‹ Des maladies vénériennes et de leur traitement homéopathiqueChapitre 83 sur 86 · POLYPES · texte numérisé non relu

POLYPES

Les polypes sont des tumeurs qui naissent à la surface des membranes muqueuses^ sur lesquelles ils sont implantés par un pédicule plus ou moins large.

Ces polypes sont mous ou durs^ vésiculeux ou fibreux. Il y a aussi des polypes villeux, qui sont formés aux dépens du corps papillaire.

Diaprés M. Cruveilhier, la seule différence qui existe entre les polypes vésiculeux et les polypes fibreux serait une différence de siège ; les premiers naissent de la muqueuse elle-même^ les seconds de la couche fibreuse sous-jacente (1).

Les polypes naissent toujours par un seul pédicule, qui va en se subdivisant à mesure qu^il s'éloigne de son point de départ.

Les polypes muqueux et vésiculeux forment des tumeurs d'un volume très-variable, d'une nuance grisâtre, parfois translucide, saignant assez facilement au contact, causant plus de gêne que de douleur. La sécrétion à laquelle ils donnent naissance est composée de mucus.

Les polypes fibreux sont plus durs, plus rouges, la muqueuse les recouvre sans y adhérer très-intimement.

Les polypes peuvent tomber spontanément par l'é-

(1) Anat.pathol. générale, t. III, p. 611.

tranglement de leur pédicule ; mais ceci est rare , ii faut le plus souvent les enlever.

A en juger diaprés des observations récentes , ils pourraient aussi disparaître par un travail de résorption.

Ce qui les caractérise surtout , c^est la facilité avec laquelle ils se reproduisent. J'ai vu un malade qui avait subi quatre fois Farrachement de polypes vésiculeux du nez.

On s'est demandé si les polypes pouvaient dégénérer : M. Cruveilhier ne le pense pas (1), M. Nélaton non plus (2).

Les polypes se développent à la surface de toutes les muqueuses^ mais surtout dans les fosses nasales et sur la muqueuse utérine.

1° Dans les fosses nasales, la grande difficulté est parfois de déterminer leur point d'insertion ; ils naissent des cornets ou des intervalles qui les séparent, de la face inférieure du sphénoïde^ du bord postérieur des fosses nasales, de Tapopliyse basilaire : dans ce cas, ils se développent vers l'œsophage.

Le premier effet du polype est de gêner la respiration, de diminuer l'odorat, d'altérer le timbre de la voix ; puis de donner lieu à un écoulement muqueux, parfois assez acre, souvent sanguin; la vue et le toucher permettent de reconnaître la tumeur et son espèce.

(1) Ibid., p. 614.

(2j Éléments de pathologie chirurgicale, t. V, ii» partie p. 782.

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Le danger de ces productions accidentelles se trouve dans le volume qu'elles peuvent acquérir, et les déformations qu'elles causent, en pénétrant dans les sinus maxillaires^ dans le pharynx , en comprimant les os qu^elles amincissent, altérations qui peuvent devenir assez graves pour nécessiter d'importantes opérations et pour entraîner la mort.

2° Sur les organes génitaux de la femme, les chirurgiens admettent des polypes cellulo-vasculaires et des polypes utero- folliculaires^ auxquels il faut ajouter les polypes villeux.

Les premiers se composent de tumeurs allongées, de volume variable, à pédicule long et grêle, donnant lieu à des hémorrhagies parfois abondantes et redoutables, et, dans Tintervalle, à un écoulement leucorrhéique, blanc jaunâtre, devenant très - facilement sanguin.

Quand ces tumeurs sont volumineuses, elles gênent l'émission des urines et la défécation , s'opposent surtout aux rapprochements sexuels.

Les polyi^es utero- folliculaires, fih'ophytes deM.Cruveilhier, sont constitués principalement par une hypertrophie du tissu propre de Futérus. Ils rentrent dans la classe des corps fibreux ; seulement ils sont pédicules, au lieu d'être enchatonnés.

La tumeur est ovalaire, plus mince vers le pédicule que vers l'extrémité opposée; sa surface est lisse, polie, sillonnée par des vaisseaux parfois volumineux. On trouve à la surface de ces polypes de petites saillies hémisphériques ayant le volume d'un grain de millet

OU de chènevis, formées par de petites cavités qui communiquent avec une cavité centrale. Celle-ci est parfois assez vaste; ses parois sont assez épaisses pour qu^on ait pu confondre une tumeur de cet ordre avec l'utérus lui-même.

Les petites cavités dont il vient d'être question sont formées aux dépens de follicules muqueux hypertrophiés et dilatés; le polype offre alors une structure complexe; il se compose d'une trame fibreuse, d'un liquide séro-albumineux qui imbibe le tissu ; il se forme à sa surface une série de petites tumeurs folliculaires appartenant à la muqueuse elle-même.

Il y aurait aussi des polypes par dégénérescence; ils ne sont autre chose, d'après M. Nélaton, qu'une phase de la dégénérescence cancéreuse elle-même.

Les polypes peuvent se développer aussi sur les autres muqueuses : à la surface de Vurètre, où ils se confondent, par leurs symptômes, avec les rétrécissements organiques. Ils forment de petites tumeurs charnues, sessiles ou pédiculées, d'un rouge vif ou grisâtre, à surface lisse qui se continue avec celle de la muqueuse vasculaire, et saignent trèsaisément. Ils existent souvent près du méat, quelquefois profondément. Dans le premier cas, il est facile de les reconnaître; c'est à peu près impossible dans le second. Les polypes ont un volume variable, qui dépasse rarement celui d'une cerise ; ils peuvent être multiples.

Les polypes sont indolents et ne causent de souffrances qu'après des compressions répétées, surtout

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après le coït. Ils donnent'lieu à des hémorrhagies fréquentes, gênent Texcrétion des urines, mais à la manière des autres rétrécissements.

Dans la vessie, les polypes se confondent, par leurs symptômes, avec les tumeurs fongueuses de cette partie.

Dans le rectum, ils sont presque toujours mous, rarement fibreux, en général pédicules, à surface lisse, leur point d'insertion est très- variable.

La présence de ces polypes est indiquée par la gêne et la douleur qui accompagnent la défécation, un sentiment de pesanteur au périnée, un suintement muqueux, parfois sanguinolent, voire même des hémorrhagies, par l'apparition de la tumeur et sa sortie complète pendant les garde-robes. Le toucher rectal complète le diagnostic, en faisant reconnaître la présence d'une tumeur lisse, plus ou moins résistante et pédiculée.

Chez les enfants, un écoulement sanguin, survenant après la selle, est un signe caractéristique, les hémorrhoïdes ne pouvant être supposées dans le jeune âge.

Traitement. — On s'accorde, en général, à regarder les polypes comme étant incurables, tout au moins comme résistant à toute espèce de médication interne. Partant de cette donnée, on les arrache, on les excise ou on les lie, quitte à les voir reparaître, ce qui arrive le plus souvent.

L'homœopathie n'accepte pas ce principe qui tendrait à ranger ces tumeurs parmi les affections exclusivement chirurgicales. Elle emploie contre elles plu-

sieurs médicaments, dont l'efficacité n'est pas douteuse. Ce sont principalement les polypes du nez^ sur lesquels les observations ont été le plus nombreuses.

Parmi eux, les polypes muqueux ont cédé à calcarea, teucrium marum^ sulphur;

Calcarea, quand la tumeur donnait naissance à un abondant écoulement muqueux, son volume étant tel que toute la cavité nasale était remplie ;

Staphysagria, spécialement recommandée par M. de Bœnninghausen (1), viendrait ensuite, surtout s'il y avait une douleur profonde et aiguë ;

Sulphur, lorsque la tumeur est rouge, qu'elle saigne aisément quand on la touche, et qu'elle cause dans cette circonstance, une douleur lancinante aiguë;

Teucrium marum s'adresse surtout aux polypes anciens, mais mous, blanchâtres, décolorés, ou semblables à une vessie distendue, tout à fait insensibles et assez volumineux pour remplir toute la cavité nasale.

Dans les observations rapportées par le docteur Rùckert (1), ces médicaments ont été employés à la 18* et à ia 30® dilution; le teucrium marum seul a été donné à la 3^;

Kali bichromicum a été aussi employé avec avantage; mais la relation des faits, dans lesquels il a réussi, est trop incomplète pour qu'il soit possible d'en spécifier les indications.

Les polypes fibreux, sarcomateux , cèdent à phospho-

(1) ioc. aï.,p. 163.

(2) Loc. cit. y t. 1, p. 401 et passim.

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RDS, ARSEPacuM, SULPHUR silicea; lachesis s^est montrée très-utile pour modifier la nature de l'écoulement.

Le fait suivant, observé par Moroche et M. Léon Simon père, sera un exemple concluant de Tefficacité de rhomœopathie pour le traitement des polypes les plus graves, et de la conduite qu'il faut tenir en pareil cas (1).

Une dame de trente-quatre ans, blonde, de constitution délicate, très-impressionnable, de tempérament lym.phatico-nerveux, ayant souffert d'une affection gastralgique , et surtout de coryzas fluents très-intenses, accompagnés de fièvres et de douleurs trèsvives dans les sinus frontaux et maxillaires, porteur d^une éruption papuleuse de la face, se plaignit, quelque temps après une couche, d'obstruction de la narine droite avec de fréquentes épistaxis. Cette malade rapportant ces symptômes à la présence de croûtes impétigineuses, se refusa tout d'abord à un examen direct. Sulphur fut ordonné ; il fit cesser les épistaxis.

Le mal fit des progrès : la narine malade devint le siège d'un écoulement continuel, abondant, ichoreux, ayant l'odeur du vieux hareng, et qui devint bientôt d'une extrême fétidité.

L^exploration de la narine ayant eu lieu, Moroche reconnut une tumeur du volume et de la forme d'une fève de marais, en partie fongueuse, en partie sarcomateuse, très-vasculaire, saignant au moindre contact;

Lachesis 30% 2 globules, donné à sec sur la langue»

(1) Journal publié par la Société hahnemannienne de Paris j t. II, p. 492.

en une seule fois, modifia l^écoulement qui perdit peu à peu sa fétidité^ devint inodore et moins abondant.

M. Léon Simon père fut, à cette époque, adjoint comme consultant; et, en même temps, Tavis de chirurgiens habiles fut réclamé par la famille. Ceux-ci décidèrent que la tumeur était bien sarcomato-fongueuse ; Vnn d^eux jugea même que la dégénérescence cancéreuse avait commencé. Il refusa ^opération proposée par ses deux autres collègues.

On résolut alors de continuer le traitement homœopathique, réservant l'opération comme une ressource dernière.

A cette époque, la tumeur était considérablement tuméfiée, rouge, elle obstruait complètement la narine. La malade y ressentait une chaleur brûlante et des élancements douloureux. 28 septembre 1846. Phosph. 200, 3 globules, donnés à sec, en une seule fois.

Ce médicament avait paru indiqué par les symptômes 374, 375, 384, 395, 396, 400, 434, H42, 1145, 1146, 1154, 1156, de la Matière médicale de Hahnemann.

Pas de changement jusqu^au 10 octobre. A partir de ce moment, la congestion diminue, ^écoulement reste abondant, mais inodore ; puis, à partir du 21 de ce mois, il diminue à son tour, et cesse le 25. A cette époque (25 octobre), la tumeur avait le volume et la forme d'une fraise de moyenne grosseur, elle était d'un rouge violacé, avait perdu son apparence fongueuse pour prendre Faspect sarcomateux franc.

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7 novembre. — L'état étant devenu stationnaire, on donne métal, album ^ 800% 2 globules, à sec.

14 — La tumeur est réduite au volume d'un petit pois; sa teinte, au lieu d'être violacée, est devenue d'un rouge sombre.

Silicea, 200®, 2 globules, à sec.

Six semaines après l'administration de silicea, il n'y avait plus aucune trace de la tumeur.

On n'a pas manqué de rapporter ce fait à un hasard heureux. Il y a cependant ici plus qu'une coïncidence: ce qui le prouve, c'est que chaque médicament a produit un effet direct en rapport avec ses propriétés pathogénétiques.

Ainsi que le disent les auteurs de l'observation, au sulphur, on a dû la cessation des épistaxis, au lachesis la diminution de l'écoulement ichoreux et la disparition de sa fétidité; phosphorus a commencé la résolution de la tumeur, lui a enlevé ses caractères fongueux; une fois ramenée à l'état sarcomateux, métal, album a continué le travail de résorption et silicea l'a terminé.

Ce qu'il y a de remarquable dans ce fait, c'est le chiffre des dilutions employées et la longueur du temps pendant lequel on les a laissé agir.

A cette observation, j'en ajouterai une autre dans laquelle les conditions thérapeutiques ont été différentes.

Une femme de 50 ans, épuisée, d'un tempérament lymphatique nerveux, se présenta au dispensaire au mois de mars 1855. Cette femme avait été opérée

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