une couche tomenteuse ou floconneuse. Cette couche se répand sur toute la surface du petit cercle, ou, au moins, sur une partie très-étendue.
13° Plus tard, se forment sur l'iris, surtout sur le petit cercle, des élévations d'une teinte jaunâtre ou rou-
(1) Iconographie ophthalmoiogique, p. 120 et passim, et planche XIII.
geâtre^ larges de 2 à 3 millimètres au plus, arrondies ou ovalaires. pouvant faire une saillie de 4 à 2 millimètres. Ces tumeurs sont souvent recouvertes d'un réseau vasculaire d'un rouge clair ou sombre, leur donnant un aspect cuivré et tomenteux. Béer considère ces tumeurs comme appartenant à la classe des condylomes, M. Sichel en fait des végétations vasculaires, M. Virchow (1) serait disposé à les considérer comme de nature gommeuse, tandis que M. Ricord admet qu'elles peuvent être pustuleuses ou tuberculeuses (2).
Ce qui donnerait raison à l'opinion de M. Virchow, c'est qu'en abandonnant à elles-mêmes ces prétendues végétations, on voit un point jaunâtre se former à leur surface, surtout vers le centre, se transformer en un véritable abcès qui se rompt, verse son contenu dans la chambre antérieure, constituant ainsi une suppuration qui peut compromettre la vue d'une manière durable. Or, on ne voit point les végétations suppurer de cette manière quand elles existent sur une autre membrane que l'iris, tandis que l'on voit fréquemment les tumeurs gommeuses se ramollir et suppurer.
Convenablement traitée, cette tumeur est susceptible de résorption ; dans ce cas, elle s'atîaisse peu à peu et finit par disparaître, l'iris reprenant ensuite sa teinte normale.
On voit aussi, dans le cours de l'iritis, des exsudations albumineuses se former sur la marge de l'iris, s'étendre sur la face antérieure du cristallin, des adhé-
(1) Loc. cit., p. 146.
{•l) Icojiographie, pi, XXVI quater, et XXVIII.
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rences s'établir avecla membrane cristalline antérieure.
Dans toutes ces circonstances^ la pupille se déforme, devient ovalaire et anguleuse, ayant très-souvent son grand axe dirigé en haut et en dedans.
Les symptômes locaux de Tiritis se réduisent donc à une injection de la cornée et surtout de la scléroti(pie, à une modification dans la forme deTouverture pupillaire et dans les mouvements de l'iris, à la production d'une lymphe plastique ou de tumeurs gommeuses, enfin au trouble de la vue et à la douleur qui se fait sentir au pourtour de l'œil et dans le globe oculaire lui-même^ douleur tantôt sourde et obtuse, tantôt très-aiguë, surtout au niveau de la région frontale et de l'arcade sus-orbitaire.
En tenant compte des symptômes décrits par M. Siebel, on reconnaîtrait une iritis superficielle, une iritis parenchymateuse et une iritis gommeuse : la première caractérisée par le changement de couleur de l'iris et le trouble de la vision ; la seconde, par le gonflement tomenteux de l'iris ; la troisième, par la tumeur dont j'ai donné la description.
La forme superficielle n'est point nécessairement suivie des deux autres ; toutes trois peuvent cependant se succéder.
L'iritis est une maladie grave en raison des lésions qui la constituent, et aussi à cause des déformations permanentes qui lui succèdent.
Les altérations de l'iris peuvent exister sans qu'aucune des autres membranes de l'œil soit altérée. Cependant^ la sclérotique est presque toujours alors le
siège d'une abondante vascularisation, la conjonctive elle-même est injectée.
M. Sichel attribue ces deux congestions à une complication rhumatismale^ qui précéderait souvent Piritis elle-même.
Traitement. — Lorsque la maladie est à son début et qu'elle existe plutôt à titre de sclérotite et de conjonctivite qu'à titre d'iritis, aconit et belladone ^^exweiïi servir à dissiper la congestion et à effacer, dès le début, une complication fâcheuse.
L'aconit doit être donné en premier lieu, à la 12^ dilution et à la dose de 6 globules à une goutte, dans une potion de 125 grammes. On en fait prendre une cuillerée de 3 en 3 heures. Ce médicament convient surtout quand la congestion s'accompagne d'un mouvement fébrile marqué. On ne doit pas le donner pendant plus de 24 heures.
Belladone vient ensuite, surtout quand la photophobie est intense et les douleurs sus-orbitaires assez vives. On la fait prendre, comme aconit, pendant 24 à 48 heures.
L'irilis une fois caractérisée, mercurius solubilis et MERCURius coRROSivus sont les premiers médicaments auxquels il faille recourir. On les distingue surtout par les symptômes concomitants; le me?Twr«2/55o/wô«7îs étant préférable quand il existe des syphilides superficielles, et le mercurius corrosivus s'il existe quelque ulcère profond sur les muqueuses. Chacun de ces médicaments doit être prescrit à lal8^ ou à la 24^ dilution, en globules ou en gouttes. Si la marche de la maladie est rapide, ils doivent être répétés de 3 à 4 fois dans les 24 heures.