‹ Des manifestations de la vie et de l'intelligence à l'aide de l'organisation;Chapitre 6 sur 35 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

FAITS D'OÙ IL RESSORT QU'IL Y A EN NOUS UN ÉLÉMENT SUPÉRIEUR A L'ORGANISME, MAIS DONT LA PRÉSENCE ET L'ACTION NE SE MANIFESTENT D'UNE MANIÈRE INDIVIDUELLE QUE SELON LES QUALITÉS ORGANIQUES DE CHACUN.

L'homme est un être intelligent et actif.

La faculté qu'il a de diriger son activité avec connaissance de cause se nomme volonté.

La volonté peut être provoquée à l'action par les impressions extérieures ou par les stimulations viscérales.

Les stimulations viscérales, en nous rappelant un besoin physique , nous pressent de le satisfaire.

Les impressions extérieures converties en sensations, et puis en perceptions, modifient notre état intime d'une manière agréable ou pénible, suivant la convenance ou la disconvenance qui se trouve entre nous et l'objet perçu.

Cet attrait ou cette répulsion, aussi bien que les stimulations viscérales, inclinent notre volonté de

tel ou tel côté, sans pour cela lui imposer une direction obligée, une tendance invincible.

La détermination est toujours le résultat d'un travail intellectuel, quelque rapide qu'il soit*

A la suite de la sensation, l'homme perçoit, compare, juge et se détermine.

Nous nommons libre arbitre la faculté que nous avons de nous déterminer d'une façon ou d'une autre.

Il est mille circonstances où nous avons conscience que nous pourrions faire ou ne pas faire ce que nous faisons, aller dans telle direction ou dans telle autre, prendre tel parti qui nous plairait; et lors même que nous nous déterminons sur des motifs qui nous attirent , nous sentons très-bien que nous pourrions nous refuser à cet attrait par le pouvoir seul de l'élément supérieur qui est en nous.

Plus il y a d'intelligence chez un être organisé, et moins la volonté est dépendante des causes extérieures et des influences viscérales.

Cela est si vrai que nous maîtrisons quelquefois les besoins physiques les plus impérieux, tels que la faim et la soif par des motifs de l'ordre intellectuel ou moral.

Nous voyons des hommes renoncer, par de sem-

blables motifs, à toutes les commodités de la vie, à la fortune, au repos et à la vie même, quand l'intérêt général le réclame.

L'histoire nous en offre de mémorables exemples, et ils sont encore assez nombreux pour l'honneur de l'humanité.

Si nous pouvons résister aux impressions extérieures et aux sollicitations des sens, commander à nos organes et dompter notre corps au point même de le détruire, c'est qu'il y a en nous quelque chose de supérieur à l'organisation et même au monde extérieur. Mais nous savons très-bien, par l'examen des faits auquel nous nous sommes livrés précédemment, que ce quelque chose dont nous avons conscience, et qui constitue le moi, ne vient en nous qu'à l'aide du cerveau, et du cerveau en activité.

Avec l'intelligence s'étend le domaine de la volonté ,• car la perfection de la volonté ne consiste pas à agir au hasard et sans motifs, d'une manière arbitraire et capricieuse, mais à se déterminer d'après les meilleurs motifs. Son triomphe est de subordonner les lois physiques et même les lois vitales aux suprêmes lois de l'esprit,

et de mettre, comme il est dans Tordre, l'idée typique et régulatrice au-dessus de tout.

La volonté intelligente nous soustrait aux forces aveugles; c'est en cela que consiste notre liberté.

L'intelligence libre, faisant mouvoir nos organes, modifie à son gré les corps inférieurs, et nous soumet personnellement aux lois éternelles de la justice et de la vérité.

Plus notre organisation favorise la manifestation de l'intelligence, plus le domaine de la volonté s'agrandit, plus nous participons à la vie morale.

Si donc la perfection de nos facultés intellectuelles dépend , comme cela est prouvé, de la perfection du système nerveux dans ses qualités intimes et son développement, et si la perfection de la volonté dépend à son tour de la perfection de notre intelligence, il en résulte évidemment que l'étendue de notre liberté et de notre moralité est proportionnée aux qualités de l'organisation , et que la constitution du système nerveux est la mesure de notre capacité intellectuelle et morale.

En effet, la supériorité d'un animal sur un autre répond toujours au perfectionnement du système nerveux, et particulièrement du cerveau.

Nous voyons les animaux qui se rapprochent le plus de l'homme hésiter avant d'agir; ils délibèrent donc pour se déterminer, et, partant, ils jouissent d'un certain degré de liberté.

La preuve que nous les regardons comme responsables de leurs actes jusqu'à un certain point, c'est que nous les châtions quand ils s'écartent des règles que nous leur avons tracées.

Nous voulons par là réveiller les organes qui répondent en eux au principe actif; nous cherchons à provoquer la réaction de cet élément supérieur.

Songerions-nous à traiter ainsi la pierre détachée du rocher qui nous aurait blessés dans sa chute?

Si les actes des animaux inférieurs sont dépourvus de moralité, c'est que ces animaux sont plus assujettis que nous, sans comparaison, aux forces brutes, et que leur volonté est infiniment moins éclairée. Elle n'est presque qu'une réaction sensitive dans les dernières classes; à peine y découvret-on de la spontanéité.

En remontant l'échelle des êtres, nous trouvons une organisation plus compliquée du système nerveux, et en même temps plus d'intelligence personnelle et moins de nécessité dans les actes.

Évidemment, la faculté dont nous jouissons de gouverner nos mouvements, de maîtriser, dans de certaines limites, les lois physiques et même les lois vitales pour obéir à des lois d'un ordre plus élevé, une telle faculté prouve qu'il y a en nous un élément actif, intelligent, supérieur à l'organisation; mais nous sommes forcés de reconnaître que l'organisation nous rend plus ou moins participants de cet élément supérieur, et que c'est elle, par conséquent, qui détermine notre individualité intellectuelle et morale, comme elle établit des distinctions physiques entre les espèces et les races.

L'étude des divers phénomènes intellectuels va nous servir à corroborer cette vérité.

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