RÉSUMÉ DE LA PREMIÈRE PARTIE
L'intelligence est la chose primordiale, puisque l'univers est une œuvre d'art; mais l'intelligence ne saurait se manifester ni s'exprimer sans des qualités sensibles ; l'absence de ces qualités en ferait un pur néant , car il n'y a que le néant qui soit inexprimable et irréalisable.
Le sensible rentre donc dans l'idéal et l'idéal est lié au sensible.
D'ailleurs , ce qui est primitif est essentiel , ce qui existe par soi-même est au suprême degré et
possède l'être dans sa perfection, dans sa plénitude.
Tout ce qui est trouve dans cet Etre essentiel sa raison, son principe et son germe.
Hors de lui rien n'est possible.
L'infini comprend tout.
Il ne peut se rencontrer de substance qui lui soit étrangère, parce qu'il ne peut y avoir quelque chose de plus que l'infini.
Les créatures tiennent donc de l'Etre essentiel et absolu les éléments mêmes qui les constituent. Elles sont distinctes de leur principe par la limitation de leur être, limitation qui leur donne des qualités propres et spéciales n'appartenant qu'à elles.
Ainsi, nulle confusion : d'un côté, l'Être absolu, infini, éternel, produisant tout ce qui est possible et ne perdant rien de sa substance, puisque rien ne sort de son sein; et d'autre part, les êtres accidentels , passagers , transitoires , qui tiennent de l'Etre éternel leurs éléments constitutifs, mais qui reçoivent de la combinaison de ces éléments des propriétés particulières et un mode d'existence tout à fait distinct.
L'intelligence et la vie se manifestent simultanément dans l'univers :
L'ordre et le mouvement sont leur expression.
La vie ne peut entrer en action sans un travail préalable de l'intelligence , sans un arrangement de parties, sans une combinaison organique, et là où il y a intelligence , il y a toujours vie y ce qui nous oblige à croire que la vie et l'intelligence tiennent au même principe , et ne sont qu'une seule et même chose à divers degrés de manifestation.
Tous les êtres participent à la vie générale du monde; tous portent l'empreinte dune intelligence ordonnatrice; mais il en est qui ont une vie propre et une intelligence personnelle.
Les premiers signes d'activité propre commencent avec les premières traces de l'organisation.
La contractilité des tissus organiques rend la créature éminemment accessible aux forces générales de la nature , et elle lui donne en même temps une puissance de réaction qui la rend jusqu'à un certain point indépendante.
L'activité propre augmente à mesure que l'organisation se complique et se perfectionne.
Cette activité devient intelligente, c'est-à-dire, accompagnée de connaissance et de réflexion , lorsque l'organisation présente un appareil particulier que l'on nomme appareil nerveux.
La connaissance, la réflexion, la spontanéité sont toujours proportionnées chez les animaux au degré de développement et de susceptibilité du système nerveux.
Ainsi les actes réfléchis et volontaires se rattachent inévitablement à la présence d'un grand centre nerveux que nous nommons cerveau.
Le perfectionnement graduel des êtres animés est dans un rapport symétrique avec le perfectionnement du cerveau.
Cet organe va toujours en se développant dans ses parties antérieures depuis l'insecte jusqu'à l'homme.
Chez l'homme, les vicissitudes qu'il subit, de la naissance à la mort, entraînent constamment des modifications correspondantes dans les facultés intellectuelles et morales.
Nous n'acquérons la connaissance de nous-même et des autres, après la naissance, que lorsque le cerveau prend de la consistance et qu'il est mis en
communication par les sens avec le monde extérieur.
Quand l'activité du cerveau est suspendue , ainsi qu'il arrive dans le sommeil parfait, la syncope, l'état apoplectique , etc., nous perdons la conscience de nous-même et des autres, nous sommes comme n'étant pas sous le rapport intellectuel et moral. Or, si l'âme était une entité indépendante de l'organisation 9 nous ne pourrions perdre la connaissance de nous-même malgré le repos de l'organe.
Puisque ce sentiment nous abandonne par intervalle , lorsque V organe cérébral cesse de fonctionner ou qu'il est notablement troublé dans ses fonctions , c'est une preuve irrécusable que nous n'avons part au principe de toute connaissance quà ïaide de l'activité et de l'intégrité du cerveau.
Nous avons vu que le développement et la conformation de cet organe étaient la mesure d'après laquelle les animaux entraient en participation personnelle de l'élément supérieur.
Cet élément en rapport avec le cerveau est ce qui constitue Famé. La présence de lame en nous tient à l'activité et à l'intégrité de son organe.
Le développement de l'âme, c'est-à-dire le nombre et la perfection de ses facultés dépendent du développement et de la perfection du cerveau dans son organisation et ses qualités intimes.
Les actes volontaires et les phénomènes de l'attention et de la mémoire prouvent très-bien, lorsqu'ils ont lieu, que nous sommes en possession d'un élément supérieur à l'organisme, mais l'observation et l'étude de la physiologie prouvent également que la présence de cet élément , en tant que propriété personnelle , et son extension chez les animaux y dépendent de l'organisation cérébrale et de son activité.
Les animaux n'y participent pas constamment d'une manière personnelle et active, et lorsqu'ils y participent, ce n'est pas au même degré.
La participation a pour condition première l'activité cérébrale.
Le degré de participation a pour condition le degré de développement et de perfection intime de l'organe. On ne saurait trop revenir sur ces vérités fondamentales qui jettent un jour nouveau sur toutes les questions philosophiques.
Les phénomènes de l'attention, du jugement et
de la mémoire sont des manifestations évidentes d'un principe intelligent qui domine l'économie animale tout entière, mais ces manifestations sont modifiées dans leur intensité et leur direction par les conditions organiques.
Tous les cerveaux ne peuvent pas se prêter au même degré d'attention et dans tous les genres. Tous ne sont pas également propres à des appréciations exactes et sur toutes choses.
Cependant le moteur est toujours un principe intelligent et actif.
Si ses effets sont différents , c'est que les organes à l'aide desquels il fonctionne ne sont point les mêmes.
La mémoire varie d'intensité et de direction selon les individus , c'est pourtant chez tous le principe actif qui recherche des sensations antérieurement perçues; s'il ne les retrouve pas chez tous avec la même facilité, c'est que les mêmes avenues ne lui sont pas ouvertes, c'est qu'il stimule des organes qui ne répondent pas également à ses stimulations.
Les facultés de notre ame sont donc limitées par notre organisation cérérrale.
La mémoire nous donne la continuité du moi et l'assurance que notre existence intime est à peu près la même dans tout le cours de notre vie. Or, nous n'avons aucune mémoire des temps durant lesquels l'activité du cerveau est suspendue ou troublée.
Il y a même des maladies qui , en modifiant profondément l'état des organes cérébraux , nous font perdre complètement la mémoire des âges précédents, comme si nous recommencions la vie : il faut alors apprendre à parler et à penser sur nouveaux frais.
N'est-ce pas là une preuve que ce que nous appelons le moi est constitué par V union de Vêlement supérieur avec une certaine organisation mise en mouvement, et que tout ce qui change d'une manière fondamentale les conditions de cette union porte atteinte à l'identité du moi?
Notre individualité résulte du mode selon lequel l'élément supérieur est uni a l'organisation.
C'est l'organisation qui détermine les aptitudes et les inclinations du principe actif et pensant, ce principe étant par sa nature propre à tout.
Ce qui modifie l'état nerveux modifie infailliblement les facultés et les dispositions de notre âme.
Nous ne choisissons pas nos aptitudes et nos inclinations; tout au plus, pouvons-nous les modifier par un effort réitéré de notre volonté; souvent même nous y cédons malgré la désapprobation formelle de la raison.
Nous ne saurions donc attribuer à 1 âme des inclinations qui la contrarient et des aptitudes qui ne sont pas de son choix.
Si ces inclinations et ces aptitudes ne tiennent pas à la nature même du principe intelligent et actif, elles doivent être rapportées à l'organisation, puisqu'elles nous sont inhérentes et nous différencient les uns des autres.
C'est le cerveau qui est le siège de nos facultés intellectuelles et de nos affections, car il n'y a pas d'affection sans perception, et la perception exige une opération cérébrale.
Les maladies du cerveau troublent nos affections aussi bien que nos pensées, et l'exaltation des pensées ou celle des affections produit également des maladies du cerveau , depuis la céphalalgie et la syncope jusqu'au délire et à l'aliénation.
li est probable que le cerveau, dont la structure est si complexe, n'est pas un organe unique con-
courant dans son ensemble à l'exercice de chacune de nos facultés intellectuelles et affectives, mais qu'il est un appareil ou réunion d'organes avec fonctions distinctes.
On en donne pour preuves :
1° Qu'une faculté se manifeste quelquefois à l'exclusion de toutes les autres, et qu'un talent distingué en un genre particulier peut se rencontrer chez des sujets extrêmement bornés du reste;
2° Qu'une lésion cérébrale partielle n'amène souvent qu'un désordre partiel dans l'intelligence ou le moral de l'individu affecté;
3° Que nous nous délassons d'un travail intellectuel par un autre de même nature, mais de genre différent, ce qui fait supposer que les diverses opérations de l'esprit ne mettent pas enjeu les mêmes fibres.
Du reste , il n'y a rien d'arrêté dans la science relativement à la localisation des facultés.
Nous savons seulement que les plus éminentes répondent aux lobes cérébraux antérieurs et que les organes des sens ont des origines distinctes dans l'encéphale.
Lors même que nous serions plus avancés, il se-
rait difficile d'en faire l'application au dehors, attendu :
1° Qu'il n'y a pas une correspondance parfaite entre la superficie du crâne et celle du cerveau;
2° Que cette mesure extérieure ne nous fait connaître ni le nombre, ni la profondeur des circonvolutions, pas plus que l'épaisseur de la substance grise ; toutes choses qui doivent avoir une très-grande influence sur la puissance fonctionnelle de l'organe;
3° Et qu'en outre, les conditions de développement ne sont pas les seules nécessaires pour que l'exercice des facultés soit plus ou moins complet, plus ou moins éclatant.
Il faut encore des qualités intimes d'où résulte le degré de susceptibilité du système nerveux, degré dont les justes proportions ont au moins autant d'importance que celles du développement organique pour la manifestation des facultés.
Quoi qu'il en soit, nous ri entrons en participation directe du principe de toute connaissance que par les organes cérébraux, et ce sont ces organes qui nous initient à la vie intellectuelle et morale, et qui, sous ce rapport, déterminent notre individualité.