PI. XXIX
SYPHILIS DES PARENCHYMES, 569
les canaux séminifères^ les comprime et finit par les atrophier.
Le sarcocèle syphilitique n^est jamais très-gros. Il est rare qu'il acquière un volume double de celui de la glande. Il est bosselé. Ces bosselures existent dans l'épaisseur de la tunique albuginée^ sont irrégulières, arrondies, couvertes parfois d'aspérités saillantes.
Une certaine quantité de liquide s'épanche dans la tunique vaginale, formant ainsi une hydrocèle symptomatique.
L'albuginite syphilitique se résout ou dégénère en tissus fibreux et cartilagineux, voire même osseux (1), mais elle ne suppure jamais.
Il y a une autre terminaison de cette maladie, ter^ minaison très-redoutée des malades, c'est Vatrophie ; elle tient à ce que, les parties indurées ayant disparu, le parenchyme testiculaire reste avec les altérations qu'il avait antérieurement subies.
Au point de vue anatomique , on peut dire que le sarcocèle syphilitique occupe tout d'abord la tunique albuginée qui s'épaissit et contracte des adhérences avec les parties voisines. Lorsque le parenchyme est atteint, on y trouve des épaississements partiels, qui, débutent par une congestion du tissu interstitiel, se transforment en une masse rougeâtre, laquelle s'épaissit , devient tendineuse et prend une coloration blanc bleuâtre.
Ce tissu écarte les canalicules séminifères dont l'é-
(1) Diday, Expositio7i critique et pratique des nouvelles doctrines de la syphilis, p. 498.
pithélium se détruit en subissant la métamorphose graisseuse. Ces canalicules s'atrophient ensuite en raison de la compression quils éprouvent, et, lorsque la couche indurée disparaît, ils ne reprennent pas leur volume : d'où la diminution de l'organe malade.
Sirinduration est étendue, l'atrophie est générale; si elle est partielle, on constate seulement des dépressions lobulaires au niveau desquelles la tunique albuginée s'épaissit.
On constate encore , dans l'épaisseur du testicule, de véritables gommes : celles-ci forment des tumeurs dures, isolées ou réunies, du volume d'un grain de chènevis à celui d'une cerise. Ces granules sont arrondis, mamelonnés, anguleux, d'une texture homogène; ils sont secs, durs et colorés en jaune.
Une auréole rougeâtre, traversée par des vaisseaux visibles à l'œil nu , entoure la gomme. Celle-ci est toujours composée de couches subissant la métamorphose graisseuse.
Le diagnostic consiste à distinguer le sarcocèle vénérien : 1° de l'orchite blennorrhagique; 2° du cancer; 3° des affections tuberculeuses.
L'orchite blennorrhagique débute par l'épididyme et respecte la glande elle-même ; elle coïncide avec une blennorrhagie ou la suit de près; sa marche est aiguë ; elle cause de la douleur et de la fièvre ; les symptômes constitutionnels ne l'accompagnent que dans le cas d'une complication.
Le sarcocèle a un chancre et des symptômes caractéristiques de vérole pour antécédents ; il débute par
SYPHILIS DES PARENCHYMES. 571
le testicule, respecte répididyme et le cordon; il ne cause ni fièvre ni douleur; enfin il résiste au traitement antiphlogistique et aux moyens de la médecine rationnelle : ce que bien d'autres affections font aussi.
Le cancer n'occupe jamais qu'un testicule ; la syphilis les envahit souvent tous les deux à la fois; au moins la maladie passe-t-elle rapidement de Pun à Tautre. Le cancer envahit le cordon et engorge les ganglions inguinaux ; la syphilis les respecte. Le cancer donne des douleurs lancinantes extrêmement aiguës, le sarcocèle est indolent. Enfin Texistence de signes évidents appartenant à la vérole lève tous les doutes.
Le tubercule se forme tout d'abord au centre du testicule, il donne lieu à des bosselures qui semblent faire hernie à travers la tunique albuginée, et adhèrent très-promptement au scrotum. Le sarcocèle tuberculeux suppure rapidement, donne naissance à un pus caractéristique; paraît dans l'enfance plutôt que dans l'âge mûr. Le sarcocèle ne contracte pas d'adhérence avec la peau, ne suppure jamais, et paraît seulement à l'âge où l'on contracte la syphilis.
Enfin, le testicule syphilitique se montrant toujours à une période assez avancée de la vérole , entre les accidents secondaires et les symptômes tertiaires, est toujours précédé et accompagné de signes évidents de syphilis. Lorsque la tumeur gommeuse a pris naissance dans le tissu cellulaire sous-scrotal, elle suppure facilement, ce qui n'arrive jamais avec la gomme du parenchyme testiculaire.
Traitement, — Le sarcocèle syphilitique existant rarement seul, les symptômes qui raccompagnent sont presque toujours déterminants pour le choix du médicament. Celui-ci sera donc pris parmi les substances que j^ai indiquées en parlant des syphilides, des affections des membranes nmqueuses, des os, etc.
On peut drre toutefois que, parmi ces substances mêmes, mercurius, aurum, iodilm, mezereum, kali HYDRiODicuM sout les plus efficaces. Parmi les mercuriaux, le mercurius solubilis, le mercukius corrosivus et le mercurius biiodatus sont les plus utiles. Les symptômes accessoires peuvent seuls permettre de les distinguer.
Les préparations mercurielles conviennent seulement au début de la maladie; après elles j il faut donner aurum , surtout s'il existe quelques-unes des affections des os auxquelles For convient. Iodium et KALî HYDRIODICUM répondent à rindurationtesticulaire, accompagnée de symptômes profonds de la vérole.
Mezereum serait utile après les médicaments qui précèdent, surtout s'il a été fait abus de mercure.
Enfin, il y a encore deux substances : belladone et sulphur, qui peuvent être très-efficaces comme intercurrents. Belladone quand la tumeur est très-dure et sensible à la pression; sulphur quand le sujet est lymphatique ou psorique.
Aurum et iodium, seraient encore les médicaments à employer dans le cas d'hydrocèle concomitante (1).
(1) Rûckert, Klinische Erfahrungenin derHomœopathie, t. Il, p. 203«215.
SYPHILIS DES PARENCHYMES. 573
Mode d'administration. — Le sarcocèle syphilitique ayant toujours une marche lente , il faut employer les dilutions élevées (18 à 30), donner des globules et ne répéter les doses que i à 3 fois dans les 24- heures. Sans condamner le malade à un repos absolu / il ne faut pas lui permettre des marches trop prolongées.
Quelques auteurs ont encore signalé Fovarite, la néphrite syphilitiques et l'induration de Tutérus; mais ces affections sont encore trop mal connues quant à leurs symptômes, pour qu'il soit possible de rien dire d'utile relativement à leur traitement.
Je terminerai donc ici ce qui a trait à la description de la diathèse syphilitique, me bornant à une dernière remarque au sujet de sa thérapeutique.
En décrivant les différentes formes morbides auxquelles la vérole donne naissance, j'ai dû les étudier séparément ; cette méthode était la seule qui pût me permettre de bien préciser les caractères de chacune d'ehes. Mais au lit du malade, ces groupes de symptômes sont le plus souvent réunis; il sera donc indispensable, pour choisir les médicaments appropriés , de comparer entre eux les différents articles dans lesquels ces formes morbides ont été passées en revue. Ce qu'il faut bien se rappeler, c'est que les agents homœopathiques sont indiqués par V ensemble des symptômes, et non pas par quelques-uns d'entre eux pris séparément.
Quant à l'avortement, le seul moyen de l'éviter est de traiter la diathèse en s'appuyant sur les symptômes présentés par la mère. En soi il n'indique aucun médicament.
57 4 DES MALADIES YÉNERIENNES.