L. SIMON
réticulaire^ d'où Tadhérence de ce tissu en ce point et son inextensibilité pendant Térection. Les corps caverneux, au contraire^ restent perméables comme à l'habitude^ se gonflent et tendent à donner à la verge sa direction ordinaire; mais le point infiltré fait obstacle, d'où l'incurvation , d'où aussi la distension de la membrane muqueuse urétrale, distension qui peut aller jusqu'à la rupture de cette membrane et à Vhémorrhagie. Celle-ci est parfois aussi le résultat de l'excès de congestion de la muqueuse. On reconnaît que le sang ne vient pas de la vessie à ce qu'il s'écoule en dehors de la miction et sans être mêlé à l'urine.
Lorsque la congestion blennorrhagique a envahi les parties profondes de l'urètre, il est rare que la prostate ne participe pas à la maladie ; des symptômes nombreux et des désordres graves peuvent en être la conséquence.
Prostatite. — Selon M. Baumes, la prostate peut présenter deux altérations distinctes sous l'influence de la blennorrhagie : l'inflammation et l'engorgement; mais l'inflammation est la seule qui apparaisse pendant la période primitive.
Cette congestion blennorrhagique s'accompagne presque toujours de fièvre : le pouls est dur et fréquent, la peau chaude, des frissons nombreux existent au début, et reviennent d'autant plus souvent que la suppuration a plus de tendance à se produire ; cette fièvre offre des redoublements le soir, et chaque redoublement est précédé de frissons.
En même temps, le malade se plaint de chaleur et
de pesanteur au périnée et à l'anus^ d^une douleur continuelle^ pulsative, qu'il rapporte au col de la vessie; il éprouve un besoin continuel d'aller à la selle, besoin causé par la sensation d'un morceau qu'il faudrait expulser.
Il y a aussi des envies fréquentes d'uriner, avec ténesme et grande difficulté, impossibilité même d'expulser les urines. Celles-ci au moins ne viennent qu'après une longue attente, et les efforts que le malade peut faire pour hâter leur venue, la retardent ou la rendent impossible. Ce résultat, contraire à celui que le patient recherche, tient à ce que la rétention d'urine est causée par le gonflement de la prostate, et que, pendant l'effort, cet obstacle se trouve de nouveau poussé par le col vésical, qu'il vient obstruer complètement.
Le toucher rectal permet de reconnaître le gonflement d'une grande partie de la glande et son degré de sensibilité, même la fluctuation quand la suppuration existe en arrière.
La sonde introduite dans le canal pénètre jusqu'au col de la vessie, où son contact cause une vive douleur, et où son extrémité rencontre un obstacle difficile à franchir, parfois même infranchissable.
Dans cet état, cette glande présente des altérations diverses ; ou bien elle est seulement congestionnée, ou bien elle est le siège d'un travail de suppuration.
Le pus se produit le plus ordinairement dans le tissu cellulaire qui enveloppe la glande, et celle-ci reste intacte au milieu de ce désordre; elle ne fond pas
comme il arrive parfois au testicule. Tantôt ce pus reste à l'état d'infiltration^ ce sont les cas les plus graves; tantôt il se réunit en un ou plusieurs foyers. Cette collection se fait alors ou en avant, vers la vessie^ ou en arrière^ vers le rectum. Si elle existe en avant, elle peut se rompre spontanément ou par Teffort de la sonde, pendant le cathétérisme. En arrière, elle s'ouvre dans le rectum, ce sont les cas les plus favorables.
En tout état de cause, la prostatite est une affection grave. Son danger tient à la rétention d'urine qu'elle amène et à la suppuration qui l'accompagne. Cette rétention d'urine peut devenir complète, invincible, la vessie se distend alors et peut se rompre. C'est dans ce cas qu il faut recourir à la ponction de cet organe, opération toujours grave et redoutable. S'il y a suppuration avec infiltration purulente , la mort ne peut être évitée, car la résorption du pus est impossible, le gonflement et la dysurie restent; enfin la fièvre suppurative suffit pour causer un résultat funeste.
S'il y a collection de pus, abcès, celui-ci s'ouvre, le pus s'écoule par l'urètre ou par le rectum, le gonflement diminue rapidement et tout rentre dans l'ordre. Mais les cas les plus favorables sont ceux où la prostatite ne franchit pas la période congestive, où la suppuration ne se forme pas ; dans ce cas la maladie se termine par résolution. On voit alors la fièvre diminuer, les douleurs de l'anus et du périnée cesser peu à peu, l'expulsion des urines devenir plus facile, et le doigt, ainsi que la sonde, constate la diminution de volume
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indiquée déjà par ramendement des symptômes physiologiques.
Il est une dernière terminaison de cette' maladie, c'est Tengorgement appelé chronique , lequel rentre dans les effets secondaires, et sera étudié plus loin.
Je dois dire que la diathèse blennorrhagique ne s'étend pas toujours ainsi de proche en proche, que partant d'un point initial parfois circonscrit, elle passe brusquement vers une partie plus profonde, envahissant répididyme ou la prostate.
Dans cette circonstance , l'écoulement primitif diminue ou disparaît, ce qui a fait croire longtemps à une métastase , et ce qui tient en réalité au déplacement de la congestion et de ses suites.
Blennorrhagie sèche. — Les effets du muco-pus déposé dans le canal de l'urètre sont ordinairement ceux que je viens de dire ; mais il arrive parfois qu'un des symptômes manque; ce symptôme, c'est l'écoulement. La blennorrhagie, dans ce cas, est appelée sèche.
Pourquoi en est-il ainsi? On ne saurait le dire d'une manière exacte. Les uns ont attribué ce défaut de sécrétion morbide à l'excès de l'inflammation , d'autres à son peu d'intensité.
Quoi qu'il en soit, la maladie existe avec ce caractère et présente alors quelques particularités.
D'abord , elle est limitée aux parties profondes de l'urètre , surtout à la région prostatique. Le malade ressent alors une forte cuisson au fond du canal, surtout au moment où l'urine commence à couler. Parfois cette douleur est rapportée par le sujet à la partie
inférieure du rectum^ aux environs de Tanus, où il y a sensation de pesanteur et de gonflement. Les envies d^'uriner sont fréquentes ; les érections viennent souvent^ et, s'il y a pollution , la douleur s'accompagne de cuisson et d'un resserrement spasmodique , dont l'effet est de renvoyer la semence vers la vessie. Ce symptôme se présente d'autant mieux , que les malades ne se croyant pas atteints d'une affection contagieuse, ne s'abstiennent pas toujours du coït, comme ils le devraient.
L'écoulement n'est jamais aussi nul que les malades le croient. Il se compose parfois d'une simple goutte visqueuse ou purulente, laquelle n'est amenée au méat qu'après avoir été cherchée très-loin par des pressions successives, exercées d'arrière en avant. Encore faut-il, pour l'obtenir, que le malade soit resté longtemps sans uriner; si la miction est fréquente, ces recherches peuvent rester sans résultat.
Le premier soin du médecin, lorsqu'il est consulté par de tels malades, doit être d'introduire une sonde dans l'urètre, en ayant la précaution de ne pas pénétrer dans la vessie. Lorsque l'instrument arrive au niveau du point malade , une vive douleur se fait sentir, et la sonde ramène une petite quantité de muco-pus, laquelle indique que l'écoulement , pour être peu de chose, n'en est pas moins très-réel , et que cette blennorrhagie n'est pas aussi sèche qu'il était permis de le croire tout d'abord.
La constatation de ce fait est très-importante , car la matière de cet écoulement est entraînée par le sperme
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au moment de réjaculation^ et comme il est souvent contagieux^ il faut le signaler au malade comme un danger et comme une cause absolue de continence.
Cette forme de la blennorrhagie se présente souvent avec des caractères bien moins aigus, sous l^apparence chronique. Elle rentre alors parmi les diverses espèces de blennorrhées dont il sera question plus tard.
B. — Chez la femme. La blennorrhagie urétrale se présente avec les mêmes caractères que chez Thorame, sans offrir d'aussi graves complications. La douleur de brûlure en urinant et Técoulement du muco-pus , sont les signes qui la caractérisent. Pour faire saillir ce dernier, il suffit d'introduire un doigt dans le vagin et d^exercer d'arrière en avant une pression au niveau et dans la direction du canal de l'urètre.
3° La BLENNORRHAGIE DU VAGIN s'observC pluS SOU-
vent chez la femme que celle de l'urètre. Elle est également précédée d'une période d'incubation de quatre à sept jours.
Au bout de ce temps, la femme éprouve de la chaleur et du prurit aux parties génitales; ce prurit est souvent intense , voluptueux et fait désirer les rapports sexuels. Il s'accompagne de titillation, existe aux parties génitales externes, et ne tarde pas à être remplacé par une sensation d'ardeur et de cuisson, qui augmente beaucoup en urinant , et se fait principalement sentir au moment où les dernières gouttes d'urine s'étendent en nappe sur les grandes lèvres. Le contact du linge est douloureux. La femme éprouve en même temps une douleur tensive dans le bassin, à la matrice, à la
vessie et aux lombes^ douleur qui remonte même dans le dos.
Elle ressent un malaise extrême en marchant et en s'asseyant , une douleur tensive à la région pubienne avec sensibilité de Tabdomen à la moindre pression.
Les grandes lèvres, les petites lèvres, le clitoris sont rouges et se gonflent , il en est bientôt de même du vagin. Celui-ci est alors chaud , douloureux au point que rintroduction du doigt est intolérable.
Cette rougeur disposée par plaques ou continue, elle s'accompagne d'érections, comme dans la balanite , et d'un grand développement des follicules muqueux, lesquels donnent à la muqueuse un aspect granulé ; il n'y a jamais ulcération.
Lorsque la blennorrhagie existe sur le col utérin ou dans sa cavité, on constate sur ces parties, à l'aide du spéculum, des plaques rouges et des granulations.
Lorsque le canal de l'urètre est atteint , son orifice est rouge et gonflé, et le doigt introduit dans le vagin peut amener^ par une pression exercée d'arrière en avant , une goutte caractéristique au méat, ainsi que je l'indiquais tout à Fheure.
L'écoulement varie suivant que la femme avait une leucorrhée antérieure à la blennorrhagie , ou qu'elle n'en avait pas.
Dans ce second cas, il y a d'abord une période de sécheresse, période assez courte à la vérité, et pendant laquelle la malade accuse de la chaleur dans les parties génitales, avec prurit et cuisson. Puis un suintement rauqueux , grisâtre , s'établit. Ce suintement
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forme sur le linge des taches grisâtres superficielles. 11 augmente rapidement et -prend d'autres caractères ; il est alors jaune^ épais^ souvent brun et sanguinolent, laisse sur le linge des taches épaisses, raidissant le linge, qui sont d'un jaune vert très-prononcé ou bien brunes.
Cet écoulement excorie la partie supérieure des cuisses, le périnée , et infecte souvent Fanus où il atteint facilement.
La douleur causée par la blennorrhagie présente donc chez la femme deux périodes : dans la première, elle est uniquement le fait du développement de la maladie; dans la seconde, il y a complication de celleci avec l'effet causé par Técoulement lui-même.
Celui-ci présente encore d'autres variétés , suivant qu'il est sécrété par le vagin ou par la matrice. Dans le premier cas, il est tel que je viens de le décrire; dans le second, il est toujours un peu glaireux, filant, en un mot, albumineux. De plus, il est acide lorsqu'il vient du vagin, alcalin quand il part de la matrice.
Si la femme était auparavant sujette à la leucorrhée, l'écoulement présente des modifications. En premier lieu, lorsque la douleur commence, l'écoulement ordinaire diminue, puis il reparaît mêlé à celui qu'amène la blennorrhagie, altérant ainsi les caractères de ce dernier, et ne se présentant plus lui-même avec ses caractères habituels.
Lorsque la maladie commence à décroître , la chaleur des parties génitales, les cuissons en urinant, la sensibilité de la vulve à la marche et au contact des vêtements diminuent; l'écoulement devient plus clair.
plus blanc ^ souvent laiteux , laissant sur le linge des taches plus superficielles, d'un jaune grisâtre;, que le frottement fait disparaître. Cet écoulement ainsi modifié a une grande tendance à se prolonger et mérite une grande attention.
Chez la femme , comme chez Thomme, la congestion blennorrhagique s'étend en profondeur, et envahit alors les glandes muqueuses, le réseau lymphatique et les ganglions ^correspondants.
Les glandes muqueuses forment ordinairement des saillies rouges, appelées granulations; si elles s'enflamment plus profondément, ellesdonnentheuàdes abcès. Ceux-ci se forment, de préférence, dans l'épaisseur des grandes lèvres , acquièrent un volume assez considérable , se reconnaissent aisément à la douleur qui les accompagne, à la rougeur de la muqueuse, enfin à la fluctuation. Le pus qu'ils renferment est ordinairement bien lié, jaune verdâtre , épais, souvent aussi sanguinolent, brun et fétide.
Si les vaisseaux lymphatiques s'enfl:amment, on les distingue sous la forme de cordons durs et flexueux; si les ganglions de l'aine s'engorgent, ils présentent les mêmes particularités que chez l'homme.
Chez la femme, la blennorrhagie s'accompagne trèssouvent de symptômes généraux : faiblesse, courbatures , angoisses, fièvre composée de chaleur, parfois entremêlée de frissons, agitation, perte de l'appétit, douleurs épigastriques, flatulences, vomissements, constipation ou diarrhée. Mais les symptômes les plus comn^uns, qui se manifestent dès les premiers jours.
sont : un état de faiblesse générale avec pâleur du visage^ douleurs gastralgiqiies , dégoût des aliments, surtout une toux courte et sèche qui peut faire croire à la présence de tubercules^ et ne correspond cependant à aucune altération pulmonaire grave.
Les règles sont modifiées , elles avancent ou retardent, mais ne présentent jamais leurs caractères habituels quant à la quantité et quant à la qualité du sang. Enfin, il n^est pas rare d^observer des hémorrhagies par exhalation, hémorrhagies qui se présentent en dehors des époques menstruelles, et dont Fabondance varie.
Le diagnostic de la blennorrhagie, chez la femme, est souvent difficile. G^est avec la leucorrhée acre que la confusion s'établit le plus facilement. Les caractères distinctifs se tirent, comme je Fai dit déjà, de Tordre de succession des symptômes, la douleur suivant la leucorrhée acre, tandis qu'elle précède Técoulement blennorrhagique.
4° Blennorrhagie de l'anus. — Elle s'observe chez la femme, dont Fécoulement vaginal vient aisément contaminer l'anus, surtout quand la malade est couchée, et chez les hommes qui se livrent à la sodomie. M. Baumes cite un cas de ce genre (t. I, p. 202), dans lequel les circonstances de la contagion ont été parfaitement déterminées.
Chez la femme , le pourtour de l'anus rougit et se gonfle; la malade éprouve de la chaleur et de la cuisson, symptômes qui acquièrent un grand degré d'acuïté pendant la défécation et à sa suite. Les envies d'aller à la selle sont plus fréquentes que de coutume, et ac-
compagnées de douleur et de gêne. Un suintement plus ou moins abondant, caractéristique, semblable à celui qui a lieu par la vulve, vient compléter ces symptômes. Le muco-pus touchant le périnée pour arriver de la vulve à Tanus, le raphé se trouve toujours plus ou moins rouge et excorié.
Chez rhomme, on constate d'abord cette disposition du rectum, qui est particulière aux sodomistes. Le pourtour de Tanus, la muqueuse du rectum sont rouges et présentent une surface granulée. Le suintement a les caractères spécifiques du muco-pus ; quant à la douleur, c'est encore de Tardeur, de la cuisson, symptômes accompagnés de besoins plus fréquents de défécation, et augmentés en allant à la garde-robe.
Cette blennorrhagie suit la marche ordinaire; la douleur précède le suintement, et, lorsque la guérison s'avance, la rougeur et la sensibilité de la muqueuse diminuent, l'écoulement devient plus clair, filant, muqueux, enfin il cesse complètement.
5° Blennorrhagie des paupières (Ophthalmie biennorrhagiqué). — C'est la maladie la plus grave que le médecin soit appelé à traiter. On l'a rapportée souvent à la métastase , mais dans son état primitif, elle est toujours le résultat de l'application fortuite et directe du muco-pus, ainsi que M. Ricorden convient (1).
Le premier symptôme accusé par le malade est un sentiment de chaleur et de prurit et celui de la présence d'un grain de poussière dans l'œil. Les paupières
(1) Tmité de la maladie vénérienne, de Hunter, p. 3T8.
sont les premières à se congestionner; elles rougissent, leurs "bords sont unis par un mucus qui se dessèche; cette rougeur envahit rapidement la conjonctive oculaire par laquelle la maladie commence quelquefois.
La sécrétion morbide s'établit avec une grande rapidité. Elle se compose d'abord de muco-pus, qui forme des traînées dans le -sillon oculo-palpébral, et devient très-vite franchement purulent et d'une extrême abondance. Cet écoulement est aussi parfois clair, séreuX; blanc-jaunâtre, pâle; il ruisselle sur la joue, surtout quand on essaye d'entr'ouvrir les paupières, et excorie les endroits qu'il touche.
Une partie de cet écoulement se concrète sous la forme d'une couche diphthéritique, qui reste à la surface du globe oculaire et à la surface des paupières, où elle adhère assez fortement.
A mesure que la maladie s'aggrave, la conjonctive s'injecte, se gonfle et se ramollit, le tissu cellulaire sous-conjonctival s'infiltre et un chémosis de consistance presque charnue ou œdémateuse entoure la cornée.
Les paupières se gonflent en même temps, forment une tumeur rouge, tendue, luisante, qui n'est susceptible d'aucun mouvement. La paupière supérieure recouvre presque entièrement la paupière inférieure; ou bien l'une et l'autre se renversent, donnant ainsi lieu à un ectropion très-grave, qui se trouve étranglé par la constriction spasmodique de lorbiculaire des paupières.
Lorsque les symptômes organiques sont arrivés à ce