‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 76 sur 86 · L. SIMON · texte numérisé non relu

L. SIMON

toujours à quelque congestion chronique du col de Putérus.

20 Uirritabilité exagérée de la vessie se caractérise par de fréquentes envies d'uriner avec émission facile^ mais douloureuse. La douleur se fait sentir surtout à la fin de la miction, lorsque le sphincter se contracte. Le malade croit alors à quelque maladie grave, mais Texpioration par la sonde démontre que le canal est libre et que la vessie n'est atteinte d'aucune altération.

La seconde catégorie comprend : 1° les rétrécissements du canal de U urètre. Très-fréquents chez l'homme, ils s'observent moins souvent chez la femme, qui cependant n'en est pas à l'abri.

Swédiaur croyait que cette lésion était due le plus souvent à l'emploi des injections astringentes ou caustiques dans le cours d'une blennorrhagie primitive ; Hunter et M. Ricord le nient. Ce dernier rapporte le rétrécissement à l'efïet de la maladie et non pas au traitement employé.

La vérité ne serait-elle pas entre ces deux opinions extrêmes?

Si l'on considère les rétrécissements d'une manière générale, on peut les diviser en deux classes, ceux qui sont le résultat d'une violence traumatique et ceux qui arrivent à la suite d'une inflammation spécifique. Tous les chirurgiens admettent ces deux espèces. Or, dans le traitement de la blennorrhagie par les injections caustiques, ces deux causes agissent de concert. La maladie tend à rétrécir le canal, et l'effet traumatique causé par le caustique conduit au même résultat.

En supprimant Tinjectionj on enlève donc une des causes de rétrécissement; on offre au malade une sécurité de plus.

Etudiés en eux-mêmes, les rétrécissements sont inflammatoires, spasmodiques ou organiquer,.

Les premiers s^observent dans le cours de la blennorrhagie primitive. Il en a été question plus haut. Les deux derniers appartiennent essentiellement à la blennorrhagie consécutive.

Les rétrécissements spasmodiques,, longtemps mis en doute, sont aujourd'hui admis de tous. Ils tiennent à la contraction spasmodique des fibres musculaires du canal^ contraction qui amène le rétrécissement de ce dernier tantôt sur un point tantôt sur un autre. Par leur nature même, ces rétrécissements ne sont pas permanents; c^est là ce qui les empêche d^être dangereux. 11 y a des moments où le malade urine librement, le jet étant normal quant à sa forme et quant à sa direction, puis tout à coup ce jet devient mince, la miction difficile et lente.

La sonde introduite dans le canal le parcourt librement quelquefois, tandis que le lendemain, quelques heures même après cette première exploration, elle est arrêtée par un obstacle infranchissable.

, Ces alternatives de bien et de mal caractérisent le rétrécissement spasmodique, le rétrécissement organique ayant pour propriété essentielle la permanence.

Cette dernière espèce de rétrécissements est sans contredit la plus fréquente. Les lésions de texture qui

la constituent diffèrent quant à leur forme et quant à leur espèce.

S'il s^agit d'un rétrécissement traumatique dû à une blessure du canal, le rétrécissement est formé par du tissu inodulaire et occupe l'épaisseur même de la muqueuse.

Il n'en est pas ainsi pour les rétrécissements causés par la biennorrhagie; c'est au-dessous de la muqueuse qu'ils existent, et cette membrane, au point où elle les recouvre, est mince, lisse, blanche et adhérente.

Ces rétrécissements sont dus : 1° à la rétraction du tissu fibreux qui existe dans le bulbe urétral, rétraction qui est la conséquence de l'état phlegmasique auquel ce tissu a participé; 2° au dépôt d'une matière plastique dans le tissu spongieux ou seulement sous la membrane muqueuse; 3° à un dépôt fibrineux dans le tissu du bulbe.

Pour que ce tissu plastique ou fibrineux se produise, pour que le tissu fibreux se rétracte, un degré de phlogose est nécessaire ; il faut que l'influence du virus se fasse sentir au delà de la muqueuse. Le soin du médecin doit donc être de maintenir la biennorrhagie à la surface du canal sans lui permettre de pénétrer plus avant. Les injections, qui augmentent, pour un moment au moins, la phlogose, sont donc un motif d'aggravation évident. Elles tarissent ou modifient l'écoulement, cela est vrai, mais elles augmentent la congestion ; elles font cesser la biennorrhagie, mais elles favorisent les rétrécissements.

Lorsque le dépôt plastique ou fibrineux est produit,

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il gêne la circulation sanguine entre le bulbe et le gland. Celui-ci se congestionne, il peut acquérir un volume considérable. En mênae temps, cette espèce de congestion qui accompagne les efforts nécessaires pour amener Fexpulsion des dernières gouttes d'urine, devient impossible, et la fin de la miction est plus difficile qu'à l'ordinaire.

M. Nélaton indique une expérience bien simple pour constater cet état des vaisseaux, sur le cadavre ; elle consiste à injecter au mercure le réseau lymphatique de la verge. Si la piqûre est superficielle, qu'elle intéresse seulement la muqueuse, le réseau s'injecte en entier : il n'y a pas d'interruption au niveau du rétrécissement. Si la piqûre est plus profonde, ce dernier cause un obstacle infranchissable; les vaisseaux qui sont entre la piqûre et lui s'injectent, ceux qui se trouvent en arrière ne sont pas pénétrés par le métal.

Ces diverses espèces de rétrécissements possèdent trois propriétés générales : la rétractilité, l'élasticité et l'insensibilité. Rétractiles, ils tendent toujours à diminuer le calibre de l'urètre ; élastiques, ils se reproduisent après la dilatation ; insensibles, ils ne causent pas de douleur pendant l'émission de T urine, et si l'introduction des bougies donne une sensation pénible, cela tient à la compression éprouvée par la muqueuse, qui se trouve serrée entre la sonde et le rétrécissement.

La longueur de ce dernier est variable; tantôt réduit à quelques millimètres, il a parfois plusieurs centimètres d'étendue.

Sa forme est loin d'être toujours la même : tantôt il forme une saillie brusquement limitée, tantôt il diminue progressivement. Dans ce cas^ l'urètre perd peu à peu de sa largeur, forme un cône au fond duquel se trouve Fouverture du rétrécissement. Celui-ci offre alors une certaine égalité. D'autres fois, il présente plusieurs dilatations et constrictions successives, l'urètre formant alors un véritable zig-zag. Le rétrécissement peut encore avoir la forme d'un S, ce qui est un obstacle insurmontable pour le cathétérisme. Dans tous les cas, l'orifice vésical du rétrécissement est plus étroit que l'orifice balanique.

Dans ces différentes espèces, le rétrécissement est unique, mais il arrive souvent qu'il est multiple. Il est rare alors que les ouvertures de ces différents obstacles se correspondent.

Les rétrécissements se forment le plus souvent au niveau du bulbe, au point où la région bulbeuse s'unit à la région membraneuse. On les rencontre aussi, mais moins souvent, vers l'extrémité antérieure de l'urètre, dans la fosse navicuiaire, plus rarement encore au niveau du méat et à la racine de la verge.

Il y a aussi des rétrécissements dus à la cicatrice d'un ulcère; ils n'offrent rien de spécial à considérer.

Lorsque le rétrécissement est prononcé, que l'obstacle à l'émission de l'urine est considérable, les parties voisines présentent de remarquables altérations. Celles-ci se rencontrent en arrière de l'obstacle. Celles qu'on pourrait trouver en avant sont le résultat de blessures.

La membrane muqueuse de Furètre se congestionne, se dilate, s'ulcère; les valvules du col vésical augmentent de volume, la prostate aussi. La vessie se congestionne, s'ulcère quelquefois, s'amincit ou s'hypertrophie, sa membrane interne devient plus résistante ou se ramollit, elle donne lieu à une sécrétion qui varie depuis le simple mucus jusqu'au pus le mieux caractérisé.

Les uretères s'élargissent, leurs parois diminuent d'épaisseur. Cet état n'est pas porté au même point des deux côtés. Enfin, les reins se congestionnent, suppurent, et on y trouve de véritables poches purulentes.

Les symptômes physiologiques engendrés par les rétrécissements se rapportent à l'émission de l'urine et aux fonctions génératrices.

L'émission de l'urine est gênée, elle l'est d'autant plus que l'obstacle est plus considérable. Au début, le malade ne s'en aperçoit pas ; il remarque cependant une diminution graduelle dans lalargeur du jet. Celuici est parfois réduit à celle d'un simple fil; il cesse même entièrement. Dans ce cas, l'urine coule goutte à goutte, en bavant.

Lorsque le jet d'urine diminue, il est aussi moins rapide et projeté moins loin; il se bifurque ou se divise en trois ou quatre fils qui s'entrelacent et donnent au jet lui-même l'apparence d'une vrille.

A la fin de la miction, le malade est obligé de faire des efforts répétés; malgré cela, quelques gouttes d'urine s'accumulent derrière le rétrécissement et s'é-

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coulent ensuite peu à peu, sans que le malade puisse les retenir.

La difficulté de rendre les urines n'est pas toujours proportionnée à celle que peut rencontrer Tintroduction de la sonde. Cela tient au degré de souplesse des tissus qui constituent le rétrécissement et au degré d^'énergie de la contraction vésicale. Si cette dernière est forte et le rétrécissement souple, le jet d^'urine pourra le vaincre plus facilement que la sonde; si, au contraire, la vessie est affaiblie, la miction pourra être longue et difficile, le cathétérisme facile au contraire.

En général, le malade éprouve de fréquents besoins d'uriner, la nuit surtout.

Les efforts que nécessite la miction varient en raison du degré auquel le rétrécissement est parvenu. S'il est considérable, les efforts sont violents, et le malade est forcé parfois de prendre les positions les plus bizarres. L'obstacle est quelquefois augmenté par la présence d^un calcul ou d^un bouchon muqueux , qui se place en arrière du rétrécissement et obstrue son orifice vésical.

On trouve aussi des malades qui offrent un état tout contraire au précédent : au lieu de la rétention de Tuv'me y V incontinence. Cet état indique que la dilatation de l'urètre s'est étendue jusqu'au col de la vessie; ce qui empêche les urines de rester dans cette poche. Cette incontinence tient encore à la paralysie du col de la vessie ou des bulbo-caverneux, paralysie due à la distension exagérée, effet de la rétention d'urine.

En général, la miction 'cause peu de douleur; elle devient très-douloureuse, au contraire, s'il existe un ulcère en arrière du rétrécissement. La sensibilité est telle alors qu'elle amène un spasme subit du col vésical et interrompt brusquement le jet d'urine. Parfois cette douleur se fait sentir très-violemment au moment où les urines commencent à couler, d'autres fois lorsque les dernières gouttes sont rendues. Cette douleur est, en général, passagère et cause des érections.

Elle peut aussi être sourde, profonde, se faire sentir en particulier au niveau du périnée ; il n'y a pas alors ulcération de la muqueuse, mais engorgement de la prostate.

L'urine est toujours plus ou moins altérée ; elle est rouge, et répand une odeur ammoniacale; sa quantité est généralement la même qu'à l'état normal.

Souvent elle contient du pus, du mucus ou du sang.

Si ces produits viennent des reins ou de la vessie, ils sont excrétés avec l'urine , surtout avec les dernières gouttes ; il en est de même s^ils viennent du col de la vessie. Dans le cas où la sécrétion a lieu au niveau de la portion dilatée de l'urètre, ils sortent d'une manière continue , en dehors de la miction , ou bien les premières gouttes d'urine les entraînent.

Les fonctions génitales sont aussi troublées par les rétrécissements. Les érections sont fréquentes, quelquefois pénibles, quelquefois impossibles; l'éjaculation se fait mal : d'abord, parce que l'orifice des glandes de Gowper est enflammé ou ulcéré; aussi parce que la

liqueur séminale s'accumule derrière le rétrécissement, s^écoule peu à peu et en bavant , ou remonte vers la vessie et se trouve expulsée avec Furine. Aussi les rétrécissements conduisent -ils facilement à rimpuissance.

Mais, de tous les accidents que cetie altération anatomique amène, il n'en est pas de plus grave que la rupture de quelque partie de Turètre et Finfiltration urineuse qui en est la conséquence. Cette infiltration cause les abcès du périnée et la gangrène des parties génitales. Elle s'opère dans les corps caverneux, dans le tissu cellulaire de la verge, du scrotum et du basventre, et laisse, à sa suite, des fistules terribles et difficiles à guérir.

Si l'obstacle se trouve rapproché de la prostate, l'urine peut se faire jour vers le rectum, et être évacuée par l'anus ; ou bien il y a résorption, inflammation du cerveau, délire et mort.

Si le rétrécissement est complet, l'accumulation de l'urine amène la rupture de la vessie. Il y a alors épanchement dans le péritoine, péritonite, mort rapide et inévitable.

Les rétrécissements sont donc graves en eux-mêmes et par les altérations auxquelles ils donnent naissance, altérations qui se rangent en cinq catégories :

\° L'inflammation des parties situées derrière eux;

2" Leur épaississement ;

3° Leur amincissement; , 4° Leur rupture ;

5" Et, comme conséquence de cet état, l'infiltration

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iirineuse^ la suppuration , la gangrène, la péritonite, finalement une infirmité repoussante ou une mort inévitable.

3° U engorgement de la prostate. — L^engorgement de la prostate est un effet fréquent de la blennorrhagie secondaire; il succède souvent à une prostatite survenue dans le cours d'une blennorrhagie primitive, la glande ne revenant pas à son volume et à sa consistance ordinaires.

Si cette forme morbide ne succède pas à une prostatite aiguë, son développement est lent; le malade s'en aperçoit peu au début , et c'est surtout lorsqu'il approche de la vieillesse que les effets des altérations de la glande se font sentir.

Ces altérations consistent dans l'augmentation de volume et de consistance de la prostate. Les lobes latéraux de la glande, en s'hypertrophiant, compriment et aplatissent le canal de l'urètre ; le lobe moyen forme une sorte de valvule qui remonte vers le col de la vessie, et l'obstrue. La glande augmente aussi du côté du rectum, mais les effets de cette altération sont moins gênants.

Swédiaur signale un autre mode d'engorgement de la prostate, c'est l'engorgement variqueux. Celui-ci se ferait aux dépens du réseau vasculaire qui enveloppe la glande , et se rapprocherait de tous points des hémorrhoïdes.

Le symptôme essentiel de l'engorgement de la prostate est la gêne qu'il apporte à l'émission des urines. Les malades , lorsqu'ils veulent uriner, sont obligés

d'attendre longtemps avant de pouvoir commencer à le faire. L'urine s^écoule ensuite par un jet mince, lent, sans force et sans longue projection. Si le patient fait quelque effort , il rend encore la miction plus difficile, l'arrête même entièrement. Cela tient à ce que le lobe moyen de la prostate se trouve poussé en avant du col de la vessie.

Malgré cela , rémission de Turine n'est point douloureuse, s'il n'existe aucune autre lésion ; et l'insensibilité de la glande se reconnaît par le toucher rectal et le cathétérisme. Il suffit de savoir, pour en être convaincu , que ces engorgements de la prostate sont la cause de ces rétentions d^urine qui s^observent chez les vieillards, et les obligent à se sonder chaque fois qu'ils veulent vider la vessie. Cette obligation leur est imposée quelquefois pendant dix et vingt années, ils sont forcés de faire eux-mêmes cette opération, et elle ne leur cause aucune douleur.

Si l'engorgement est porté à un très-haut degré, l'obstacle apporté au cours de Turine peut devenir invincible , et c'est là le véritable danger de cette affection.

Il arrive souvent, en effet, que sous l'influence d'une fatigue, d'un voyage, d'un excès de table ou de rapports sexuels, quelque partie de la prostate engorgée devienne le siège d'une inflammation aiguë. Les malades accusent alors les symptômes dont j'ai parlé à l'article Prostatite aiguë; ils ont de la fièvre, des nausées, la langue devient saburrale, Pappétit se perd, la constipation augmente, et l'émission de l'urine de-

vient impossible. Dans ce cas^ le cathétérisme est douloureux , il est souvent très-difficile en raison des déviations qu^éprouve le coi de la vessie , en raison aussi des irrégularités qu^il présente. Non-seulement alors il est plus étroit^ mais il est déformé, porté à droite ou à gauche, selon que telle ou telle partie de la prostate est le plus gonflée.

Ces inflammations causent parfois la suppuration, et j'ai dit combien étaient graves les abcès de la prostate. Souvent aussi on en obtient la résolution, mais sans être assuré contre leur retour.

Enfin, ces engorgements dégénèrent , le tissu de la glande devient squirrheux, et la maladie absolument incurable.

L'engorgement de la prostate , causant la rétention d'urine , amène les mêmes conséquences que les rétrécissements. La vessie s'irrite, se congestionne, son" bas-fond s'ulcère. Cette poche se dilate, ou ses parois s'hypertrophient; les uretères se dilatent également, l'urine ayant une tendance à y refluer pendant les efforts que font les malades; les reins eux-mêmes s'enflamment et suppurent.

Aussi les urines sont-elles souvent altérées, soit par un dépôt muqueux ou muco-purulent , soit quant à leur couleur et à leur odeur. Elles sont alors rouges et ammoniacales.

Il faut dire cependant que la vessie ne sécrète pas toujours de cette manière, et que souvent les urines ne renferment aucun dépôt; surtout ce symptôme n'est pas permanent. Tantôt l'urine se présente avec

ses caractères normaux , tantôt elle offre quelque sédiment qui disparait dans la suite.

4° La Blennorrhée. — Elle s'observe chez Thomme et chez la femme^ constituant pour cette dernière une espèce de leucorrhée. Chez Fhomme, elle a pour siège le canal de Turètre^ est^ en général, Feffet de la présence d'un rétrécissement ou d'un engorgement de la prostate ; chez la femme , elle occupe le vagin bien plus que le canal excréteur des urines.

Chez rhomme, la blennorrhée se compose d'un écoulement permanent ou irrégulier ;, mais sans douleur. Permanent, il vient chaque jour et à plusieurs reprises dans les vingt-quatre heures , ou bien il se borne à une goutte blanchâtre qui vient le matin au réveil, ou se compose d'une matière muqueuse et filante, qui, en se desséchant, agglutine les lèvres du méat.

ïrrégulier, l'écoulement cesse pendant des semaines ou des mois, pour reparaître sous l'influence d'un excès de table ou de femmes, durer quelque temps, cesser à la suite d'un traitement insignifiant, pour se reproduire sous les mêmes influences.

La matière qui constitue la blennorrhée est tantôt verdâtre, puriforme, le plus souvent muqueuse, jaune, formant des taches qui raidissent le linge, ou bien encore claire et limpide , séreuse. Elle ne devient icho^ reuse et sanguinolente que s'il existe un ulcère dans le canal.

La blennorrhée s'accompagne presque toujours de gêne dans l'émission des urines, parce qu'elle est trèssouvent entretenue par un rétrécissement organique.

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un engorgement delà prostate, et même par un squirrhe ou un fongus de cette glande. Mais la blennorrhagie antérieure ne joue plus qu'un rôle secondaire lorsque ces désorganisations apparaissent.

La blennorrhée succède à la blennorrhagie, et prend sa source aux points mêmes où la maladie primitive s^était localisée. Le phis souvent, cependant, elle est entretenue par une lésion des parties profondes du canal de l'urètre.

Si elle vient de la fosse naviculaire, la douleur occasionnée par rémission de Turine se fait sentir au niveau du gland.

Si elle a pour point de départ une partie plus profonde de Purètre, les envies d'uriner sont fréquentes, et la miction cause une douleur ou un sentiment de cuisson. Le malade accuse souvent alors un chatouillement, une sorte de mouvement vermiculaire vers le rectum et le périnée, une sensation de raideur et de pesanteur sur cette partie. Les érections et les pollutions sont fréquentes; il y a même des pertes séminales involontaires; réjaculation s'accompagne de chaleur et de cuisson. La maladie venant à se prolonger, Fépididyme s'engorge, et la vessie participe à cet état de souffrance.

Lorsque la blennorrhée succède à une blennorrhagie, on voit les douleurs de cette dernière diminuer, l'écoulement diminuer aussi, s'éclaircir, mais persister. Puis, après quelque temps de cette indolence, il augmente de nouveau, s'épaissit un peu et se maintient de la sorte pendant des mois ou des années.

On voit aussi des malades qui ont eu autrefois des écoulements dont ils se croyaient guéris , et chez lesquels la blennorrhée paraît s'établir d'emblée. A la suite d'un coït suspect, et très-peu de temps après^ vingt-quatre ou quarante-huit heures , une goutte de mucus épais se montre à Foritice de l'urètre ; il y a peu ou point de douleur, les urines soiit rendues librement, mais l'écoulement persiste et se prolonge. J'ai donné des soins à un monsieur qui était atteint depuis dix ans d'un semblable écoulement. Il n'avait pas de douleurs et n'en avait jamais eu; la maladie s'était montrée vingt-quatre heures après le coït , et elle avait persisté sans aggravation et sans diminution , malgré les traitements les plus variés.

Les malades atteints de blennorrhée ne manquent jamais de demander au médecin s'ils peuvent se hvrer au coït : la réponse doit être négative.

D'abord, lorsque l'état aigu est passé depuis quelques mois seulement, on n'est jamais certain que l'écoulement ne soit pas contagieux, et M. Baumes cite des exemples mémorables de méprises qui eurent pour conséquence l'infection de la femme avec laquelle le malade cohabitait (1).

En second heu, le coït, amenant toujours la congestion de la muqueuse, tend à augmenter les accidents et à entraver le traitement. Enfin, du moment où il est établi que les hommes atteints de blennorrhée peuvent engendrer des enfants scrofuleux, l'in-

(1) Loc. cit., t. 1.

terdiction du coït devient une nécessité plus grande encore.

La blennorrhée peut avoir pour siège la muqueuse qui recouvre le gland et celle qui tapisse le prépuce. Cette muqueuse présente alors des taches rougesjrrégulières, exulcérées, donnant un sentiment de chaleur et de cuisson et une sécrétion muco-purulente , jaune, parfois assez claire, laquelle se dessèche sous forme de croûtes extrêmement minces , qui se détachent aisément. Quelquefois la maladie se borne à une rougeur de la couronne duglandet du sillon balano-préputial^avec granulations et sécrétion abondante d'un smegma fétide.

5° Blennorrhée de la femme. Celle-ci a pour siège la muqueuse qui tapisse les organes génitaux et se confond ainsi avec les différentes espèces de leucorrhée ; elle existe parfois en même temps dans l'urètre, où elle joue un rôle toujours secondaire par rapport au diagnostic et au traitement.

Cette leucorrhée blennorrhagique consécutive se distingue de toutes les autres par un caractère anatomique important^ la granulation. Celle-ci occupe la vulve, le vagin ou le col de Tutérus, souvent plusieurs de ces régions à la fois.

Selon la remarque de Boivin et Dugès, toutes les granulations des organes génitaux de la femme ne se ressemblent pas. Les unes sont composées d'élevures grosses comme des pois ou des grains de millet, rouges, molles, nombreuses, sans pédicule; les intervalles qui les séparent sont rouges et saignent aumoindre^contact; d'autres sont dures , petites , blanchâtres ; d'autres

enfin sont miliaires, jaunâtres et sans rongeur de la muqueuse sur laquelle elles reposent. Il y en a aussi qui sont pédiculées et se transforment en végétations, tandis que d'autres ont une apparence variqueuse (1).

Or, de ces différentes espèces , les granulations rouges avec ou sans rougeur des parties sous-jacentes, sans pédicule et sans aucune tendance à végéter^ sont celles qui appartiennent à lablennorrhagie consécutive. Plusieurs considérations le prouvent sans réplique.

D'abord ces granulations appartiennent à la blennorrbagie primitive de la femme^ ainsi que Fenseigne M. Ricord (2), qui a donné à cette éruption le nom de Psorélytrie, quand elle occupe le vagin. Or, rien ne s'oppose à ce qu'il y ait des granulations secondaires comme il y en a de primitives.

En second lieu^ ces granulations s'observent trèsfréquemment chez les femmes qui ont eu des blennorrhagies vaginales primitives parfaitement reconnues, et celles qui ne conviennent pas avoir été infectées^ ou qui l'ignorent, disent le plus souvent qu'elles ont eu, au début, des écoulements verdâtres avec chaleur et cuisson en urinant, et que leur maladie actuelle a remplacé ces symptômes aigus.

Lorsqu'enfin on peut se renseigner sur l'état de santé des hommes avec lesquels ces femmes ont cohabité, on trouve chez eux des blennorrhées encore jaunes et épaisses où Ton obtient l'aveu de blennorrhagies anté-

(1) Boivin et Dugès, Traité pratique des maladies de l'utérus, t. II, p. 333^

(2) ISotes à Hunter, p. 112.

rieures. Nous sommes donc parfaitement autorisé à ranger les granulations au nombre des effets de la blennorrhagie^ d'autant mieux même qu^aucune autre considération étiologique ne peut rendre compte de leur développem.ent.

Ces granulations existent par plaques^ soit à la vulve, où elles sont peu marquées, soit dans le vagin, soit encore sur le col de la matrice; elles reposent en général sur un fond rouge, excorié; Tépithélium qui les recouvre est lui-même souvent altéré ; Técoulement est lactescent, crémeux, quelquefois d'aspect mucopurulent, devient sanguinolent à la suite d'une longue course, d'un examen au spéculum et du coït.

Ce liquide est visqueux, glaireux , semblable à des blancs d'œufs, quand il vient de l'utérus ; il est plus clair lorsqu'il est sécrété par le vagin.

D'après Scanzoni (1), le liquide vaginal est acide, celui de l'utérus ne l'est pas; l'un et l'autre sont d'autant plus riches en éléments organisés qu'ils sont plus épais, plus opaques, plus semblables à la crème ou au pus. Ils contiennent alors des cellules d'épithélium pavimenteux, des globules muqueux et des globules purulents, enfin des infusoires du genre trichonoma , des algues filamenteuses et quelques vibrions.

La douleur est souvent nulle ou tout au moins bornée à un sentiment de chaleur, dont l'intensité augmente par moments.

(1) Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme, traduit par Dor et Socin, p. 451.

Les règles deviennent presque toujours plus abondantes, constituent de véritables ménorrbagies , reviennent à des intervalles trop rapprochés. Elles perdent en même temps de leur couleur ; tous les signes de Tanémie apparaissent^ et une petite toux sèche donne lieu de craindre le développement des tubercules.

Le diagnostic consiste à distinguer cette blennorrhée de la blennorrhagie elle-même, et à la séparer des autres espèces de leucorrhées.

Rien n'est plus difficile que de résoudre le premier problème, la blennorrhée se distinguant de la blennorrhagie seulement par la moindre intensité des douleurs. Le grand point serait de dire ici quel est le moment où ces écoulements cessent d'être contagieux; mais la science, sous ce rapport, n'a pas de caractères plus certains que pour la blennorrhagie de l'homme. On peut bien affirmer que la contagion est à craindre tant que la leucorrhée renferme des globules de pus, mais ceux-ci sont souvent assez peu nombreux pour ne pas donner à l'écoulement des caractères facilement appréciables. Et puis cette sécrétion purulente peut n'être pas continuelle, exister seulement à certains moments du jour, et son produit échapper ainsi aux investigations du médecin.

Une autre difficulté consiste à distinguer les granulations blennorrhagiques de celles qui sont dues à la localisation d'une éruption papuleuse non syphilitique sur la muqueuse utéro-vaginale. Ces dernières granulations sont plus petites, plus sèches, donnent

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une sensation de prurit et non pas de brûlure et de chaleur, n'augmentent pas la sensibilité des parties génitales, causent enfin un écoulement qui ne renferme aucun globule de pus.

J'ai dit plus haut à quels caractères il serait possible de distinguer la leucorrhée syphilitique secondaire de la leucorrhée blennorrhagique.

D'après M. Baumes, la blennorrhagie de la femme serait souvent une cause de déplacement de la matrice. L'action de cette diathèse amenant la congestion, l'augmentation de volume de l'utérus, et aussi un certain degré de relâchement des ligaments, explique facilement un semblable résultat. Il faut reconnaître cependant que cette action n'a rien de spécifique, bien d'autres causes pouvant amener les abaissements, les antéversions, etc.

Il est bon cependant d'être prévenu de ce danger , afin d'imposer à la femme les précautions nécessaires pour empêcher qu'il ne se reproduise.

6" La blennorrhagie du rectum, celle des paupières, du conduit auditif externe, de la pituitaire, peuvent laisser à leur suite de véritables blennorrhées, mais la connaissance des antécédents pourrait seule les faire reconnaître.

V Engorgement du cordon testiculaire et de Vépididyme. Dans Torchite blennorrhagique consécutive, le canal déférent et l'épididyme sont presque exclusive* ment affectés. Un seul côté est atteint à la fois, le cordon s'y montre plus gros et plus dur que celui du côté opposé, et le canal déférent se reconnaît en ce qu'il

forme une corde résistante. Les veines du cordon se dilatent souvent et le varicocèle complique Tengorgement.

Souvent aussi le cordon reste sain, Tépididyme seul est malade. La tumeur est alors dure, bosselée, située au-dessus et en arrière du testicule ; la peau des bourses reste saine^ libre^, mobile. En même temps, la tunique vaginale se congestionne et un épanchement séreux se fait dans sa cavité.

Lorsque l'épididymite chronique frappe sur un sujet tuberculeux ou cancéreux, elle peut dégénérer; mais ces graves complications ne sont jamais le fait de la blennorrhagie elle-même.

L^épididymite chronique ne cause pas de douleurs aiguës, mais seulement un sentiment de gêne , de pesanteur qui inquiète les malades et s'accompagne de tiraillements dans les aines et dans les lombes. La sécrétion spermatique est rarement viciée, ce qui tient à Tintégrité du parenchyme testiculaire.

Hunter signale encore, parmi les effets de la blennorrhagie, Vatrophie du testicule. Mais de toutes les observations qu'il cite, une seule paraît se rattacher à la gonorrhée. Pour toutes les autres, il y a toujours une violence extérieure comme point de départ, puis, comme résultat, un gonflement inflammatoire du testicule suivi d'atrophie.

Dans les notes ajoutées par M. Ricord à Tarticle du chirurgien anglais, cette atrophie est rapportée à Talbuginite syphilitique et au varicocèle; il est donc permis de «soutenir que cette altération de la glande

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séminale n^est pas esseatielle à la blennorrhagie.

8° Engorgement de l'ovaire. Il suit souvent la blennorrhée de la femnie^ l'accompagne même bien des fois. Cet engorgement se reconnaît à la sensation douloureuse ressentie par la malade et rapportée à Tune des fosses iliaques, douleur qui augmente si la femme se couche sur le côté opposé, et diminue au contraire si elle se couche sur le côté malade. Ce symptôme tient à l'augmentation de volume éprouvé par Tovaire et au tiraillement qui en résulte îorsqu^il tend à s'éloigner du bassin. Le toucher vaginal et le palper font reconnaître que la douleur se rapporte exactement à l'ovaire, et permettent de constater l'augmentation de volume de cette glande.

Mais tous ces symptômes ne nous apprennent qu'une chose, c'est que l'ovaire est engorgé ; ils ne prouvent nullement que cet engorgement soit de nature blennorrhagique. Pour arriver à cette détermination, il faut pouvoir rattacher cet engorgement ovarique à quelque blennorrhagie antérieure, ce qui n'est pas toujours aisé.

Si nous examinons maintenant quels sont les effets de la blennorrhagie sur les fonctions génitales , nous trouverons des symptômes très-opposés : des érections fréquentes, la persistance d'une cordée survenue dans le cours d'une blennorrhagie primitive, l'augmentation de la sécrétion du sperme et de la liqueur prostatique, d'où les pollutions fréquentes et les pertes séminales , entin l'impuissance.

9" Priapisme. La fréquence des érections est sou-

vent très-pénible pour les maiades ; elle les fatigue e les irrite; elle dépend toujours d'une irritation des profondeurs de Furètre. et se lie souvent à une blennorrhée. Cette fréquence se montre surtout la nuit, ou après une course fatigante.

10° La cordée persistante tient à l'épanchement fibroplastique dont j'ai parlé.

11° Les />o//m^«o«s dépendent d'un état d'excitation permanent, souvent d'une congestion des parties profondes du canal de l'urètre.

12° Quant aux pertes séminales , elles ne sont pas toujours composées de sperme. M. Ricord les a vues souvent réduites au mucus sécrété par les glandules de l'urètre, ou par une humeur blanche, opaque, d'une odeur nauséabonde et qui n'est autre que la liqueur prostatique. Aussi ne rencontre- t-on pas toujours des animalcules spermatiques dans le liquide ainsi rejeté.

Ces pertes ont lieu en allant à la selle, et en général, à la suite de quelque effort ; elles affaiblissent les malades, lorsqu'elles se prolongent; d'ordinaire, elles réagissent peu sur l'ensemble de l'économie. Sw^édiaur les rapporte à une lésion des vésicules séminales, surtout à l'inflammation et à l'érosion de leurs orifices.

13° Reste enfin V impuissance^ c'est-à-dire l'absence d'érection ou les érections passagères suivies d'une éjaculation trop prompte. Bien des causes peuvent la produire. Hunter signale la crainte de ne pas réussir dans l'acte génital, mais cette crainte prend sa source dans un sentiment de faiblesse; à l'irrégularité de l'ac-

tion des diverses parties qui concourent à la génération, enfin aux lésions de l'urètre.

Le fait est qu'il n'est pas toujours facile de reconnaître la lésion locale qui cause l'impuissance, qu'il faut encore la chercher au delà même de la sphère générale, c'est-à-dire dans une maladie des centres nerveux, maladies fréquentes chez ceux qui ont abusé des plaisirs sexuels, comme il arrive fréquemment aux hommes qui ont contracté de nombreuses blennorrhagies.

44° Ophthalmies blennorrhagiques consécutives, — Elles peuvent revêtir plusieurs formes. Les unes surviennent au milieu d'une blennorrhagie primitive et sans qu'il y ait eu dépôt du muco-pus sur les paupières. Dans ce cas, l'écoulement urétral se supprime presque toujours. La maladie se présente avec des symptômes semblables à ceux que j'ai décrits plus haut, mais elle affecte une marche moins rapide et entraîne à de moins graves désordres.

La conjonctive oculo-palpébrale rougit et se gonfle,, mais elle n'arrive jamais à ce chémosis effrayant et charnu de l'ophthalmie blennorrhagique primitive. La cornée s'enflamme et devient opaque, mais elle n'est point détachée par la suppuration; le globe oculaire ne se vide jamais. La sécrétion muco-purulente est abondante, mais elle contient beaucoup plus de mucus que de pus.

La suite de cette ophthalmie est une opacité de la cornée due à un épanchement interlamellaire.

La seconde forme d'ophthalmie blennorrhagique

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