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CHAPITRE IV

LE SENTIMENT DE CONSCIENCE EST LIÉ A L'EXISTENCE ET A L'INTÉGRITÉ DU CERVEAU.

Le sentiment intime qui nous assure de notre existence et nous apprend à nous distinguer des autres créatures, est évidemment la première manifestation delà vie intellectuelle qui nous est propre.

Il ne saurait y avoir d'intelligence personnelle sans la conscience du moi et du non-moi.

Un être qui ne sait pas qu'il est, n'a point d'intelligence propre.

L intelligence est toute connaissance.

Si nous nous connaissons très-imparfaitement nous-même, c'est que les lois qui nous régissent sont en grande partie impersonnelles.

Mais enfin, nous savons que nous sommes, et l'aveu de notre ignorance invincible sur beaucoup de points est déjà une assez haute preuve d'intelligence.

Reconnaître que Von ne sait pas, cest savoir quelque chose.

La conscience nous dit que nous sommes, et

notre vie intellectuelle commence par cette vision de nous-même.

Or, le sentiment intime de la conscience tient au développement du cerveau , à l'intégrité de sa substance, et à l'activité de ses fonctions sous l'influence des stimulations vitales et des impressions du dehors.

Nous n'avons point conscience de nous-même pendant la vie intra-utérine; et après la naissance, ce sentiment ne nous vient que par degrés, à mesure que les sens externes ouvrent aux impressions les avenues du cerveau.

Le cerveau a besoin, pour entrer en exercice, de ces stimulations extérieures.

Le moi est averti de son existence par la présence du non-moi.

Si l'homme à sa naissance est privé de la vue et de l'ouïe, il demeure inférieur à la brute, comme celui dont le cerveau est atrophié : il y a idiotisme de part et d'autre.

Ce ne sont pourtant pas les sens externes qui perçoivent; ils ne sont que les introducteurs de la sensation, puisque la perception peut être abolie, bien que les sens externes demeurent intacts.

Pour que la sensation ait lieu et soit transformée en perception , c'est-à-dire en fait de conscience, il faut que l'appareil organique destiné à recevoir les impressions subsiste; il faut que ses communications nerveuses avec le cerveau subsistent aussi ; mais il faut surtout que le point cérébral où aboutit la sensation soit intact.

L'ablation des lobes cérébraux, en laissant à l'animal la vie et la motilité , lui fait perdre la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le tact, bien que les organes externes de ces sens ne soient nullement altérés, comme l'ont établi les belles expériences de MM. Flourens, Magendie, Muller etLonget.

Le cerveau est donc exclusivement le siège des perceptions ou des faits de conscience.

Non-seulement l'intégrité de cet organe est nécessaire pour que ces faits s'accomplissent, mais il faut aussi qu'il jouisse de son activité normale.

Nous perdons la conscience de nous-même dès que le cerveau est complètement à l'état de repos, comme cela a lieu dans le sommeil parfait , ou dès qu'il cesse de recevoir la stimulation habituelle du sang, comme il advient dans la syncope; il en est de même lorsque le cerveau est comprimé par un

épanchement séreux ou sanguin, par une tumeur, par un segment du crâne fracturé.

Il n'est même pas nécessaire, pour que nous perdions la connaissance de nous-même et des autres, que le cerveau soit comprimé ou à l'état de repos complet; il suffit qu'il soit notablement troublé dans ses fonctions par l'ivresse ou par une surexcitation prolongée.

Si la conscience de nous-même n'est pas entièrement abolie par un désordre cérébral, c'est que ce désordre est partiel ou encore léger.

L'affaiblissement du sentiment de conscience est constamment proportionné à la gravité de la lésion ou du trouble fonctionnel.

Si Y âme individuelle était une entité indépendante de la capacité cérébrale et de l'activité de cet organe, elle aurait toujours connaissance d'ellemême, malgré le repos de l'instrument, malgré son altération , ce qui n'est pas.

Nous n'acquérons le sentiment intime de notre existence, la conscience de nous-même et des autres que lorsque le cerveau a le développement et la consistance qu'il doit avoir dans notre espèce, lorsqu'il est en ^rapport, par les sens, avec le

monde extérieur, et qu'il fonctionne régulièrement.

Que l'une de ces conditions vienne à manquer, nous ne savons ni ce que nous sommes, ni si nous sommes.

Dans le sommeil parfait, dans l'état apoplectique et comateux, dans les maladies soporeuses, dans la syncope complète, nous sommes comme n'étant pas sous le rapport intellectuel et moral.

Dès que cet état vient à cesser, et à mesure qu'il cesse, nous recouvrons la conscience de nousmême , mais notre âme ignore absolument ce qu'elle était alors et où elle était.

C'est le sentiment de conscience qui garantit la présence de l'âme individuelle.

Si donc nous perdons quelquefois la conscience de nous-mêmes, ne devons-nous pas conclure que notre ame n'est qu'une participaton a l'élément intellectuel d'où émane toute connaissance, et que cette participation est liée à la capacité de F organe cérébral, à l'intégrité de sa substance et à son activité normale.

Je ne crois pas qu'il y ait, dans toute la géométrie, rien de plus rigoureux que cette démonstration.

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