‹ Des maladies virulentesChapitre 4 sur 7 · SOMMAIRE · texte numérisé non relu

SOMMAIRE

1° Généralités. — Les maladies virulentes sont pour la plupart communes aux animaux et à l’homme. — Nécessité de les comparer les unes aux autres. — Classification des maladies essentiellement virulentes. — Division du sujet.

2° Maladies virulentes considérées d’une manière générale et comparative. — A Siège du virus dans telle ou telle humeur. — Recherches physiques , chimiques et microscopiques sur les virus. — Leurs effets sur l’organisme. — B Développement et marche des maladies virulentes; aiguës, chroniques, tantôt aiguës, tantôt chroniques. — C Développement pendant l’incubation, la fièvre primaire , l’apparition des caractères spécifiques.

> Du diagnostic pendant l’incubation , la fièvre primaire , l’éruption et les accidents constitutionnels.

4° Du pronostic, relativement à l'énergie des virus , à la forme aiguë ou chronique des maladies virulentes et aux modifications imprimées à l’organisme par plusieurs de ces virus.

bu Du traitement prophylactique; du traitement lors de l'inoculation ; de l’incubation, de la fièvre primaire , etc.

Si on jette un coup-d’œil rapide sur le tableau des maladies virulentes, on voit aussitôt qu’un certain nombre d’entre elles s’observe à la fois chez l’homme et chez les animaux, et que d’autres, au contraire, sont l’exclusif et triste apanage de l’espèce humaine. L’histoire de la médecine nous a révélé les diverses phases de cette communauté d’affections morbides , et avec le secours de la patho-

logie comparée, dont l’intervention a été si heureuse pour la médecine, l’on a pu remonter à l’origine de plusieurs de ces maladies. Il est à peu près impossible de bien connaître les affections virulentes de l’homme, si on ne les étudie d’une manière comparative avec les maladies identiques observées chez les animaux. C’est, en effet, je crois , le meilleur moyen de saisir les analogies ou de faire ressortir les différences qui existent entre elles ; c’est le seul , s’il s’agit de constater les modifications imprimées à l’activité des virus par leur transmission aux différentes espèces animales voisines.

Qu’il me soit donc permis, en raison même de l’utilité de ces recherches, d’étendre encore le sujet de cette thèse, et d’y comprendre d’une manière absolue, quant à la classification, les maladies virulentes des animaux. — Dans ma description , je procéderai avec un peu plus de réserve, et je ne ferai d’emprunts à la pathologie comparée que pour jeter sur des faits incertains les lumières de la médecine expérimentale. — Chez l’homme, les maladies essentiellement virulentes, c’est-à-dire inoculables pour tout le monde, tirent leur origine, les unes de l’espèce elle-même, comme la variole, la syphilis, la rougeole, etc.; les autres viennent des animaux, comme la vaccine, la rage, la morve, etc ; d’autres enfin se sont montrées d’une manière primitive chez l’homme et chez les animaux , telles sont les affections charbonneuses. De là trois ordres de maladies virulentes, 1° originaires de l’homme; 2" originaires des animaux; 3° communes, c’est-à-dire originaires des animaux et de l'homme. Chacun de ces ordres est divisible en plusieurs genres, d’après un caractère important, celui de la transmissibilité ou de la non transmissibilité par inoculation à des espèces différentes. Ainsi, la variole originaire de l’homme est transmissible à l’espèce bovine (Sunderland, Archiv.), la syphilis, également originaire de l’homme, ne peut être communiquée aux animaux. Les expériences de Hunier, et celles plus récentes de M. Ricord (1), ont, je crois, décidé cette

(1) Hunier, l. 1 , p. -182.

question d’une manière très positive. On ne peut appeler syphilis les écoulements des organes génitaux provoqués par l’inoculation d’un pus virulent, et jamais, dans ces cas, on n’a vules accidents constitutionnels caractéristiques de l’infection vénérienne , c’est-à-dire ceux qui sont dus au passage du virus syphilitique dans l’économie. — Parmi les maladies virulentes originaires des animaux , il y en a de transmissibles à d’autres espèces, comme la rage, qui du chien se communique au loup et au renard 5 il y en a de transmissibles à l’homme, le cow-pox, la morve, la rage, etc.; il y en a enfin qui ne sont pas transmissibles à l’homme, telles sont la clavelée des moutons , et le typhus du gros bétail.

Je place ici le tableau de cette division , qui aura peut-être l’avantage de représenter ma pensée d’une manière plus nette et plus claire que je n’ai pu le faire dans ma description.

Maladies virulentes originaires de l'homme.

Maladies

essentiellement

virulentes.

Maladies virulentes originaires des animaux.

Maladies virulentes communes , c’est-à-dire originaires de l’homme \ ou des animaux.

Transmissibles !

certains animaux. J

|Non transmissibles!

aux

animaux.

Transmissibles J

d'autres especes, y

Transmissibles à

l’homme.

Non transmissibles à

l’homme.

Variole.

Syphilis.

Rage.

Cow-pox , Rage ,

Morve , Farcin ,

Maladie aphteuse ,

Eaux aux jambes, etc,

Clavelée,

Piétin.

Typhus du gros bétail, etc.

Maladies charbonneuses.

C’est là une division sans doute imparfaite , purement temporaire, et qui ne peut rien avoir de définitif. L’observation pourra,

je n’en doute pas, lui faire subir des modifications avantageuses; mais telle que je la présente, elle est susceptible de faciliter l’intelligence de ce travail.

Je vais maintenant présenter quelques considérations sur ces affections envisagées d’une manière générale et comparative, et je parlerai : 1° Du siège du virus; de ses caractères physiques, chimiques, microscopiques; de ses effets; et des modifications qu’il imprime à l’organisme.

2° Du développement et de la marche des maladies virulentes, ce qui me permettra d’indiquer sommairement les faits les plus importants relatifs à la durée de l’incubation, de la fièvre primaire, et à l’apparition des caractères spécifiques;

3° Du diagnostic pendant l’incubation, la fièvre primaire, l’éruption et les accidents constitutionnels.

4° Du pronostic; des modifications imprimées à la constitution par quelques-unes de ces maladies;

5° Du traitement prophylactique; du traitement lors de l’inoculation, pendant l’incubation , la fièvre. primaire, etc.

MALADIES VIRULENTES CONSIDÉRÉES d’uNE MANIÈRE GÉNÉRALE ET COMPARATIVE.

Nous pouvons dire des maladies essentiellement virulentes ce que M. Sestier disait, avec raison, des maladies spécifiques en général, c’est qu’elles nous révèlent « certaines propriétés des corps vivants qui, sans elles, seraient complètement ignorées. Entre le virus variolique et la variole, entre le virus rabique et la rage, il y a l’intermédiaire de l’économie vivante qui a reçu l’action spécifique et que reproduit l’effet spécial. » ,

Toutes sont caractérisées chez l’homme et chez les animaux par l’infection de l’organisme qui se manifeste à une époque plus ou

moins éloignée du jour, où l’absorption de la matière virulente s’est accomplie, infection salutaire dans quelques cas exceptionnels, ordinairement nuisible et quelquefois désastreuse dans ses effets ; exemple : le cow-pox et la vaccine, la syphilis, la morve et le charbon. Les unes, et ce ne sont pas toujours les moins graves, nous apparaissent sous une apparence peu redoutable avec une écorchure ou quelques pustules; le piétin chez le mouton, la rage et la pustule maligne chez l’homme Lesautres exercent une action locale plusétendue, etse manifestent sur toute la surface de la peau et des muqueuses, comme la variole et la rougeole, ou détruisent presqu’en même temps tous les tissus de l’économie, l’affection morveuse dans sa forme aiguë. Comme nous le dit M. Dalmas (1), le plus souvent, lorsque ces symptômes existent, ils ont des caractères à eux, spécifiques, aussi bien que la maladie qu’ils représentent.

Les altérations anatomiques qui les accompagnent sont des plus variées quant ù la forme , et il est difficile de les grouper d’une manière méthodique et satisfaisante. Qu’observe-t-on, en effet, à cet egard? C’est ici une pustule qui doit nous préserver de la contagion variolique; là, une éruption cutanée, variable suivant les maladies , exanthématcuse dans la rougeole, pustuleuse dans la variole de l’homme et dans la clavelée du mouton; ailleurs, un chancre; en d’autres circonstances, des abcès épars et multiples, comme dans la morve aiguë, ou des gangrènes épouvantables, comme on a pu les voir dans les diverses formes d’affection charbonneuse.

Le sang lui-même, interrogé avec le secret désir de continuer la série des découvertes importantes de MM. Piorry, Andral , Gavarret, n’a fourni à l’analyse que des données incertaines. — Il est vrai de dire que les recherches n'ont pas été faites dans cette direction spéciale , et que si l’on excepte quelques analyses indiquées dans l’hématologie pathologique à l’occasion de la variole el de la rougeole, nous

(1) Dalmas, caractères des maladies spécifiques. Thèse de concours 4855.

en sommes à juger de l’état du sang, dans les maladies virulentes, par l’aspect extérieur de ce liquide, ou par l’examen du caillot des saignées.

La plupart de ces affections n’entraînent avec elles que des accidents primitifs; et soit qu’elles se terminent par la mort ou par le retour à la santé , on peut croire qu’elles ont parcouru toutes leurs périodes, que la matière virulente est épuisée, et que l’organisme n’a point été modifié par elle. Il en est une toutefois qu’il faut excepter, c’est la syphilis. Alors qu’elle est guérie, du moins en apparence, et que, trompé par la disparition des phénomènes primitifs, le malade, et quelquefois le médecin, peut croire que tout est terminé, on voit survenir, à une époque plus ou moins éloignée, sans nouvelle infection, des accidents graves et sérieux qui nous révèlent une modification profonde, et spécifique toutefois, de l’économie entière.

Quelques-unes de ces maladies parcourent leurs périodes avec rapidité, ce sont le cow-pox, la variole, les maladies charbonneuses, etc. d'autres, au contraire, se préparent lentement, comme la rage, et ensuite deviennent foudroyantes; d’autres enfin sont essentiellement chroniques, ainsi qu’on en pourra juger par certaines formes de l’affection morveuse. Nous reviendrons ailleurs sur ces phénomènes, qu’il est de la plus haute importance de bien connaître au point de vue de la nature des virus.

Essayons, quant à présent, de rechercher l’origine de ces poisons morbides, leur siège , leur forme et les divers caractères physiques, chimiques et microscopiques qu’ils nous présentent.

llfautle dire, et déjà M. Sestiernousl’a fait comprendre, on ignore complètement les conditions qu’exige la génération des virus. Leur développement spontané, si l’on peut ainsi s’exprimer, est possible; et on en trouve la preuve irrécusable dans l’apparition de la rage chez les animaux. — Si la syphilis est désormais pour nous le résultat d’une communication impure, on ne peut s’empêcher de re-

connaître, avec M. Rochoux, qu’elle a dû se montrer spontanément là au moins une première fois.

Siège du virus, son origine, ses effets . Les virus prennent leur origine dans un organe spécial chargé d’une secrétion physiologique qui s’altère, ou bien ils sont fournis par la peau, les muqueuses ou les tissus que ravage la maladie spécifique. Ils sont ordinairement concentrés dans un des solides ou des liquides animaux. Ils sont mêlés à du pus, comme dans la variole, la syphilis, la morve, la clavelée, etc.; à la sérosité des boutons de vaccine, à la bave secrétée par les glandes salivaires; dans la rage, au sang quelquefois, et à ces divers liquides desséchés et réunis en forme de croûtes. Il faut reconnaître qu’ils sont susceptibles de volatilisation, et qu’ils ne perdent pas pour cela leur propriétés contagieuses. Les virus peuvent donc exister sous deux formes, à Y état fixe et à Y état volatil. (4) Le virus variolique chez l’homme , et le virus claveleux chez le mouton , peuvent se recueillir concentrés dans la croûte d’une pustule, dans le pus que cette pustule sécrète, comme ils peuvent se répandre dans l’atmosphère et propager la maladie qui leur a donné naissance. — Les uns sont toujours fixes ; la rage, le cow-pox, la vaccine ; les autres sont à la fois lixes et volatils ; exemple : le virus variolique.

Toutefois, il ne faut pas se méprendre, les croûtes et les liquides qui paraissent renfermer les poisons morbides, ne sont pas ces poisons eux-mêmes, car « ces substances ne diffèrent point d’autres produits non contagieux .(Piorry) »

Les uns sont, dit on , odorants, et les autres inodores (Boyer) ; leur propriétés chimiques sont milles, ou du moins ce sont celles du véhicule où ils se trouvent. Il nous est difficile d’accepter l’opinion de M. Dubois d’Amiens , qui n’est pas éloigné de croire à l’influence des sels ammoniacaux que renferme le vaccin sur les qualités spécifiques

(1) La volatilité des virus fait comprendre la transition qui existe entre les maladies essentiellement virulentes, c’est-à-dire inoculables, et celles dont la nature virulente est restée douteuse paire qu’on n’a pu en saisir le germe.

de ce liquide. — Les cristaux de chlorhydrate d’ammoniaque qui s’y trouvent n’ont pas plus d’importance, je crois, que les animalcules trouvés par Columelle, Lucrèce, le P. Kircher, Lancisi, Plenck et Linnée, dans d’autres liquides virulents.

Les travaux modernes n’ont pas été plus fructueux. Un instant on avait cru qu’il existait dans le pus de la blennorrhagie syphilitique , chez la femme, des infusoires d’une nature particulière, mais ils ont été trouvés dans d’autres circonstances.

Toutefois il ne serait pas exact de dire que l’emploi du microscope est inutile dans l’étude des virus, car si, avec son secours, on ne peut reconnaître un virus, on peut du moins éviter une méprise; sans l’usage de cet instrument, la nature de la gale et du favus serait encore parfaitement ignorée.

Entre le moment où les virus variolique, morveux, claveleux , etc., ont été insérés par un atome imperceptible sous l’épiderme, et le jour où une maladie spécifique nous les reproduit largement et dans des quantités hors de toute proportion, il s’écoule un temps plus ou moins long, variable, suivant la nature de ces virus. C’est là, comme on l’a dit par métaphore, une sorte de germination.

MM. Béliier, Hardy (1 ), Sestier (2), M. le professeur Piorry (3), etc. , considèrent cette reproduction comme le principal caractère des virus.

Tous les poisons morbides dont nous avons parlé viennent du dehors ou se développent spontanément dans l’organisme. — Parmi ces derniers, il en est un, le virus variolique, pour lequel cette circonstance n’est pas douteuse, et en l’indiquant, je me borne à citer ce fait curieux d’une femme grosse, c’est-à dire de deux organismes vivant du même sang, dans lequel on vit l’enfant naître avec la variole, la mère jouissant de l'immunitédue à une vaccination antérieure. — Le temps ne me permet pas de discuter cette observation

(1) Hardy cl Bchier, loc. cit.

(2) Sestier, loc. cit..

(b) Piorry, loc. cit.

« SI. Deneux rapporte une observation curieuse : Une femme a été grosse deux fois , sa première grossesse s’est terminée au troisième mois ei la seconde au sixième; une troisième grossesse s’est déclarée en octobre dernier; elle est venue à terme; l’accouchement vient de se faire à la fin de juin. La femme paraissait d’une santé parfaite. Elle a mis au monde un enfant couvert de pustules varioliques confluentes ; les pieds, les mains, les jambes, les cuisses, tout était envahi. La mère a été vaccinée; elle n’a jamais eu la variole. Elle a passé tout le temps de sa troisième grossesse sur une chaise longue; elle n’a pas eu de communication avec le dehors. La variole n’a pas paru dans le voisinage; cependant la variole de l’enfant était parfaitement caractérisée-, elle était au onzième ou au douzième jour de l’éruption ; comment combiner ce fait avec les idées de la contagion? » ( Gazette Médicale , 4 832 .Séances de l’Académie. )

Les poisons morbides, qui viennent du dehors, pénètrent dans l’organisme par les diverses voies de l’absorption-, ils s’y introduisent tantôt par les solutions de continuité du tégument externe, tantôt par suite du simple contact de deux muqueuses, tantôt enfin à distance et par un procédé que nous ne pouvons analyser. Il en est , comme je fai déjà dit, qui ne peuvent s’introduire chez l’homme que d’une manière, et, à ce sujet, j’ai cité la rage, qui succède toujours à l’inoculation, n’ignorant pas d’ailleurs le fait de Palmerius, qui vit un homme enragé transmettre la maladie à ses enfants rien que pour les avoir embrassés (Enaux et Chaussier). Le plus grand nombre se reproduit de toutes les manières, par inoculation artificielle ou naturelle, par contact direct des muqueuses, syphilis, ou enfin par infection à distance, variole, rougeole, etc.

L’absorption s’effectue par les vaisseaux lymphatiques et par les radicules veineuses, surtout dans les cas de solution de continuité;; et quandon pense à la rapidité avec laquelle certaines substances pénètrent dans le sang , on doit être surpris de voir tant de personnes s’exposer journellement à la contagion d’agents virulents, sans être aussitôt atteintes de l’action spéciale de ces poisons. On se demande alors comment la période d’incubation de certaines maladies peut se prolonger si longtemps, et sans que l’on puisse s’en rendre compte; on doit

dire comme M. Sestier : « Entre le virus variolique et la variole, il y a l’intermédiaire de l’économie vivante. »

Cette absorption est plus ou moins rapide selon les virus. Les uns modifient assez promptement l’organisme et témoignent de leur présence au bout d’un temps déterminé, trois ou quatre jours pour le vaccin (Guersenl et Blache) ; une ou deux septaines pour la variole (Rayer) ; de \ à 6 jours pour lapustule maligne, etc. D’autres, au contraire , séjournent quelquefois bien long-temps dans l'économie avantde révéler leur existence. Ainsi la période d’incubation du virus delà rage a été estimée de trois semaines à un an par M. Menière ( Archives , t. 18.) —Tous les médecins sont à peu près d’accord à ce sujet. — On croit que le virus séjourne dans la partie inoculée , où il peut , diton, y être détruit par la cautérisation. Le fait est avéré, du moins pour ce qui concerne la syphilis (Ricord).

Les effets des virus varient notablement suivant une foule de circonstances qu’il est utile de connaître, et qui sont relatives les unes au poison morbide lui-même, les autres à l’individu qui a été soumis à l’infection. — Ainsi, d’après M. le professeur Piorry, bien que les virus, en se reproduisant un grand nombre de fois, restent à peu près les mêmes, il y a une espèce d’affaiblissement, d’amoindrissement dans l’énergie des accidents produits par la cause virulente. — C’est, ajoute cet auteur, ce qu’on croit avoir observé pour la syphilis et pour la vaccine. Je dirai de plus, c’est ce que l'on constate chaque jour dans la pathologie comparée lors, de l’inoculation du claveau qu’on pratique sur les moutons pour les préserver de la cia velée. Toutefois cette proposition ne doit pas être acceptée d’une manière absolue; car il est fort possible que, chez les animaux comme chez l’homme, on puisse voir des affections virulentes bénignes donner naissance aux affections virulentes les plus graves. MM. Piorry (1), Hardy et Behier (2).

(1) Piorry, loc. cil.

(2) Hardy et Béhier, loc. cit.

Les virus sont d’autant plus actifs qu’ils sont recueillis â une époque plus voisine de l’invasion de la maladie, fait constaté par les syphiliographes (Hunter), notes de M. Ricord. Ce médecin nous apprend là qu’un chancre en voie de réparation absolue cesse d’être contagieux.

Pour quelques médecins l’intensité des effets du virus peut être en rapport avec la quantité de contagium absorbé (Eichorn, Gazette méd.). Cela n’est, dit-on, pas exact d’une manière absolue , mais c’est vrai dans quelques circonstances. Ainsi veut-on modifier une variole qui commence, ce n’est pas par une seule inoculation de cow-pox qu’on y pourra réussir , quelle que soit la quantité de virus qu’on laisse dans la plaie 5 c’est par un grand nombre de piqûres, et avec un peu de virus déposé dans chacune, s’il peut être absorbé. La multiplicité des piqûres favorise évidemment l’absorption. On sait d’ailleurs que sur ce fait roule l’argumentation de ceux qui combattent l’inoculation de la syphilis. Ils affirment qu’en inoculant le pus d’un chancre primitif à un homme déjà infecté, il en résulte quelquefois des accidents qui n’auraient pas eu lieu sans cette circonstance. C’est une question que je ne me permets pas de résoudre.

Il y a des virus qui conservent longtemps leurs propriétés virulentes, c’est ce qu’on appelle fixité. Les uns se conservent imprégnés sur des corps denses et solides, les métaux et le verre, dans des étoffes et des linges. J’ai lu quelque part qu’un enfant ayant mis dans sa bouche un couteau taché depuis longtemps par le sang d’un animal enragé s’était ainsi communiqué la rage, et le fait a été observé bien des fois pour la pustule maligne. — Le virus variolique est un de ceux qui s’altèrent le moins facilement ; la mort des sujets ne lui fait rien perdre de son activité. On trouve, dans l’ouvrage d’Ozanam(4), et dans une thèse de M. Guérard, sur les exhumations, des faits qui tendent à prouver que des individus morts de variole

(1) Ozanam, Maladies épidémiques.

depuis vingt ou trente ans sont encore susceptibles de propager la maladie. — Le virus vaccin, au contraire, meurt avec les individus (MM. Taupin, Guersent et Blache. Dicl. de Méd.).

La neutralisation de certains virus les uns par les autres est un fait assez rare et fort curieux. Ainsi on a rapporté plusieurs exemples de variole modifiée par la vaccine ou de vaccine modifiée par la variole. Il est évident pour ceux qui ont vu les faits observés dans le service de M. Rayer, que ces deux maladies ont une influence abortive marquée l’une sur l’autre. Quant aux circonstances individuelles, dont l’influence sur l’absorption des virus est incontestable, nous ne les connaissons que d’une manière bien imparfaite, et si notre science était plus avancée à cet égard, nous pourrions expliquer la cause de l’immunité dont jouissent certains individus, qui s’exposent ou se sont exposés sans inconvénient à l’absorption des différentes matières virulentes.

Les enfants sont plus exposés que les adultes et les vieillards à l’action des virus morbilleux et variolique. — Les hommes faibles, épuisés par les excès, par les privations de la faim, par des évacuations considérables, par l’oppression morale de la tristesse ou de la frayeur, sont, dit-on , plus exposés que d’autres à subir l’influence des matières virulentes. Disons, d’une manière générale, qu’il y a à cet égard, des idiosyncrasies naturelles, si je puis ainsi dire, semblables à celles qu’on détermine artificiellement par l’inoculation de certains virus. On sait, en effet, que plusieurs d’entre eux ne peuvent pénétrer qu’une seule fois dans l’organisme, et le protègent, à l’avenir, contre une infection de même nature.

Développement et marche des maladies virulentes. Nous venons d’étudier d’une manière générale les virus susceptibles d’être inoculés, c’est-à-dire les virus incorporés à un solide ou à un liquide démané de l’organisme malade. Nous avons indiqué le siège, le caractère et jusqu’à un certain point faction de ces poisons morbides sur l’homme. Rappelons ici qu’ils n’agissent qu’à la condi-

ti°n d’être absorbés, n’importe de quelle manière; soit par contact direct , comme dans l’inoculation naturelle ou artificielle , dans la réunion passagère de deux surfaces cutanées parfaitement intactes, dans la réunion momentanée de deux membranes muqueuses saines, dans l’application de vêtements infectés sur le corps , soit par contact indirect , comme on ledit, lorsque le virus volatilisé, suspendu dans l’atmosphère, vient pénétrer de toutes parts dans un organisme sans défense. Ces modes de propagation s’observent dans la plupart des maladies essentiellement virulentes. Mais il en est qui n’ont pas besoin de toutes ces conditions pour se reproduire : la variole, chez 1 homme; la clavelée, et la maladie bos-hongroise, chez les animaux, se transmettent à distance, et par chacun des moyens précédemment indiqués. Quelques-unes, au contraire, ne se propagent que par inoculation , comme la rage et le cow-pox. Pour la plupart, il y a une circonstance fort curieuse à mentionner, c’est qu’elles peuvent se développer spontanément. Toutefois, chez l’homme, la morve et la rage font peut - être exception à la règle. Comme le disent MM. Hardy et Béhier (1), il ne faut pas appeler du nom de rage les symptômes d’hydrophobie observés dans les maladies nerveuses.

Les différences que l’on observe dans les modes de production des maladies virulentes nous font pressentir en quelque sorte la facilité de leur développement. En effet, bien que la cause qui les engendre soit spécifique, elle est volatile, et l’on comprend qu’elle puisse frapper un grand nombre de sujets à la fois.

Les maladies essentiellement virulentes peuvent se développer spontanément, sauf quelques-unes; elles peuvent être provoquées par le simple contact où par l’inoculation ; elles peuvent enlin régner d’une manière épidémique.

Leurs caractères sont essentiellement différents quant à la marche des symptômes. Ainsi, tandis que les unes prennent la forme aiguë ,

(1) Hardy et Béhier, loc. cit.

depuis l’instant de l’absorption du virus jusqu’à la terminaison heureuse ou funeste des accidents spécifiques , les autres sont en quelque sorte chroniques au début, lors de l’inoculation virulente, et les accidents aigus ne se manifestent qu’à une époque plus ou moins éloignée. Ainsi , tandis que la variole , la rougeole , la clavelée, etc., parcourent leurs périodes avec une rapidité extrême, on a vu la rage ne se manifester que fort longtemps après son inoculation ; — elle est chronique, si l’on peut le dire, dans son incubation, elle est aiguë, au contraire, lors de l’apparition des accideuts spécifiques. Disons aussi que plusieurs de ces maladies se présentent tantôt avec la forme aiguë, tantôt avec la forme chronique. On sait à n’en pas douter aujourd'hui , que la morve et le farcin , effets différents d’un même virus , peuvent s’offrir d’emblée avec l’un ou avec l’autre de ces caractères (1). Dans quelques circonstances la marche des accidents est tellement rapide, que les individus meurent dans un fort court espace de temps (Dalmas) ; c’est , dit-on , le cas de quelques varioles (J. Franck , Rayer). — C’est aussi ce qu’on observe dans certaines affections charbonneuses des animaux.

Quelle que soit la forme des maladies virulentes , que la marche soit aiguë ou chronique, les accidents qui les caractérisent présentent quelque chose de tout spécial. Comme nous l’a fort bien dit M. Sestier (2), elles sont remarquables par le développement régulier de certains phénomènes constants, dont la succession peut-être annoncée à l’avance.

Ces phénomènes, qui sont dus à l’absorption des virus, c’est-à-dire à V infection de V économie, se retrouvent, à peu de chose près, les mêmes au fond , dans toutes les maladies virulentes. Il n’y a guère de différences que dans les altérations organiques locales qui constituent le caractère de ces maladies. Les phénomènes communs sont:

(1) Tardieu. Thèse inaugurale.

(2) Sestier, lac. cit.

1 incubation du virus, la fièvre qui succèdcà son absorption, et que l’on nomme fièvre primaire , parce qu’elle précède l’apparition des lésions locales ou spécifiques. Le chapitre suivant sera consacré aux développements qu’exige ce sujet.

Incubation. Toutes les maladies virulentes qui ne sont pas sporadiques, et que l’absorption d’un virus quelconque doit déterminer, ont une période latente dans laquelle rien ne révèle les accidents qui ne peuvent tarder à paraître. Cette période, comprise entre le jour de l’inoculation oude la contagion directeel celuioù parait le premier phénomène morbide, je l’appelle période d’incubation. Elle est très variable suivant les maladies. On l’estime à trois ou quatre jours pour la vaccine, à sept ou huit jours pour la variole (Hunter). Mais les avis sont partagés à cet égard , car J. Franck croyait que le virus variolique était susceptible de causer un effet instantané. M. Rayer porte la durée de l’incubation à une ou deux septaines. Elle est évaluée à vingtquatre ou quarante-huit heures pour la rougeole; mais elle peut se prolonger au-delà, six jours (Gaubius) , sept jo urs (Home) , six à seize (Villan), vingt-cinq , trente ou même cinquante-huit jours (Rilliet et Barthez). Elle est de huit jours à un mois et même, dit-on, davantage pour les chancres; de six, huit ou vingt jours pour la clavelée, de six à soixante heures pour le charbon , de trois jours à un septénaire, selon Camper, pour la maladie bos-hongroise , etc.

Il est difficile de fixer d’une manière rigoureuse la durée de celte période, car on ne peut toujours assigner l’époque de la pénétration du virus. En outre, elle varie suivant un certain nombre de circonstances idiosyncrasiques incontestables dont nous ne connaissons pas l’influence. Ainsi, pourquoi le pus d’un chancre primitif n’est-il pas immédiatement absorbé, et pourquoi la cautérisation détruira t-elle le virus au bout de six à sept jours, chez un individu (Ricord), tandis qu’elle ne le détruira pas chez un autre? Nous n’en savons absolument rien. Pourquoi le virus rabieique séjourne-t-il quelquefois

si longtemps dans l’organisme sans révéler sa présence? C’est encore une question que nous ne pouvons qu’indiquer, mais qu’il nous est impossible de résoudre sans nous jeter dans les hypothèses. — L’àgc exerce, à l’égard de quelques virus au moins, une notable inlluence sur leur incubation. Toutes choses égales d’ailleurs, les fièvres éruptives se communiquent plus facilement chez les enfants que chez les adultes. Il y a des maladies où chez les premiers il ne s’écoule pas plus de vingt-quatre heures entre le moment de l’infection et l’apparition delà fièvre primaire.

L'affaiblissement de l’organisme par les excès, par les privations de tous genres, par les évacuations considérables, par les passions tristes, etc., est également susceptible de modifier les phénomènes de l’incubation, du moins, nous sommes porté à le croire. Elle est certainement prolongée chez quelques sujets, lorsqu’ils sont exposés à la contagion dans le cours d’une maladie aiguë. Ainsi , quand la variole et la rougeole régnent dans une salle d’hôpital, les enfants qui ont des affections aiguës ne sont en général atteints que longtemps après leur arrivée, et lorsqu’ils sont déjà en convalescence. C’est presque uniquement chez les enfants qu’on voit se succéder ainsi une foule de maladies contagieuses. Le même fait s’observe cependant chez l’adulte, et j’ai vu la variole survenir dans la convalescence de plusieurs fièvres typhoïdes alors qu’un varioleux avait, fort long-temps auparavant, séjourné dans les salles de l’hôpital.

Lorsque les virus, en si petite quantité qu’ils soient, ont pénétré dans le sang, l’action intime qui en résulte nous échappe; mais, par la pensée, nous comprenons qu’ils infectent l’organisme, nous savons par expérience qu’ils germent et qu’ils se reproduisent; dèslors nous pouvons, sans faire une hypothèse, rapporter à l’infection générale les accidents qui apparaissaient et qui se traduisent souvent par une fièvre, dite fièvre primaire.

Invasion , fièvre primaire. Ici, comme pour 1 incubation , il y a des différences nombreuses relatives sans doute aux idiosyncrasies

particulières, mais aussi à la forme aiguë ou chronique des maladies virulentes, à la nature et à l’activité du poison morbide absorbé. Le cow-pox, chez les animaux, est précédé d’une fièvre primaire qui manque quelquefois lors de l’inoculation de ce virus à l’homme, parce que ce virus est affaibli. Ces accidents fébriles sont très marqués dans la variole; beaucoup moins dans la rougeole; ils sont très manifestes dans la morve aiguë ; ils sont moindres dans l’inoculation du claveau; ils sont inappréciables dans la morve chronique. Lorsque la fièvre s’allume, elle est presque toujours accompagnée de divers troubles dans les fonctions de l’économie, troubles qui, toutefois, ne sont pas encore spécifiques de V infection virulente. Avec la fièvre primaire de la variole s’observent des vomissements et des douleurs rénales caractéristiques; dans la rougeole c’est le coryza, le larmoiement, etc. — et, avec ces phénomènes spéciaux, l’inappétence, la faiblesse, la courbature, et enfin, tout le cortège symptomatique d’une maladie aiguë qui commence. — Quelquefois on observe des phénomènes nerveux plus ou moins graves en rapport avec la plus ou moins grande malignité des affections virulentes. La variole confluente débute assez souvent par le délire, et les affections charbonneuses par une adynamie profonde.

Celles de ces maladies qui sont engendrées par le contact direct de 'a peau avec une matière virulente, ou par la pénétration du virus au moyen d’une blessure, présentent quelquefois des phénomènes locaux très apparents. (1) Les plaies prennent, comme on ledit généralement , un mauvais caractère. Dans la rage , il parait que la morsure est douloureuse, et que la plaie s’ouvre à plusieurs reprises. Dans la pustule maligne, qui va donner naissance à une affection charbonneuse générale, la peau ne tarde pas à offrir les signes d’un phlegmon gangréneux fort grave. Ailleurs, la plaie détermine une angioleucite superficielle et le gonflement des glandes lymphatiques correspondantes. C’est ce que M. le professeur Piorry a parfaitement

(1) Legroux. Thèse de eoncours, 1840.

indiqué par cette phrase : « Les virus déterminent souvent des effets locaux suivi de phénomènes généraux , et d’autres fois c’est le contraire qu’on observe. »

La durée de la fièvre primaire et de ses prodromes est très variable dans les diverses affections virulentes; elle ne se prolonge guère audelà de trois ou quatre jours dans celles qui ont une marche aiguë; sa durée est moins longue dans la rougeole, et il y ,a encore ici des différences nombreuses que la pathologie spéciale a constatées depuis fort longtemps. Elle manque tout à fait dans la variole, lorsque la marche des accidents est très rapide. Il en est quelquefois de même pour le charbon des animaux; mais c’est particulièrement dans les affections virulentes chroniques que les prodromes sont inappréciables. Ainsi, les altérations que détermine la morve, lorsqu’elle a pris d’emblée la forme chronique, se développent, en quelque sorte, sans que le malade en ait la conscience; ce n’est que plus tard, lorsque ces affections passent à l’état aigu , que l’on voit apparaître une réaction fébrile plus ou moins prononcée.

Lésions spécifiques A la fièvre primaire succède, d’une manière constante, une nouvelle période signalée par l’apparition de lésions anatomiques variées suivant les diverses maladies virulentes. — Ces lésions forment le caractère spécifique de cette classe de maladies.

Elles sont fort nombreuses, et peuvent être difficilement envisagées d’une manière générale. Elle demandent à être décrites en particulier ; mais ici nous ne parlerons que des caractères généraux qui leur sont communs. — On peut dire qu’elles traduisent , quant à la forme, ja nature du virus qui les engendre. Nous les trouverons dans les liquides et dans les solides. — Examinons-les d’abord dans les liquides.

Bien d’autres avant nous l’ont démontré; les maladies virulentes sont le résultat d’une infection générale de l’organisme , et nous ne craignons pas de le dire, puisque nous avons pour nous l’autorité de MM. les professeurs Piorry, Bouillaud et Andral; c’est dans le

sang qu’il faut, placer le siège de cet empoisonnement occulte. La chimie pathologique ne nous a pas encore éclairé sur ce point obscur • mais ici la raison à dû suppléer à des expériences négatives.

Comme je l’ai déjà dit, on n’a fait que des recherches incomplètes sur les altérations du sang dans les madadies virulentes. L’aspect de ce liquide , la forme du caillot et de la couenne, sa densité, la quantité apparente du sérum, ont seuls été étudiés. Ces modifications ont été notées avec grand soin dans la morve, par MM. Vigla, Bouley, Nonat, Donné, et tant d'autres pathologistes dont le nom m’échappe en ce moment. — Elles ont été indiquées aussi dans certaines maladies virulentes des animaux, et c’est à la teinte sombre des muscles infiltrés de sang noir et poisseux , chez les animaux atteints de charbon , qu’il faut rapporter l’origine de ce mot créé par les vétérinaires. Nous pouvons donc dire, d’une manière générale, que, dans les maladies virulentes, le sang est noir, demi-fluide, et aussi peu coagulable que le sang des sujets atteints de fièvre typhoïde. Toutefois, dans le fait rapporté par M. Vigla, cette analogie n’a pas été rencontrée.

Nous ne possédons d’analyses de sang que dans la variole et la rougeole, encore sont-elles peu nombreuses, et les résultats qu’on en peut tirer ne sont ils pas très importants, du moins quant à présent. Dans les saignées de cinq varioles confluentes, analysées par M. Andral, les globules sont restés à leur chiffre ordinaire, si ce n’est dans un cas de variole hémorrhagique, et les chiffres de fibrine n’ont présenté que des différences insignifiantes. Dans la rougeole, la fibrine a paru conserver, à peu de chose près, son chiffre normal i et les globules, quelquefois augmentés en nombre, sont, dans la majorité des cas, restés dans les limites de l’état physiologique (Andral et Gavarret). Ces recherches ont été confirmées depuis par les analyses de MM. Becquerel et Rodier.

Les autres altérations organiques qu’on observe dans les maladies virulentes se trouvent dans les solides, et là nous observons les vé'

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ritables caractères spécifiques de chacune de cos affections. La forme, la marche, et surtout la succession de leurs périodes, nous a révélé ce qu’elles avaient de général comme genre y l’étude de la lésion matérielle, exanthème, pustules, etc., nous les fera maintenant connaître comme espèce.

11 n’ entre pas dans mon sujet d’énumérer ou de décrire toutes les lésions organiques qu’on observe dans les maladies virulentes, mais je ne puis me dispenser de les rassembler au point de vue de la pathologie générale, et d’en faire des groupes particuliers.

Comme nous l’avons dit, ces altérations sont nombreuses et variées; elles existent d’une manière à peu près constante, et on peut véritablement dire qu’elles constituent la base du diagnostic particulier de ces affections. Leur siège n’a rien de précis; on les trouve dans tous les organes, et je dirai presque dans tous les tissus indifféremment : à la peau, sur les muqueuses, dans les glandes, dans les parenchymes, dans les muscles, dans le tissu cellulaire, dans les os, etc. Ce sont des éruptions variées, des ulcères de mauvaise nature, des abcès superficiels et profonds, des gangrènes. Rarement elles existent en petit nombre et isolées; presque toujours, au contraire , elles sont nombreuses et combinées les unes avec les autres.

Elles présentent des différences caractéristiques , suivant la nature des maladies, et c’est là ce qui leur donne de l’importance comme symptômes au point de vue du diagnostic. A la peau, ce sont des exanthèmes d’une nature spéciale, comme dans la rougeole et dans la syphilis constitutionnelle, ou bien ce sont des pustules d’une nature particulière, comme dans le cow-pox, la vaccine, la variole, la clavelée, etc. Ailleurs, ce sont des érysipèles et des gangrènes, des ulcères, comme dans la morve aiguë, dans la pourriture d’hôpital, etc.

Sur les muqueuses , on observe les mêmes exanthèmes , les mêmes pustules, les mêmes ulcérations, dont le siégea une importante signification séméiologique. La rougeur de la conjonctive et de la pi-

uit aire réunies ne se trouvent que dans la rougeole; la phlegmasie et l’ulcération de la muqueuse nasale, dans la morve aiguë, dans la syphilis; le catarrhe de toutes les muqueuses dans le typhus du gros bétail décrit par Camper , etc.

Les glandes sécrétoires offrent de nombreuses modifications dans la rougeole et surtout dans la rage. Le poumon est affecté dans la morve, dans la variole et dans les affections virulentes graves. La rate est énorme et réduite en putrilage dans le charbon : c’est là ce que les vétérinaires appellent splénile charbonneuse .

Les glandes lymphatiques sont souvent le siège d’une inflammation très vive , mais qu’on attribue généralement à l'effet produit par la phlogose des parties voisines.

L’encéphale semble quelquefois affecté, et son altération est plutôt fonctionnelle que moléculaire en quelque sorte; les membranes et la substance médullaire sont injectées, mais il n’y a pas ici de lésions caractéristiques.

Les os sont quelquefois nécrosés ou le siège d’exostoses, comme dans la morve et dans la syphilis ; enfin , de nombreuses altérations se rencontrent aussi dans le tissu cellulaire, dans les muscles, dans les articulations, etc. Ce sont des abcès isolés plus ou moins nombreux , ou de vastes collections purulentes. On les observe aussi quelquefois dans l’épaisseur de la substance des parenchymes.

Il ne faut pas conclure de ce qui précède que, dans les maladies virulentes, les lésions anatomiques que je viens d’indiquer existent partout et toujours. Il en est dans lesquelles ces altérations sont peu caractéristiques, ex. : la rage; peu nombreuses, le cow-pox; et chez quelques individus, dans plusieurs autres de ces affections elles sont quelquefois peu développées lorsque la marche des accidents a été très rapide, et que la mort est survenue inopinément.

Ces alterations spécifiques des maladies virulentes parcourent leurs périodes d’une manière plus ou moins prompte, suivant la marche aiguë ou chronique de l’affection, et sont en général accompagnées

d’un certain nombre de phénomènes généraux. Les unes, simples efflorescences cutanées, disparaissent sans laisser de traces apparentes; les autres, véritables phlegmasies , arrivent plus ou nioins rapidement à la suppuration ou à la gangrène. Quant aux altérations des maladies virulentes chroniques, leur marche est lente; s’il existe des plaies, leur cicatrisation est difficile ; elles s’indurent quelquefois, et les os , s’ils ont subi l’influence du virus , ne se modifient que d’une manière progressive.

Les phénomènes généraux sont en général ceux des maladies typhoïdes graves ou compliquées de symptômes adynamiques et ataxiques. La fièvre, qui cesse quelquefois un instant lors de l’éruption, reparaît lorsque celle-ci est accomplie et au moment de la suppuration ; ou bien , elle garde le type continu , comme dans les affections charbonneuses; ou enfin elle offre des intermittences marquées, comme dans les maladies virulentes chroniques. Celles dont la marche est aiguë, se terminent toujours dans l’adynamie la plus profonde ou au, milieu d’un délire très prononcé, avec une congestion plus ou mojns considérable de tous les tissus et de tous les viscères, comme dans les affections thyphoïdes.

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