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COMPARAISON ET JUGEMENT

Si nous ne pouvions saisir les rapports des êtres, leurs similitudes et leurs différences, s'il ne nous était donné de distinguer nos perceptions et de les

mettre en parallèle, nous serions des machines sensibles et non des êtres raisonnables, notre entendement resterait dans le chaos.

Delà comparaison naissent pour nous les idées générales, les notions abstraites.

Le raisonnement et le jugement font suite à la comparaison.

Les phénomènes de comparaison et de jugement nécessitent l'intervention d'un principe actif qui unisse les fibres cérébrales, établisse entre elles de la correspondance, et prononce avec connaissance sur leurs diverses opérations.

Pour que nous ayons simultanément conscience de deux sensations opposées , ainsi qu'il arrive souvent , il faut bien un centre commun de perceptions.

Pour que nous décidions sur la valeur de deux pensées qui ont tour à tour occupé notre cerveau, il faut une puissance supérieure qui retienne l'impression première, et soit capable de reproduire la modification cérébrale qui la représente , sans quoi il n'y aurait ni comparaison ni jugement.

Comment pourrions-nous former un jugement en vertu de deux mouvements organiques, s'il n'y

avait en nous un témoin intelligent de ces mouvements et des perspectives qu'ils nous découvrent?

La comparaison et le jugement demandent une double opération cérébrale et un arbitre de ces opérations : cela est incontestable.

Mais ce principe n'exerce point la faculté comparative et judiciaire avec une égale force chez tous les individus, et chez le même individu il ne l'exerce pas avec une égale facilité et un égal succès sur tous les sujets.

Il est manifeste que la justesse, l'étendue, la profondeur du jugement diffèrent selon les hommes, et que le même homme n'est pas également doué de jugement pour toutes choses.

Tel montrera une faculté appréciatrice trèsgrande dans les arts et les sciences, qui se laissera toujours tromper dans les questions d'intérêt, et réciproquement.

Quelle est l'origine de ces différences? Il ne peut y en avoir d'autre que la différence d'organisation , puisque la faculté de comparer et de juger tient à l'activité même du principe volontaire commun à tous les hommes dont l'organisation est complète.

Voilà donc Y organisation qui est encore la direc-

trice du jugement par les points de vue qu'elle offre à l'élément supérieur.

11 en est de même de la mémoire et de la curiosité.

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