TRAITEMENT DES ACCIDENTS BLENNORRHAGIQUES CONSÉCUTIFS
A. Sensations perverties de l'urètre. — Leur traitement varie selon que le malade a fait appel, pour sa blennorrhagie primitive, à l'allopathie ou à l'homœopathie.
Dans le premier cas, aucun agent spécifique n'ayant été employé, le cannabis et le sulphur doivent commencer le traitement. On verra souvent l'écoulement reparaître sous l'influence du premier médicament et la douleur diminuer en même temps. îl faudra songer alors au natrum muriaticum après le soîphur. Dans le second cas, les médicaments précédents ayant été opposés aux accidents primitifs, il est rare qu'on ait intérêt à y revenir. Il faut alors, 1° si la douleur est brûlante, songer à cantharides dans le cas où il n'en aurait -pas été fait usage, surtout si des signes de priapisme accompagnent cette sensation. Thuja viendrait après cantharides et compléterait son action.
Capsicum, musticum, copaïva, cubebe, mezereum, sabadilla, staphysagria auraient aussi leur utilité.
Capsicum, quand la douleur siège à l'orifice de Turètre, qu'elle existe à tous moments : lorsque le besoin d'uriner se fait sentir, pendant l'émission de Turine et aussitôt après;
CoMsticum, si la psore joue un rôle dans la persistance de ces douleurs ;
Copaïva, si la brûlure s'accompagne de prurit, qu'elle se fasse sentir avant d'uriner et après, mais non pendant la miction.
Cubebe, quand la douleur brûlante survient après le coït ;
Mezereum, lorsqu'elle succède à l'émission des urines;
Sabadilla, si elle s'accompagne de fréquents besoins d'uriner et que l'émission de quelques gouttes d'urine l'augmente encore ;
Staphysagria^ quand elle occupe les profondeurs du canal, n'augmentant pas pendant la miction, mais se faisant sentir dans la position assise.
2° Si la douleur se compose de battements, à^ pulsations dans le membre viril, les médicaments indiqués sont copaïva et mercurius solubiîis ; ce dernier si la douleur est plus forte la nuit que le jour.
3° Une douleur de cuisson et de plaie réclame acidum nitri, argentum nitric, capsicum, copaïva, mercurius solubiîis, mezereum et natrum muriaticum ;
Acidum nitri et copaïva quand la douleur existe vers le méat et la fosse naviculaire ;
Argentum, nitricum dans le cas contraire, quand elle occupe les parties profondes de Furètre et qu'elle dure quelque temps encore après que le malade a cessé d'uriner ;
Capsicum, a des indications encore mal définies;
Mercurius solubilis, quand la douleur se fait sentir surtout pendant la miction, et qu'elle est plus vive la nuit que le jour;
Mezereum et natr. muriat., lorsqu'elle se fait sentir surtout par la pression de la verge.
4° On peut opposer à une douleur de déchirement ^ arsenicum, nux vomica, mezereum, petroselinum, sulphur.
Arsenicum, quand la douleur revient par crises, se faisant sentir surtout dans Faprès-midi et revêtant l'apparence névralgique;
Nux vomica, chez les sujets irritables, qui ont fait abus de liqueurs spiritueuses ;
Mezereum, quand la douleur occupe toute la longueur du canal, allant du périnée au méat ;
Petroselinum, dans les mêmes circonstances ;
Sulphur, quand il y a complication de psore.
5° Les élancements cèdent à cannabis, qui est le médicament essentiel lorsque le malade a été traité par l'allopathie; dans le cas contraire, acid. phosph., capsicum, mercurius solubilis, petroselinum, sulphur et thuja doivent être prescrits;
Acid, phosph.^ quand la persistance de la douleur tient à ce que le sujet s'est livré à l'onanisme, les élancements se faisant sentir ou vers la région prostatique ou vers la fosse naviculaire;
Capsicum, lorsqu'elles 'sont aiguës comme des piqûres d'aiguilles, qu'elles existent vers le gland, surtout pendant rémission de Turine ;
Mercvrius solubilis , si les douleurs viennent le soir, qu'elles s'étendent vers Thypogastre^ s'accompagnant de cuisson en urinant et d'un suintement urétral épais ;
Petr'oselinum et sulphur, si les élancements existent seulement pendant l'émission de l'urine;
Thuja, quand ils sont accompagnés de douleurs déchirantes.
6° La sensation de fourmillement, comme si la verge était engourdie^ cède à acidum phosph., mezereum, petroselinum ;
Acid. phosph,, quand elle existe en dehors de la miction;
Mezereum^ quand ce fourmillement est lancinant et que l'urètre est le siège d'une certaine humidité ;
Petroselinum, s'il existe le matin, en étant debout ou assis, et se trouve mêlé d'une douleur pressive, qui se fait sentir au niveau des glandes de Cowper.
7° Les douleurs pressives cèdent à cannabis, cocculus et nux vomica, que l'on distingue par les sym.ptômes concomitants.
8° Le prurit doit être combattu par cannabis, quand ce médicament n'a pas été employé durant la période aiguë; autrement, par coccw/ws, ignatia, mercurius solubilis, sambucus, sulphur et kali chloricum ;
Cocculus quand le prurit est lancinant et qu'il se fait sentir à l'extrémité du canal;
Ignatia, lorsque la sensation pruriteuse est franche ;
Mercurius solubilis et sambucus, quand elle siège vers la fosse naviculaire ;
Sulphur, si la douleur existe vers la partie moyenne du canal ;
Kali chloricum a été recommandé sans indications précises (4).
9° Les douleurs tiraillantes réclament mezereum, pet7^oselinum et thuja.
Mezei^eum, quand le tiraillement part du périnée pour s'étendre à tout le canal ;
Petroselinum, s'il est limité à la fosse naviculaire ;
Thuja, quel que soit son siége^ pourvu qu'il se fasse sentir seulement en urinant.
10° ïl arrive encore que la malade croit sentir un corps étranger parcourir Fétendue du canal.
TImja convient lorsque cette sensation se fait sentir vers le soir, de préférence ;
Lachesisj quand il semble qu'une balle roule dans la vessie et Furètre;
Sulphur, lorsque le malade se croit toujours menacé de voir sortir involontairement quelques gouttes d'urine.
B. Irritabilité du col de la vessie. — Elle se caractérise par des besoins très-fréquents d'uriner avec émission douloureuse, surtout au moment où le sphincter se contracte après la sortie des dernières gouttes d'urine. Les médicaments appropriés à cet état sont :
(1) Voy. Haubold, Homœopafhùches Repertorium^ etc, p. 9.
Aconitum, au début et comme intercurrent, lorsque la douleur est accompagnée d'un mouvement fébrile. Il ne faut jamais insister longtemps sur ce médicament.
Cantharides, médicament essentiel, surtout si le besoin d'uriner est suivi d'une émission douloureuse et goutte à goutte, avec priapisme.
Copaïva, pourrait remplacer cantharides , lorsque celui-ci aurait diminué les symptômes inflammatoires. Quand le malade a pris ce médicament à haute dose, c'est lui qui est la cause réelle de la continuation de rirritation vésicale. Dans ce cas, il faut instituer un traitement antidotique, dont camphom et pulsatilla forment la base.
Dulcamara, convient du moment où Firritation vésicale est accompagnée de symptômes de catarrhe.
Nux vomica, chez les sujets bilieux et de caractère irritable, quand il y a déchirement et brûlure au col de la vessie, douleur pressive au même point après avoir uriné.
Petroleum est moins souvent indiqué; il répond seulement à la douleur de brûlure à la vessie, avec écoulement muqueux de l'urètre.
Pulsatilla s'adresse aux sujets mous et lymphatiques, de caractère indolent, quand il y a pesanteur et brûlure au col de la vessie, avec émission difficile et lente, quelquefois même impossible; symptômes qui indiquent que la prostate participe à la congestion.
Staphysagria calme les envies d'uriner, quand elles sont très-fréquentes, la miction ayant lieu lentement et par un jet très-mince.
Sulphur, médicament très-important^ surtout s'il existe quelque complication psorique^ la douleur ressentie étant composée d'élancements, de pression, et d'une douleur sécante qui se fait sentir à la fin de la miction, avant et pendant les selles.
Thuja, si les besoins d^iriner sont fréquents, qu'il y ait une grande excitation vésicale, et des élancements se faisant sentir à la région bulbeuse de l'urètre, pour s'étendre jusqu'au rectum.
C. Rétrécissements. — l'' Les rétrécissements spasmodiques cèdent le plus souvent à clematis erecta; lorsqu'il ne suffit pas, antimonium crudum peut être utile, si la miction est très-douloureuse, qu'elle ait lieu goutte à goutte, l'urine étant rouge, sanguinolente, et son émission étant suivie de l'expulsion de quelques gouttes d'un mucus blanchâtre; ce qui revient à dire que ce médicament est indiqué lorsqu'il y a à la fois catarrhe vésical et rétrécissement spasmodique.
Carbo vegetabilis, quand le spasme a lieu principalement le matin, et que le malade éprouve une vive douleur de brûlure le long de l'urètre.
Graphites, quand le jet est très-mince, que le besoin d'uriner est accompagné d'une douleur pressive à la racine de la verge, et qu'après l'émission de l'urine le malade éprouve une sensation de fourmillement, de crampe et de cuisson dans la verge et au coccyx.
Nux vomica convient après clematis, chez les sujets robustes, irritables, surtout quand il a été fait abus de boissons'spiritueuses ou de café.
Opium, quand le jet d'uifine est brusquement et involontairement interrompu.
Pulsatilla, aussi après clematis, chez les sujets blonds et indolents, le jet d'urine étant mince^ accompagné de douleurs tiraillantes dans l'urètre, suivi de pression et de fourmillement au méat.
Staphysagria, si les envies d'uriner sont très-fréquentes et très-pressantes, l'urine coulant par un jet très -mince, ou goutte à goutte.
Zinc, dans les mêmes circonstances, mais avec une grande sensibilité de l'urètre, surtout de sa partie antérieure.
2° Les rétrécissements organiques sont ou congestifs ou dus à un épaississement plastique du tissu sousmuqueux. Les premiers, étant toujours accompagnés de douleur et d'écoulement, se rapportent à la blennorrhagie primitive, et rentrent dans la dysurie et lischurie, symptômes dont il a été parlé plus haut.
Les autres ont été traités par sulphur, graphites, natrum muriaticum, mercurius solubilis, petroleum, lycopodium, etc. Ce qui fixe le choix du médicament, ce n'est pas le rétrécissement lui-même, mais les symptômes qui l'accompagnent : la gêne apportée à Témission des urines, l'écoulement blennorrhéique, etc.
Il est juste de dire que le plus souvent alors le traitement interne est insuffisant, et qu'il faut recourir de toute nécessité aux moyens chirurgicaux. Le rétrécissement devient alors une infirmité plutôt qu'une maladie ; il échappe pour ce motif à l'action dynamique des médicaments.