L. SIMON
consécutive a été décrite par Swédiaur sous le nom de psorophthalmie . C'est, en définitive, une conjonctivite granuleuse. Il y a rougeur des parties malades, gonflement des glandules muqueuses avec exulcération de leur sommet ; suintement d'une matière épaisse et jaunâtre, exclusivement composée de mucus. Celui-ci se dessèche, la nuit surtout, et cause l'agglutination des bords libres des deux paupières (i).
Il y a enfin une troisième espèce d'ophthalmie qu'on pourrait appeler iritis blennorrhagique. M. Rollet la décrit ainsi : « Cette ophthalmie débute par la rougeur « de la conjonctive et surtout par l'injection zonulaire « de la sclérotique, qu'on observe dans presque toutes « les iritis. La face externe de la cornée conserve tout « son éclat, mais la séreuse qui la tapisse en dece dans prend un aspect nébuleux. En même temps, « l'humeur aqueuse semble pins abondante et donne <( au malade un sentiment de plénitude du globe ocu- « laire. L'iris devient terne; la pupille reste contracc( tée;il se forme alors dans le champ pupillaire et c( dans toute la chambre antérieure des dépôts plastia ques, qu'au dire de M. Mackensie, on n'observe, « au même degré, dans aucune autre iritis, et d'où « résulte un grand obscurcissement de la vision (2).
(( Tantôt un seul œil est affecté; tantôt les deux a yeux sont pris simultanément ou successivement. »
La marche de la maladie est parfois assez rapide,
(1) Voy. Swédiaur, loc. cit.,i. I,p.260.
(2) Voy. Annuaire de la syphilis, p. 30. Année 1858.
beaucoup moins cependant que pour la première espèce.
L^iritis blennorrhagique se distingue : 1** par son siège ^ elle occupe la partie superficielle de Firis et ne pénètre pas dans l'épaisseur du parenchyme, comme riritis syphilitique; — 2° par ses caractères : la couleur de Firis est peu altérée; Fouverture pupillaire est rétrécie sans être irrégulière, déformée, déplacée, loin du centre, comme il arrive dans la syphilis; Fépanchement est plastique, forme des adhérences, mais il n'est point purulent, et surtout il ne se développe sur Firis aucune de ces tumeurs que Béer appelait des condylomes, et qui sont en réalité des tumeurs gommeuses; — 3° enfin Firitis blennorrhagique est précédée, suivie ou accompagnée de douleurs rhumatismales, ce qui n'arrive point avec la vérole.
45° Rhumatisme blennorrhagique. — L"'existence de cette maladie a été contestée, mais trois considérations la mettent hors de doute : 1° « le rhumatisme apparaît « fréquemment dans le cours de la blennorrhagie, « beaucoup plus fréquemment que n'importe quelle a antre maladie intercurrente, et cela sans qu'il soit « possible de l'expliquer par Fintervention des causes « habituelles de Faffection rhumatismale vulgaire (1 ) . » 2" Il arrive souvent que cette maladie se renouvelle chez le même individu chaque fois qu'il contracte une nouvelle blennorrhagie ; 3° il y a des sujets chez lesquels on voit la douleur rhumatismale alterner avec
(1) Voy. '^ioMeX, Nouvelles recherches sur le rhumatisme blennorrhagique, in Annuaire de la syphilis, etc., p. 7.
récoulement de Turètre, et cela sans nouvelle contagion. J'en ai cité un exemple p. 234. Rien n'est donc mieux établi que la dépendance de ces deux affections.
Il faut ajouter que le rhumatisme blennorrhagique a des caractères particuliers :
4° Il est souvent mono-articulaire ; s'il lui arrive d'attaquer plusieurs articulations à la fois, celles-ci sont toujours en petit nombre. Sur S^ malades, 74 articulations seulement furent envahies, soit à peu près 2 articulations par malade.
2° Il a une préférence marquée pour l'articulation tibio-fémorale, d'où le nom de gonocèle, sous lequel Swédiaur le désignait. Cette préférence ne constitue pas, du reste, une exclusion, car il a été observé, mais bien moins souvent, à l'articulation tibio-tarsienne, coxo-fémorale, huméro-cubitale, etc. (1).
Ce rhumatisme a beaucoup plus de fixité que le rhumatisme ordinaire; il se déplace difficilement, et quand
(1) Voici les chiffres indiqués par M. Rollet :
Sur 19 cas, le rhumatisme blennorhagique a été 10 fois monoarticulaire, 8 fois poly-articulaire, 1 fois général.
L'articulation fémoro-tibiale a été prise 14 fois; — l'articulation tibio-tarsienne, 5 ; — l'articulation huméro-cubitale, 2 ; — scapulo-humérale, 1 fois. — Soit, 22 articulations pour l'9 malades; moins de 2 par sujet.
Sur 34 observaîions de M. Brandes, furent prises : l'articulation fémoro-tibiale j 28 fois ; — tibio-tarsienne, 14 fois ; — coxo-fémorale, 10 foiâ; — des doigts et des orteils, 8 fois; — radio-palmaire, 6 fois ; — scapulo-humérale, 6 fois ; — sterno-claviculaire, 2 fois; — temporo-maxillaire, 1 fois. — Soit, 76 articulations pour 34 sujets, un peu plus de 2 par malade. {Loc. Cî7.,p.34 et 35.)
il arrive qu'une nouvelle -articulation est envahie, la première ne cesse jamais complètement d'être douloureuse.
Il est fixé surtout sur la synoviale^ d'où une grande tendance à Tépanchement^ surtout quand il occupe le genou.
En même temps que Tarticulation est malade les gaines tendineuses le sont également. On a tout lieu d'admettre que la maladie se localise alors sur la bourse séreuse qui enveloppe le tendon. Ceci a été observé au niveau de Facromion^ surtout au niveau du tendon d'Achille.
Les signes d'inflammation : chaleur, rougeur et douleur, sont beaucoup moins marqués que pour le rhumatisme ordinaire ; surtout le rhumatisme blennorrhagique ne se termine jamais par suppuration, ce qui arrive quelquefois au rhumatisme inflammatoire ; mais, en revanche^ il donne souvent lieu à l'ankylose, surtout pour les petites articulations. On a prétendu aussi qu'il pouvait se transformer en tumeur blanche, ce qui ne peut avoir lieu sans le concours d'une prédisposition.
Le rhumatisme blennorrhagique est rarement accompagné de fièvre ; au moins celle-ci n'est-elle jamais en rapport avec l'étendue de la maladie. Le sang n'est presque jamais couenneux.
Deux caractères séparent encore le rhumatisme blennorrhagique de tous les autres, d'abord la facilité avec laquelle il envahit le globe oculaire et fait naître l'iritis tandis que l'endocarde reste intact, ensuite
rimmunité que présenteraient les femmes à son égard. Ce dernier caractère a besoin d'être confirmé.
Il faut savoir enfin que le rhumatisme blennorrhagique est le plus souvent observé chez des sujets qui n'ont point souffert de douleurs articulaires avant d'être infectés, et qui n'en ressentent plus aucune après leur guérison, tant qu'ils ne contractent pas d'écoulement nouveau.
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