‹ Des manifestations de la vie et de l'intelligence à l'aide de l'organisation;Chapitre 28 sur 35 · SELON LEQUEL LES CRÉATURES JOUISSENT DE LÀ VTE ET DE L'INTELLIGENCE · texte numérisé non relu

SELON LEQUEL LES CRÉATURES JOUISSENT DE LÀ VTE ET DE L'INTELLIGENCE

La santé qui est une espèce de concert vital résulte précisément de l'intégrité des organes, de l'équilibre des forces, et de la juste mesure d'excitation dont les diverses branches du système nerveux sont pourvues; or, il est naturel que l'harmonie des sons favorise l'équilibre des forces, et tende à rétablir, lorsqu'elle a été troublée, cette juste mesure d'excitation qui constitue la santé. L'enfant que la dentition ou la colique tourmente est souvent calmé par les chants de sa nourrice; ces chants dont la cadence est d'ordinaire le seul mérite lui procurent un doux sommeil. On lit dans

Homère que le sang d'une blessure d'Ulysse fut arrêté par l'incantation. Héliodore cite un fait analogue ; et Serenus Sammonicus assure que ta métrorrhagie a plus d'une fois cédé à ce moyen. Les annales de la science et l'expérience de chaque jour nous fournissent d'innombrables exemples des bons effets de la musique contre les états nerveux convulsifs et même contre l'état fébrile. J'ai à ma connaissance un cas de petite vérole confluente , accompagnée de symptômes alarmants, dans lequel une mélodie douce et habilement conduite amena la rémission de la fièvre et produisit une crise salutaire. On sait combien la musique jointe à la régularité du pas soutient les forces de nos soldats dans les plus longues marches. « Les nègres, dit Virey dans son hygiène morale , oublient leurs misères et l'ardeur brûlante du soleil, en répétant en chœur un simple refrain; le martellement cadencé des forgerons tempère la rudesse de ce travail, et l'Arabe hâte par une chanson mélancolique la course de son chameau dans le désert. »

Quelque favorable que soit l'harmonie musicale à la régularité des fonctions , quelque influence qu'elle exerce, selon son caractère, sur le dévelop-

pement de nos facultés intellectuelles ou de nos affections, nous devons confesser que ses effets dépendent toujours de certaines conditions physiques que porte avec lui l'individu.

Ainsi , pour le rétablissement de la santé , la musique ne peut suppléer à l'intégrité des organes, et de même pour le développement ou l'exaltation de telle ou telle faculté et de telle ou telle affection elle agit toujours en raison des dispositions originelles. Elle pourra tirer momentanément de sa torpeur un homme pusillanime, elle pourra lui donner une ombre de courage, mais elle n'en fera point, quelque prolongée que soit son influence, un intrépide guerrier. Si elle est d'une mesure imposante et d'un haut style, elle éveillera le sentiment religieux , pourvu toutefois qu'il y en ait en nous quelque trace. Dans tous les cas , elle agira sur nous plus ou moins selon que nous serons plus ou moins impressionnables , ou pour parler plus juste, selon que nous serons plus ou moins accessibles à ses charmes , car il n'est pas donné à tout le monde, je ne dirai pas de les apprécier, mais de les sentir et d'en être ému. On peut être du reste merveilleusement doué de la nature et ne pas avoir

le sens musical : j'en citerai pour exemple Georges Cuvier qui n'écoutait la musique qu'avec impatience, ne sachant point se contenter d'une expression aussi vague.

Cet agent modificateur n'exerce donc sur nous son influence qu'en vertu d'une disposition organique : pour que nous soyons touchés par la musique, il faut que la conformation de l'appareil auditif et celle du cerveau nous le permettent; ainsi, en dernière analyse, c'est toujours Y organisation qui, sous la volonté de l'éternel architecte, détermine nos tendances et nos aptitudes, puisque c'est elle-même qui nous met en état de recevoir ou non telle ou telle influence : les modifications subséquentes que nous pouvons subir ne sont jamais radicales.

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