‹ Des manifestations de la vie et de l'intelligence à l'aide de l'organisation;Chapitre 7 sur 35 · DU PHÉNOMÈNE DE L' ATTENTION · texte numérisé non relu

DU PHÉNOMÈNE DE L' ATTENTION

V attention est la faculté que nous avons d'appliquer à un objet donné notre puissance intellectuelle, ou de la diriger, de la concentrer sur un sujet de notre choix.

C'est un des premiers actes volontaires; souvent même cet acte précède toute délibération raisonnée. L'enfant, par exemple, se montre attentif avant de pouvoir combiner des idées; il s'applique, il porte attention, autant que la faiblesse de ses organes le lui permet, aux objets qui s'offrent à sa vue, aux sons qui viennent frapper ses oreilles.

Chez l'adulte, la sensation provoque l'attention, mais l'attention n'en est pas moins une réaction volontaire; autre chose est de voir, autre chose de regarder; entendre n'est pas écouter; sentir n'est pas flairer; toucher n'est pas palper : dans le premier cas, nous sommes passifs; dans le second, nous nous montrons actifs.

Et d'ailleurs , lors même que la sensation provoque de notre part une réaction volontaire et complaisante, ce qui a lieu lorsqu'elle est en harmonie avec nos dispositions naturelles, nous n'en demeurons pas moins libres de l'accueillir ou de la négliger, de nous y arrêter ou de passer outre, et, qui plus est, nous pouvons mesurer le degré d'attention que nous voulons lui accorder, non sur l'impression de plaisir qu'elle nous cause, mais en vertu d'une détermination libre.

Du reste, la sensation n'est pas toujours la cause occasionnelle de l'attention. Nous appliquons souvent cette faculté à la recherche des vérités abstraites, à la science des rapports et des lois primordiales, et dans ce cas, nous ne sommes mus que par la curiosité, c'est-à-dire par un besoin qui répond à l'activité même du principe qui nous anime.

Nous pouvons suspendre notre attention , la détourner du sujet qui l'occupe actuellement pour l'appliquer à un autre ; nous pouvons passer tour à tour du sensible à l'abstrait et de l'abstrait au sensible. Nous pouvons choisir le sujet dont nous voulons nous occuper, sauf à l'abandonner bientôt si nos aptitudes ne nous permettent pas de nous y arrêter longtemps.

En un mot , nous commandons à notre cerveau dans cet acte volontaire, ce qui prouve encore qu'il y a en nous un élément supérieur à l'organisation.

Le fait ressort clairement de ce que nous venons d'exposer.

Mais il faut remarquer que la puissance d'attention n'est pas égale chez tous les hommes , et que

chacun d'eux ne possède pas cette faculté au même degré pour chaque chose.

Elle varie d'intensité et d'objet selon les individus, et, chez le même individu, son intensité et surtout sa persistance ne sont pas les mêmes dans tous les cas.

L'enfant n'est d'abord attentif qu'à la forme, aux qualités apparentes des corps. C'est en vain que vous chercheriez à le fixer par des explications scientifiques; il ne vous comprendra pas. A mesure que son cerveau se perfectionne, il devient capable d'attention sur plus de points et pendant plus longtemps.

Homme fait, il a en ce genre toute la puissance qu'il doit avoir; mais pourra-t-il l'appliquer avec une égale facilité à tous les objets ? nullement.

Tel ne peut soutenir son attention dans les études mathématiques , la science agricole ou les arts mécaniques, qui s'appesantira sans effort sur les lois abstraites du monde intellectuel et moral.

Celui-ci, naturellement attentif aux phénomènes physiques, ne pourra s'occuper longtemps de philosophie proprement dite.

Un autre ne soutiendra pas son attention lors-

qu'il s'agira de musique ou de peinture, et se livrera aux recherches les plus profondes dans l'étude des langues.

On voit des hommes assez pauvrement doués pour ne pouvoir s'arrêter à rien, qui flottent d'objets en objets, et sont les jouets éternels des impressions extérieures : sicut nubes.

On en voit d'autres, au contraire, dont l'application embrasse avec force une multitude d'objets , et qui pénètrent avec un égal succès les sciences naturelles et la philosophie abstraite. Ceux-là sont rares, mais il en existe, témoin Àristote, Descartes, Newton, Leibnitz.

Ainsi, la force d'attention varie selon les individus, et pour le même individu selon les âges et selon les objets.

D'où cela vient-il? est-ce d'une disposition particulière du principe volontaire? Mais le propre de ce principe est de tendre où il lui plaît : spiritus flat ubi vult.

Un principe actif par essence est applicable atout.

La plupart du temps, lorsque notre attention ne se soutient pas, ce n'est point la volonté qui nous manque, c'est le pouvoir.

Tel voudrait s'appliquer à Fétude de la jurisprudence ou de la médecine qui n'est apte qu'à la poésie ; ses efforts en sens contraire sont inutiles ; son attention faillira.

Si donc ce défaut d'attention et ces diverses aptitudes attentives ne peuvent pas être rapportés au principe volontaire qui meut le cerveau et les nerfs, il faut bien les attribuer à l'organisation ellemême du cerveau et aux qualités intimes du système nerveux.

C'est donc encore V organisation qui détermine ennous les aptitudes attentives de ï élément supérieur, et puisque l'attention est la condition première de toutes les opérations de V esprit, on voit assez quel est le rôle immense de l'organisation dans Tordre intellectuel.

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