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son tour à provoqué l'apparition des coliques d’une assez grande gravité puisqu'elles ont duré neuf jours! »
Mais, répondrai-je, ceci n’est admissible que s’il est préalablement prouvé que le sujet en question était saturnin. Or, dit M. Griffon du Bellay, « je ne crois pas qu'il y eût intoxication saturnine ; «1l n’y avait point de liseré gengival »; il n’y à point eu de « lésion consécutive ».
Comment conclure de là que le sujet était saturnin ?
Vous écrivez, en outre, au début de votre travail : «Je crois, dans cette étude, devoir rapporter tous les cas de coliques sèches au saturnisme, conformément aux recherches si belles de Lefèvre », et voilà que celui dont vous invoquez le nom n’a point vu comme vous dans le cas du nommé Kéruel un cas de coliques saturnines!
« Cette distinction, nous a-t-il dit, doit être conservée ». Il y a là un faux point de départ qui n’est nullement en faveur de
l'opinion de M. Moursou.
Par ailleurs qu’on ne s'étonne point de voir une colique avec constipation durer sept jours! J'en rapporterai un exemple des plus probants.
Dans sa thèse inaugurale de 1864, et dans sa topographie médicale du Sénégal, si justement appréciée, M. Borius a consacré à la colique sèche quelques lignes auxquelles il importe de s'arrêter un instant, bien qu’elles ne semblent pas très favorables à l'opinion que nous défendons.
« Un certain nombre de coliques séches, observées au Sénégal, ont pour origine, dit-il, un empoisonnement saturnin. Ces coliques, et les graves complications qui en sont la suite, s’observent chez les individus exposés à cet empoisonnement par leur profession ou par quelques conditions spéciales de leur manière de vivre. |
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» Un nombre assez considérable de coliques sèches, fournissant des entrées dans les hôpitaux du Sénégal, ne sont pas des empoisonnements saturnins. Ces coliques ne doivent pas non plus être rattachées à une origine paludéenne. Elles ne subissent pas la moindre influence avantageuse de la part de la quinine. L'appareil symptomatique qui les accompagne est limité aux organes abdominaux ; il peut succéder à des troubles nerveux divers, mais n’en est généralement pas suivi ef ces troubles sont peu graves. Ces coliques règnent surtout à la fin de l'hivernage et au commencement de la saison sèche.
» Nous avions, en 1864,soutenu dans notre thèse l’idée de la non-identité de toutes les coliques sèches observées au Sénégal et de la colique de plomb. Depuis lors, des nouveaux séjours dans les colonies n’ont apporté aucune modification, à notre manière de voir, notre opinion s'appuyait sur deux observations.
> La première peut se résumer ainsi: A la suite d’une angine diphthéritique grave, au début de la convalescence, survint une névralgie frontale opiniâtre, continue. À cette névralgie succèdent des troubles amaurotiques de la vision, qui durent cinq jours. Ces phénomènes nerveux disparaissent et, dix jours après, sous l’influence d'une température très élevée, en rade de Tunis, survint chez ce malade une attaque de colique sèche qui dura sept jours et se termina par des selles abondantes, succédant à une constipation de neuf jours. Puis tous les accidents cessérent. Cette observation, dont nous fûmes le sujet, eut lieu à bord de l’Arcole, vaisseau de l’escadre de la Méditerranée, en 1857. Aucun autre cas de coliques sèches ne fut observé à bord de l’Arcole, où l’on ne vit ni coliques de plomb ni fièvres intermittentes. 3
» La seconde observation est également rapportée dans notre thèse, elle fut faite en 1862, au poste de Dagana, sur un
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ds 5e— sergent nommé Cler.….. C’est une observation de fièvre pernicieuse à forme délirante.
» Vers la fin de la maladie, nous observâmes sur ce sujet de curieux phénomènes nerveux. Ce fut d’abord une hypéresthésie cutanée qui dura quatre jours. À cette hypéresthésie succéda, pendant vingt-quatre heures, une névralgie douloureuse des muscles antérieurs de l’abdomen, .
» Puis survinrent des douleurs suivant les trajets des nerfs principaux des membres, ces douleurs arrachaïent des cris au malade, elles cessérent et firent place à une sciatique double qui persista pendant cinq jours’et disparut.
» Le malade fut alors pris de violentes coliques; à l'hôpital de Saint-Louis, sur lequel nous avions évacué ce sergent, le diagnostic porté fut coliques sèches. Le malade finit par guérir sans autres complications. Dans ce cas comme dans la première observation, la colique n’a été qu’une forme particulière des troubles nerveux multiples qui avaient accompagné la | maladie, puis l'avaient suivie. Peut-on attribuer à un empoisonnement saturnin les troubles divers qui constituaient l’hypéresthésie cutanée, la sciatique double, la névralgie des muscles antérieurs de l’abdomen pendant et à la suite de cet accés pernicieux, ou, dans le premier cas, les troubles amaurotiques, la névralgie faciale? La colique sèche n'est-elle pas, dans ces cas, une des formes de ces névralgies multiples ?
» Depuis lors, des études ont été faites sur les accidents de paralysies et de névralgies diverses succédant aux atteintes profondes de l'organisme par la diphthérie et par d’autres maladies aiguës graves. Ces observations sont venues fortifier notre conviction. La colique sèche, non saturnine, ne s’observe que sur des individus très anémiés, soit à la suite des maladies aiguës, soit après un séjour prolongé dans les pays chauds. Ces individus sont tout à fait dans les conditions où se trou-
vent les malades ayant subi de graves atteintes aiguës ayant modifié profondément leur organisme. Le paludisme place souvent les Européens de nos colonies dans cette situation ; 1 n'est pas étonnant que ce soit ordinairement à la suite de l'infection malarienne que s'observent les cas de coliques sèches, mais cette infection n'est pas nécessaire »… « En résumé, à côté de l’empoisonnement par le plomb, qui se montre à la côte d’Afrique comme partout ailleurs, nous admettons avec M. Chassaniol père, avec M. Chassaniol fils, Defaut, Bérenger-Féraud,
qu’il existe des coliques sèches d'origine non saturnine; mais nous ne croyons pas à l’origine paludéenne de cette affection ».
Que l’auteur me permette de lui faire remarquer que cette dernière conclusion n’est pas exactement en rapport avec ses arguments. |
D'une part, il avance que le paludisme place souvent les Européens de nos colonies dans l’état d’anémie favorable au développement de la colique sèche, et l'observation du sergent Cler…, recueillie à Dagana en est un exemple; puis d'autre part, aux conclusions, il ne croit pas à l’origine paludéenne de l'affection.
Mais comme le fait remarquer M. Vilette, un des partisans de l’origine exclusivement saturnine de la colique sèche, « que la colique sèche soit un des accidents de l’anémie paludéenne ou qu’elle dépende de l’action directe du miasme paludéen, la pensée est au fond la même ». C’est une maladie de nature miasmatique. N'est-ce pas ainsi qu’il faudrait envisager l’observation II de M. Borius?
Quant à croire que la colique sèche reconnaît toujours cette origine, le fait n’est point admissible, j'en tombe d'accord avec l’auteur, pas plus qu’elle ne reconnaît une origine exclusivement saturnine. Sa première observation en est une preuve.
Tel est aussi l’avis de M. le médecin en chef Brassac dans
; 1 et
l'analyse qu’il a faite de la thèse de M. Borius et dans divers autres travaux.
« Nos observations aux Antilles, écrit-il, nous ont prouvé que l’entéralgie attaquait presque toujours des malades épuisés par des accès de fièvre, mais comme M. Borius, nous pensons que l’entéralgie peut trouver dans l'altération du sang produite par diverses maladies ou seulement par certains climats, sa cause génératrice sans invoquer exclusivement soit une
origine saturnine, souvent impossible à trouver, soit une origine palu-
-déenne ».
L'observation suivante, relatée par l’auteur aux pages 38 et 72 de sa thèse, restera pour nous comme pour lui, et malgré toutes les opinions contraires, l’expression du plus pur paludisme.
«M. L..…., garde du génie de Saintes, aux colonies depuis quelques mois seulement, d’une activité rare dans ces climats, remue, secoue lui-même, pour en faire un jardin, le sol entourant sa maison et couvert d'une couche épaisse de feuilles et autres détritus végétaux.
» Il présente, en trois semaines, trois attaques violentes de coliques sèches. sa famille n’est pas épargnée; seulement la cause, quoique la même, avait agi sur elle d’une manière moins prolongée, mais continue.
» La maladie, ici, présente un véritable caractère de perniciosité, avec intermittence périodique ; en un mois, trois attaques terribles ; le malade rentrait aux Saintes, après une convalescence passée au camp Jacob, quand il fut pris d’une quatrième attaque encore plus violente. Cet officier se rétablit à grand peine et fut obligé d'aller passer plusieurs mois en France ». (Résumé in Moursou : de la complication paludéenne dans quelques intoxi-
cations).
M. Moursou a considéré cette observation comme un cas « de coliques saturnines avec complication paludéenne ». Mais il n’a point démontré que le plomb fût en jeu. Il l’a comme
plus haut simplement rapporté au saturnisme, conformément 8 G
aux recherches de Lefèvre. Cependant M. Brassac n’a trouvé chez son sujet aucune preuve de la présence de ce métal.
Je n’y vois par suite qu'une série de faits de nature paludéenne.
Au défrichement d’un sol fébrigène succède une affection intermittente. Or, si dans les cas de coliques saturnines avec intermittence, « il est incontestable, de l'avis de M. Moursou, qu'il n’y a que l'influence paludéenne capable de provoquer une intermittence aussi régulière », il est non moins Incontestable, dans les circonstances précises où le plomb fait défaut et où le miasme paludéen fraîchement dégagé est vraisemblablement absorbé, que cette intermittence.est aussi caractéristique de la nature paludéenne des coliques.
Mondot s’est fait le défenseur de l’opinion qui considère la colique sèche comme étant fréquemment « une entéralgie symptomatique de l’anémie consécutive à la cachexie paludéenne ». Cette opinion, il la déduit de faits étiologiques et symptomatologiques. Il n’a point trouvé le plomb chez les sujets porteurs de ces entéralgies.
Mais, « c’est parmi les hommes qui s'acclimataient, dit-il, que nous avons observé le plus de coliques sèches. Presque ous avaient eu plusieurs accés de fièvre intermittente, quelques-uns la dysenterie; enfin l'empoisonnement paludéen les avaient rendus anémiques.
» Nous avons vu la colique sèche alterner avec la fièvre intermittente,
avec la dysenterie paludéenne ou terminer l'une ou l’autre de ces maladies ».
Quant à la localisation du mal sur l'intestin, elle s’expliquerait par le refroidissement du ventre, causé tantôt chez les marins par l’évaporation de la pluie reçue dans les expéditions à terre et qu’un soleil ardent séchait en peu de temps, tantôt chez les chauffeurs par lévaporation de la sueur, suite de
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oc l'exposition à l’air libre, tantôt enfin dans tous les cas par l'humidité et les fraïcheurs des nuits.
À côté de la symptomatologie ordinaire sans liseré de Burton, M. Mondot admet la possibilité des troubles nerveux.
« La colique sèche, relate M. le docteur Brassac, auquel nous empruntons cette analyse, comme l’empoisonnement saturnin, se complique de névroses très-diverses; mais cela, en considérant même Ja similitude des symptômes, prouve-t-il l'identité des deux maladies. Non, assurément. Les faits de paralysie et d’autres accidents nerveux à la suite des fièvres intermittentes, de la dysenterie et de diverses maladies graves, ne manquent pas dans la science. Zimmermann, J. Franck, MM. Dutroulau et Délioux, signalent des paralysies consécutives à la dysenterie. Nous connaissons les travaux de M. Manigault sur la paralysie diphtéritique, ceux de M. Gubler sur les paralysies à la suite des maladies aiguës; enfin, M. Mondot cite plusieurs observations recueillies par lui en Cochinchine, et par M. Pasqua- Hini, au Gabon, observations qui démontrent que la paralysie et les accidents nerveux se montrent souvent chez des individus atteints de cachexie paludéenne alors qu'ils n’ont jamais été atteints de coliques sèches ou de coliques saturnines. La huitième observation est un cas bien défini d’analgésie cutanée de nature paludéenne.
» Enfin, ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que le traitement qui réussissait pour les maladies dans lesquelles Ja colique sèche semblait être la erise terminale, réussissait dans la colique avec quelques modifications provenant des indications spéciales que l'élément nerveux réclamait..…. Les préparations de quinquina sont celles qui ont le mieux réussi : « Natu- » ram morborum curationes ostendunt »...
« Mais la guérison, dans le sens absolu du mot serait rare, à moins que le malade ne puisse, tout en suivant une médication appropriée, fuir les lieux où il a contracté l'affection.
» En effet, sans parler de la dysenterie ou des accès de fièvre qui peuvent remplacer la colique sèche et amener la mort, peut-on regarder comme guéri un homme qui, s'il n'est pas paralysé dans quelques jours, peut suc-
comber dans un temps plus ou moins éloigné à l'anémie profonde alors