L. SiMO-N
points l'écoulement devient très-purulent, quelquefois sanieux et sanguinolent.
Il arrive enfin que Tinflamniation de la conjonctive devient phlegmoneuse ; le chémosis prend alors une consistance charnue et la cornée s'altère très-rapidement.
Celle-ci reste quelquefois intacte^ au moins Test-elle toujours au début; au bout de quelques jours, elle devient opaque, grise, puis se ramollit et s'ulcère dès qu'une infiltration purulente s'y est établie. C'est alors qu'on voit s'y former de petits abcès dont la rupture entraîne également la sienne. Dans le cas de chémosis phlegmoneux, un cercle opaque jaunâtre se forme à la circonférence de la cornée et tend peu à peu à envahir les parties restées saines jusque-là.
La cornée se détache parfois en une seule masse et l'œil se vide : l'humeur aqueuse est expulsée avec le cristallin, et l'iris vient faire hernie à travers l'ouverture qui s'est formée.
Lorsque la guérison doit avoir lieu, l'écoulement prend les caractères de la sérosité, diminue en quantité, tandis que la rougeur et le gonflement de la muqueuse s'eff'acent.
La douleur causée par l'ophthalmie blennorrhagique est d'abord assez légère, mais elle augmente rapidement, devient pongitive, s'accompagne de photophobie, s'étend à la tête et même aux nerfs dentaires, revêtant alors le caractère pulsatif.
La fièvre existe rarement au début; elle se développe-lorsque les altérations profondes s'établissent.
La marche de cette maladie est insidieuse et rapide.
Insidieuse, parce qu'après être restée stationnaire pendant quelque temps, elle prend tout à coup une gravité extrême; rapide, parce qu'elle peut amener la perte de Tceil, même en quelques heures.
Cette maladie^ toutefois, est capable de guérison. Dans ce cas, les taches de la cornée disparaissent, les ulcères se cicatrisent, laissant des traces indélébiles quand ils ont eu une certaine profondeur. Le staphylôme, les adhérences de Tiris, les granulations fongueuses sont aussi des altérations fréquentes à la suite de la blennorrhagie de Toeil.
Le pronostic est toujours très-grave, surtout quand la maladie marche rapidement.
6° Coryza blennorrhagique. — Il est dû, comme Fophthalmie^ à Tapplication directe du muco-pus; ses symptômes se rapprochent de ceux que j'ai indiqués pour les autres muqueuses.
Une sensation de chaleur et de cuisson, la rougeur et le gonflement de la membrane pituitaire, un écoulement nasal peu abondant d'abord, muqueux, puis muco-purulent, verdâtre^ épais, excoriant les narines et la lèvre supérieure : tels sont les symptômes qui le caractérisent. Ce qui le distingue du coryza ordinaire, c'est sa persistance, la propagation de l'état congestif aux parties profondes des fosses nasales et l'abondance de la sécrétion. Cette espèce de blennorrhagie est excessivement rare.
70 Otite blennorrhagique. — Elle est rare, très-opiniâtre, se caractérise aussi par la rougeur de la partie
interne du conduit auditif^ son boursouflement et la sécrétion caractéristique. Cette blennorrhagie est trèsdouloureuse et cause parfois, mais non toujours, la surdité.
8° Stomatite blennorrhagique. — M. Baumes en cite un curieux exemple. Il s'agit d'un homme ayant appliqué ses lèvres sur la vulve d'une femme atteinte de blennorrhagie, et chez lequel survint à la lèvre inférieure une plaque rouge et granulée, en tout semblable à celle qu'on trouve sur le col utérin dans le cas de blennorrhagie. Cette rougeur s'accompagnait d'un sentiment de cuisson et de chaleur, et d'un écoulement muco-purulent caractéristique. Le contact des aliments et celui des corps étrangers était très-douloureux.
Le même auteur ajoute que la maladie peut être portée au fond de la gorge par une application directe et contre nature que la débauche invente et pratique de nos jours. Ici, c'est encore la rougeur et l'état granulé de la muqueuse qui sont caractéristiques ; la sécrétion le serait également, si on pouvait l'apprécier; mais elle est dénaturée par la salive, et surtout échappe en raison de la position et des fonctions de l'organe affecté.
On dit avoir observé la blennorrhagie dans le creux ombilical, où elle serait caractérisée par la rougeur, l'excoriation de la peau, un sentiment d'ardeur prononcé et une sécrétion caractéristique. C'est là plutôt une appréciation théorique qu'un fait d'observation.
J'ai dit plus haut (p. 223) que le canal de l'urétre et le vagin pouvaient être le 'siège d'écoulements non blennorrhagiques. Ceux-ci ont été divisés en écoulements syphilitiques^ psoriques, syçosiques et scrofuleux, dont j'ai donné les caractères d'une façon assez complète pour qu'il soit inutile d'y revenir.
TRAlTExME^T DE LA BLENNORRHAGIE PRIMITIVE.
Le traitement de la blennorrhagie primitive a été divisé an préservatif, obortif ei curatif.
J'ai dit déjà (p. 275) la nullité du traitement préventif des maladies vénériennes en général ; il n'y a point d'exception en faveur de la blennorrhagie. Faut-il nous en plaindre? Non^ certes. « La découverte d'un moyen « préservatif infaillible^ s'il était possible de le décou- ({ vrir^ serait une prime d'assurance accordée à la déc( bauche. Les conséquences de cette dernière sont « plus étendues que l'infection syphilitique ou blen- « norrhagique. Nous savons aujourd'hui à quelle pro- « géniture donnent naissance les peuples énervés par « les plaisirs des sens, de quelles grandes actions, de « quelles nobles pensées ils sont incapables. A cet « égard, comme à bien d'autres, la science, d'accord « avec la morale, proclame les mêmes résultats. Dans « son état actuel de développement, elle déclare donc « qu'il n'est point de moyen préservatif assuré contre a l'infectioft blennorrhagique : et, au lieu de se plain-
« dre d'un pareil résultat^ elle s'en applaudit dans Tin- « térêt des sociétés et des individus (1). »
Le traitement abortif auquel M. Diday accorde une grande importance et qui a été bien souvent repoussé depuis Sw^édiaur jusqu'à nos jours,, le traitement abortif est jugé et condamné par ce seul fait que la blennorrhagie est le premier degré d'une diathèse et qu'on ne fait pas avorter une maladie virulente.
L'école homœopathique l'a formellement répudié , et cela pour des raisons qu'il me suffira de transcrire dans les termes mêmes où elles ont été formulées.
« Essayer de faire avorter une blennorrhagie, dit « M. Léon Simon^ père^ c'est satisfaire à l'impatience (( du malade et ne point traiter la maladie. Consultez (( l'expérience^ elle vous dira les nombreux dangers « auxquels vous exposez ceux qui se confient à une « pareille méthode. Interrogez le raisonnement , il « vous montrera qu'un moyen abortif agit comme « perturbateur^ ou comme répercussif; qu'ainsi^ s'il « est assez puissant pour masquer les symptômes , il « ne peut rien contre la cause ; qu'il laisse le malade « sous le poid^ de la force morbide devenue d'au- « tant plus puissante qu'elle a été plus contrariée dans « sa marche nécessaire (2). »
Reste donc le traitement curatif^ le seul auquel nous puissions avoir recours.
Lorsqu'on a traité par l'homœopathie un certain nombre de blennorrhagies primitives, on est surpris de
(1) Léon Simon père, Mém. sur la blenno7^h.,i^. 363.
(2) {dem, père, loc. cit., p. 366.
la différence de leur durée. Tantôt la maladie marche franchement^ elle cède en quelques semaines ; tantôt elle semble résister aux médicaments et se prolonge beaucoup plus.
Au reste, cette différence se retrouve plus marquée encore en allopathie. Il n'est pas rare, tout le monde le sait, de rencontrer des sujets qui ont eu des écoulements dont la guérison ne s'est pas fait attendre; mais il est plus commun encore d'en rencontrer chez lesquels la maladie se perpétue sous la forme d'un suintement intarissable.
Je dois dire que je n'ai jamais vu ce résultat se produire chez ceux que j'ai traités dès le début ; chez aucun il n'est resté de blennorrhée , seulement les uns ont été guéris en quelques semaines , les autres dans l'espace de trois à six mois.
Sur vingt cas réunis par le docteur Riickert, la maladie s'est prolongée de vingt-quatre heures à huit, quatorze, vingt-six jours et à trois semaines. Le docteur MûUer l'a vu varier de seize jours à quatre ou cinq mois (1).
Cette variabilité tient à plusieurs causes : d^abord, aux fautes de régime commises par le malade, et par régime il faut entendre non-seulement l'alimentation, mais encore le genre de vie tout entier. Rien ne s'oppose plus à la guérison d'une blennorrhagie qu'une ahmentation épicée, excitante, que l'usage des vins capiteux, des liqueurs, je dirai aussi que l'habitude si
(1) Rûckert, Klinische Erfahrungen,\o]. il, p. 109.
exagérée du cigare. Le tabac ayant la propriété de faire naître sur Thomme sain des symptômes d'irritation de la muqueuse urétraie : l'inflammation et Fagglutination des lèvres du méat urinaire, des érections nombreuses^ des douleurs en urinant , il est facile de comprendre qu'il soit un moyen d^entraver Faction des autres médicaments et de maintenir une irritation médicinale artificielle alors que la congestion spécifique aurait disparu.
La fatigue corporelle^ les courses forcées^ Féquitation^ la danse^ la gymnastique, le coït et Tonanisme, sont aussi des obstacles à laguérison de la maladie.
Un autre motif d'insuccès se trouve dans la difficulté de choisir le médicament convenable ; non pas que la matière médicale homœopathique ne soit riche à cet égard, mais parce que la blennorrhagie se présentant, à un certain moment de sa durée, avec des symptômes peu nombreux, il devient très-difticile de distinguer entre deux substances analogues. Or, ce n'est jamais quand la maladie est à son apogée , quand elle se présente avec les lésions de sensations, de fonctions et de texture qui la caractérisent, que le choix du médicament est difficile ; mais seulement lorsque la douleur, les érections, les envies d'uriner ayant cessé , on se trouve aux prises avec un écoulement presque indolent et sans aucun autre symptôme. La blennorrhagie rentre alors dans ces affections dont Hahnemann parle au § 472 de YOrganon, et dont la thérapeutique est rendue difficile à cause du petit nombre de leurs manifestations.
Il ne faut pas oublier non plus que la maladie, dont il est question en ce moment, ne cède jamais à un médicament unique, ce qui tient aux différences symptomatologiques de ses phases diverses. Le grand point est donc de changer le médicament en temps opportun, d'observer entre chacun d^eux les intervalles de repos nécessaires, de tenir compte enfin des aggravations qui peuvent se produire.
Je ne crains pas de le dire : en observant toutes ces précautions, on guérira la blennorrhagie avec les médicaments homœopathiques , sans recourir aux moyens douloureux et indirects de l'allopathie, et sans laisser le malade exposé à des transformations redoutables ou à des suites pénibles de Taccident primitif.
Parmi les médicaments recommandés pour la blennorrhagie primitive, il en est un qui est essentiel ; il joue, par rapport à cette affection, le rôle du mercure par rapport à la syphilis; ce médicament est le CAKNABis SATivA. Il Convient, quel que soit le siège de la maladie, -est approprié à plusieurs de ses périodes , ce qu'expliquent et justifient les symptômes qu'il a puissance de produire chez l'homme sain : sur le gland et le prépuce, la rougeur, la douleur allant du prurit à la cuisson et à la brûlure, le suintement, le gonflement et les gerçures; dans le canal de l'urètre, la douleur, les érections, l'écoulement muco-purulent, et aussi le suintement muqueux, clair, transparent à la période de déclin ; chez la femme , la leucorrhée caractéristique ; sur le globe oculaire , les signes
622 DES MALADIES VÉNÉBÏEMES,
d'ophthalmie violente. Bernstein remploie presque exclusivement dans les gonorrhées qui datent de dix à quatorze jours^, trois semaines au plus; il donne dV bord cannabis seul, puis cannabis alterné avec sulphur, en les donnant de deux jours l'un ; la douleur étant passée, il termine par sulphur seul.
Cependant , pour être d'une application très-générale, le CANNABIS n'est pas un médicament d'une efficacité absolue. S'il est indispensable au traitement de la blennorrhagie type, il ne suffit pas à la guérir ; il est donc nécessaire de fixer ses indications et de déterminer celles des substances qui doivent le remplacer pour chacune des formes morbides dont j'ai donné la description.
1°Balanite etposthite. — Le premier médicament à prescrire est le cannabis, pourvu que la rougeur soit vive, le suintement épais, jaune, formant des taches verdâtres, la douleur aiguë, ayant les caractères de la cuisson et de la brûlure. Un gonflement modéré du prépuce n'est pas une contre-indication.
Le cannabis doit être donné à la 18® et à la 24® dilution, en globules, rarement en gouttes ; on répète la dose de trois à quatre fois par jour, au plus.
Le premier eff'et de ce médicament est d'augmenter l'écoulement, qu'il rend plus épais et plus vert ; mais de diminuer la rougeur, la douleur et le gonflement. Il faut alors laisser réagir le malade pendant trois à quatre jours, huit jours au plus, et passer ensuite à une autre substance. Sulphur et natrum mdriaticum sont indiqués ; sulphur, si le suintement reste épais, si la dou-
leur cuisante et pruriteuse conserve son intensité^ surtout si le malade avait présenté autrefois des symptômes d'herpès.
Natrum muriaticuM;, quand Técoulement a diminué de beaucoup^ que la douleur est presque nulle, le gland et le prépuce étant encore couverts de taches rouges parfaitement limitées.
Ces médicaments doivent être donnés comme le cannabis, à des dilutions élevées, de la 24^ à la 30° et au delà.
Enfin, le suintement étant diminué et ayant repris les caractères d'un smegma trop abondant, sepia terminerait la guérison. Il suffirait de la donner à la 30° dilution, à la dose de 5 à 8 globules dissous dans une potion de 125 gr., dont le malade prend une cuillerée à bouche le matin et une le soir.
D'autres médicaments peuvent être encore recommandés :
Corallium, quand la surface interne du prépuce est largement et profondément excoriée;
Graphites, lorsqu'un mucus épais et adhérent recouvre le gland ;
Mezereum, lorsque les surfaces malades sont recouvertes de granulations très-apparentes et rouges;
Mercurius corrosivus, lorsque la sécrétion anormale se compose d'une matière grasse, épaisse répandant une mauvaise odeur;
Mercurius solubilis, dans le cas de rougeur foncée avec suintement d'un jaune clair ou sanguinolent, chaleur et gonflenfent des parties malades ;
Natrum carbonicum, si, à la fin d'une balano-posthite, le gland reste gonflé, excorié, la sécrétion et Faccumulation du smegma étant très-abondantes;
Nitin o.cidum^ s'il y a des exulcérations très-superficielles ;
Rhus toxicod., quand il y a paraphimosis et que le gland est couvert de taches rouges, le suintement étant peu abondant. Ce médicament, toutefois, se rapporte davantage aux affections herpétiques qu'à la blennorrhagie.
Il n'en est pas de même de cinnabaris, qui est le médicament spécifique quand il existe un phimosis ou un paraphimosis inflammatoire ou œdémateux.
Dans le cas où le phimosis devient phlegmoneux, hepar sulphuris doit être prescrit; on le donne jusqu'à ce que l'abcès soit ouvert. Il faut le prescrire à la 42^ ou à la 18^ dilution, à la dose de 6 globules à 1 goutte dans une potion ordinaire, L'efl'et de ce médicament est de hâter la rupture de l'abcès. Celui-ci étant vidé, silicea doit remplacer le foie de soufre; on le donne à la 24^ ou à la 30^ dilution, et en globules. Si l'ulcération, au lieu de se cicatriser, tend à devenir fistuleuse, graphites qï sanguinaria canadensis deviendraient très - utiles ; il faudrait les donner comme silicea.
J'ai supposé, jusqu'à présent, que le phlegmon s'était formé dans l'épaisseur du prépuce; mais si la collection purulente s'est faite entre le gland et ce repli, ainsi que je l'ai indiqué (p. 592), les médicaments ne sont pas les mêmes. Il ne s'agit plus alors, en eff'et, d'un
abcès véritable^ mais bien d'une accumulation du rauco-pus par obstacle mécanique. Il faut donc diminuer le gonflement préputial avec le cinnabaris, et chercher^ par une compression bien dirigée^ à faire sortir les liquides retenus dans le sillon balano-préputial. Si les accidents étaient menaçants, il ne faudrait pas hésiter à pratiquer une ponction avec le bistouri.
Le phimosis et le paraphimosis gangreneux seront traités comme il a été dit, p. 342.
2° Blennorrhagie urétrale chez l^homme. — Cette maladie présente, dans sa durée, quatre moments distincts ; le début, l'apogée^ le déclin, enfin cet instant où tous les autres symptômes ayant disparu, il ne reste plus qu'un suintement muqueux , peu abondant, qui agglutine les lèvres du méat et laisse sur le linge de petites taches tout à fait incolores.
Au début, le malade peut se présenter avec des craintes éveillées par un sentiment d'ardeur, de prurit et de fourmillement sans aucune espèce d'humidité du canal : Bignonia radie, minor a été recommandée pour cette période par les docteurs Haubold, MûUer, Noak etWalhe (4).
On doit faire ici une remarque, c'est qu'il y a beaucoup de sujets chez lesquels ces sensations se produisent après quelque excès de coït, sans qu'il y ait eu contagion ; qu'il ne faut pas conclure, par conséquent, que le médicament a fait avorter la maladie, parce que l'écoulement n'a pas paru. De plus , cette substance
(1) Rûckert, loc. cit., p. 72.
nous étant absolument inconnue dans ses effets sur Fhomme sain, il est impossible d'établir ici le moindre contrôle. Or, les lésions de sensation dont il est question, en ce moment, disparaissent d'elles-mêmes après quelques jours de repos, lorsqu'elles ne sont pas le signe d'une blennorrhagie commençante, l'action thérapeutique de bignonia est donc tout aussi obscure que son action physiologique.
Il y a bien plus de certitude , au point de vue du diagnostic, lorsque la chaleur, le prurit et le fourmillement, ressentis dans Turètre, sont accompagnés d'un écoulement muqueux, blanchâtre, encore peu abondant. S'il s'agit d'un sujet qui n^a jamais eu de gonorrhée, il n'y a pas à hésiter ; l'existence de la blennorrhagie est indubitable. Seulement elle se présentedans un état de simplicité absolue. Petroselinum est indiqué en pareil cas; on le donne à une dilution moyenne, à la dose d'une goutte dans une potion de 125 gr., dont le malade prend de quatre à huit cuillerées en vingtquatre heures. Ce médicament, recommandé par Hahnemann, a été souvent employé en homœopathie (1), et, s'il a été souvent infidèle, cela tient à ce qu'on l'a prescrit après le développement complet de tous les symptômes, ou dans des cas plus compliqués. Le petroselinum réussit également à ces malades qui ont eu des gonorrhées mal guéries, et chez lesquels le moindre excès de coït ramène un écoulement catarrhal.
Lorsque la blennorrhagie est complètement déve-
(1) V.oy. un Mémoire de Lahurthe, in Archives.
loppée^, CANNABIS est le seul médicament auquel on puisse songer. On le donne à la 12® ou à la i8* dilution^ à la dose de 4 à 5 globules à 1 goutte. Cette maladie étant de celles qu'on tient à dissimuler et pour lesquelles on n^interrompt pas ses occupations, on est souvent obligé de donner les médicaments à sec au lieu de les faire prendre en potion ; on prescrit alors de 2 à 3 globules chaque fois, et on répète cette dose deux à trois fois par jour, au plus ; quand on ordonne une potion, on peut en donner une cuillerée toutes les six ou huit heures.
Le premier effet du cannabis est souvent de produire une aggravation ; les douleurs deviennent plus vives, les érections plus fréquentes et plus douloureuses, récoulement plus épais, plus vert et plus abondant. Il faut alors arrêter le médicament et laisser à la réaction un intervalle de repos de quelques jours. Si cette aggravation était trop forte, on la calmerait avec camphora ; mais il vaut mieux s^'arrêter à temps, et ne point recourir aux antidotes.
L'effet de cannabis étant épuisé, on observe toujours une modification dans les symptômes; ou bien Fécoulement a diminué, est devenu plus clair, mais les douleurs persistent ; sulphur doit alors succéder à cannabis.
Ou bien, les douleurs surtout se sont apaisées, et récoulement, tout en diminuant de consistance, et en devenant plus jaune, reste le même en quantité ; dans ce casNATRUMMURiATicuM doit être préféré au sulphur.
Enfin, les douleurs étant de beaucoup amoindries, récoulement reste purulent, épais, formant sur le linge
des taches vertes caractéristiques ; il est plus abondant la nuit que le jour; dans cette hypothèse, mercurius sOLUBiLis se trouve indiqué.
Lorsque la blennorrhagie ne présente aucune complication, elle cède aux médicaments sus-indiqués; ceux-ci suffisent à la guérir ; Tobservation suivante en est la preuve.
Première observation. — M. de M..., 28 ans, tempérament lymphatico-sanguin , me consulta en novembre 1850 pour une blennorrhagie contractée huit jours auparavant, et dont les symptômes s'étaient caractérisés le quatrième jour à partir du coït.
^écoulement était épais, d'un jaune verdâtre, abondant, laissant sur le linge des taches vertes très-étendues ; les douleurs de brûlure et de cuisson accompagnaient rémission des urines; elles se faisaient sentir surtout au niveau de la fosse naviculaire ; le membre viril était gonflé, le gland rouge et luisant, le méat était d'un rouge vif et tuméfié ; érections très-pénibles la nuit, soulagées seulement en se levant et par des lotions d'eau froide. Courbature , langue blanche, muqueuse, anorexie, constipation.
20nov. 1850. Cannabis sativa, 18^ goutte pour 125 gr. d'eau alcoolisée; prendre toutes les six heures une cuillerée de cette potion.
23 nov. Écoulement moins épais, plus jaune , plus muqueux, faisant des taches jaunes et raidissant le linge ; douleurs beaucoup moindres pendant la miction, érections presque nulles. Disparition des symptômes .généraux.
Prescription, — Repos de deux jours pour la réaction , puis natrum muriaticum, 24/6 globules dans une potion^ trois cuillerées par jour.
27 nov. Écoulement presque nul, séreux; douleurs un peu plus vives en urinant ; bien du reste.
Sulphur trit., 30/5 glob., donné ut suprà.
d" décembre. Très-bien^ écoulement presque nul^ la douleur a disparu.
Pas de médicament
Je revois le malade huit jours après ; la guérison est complète.
Deux ans plus tard, le même malade^ après avoir subi une nouvelle contagion , dont il pouvait indiquer la source, revint avec une nouvelle blennorrhagie^ tout aussi aiguë que la première.
Il reçut d'abord cannabis^ 12^ dilut.^ dont il prit 5 globules matin et soir^ pendant 2 jours. Au bout de ce temps, Técoulement était resté très-épais, blancjaunâtre, formant des taches vertes la nuit, tandis que le jour il était beaucoup plus séreux et laissait des taches blanchâtres sur le linge. Le canal de Turètre était le siège de picotements assez vifs, en urinant.
Prescription. — Prendre matin et soir 4 globules de mercurius solubilis^ à la 6000^' dilution, et ensuite sulphur trit., 6000^, 4 globules matin et soir, pendant 48 heures aussi. Ces deux médicaments furent séparés l'un de Tautre par un repos de 4 jours.
Au bout de ce temps , Técoulement était devenu complètement séreux, très-peu abondant, et une lé-
gère douleur se faisait sentir à la racine de la verge^ |
par la pression.
Après 6 jours de repos^ 4 doses de sulphur 18/4 globuleS;, prises à 24 heures d'intervalle Tune de l'autre, firent cesser ces symptômes, et la guérison fut dès lors complète.
Réflexions. — La première pensée qui se présente à la lecture de cette double observation, est de se demander si la seconde blenriorrhagie n'aurait pas été simplement une rechute de la première ; mais le long espace de temps qui s'est écoulé entre ces deux infections, rétat de santé absolue dans lequel le malade s'était trouvé pendant ces deux années, l'égale acuité des symptômes observés dans les deux cas, prouvent qu'elles dépendaient l'une et l'autre d'une infection distincte.
Ce malade a donc été atteint , en réalité , de deux blennorrhagies, toutes deux ayant cédé aux mêmes agents, toutes deux ayant été parfaitement guéries sans le secours des injections, et cela en moins de quinze jours pour chaque fois.
On voit aussi par ce fait que les médicaments, lorsqu'ils sont parfaitement appropriés à la maladie, réussissent également bien quand on les donne dans une potion et quand on les fait prendre en globules ; sa dernière partie dépose de plus en faveur des hautes dilutions. ,
J'ajouterai que j'ai eu occasion de voir plusieurs fois ce malade depuis 1852, et que jamais aucun symptôme n'a reparu du côté de l'urètre; jamais ce monsieur n'a
présenté aucune affection qu'il fût possible de rattacher à ces deux blennorrhagies ; et cependant il est loin d'observer le célibat.
Mais la gonorrhée ne se présente pas toujours sous une forme aussi franche^ d'où il résulte que le canna-
BISj le NATRCM MURIATICUM^ le MERCURIUS SOLUBILIS et
le suLPHUR ne suffisent pas toujours à sa guérison.
On a recommandé alors : Agave americana, médicament absolument empirique, dont les effets purs nous sont inconnus^ mais qui aurait réussi, ainsi que le rapporte le docteur Rosenberg, dans un cas de gonorrhée violente, très-douloureuse, avec cordée,, strangurie, tiraillements dans les cordons et les testicules, douleurs qui s'étendaient jusqu'à la cuisse. Le malade avait été traité en vain par l'allopathie ; le médicament lui fut donné sous forme d'extrait et à la dose de quelques grains (i).
Nous n'avons pas le droit, sans doute, de repousser d'une manière absolue une semblable indication. Cependant, il faut convenir qu'en l'absence des données de l'expérimentation pure, elle perd beaucoup de sa valeur, et que si Vagave americana a remplacé avec avantage le copahu et le cubèbe , rien ne prouve qu'il soit préférable au cannabis et au natrum muriaticum.
Cantharides , qui est beaucoup mieux connu et dont les indications sont beaucoup mieux justifiées, n'a pas une action spécifique sur la blennorrhagie. Il
(1) Voyez Rûckert, loc. cit., [>. là.
s'adresse seulement aux symptômes d'inflammation suraiguë survenant chez les sujets irritables, qui ont aggravé leur maladie par Tusage de boissons irritantes^ par la fatigue, en se livrant au coït ou à l'onanisme.
Cantharides est indiqué par les symptômes suivants : gonflement, rougeur du méat urinaire, où se fait sentir une douleur de plaie et de cuisson en urinant , forte douleur de brûlure en urinant , besoins fréquents d'uriner, amenant parfois des efforts inutiles ; ou un écoulement d'urine goutte à goutte et au milieu de souffrances extrêmes; quelquefois même rétention d'urine complète ; érections très-douloureuses la nuit, allant jusqu'à la cordée, écoulement urétral purulent et mêlé de sang.
L'eff'et des cantharides est de ramener la blennorrhagie à sa simplicité ordinaire , et de permettre de recourir avec avantage à l'un des médicaments indiqués plus haut.
Capsiciim annuum est moins important ; il réussit quand la douleur est brûlante pendant l'émission de l'urine, lancinante et brûlante en dehors de la miction, et quand l'écoulement est épais et blanc comme de la crème.
Copaïva balsam. , dont les effets pathogénétiques nous sont encore mal connus, a paru réussir au début de la maladie, tant qu'il n'y a pas les besoins d'uriner qui deviennent si fréquents un peu plus tard.
Nitri acidum vient après cantharides, si Técoulement, en étant moins douloureux, reste sanguinolent.
BLENNOIIRHAGIE. 63 3
Polygonum maritimum, purement empirique^ indiqué encore par le docteur- Rosenberg comme ayant réussi à calmer des douleurs extrêmement vives pendant la miction^ douleurs qui se faisaient sentir chez un sujet atteint de gravelle et qui avait contracté une gonorrhée. Ces douleurs étaient tellement aiguës qu'elles causaient un tremblement général et arrachaient des pleurs (1).
Tussilago petasites, médicament essentiellement dû à Tempirisme, et qui aurait réussi chez les sujets hémorrhoïdaires et débauchés, de caractère irritable, la douleur étant très-aiguë, mais exclusivement limitée à la fosse naviculaire.
Acidum fluoricum serait utile pour les rechutes qui surviendraient dans les gonorrhées traitées par le tussilago (2).
Le malade chez lequel ce dernier médicament réussit, éprouva tout d'abord de la douleur en urinant, puis il vit paraître à Torifice de Turètre une goutte de mucus jaune. En même temps, une sueur oléagineuse d'une odeur pénétrante s'établit autour des organes génitaux.
Avec les médicaments qui précèdent, il est toujours possible de triompher de la période d'acuité de la blennorrhagie, et aussi d'arriver à réduire l'écoulement muqueux à de très-petites proportions, souvent même d'en triompher complètement. Mais on rencontre aussi des malades chez lesquels l'inflammation
(1) Rùckert, loc. cit., p. 95.
(2) Ibid., p. 85 et 103.
du méat persiste ; les lèvres de ce dernier formant un petit bourrelet rouge. Hepar sulphuris suffit souvent à faire cesser ces dernières traces de la maladie. Ou bien un mucus visqueux et filant vient agglutiner les bords de Forifice de Turètre : sulphur, sepia sont souvent utiles alors. Mais il y a deux substances qui mériteraient, dans ce cas^ plus d'attention qu'on ne leur en accorde^ je veux dire horax veneta et digitalis, Tun et l'autre ayant la puissance de produire sur Thomme sain les symptômes dont je parle (J).
(1) Le blennorrhin a été aussi recommandé; il ne se retrouve pas, néanmoins, dans la liste des substances indiquées par le docteur Rùckert. Son emploi ramènerait à l'isopathie dont j'ai dit déjà l'insuffisance et les dangers, à propos de la syphilisation. Cette question étant de celles que l'on n'abandonne pas facilement, je rappellerai de nouveau les termes dans lesquels elle a été résolue en regard de la blennorrhagic et du blennorrhin.
« J'avoue, dit M. Léon Simon père, n'avoir jamais fait usage « de ce moyen qui n'est pas de Vhomœopatfde^ mais de Visopa- « thie. J'ai fait quelques essais d'isopatliie, surtout dans le trai- « tement des affections herpétiques, et leur résultat ne m'a pas « encouragé à pousser plus loin de pareilles tentatives. J'ai ob- « tenu, par cette méthode, des aggravations si vives et si persis- « tantes que j'ai cru y reconnaître plutôt les symptômes d'une « nouvelle infection qu'une action thérapeutique. La réflexion « m'éloignerait plus encore de l'isopathie qu'elle ne m'en rappro- « cherait. S'il y a quelque chose de séduisant à penser qu'il entre « dans les vues de la nature que l'homme porte en soi-même le « remède à tous ses maux, il n'est pas moins logique d'admettre « que nous ayons besoin de secours étrangers pour soulager nos « misères. 11 n'est pas dans les lois de l'ordre universel que « l'homme individu se suffise à lui-même, et c'est ce qui arrive- « rait en médecine si l'isopathie était fondée. On a cité quelques « faits de guérison par cette méthode; ces faits voudraient être « soumis à une analyse un peu sévère, et cette analyse manque
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Le mode d'administration de ces divei's médicaments est toujours le même ; il faut employer des dilutions d'autant plus élevées^ que la maladie se rapproche davantage, par sa marche, des maladies chroniques; les dilutions moyennes ne doivent être préférées que dans la période aiguë. La dose ayant été déterminée, il faut la répéter de moins en moins souvent à mesure que la guérison avance ; il est rare que, dans les deux dernières périodes, on soit obhgé de la répéter plus de deux à trois fois par jour.
On s'est demandé souvent s'il convenait de recourir aux injections comme moyen accessoire. Il est évident que la réponse doit être négative. D'abord les injections astringentes et caustiques sont inutiles ; quand on arrive à bien choisir le médicament , la guérison s'obtient sans leur secours. De plus, elles sont nuisibles, eu égard à l'action des agents homœopathiques, lesquels tendent à abréger les différentes périodes de ia maladie, mais non à les éviter.
Quant aux injections émollientes, dont l'effet serait de nettoyer le canal, elles seraient aussi superflues , l'émission des urines ayant le même résultat, et, de plus, ayant l'avantage de repousser le muco-pus d-^arrière en avant au lieu de le renvoyer vers la vessie.
Les bains généraux ont plus d'avantage. Les ma-
« aux faits rapportés. Je ne conseillerais l'isopathie dans aucun « cas, et je la redouterais dans toutes les maladies miasmati- « ques. Au surplus, cette méthode, dont on a parlé pendant « quelque temps, me paraît complètement abandonnée. » (Mém. sur la blennorrhagie, p. 372.)
lades les redoutent, parce que, disent-ils, ils aii^^mentent récoulement. La raison est mauvaise , car la blennorrhagie n'est ni plus longue ni plus rebelle, parce que la sécrétion muco-purulente est plus abondante. Or, le bain a l'avantage de diminuer les envies d'uriner et la douleur qui accompagne la miction ; à ce compte, il ne faut pas le négliger dans la période d'acuité de la maladie.
Il est également nécessaire de faire prendre au malade une boisson capable de le désaltérer en augmentant la quantité des urines. Le sirop de cerises étendu d'eau est la tisane qui est préférable à toutes les autres.
La blennorrhagie urétrale, pendant son cours, peut s'étendre, ainsi qu'il a été dit, et envahir des tissus et des organes divers, d'où résultent des complications. Quelques-uns de ses symptômes peuvent aussi prendre un développement inaccoutumé, ce qui nécessite l'emploi de certaines substances. Ces symptômes deviennent quelquefois assez importants pour paraître dominer la maladie, il importe de les effacer tout d'abord. Il faut citer parmi eux :
1° Vischuric, la dysurie, la strangurie, qui dépendent soit du gonflement et de l'inflammation de la muqueuse urétrale, soit de l'envahissement du col de la vessie. Cannabis suffit souvent à calmer ce symptôme, sinon cantharides est très-efficace, surtout si les douleurs sont très-vives et le suintement purulent et sanguinolent. PulsatUia et nux vomica seraient utiles après cantharides : le premier chez les sujets lympha-
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tiques^ le second chez les, sujets irritables^ hémorrhoïdaires, et si 1-aggravation de la maladie tient à quelque excès de boissons spiritueuses ou de café. Si cette exacerbation était le résultat du coït pratiqué pendant la maladie, ou de Tonanisme, belladona, suivie d'aciduin phosphoricum , serait préférable. Capsicum annuum eipetrolewn réussissent aussi quelquefois dans le cas de cystite.
Ces médicaments doivent être donnés à une dilution moyenne^ à la dose de 6 à 8 globules à 1 ou 2 gouttes dans une potion de 125 gr.; on fait prendre de trois à six cuillerées en vingt-quatre heures. Les bains généraux sont ici très-utiles.
2° La rétention d'urine tient le plus ordinairement à un gonflement de la prostate; il faut donc la combattre à Taide des substances que j'indiquerai à Tarticle prostatite; si elle est le résultat d'un spasme du col vésical, Turine étant rouge, trouble, d'une odeur fade, laissant un dépôt épais, camphora est trèsutile.
3° Le priapisme et la cordée cèdent souvent à cantharides; mais si les symptômes de dysurie ne sont pas très-prononcés, que les érections dominent, thuja doit être préféré à cantharides. On donne ce médicament à la 12° ou à la 18° dilution, souvent en gouttes.
4° Vhématurie, si le sang coule à plein canal, et qu'il y ait accélération du pouls, chaleur de la peau, courbature, en un mot, des signes d'éréthisme général, il faut débuter par aconitum, 12% 1 goutte dans une potion de 125 gr., dont on fait prendre une cuil-