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même qu'il n’a pas une répétition fréquente des attaques ? La guérison est donc rarement complète tant que le malade n’est pas rapatrié, d'où l'indication formelle et impérieuse de ce rapatriement pour peu que le malade soit anémié par une première attaque. Abordant ensuite le traitement, M. Mondot, commence par reconnaitre l'inutilité, le danger même des purgatifs drastiques employés dès le début, surtout si la maladie s'annonce comme devant être grave. La base de son traitement a été lesulfate de quinine, le quinquina..……. la belladone. L’opium substitué à la belladone si la colique existe sans constipation, le soluté arsenical de Boudin substitué à la quinine si celle-ci est mal tolérée, les applications de chloroforme en topique sur le ventre: les purgatifs drastiques quand les symptômes ont diminué.
» À la convalescence, les toniques et les reconstituants les plus éprouvés; les eaux minérales qui doivent varier suivant la nature des symptômes prédominants présentés par le malade rapatrié; enfin avec cette médication, l'électricité s’il y a paralysie.
» M. Mondot termine son travail par l'indication des moyens hygiéniques à employer après une première attaque, et des moyens prophylactiques
pour l’Européen appelé à servir dans les pays où la maladie est endémique.
Ces indications rationnelles découlent, du reste, des opinions de l'auteur
sur les causes de la maladie »,
Les faits relatés par Mondot pourraient se passer de commentaires. Mais 1ls ont été considérés par certains auteurs comme coliques saturnines compliquées de paludisme et il importe de s’y arrêter.
Tout d’abord et bien que Mondot n'ait point trouvé le plomb dans les cas qu’il à observés, peut-on affirmer que ce métal a participé à leur genèse ? Etiologiquement parlant rien ne l’autorise. Lefèvre a bien démontré que la présence du plomb à bord des navires était plus fréquente qu'on ne le croyait, mais il n’a point affirmé qu’on doive y être forcément saturnin ; et c'est si vrai, qu'il n’a point hésité, nous l'avons vu plus haut, à
admettre la distinction faite par Thibaut et Griffon du Bellay à la côte d'Afrique et basée sur leur pratique du bord.
Mais, si ces coliques n'étaient pas d'origine saturnine, pourquoi ces accidents nerveux dont parle Mondot? Sont-ce là, comme il semble vouloir le démontrer, des manifestations relevant du paludisme ?
: A l’époque où 1l écrivait, la chose pouvait paraître douteuse. Mais des recherches récentes dues notamment à M. Bouru sont venues lever ce doute et montrer combien est puissamment nocive l'influence du paludisme sur les centres nerveux principaux, cerveau et moelle, combien aussi est alors efficace la médication quinique.
Mais le plexus solaire formé par les nerfs grands splanchniques, une partie des petits splanchniques et des filets des nerfs diaphragmatiques, par le nerf pneumogastrique droit et par des ganglions, n'est-il pas aussi, quoique secondairement, un centre nerveux et comme tel ne peut-il subir, en même temps que les centres principaux, l'influence paludéenne qu’il transmettra ensuite par irradiation et à l’aide des fibres qui en émanent, jusqu'aux anses intestinales innervées par celles-ci? Et n’y aura-t-il pas, par suite, coexistence des accidents entéralgiques et des accidents nerveux graves, comme dans les cas auxquels Mondot fait allusion ?
On le voit, les affirmations de l’auteur ont leur raison d’être.
Reste à discuter la valeur du refroidissement comme cause de localisation morbide et celle de l'efficacité du traitement quinique. Le refroidissement subit a, de l’aveu de tous les observateurs, le pouvoir de réveiller les manifestations paludéennes. Par ailleurs et de l’avis de tous encore, il a aussi cet autre pouvoir d’engendrer les névralgies. |
Qu’y a-til d'étonnant alors que, chez un paludéen, le refroidissement du ventre soit l'appel à l’entéralgie palustre?
Naturam morborum curationes ostendunt ! « De combien d'erreurs la médecine n’a pas payé cet adage?» s’écrie M. le professeur Bertrand (Joc. cit.). Sans doute, répondrons-nous, mais quand la cure de l'affection, par la quinine, coexiste avec d’autres faits propres à démontrer sa nature paludéenne, cette cure n'est-elle pas un argument de haute valeur?
C’est, nous le répétons, de l’ensemble des faits et non d’un fait qu'il faut juger.
Quant à voir dans une guérison tardive des cas, à la suite de l'administration de la quinine, une guérison « naturelle », ainsi que l'écrit encore M. Bertrand à propos de la thèse de Carle, c’est peut-être beaucoup s’avancer!
Je n’y verrai, pour ma part, qu'une affection paludéenne tenace, car la ténacité est un des caractères du paludisme; ses manifestations les plus franches n’échappent pas à cette loi, nous l'avons déjà fait ressortir. Nul ne peut se vanter, le spécifique en main, de pouvoir toujours réussir d'emblée contre elles.
Dans sa thèse d'avril 1865, Romain « insiste, dit M. Brassac, sur l’anémie et les troubles nerveux si variés qui en sont la conséquence, depuis la gastralgie jusqu’à la névralgie générale d’origine paludéenne ».
Il consacre, en terminant, quelques pages à la colique séche:..
« À bord de l’Ofivier, le commandant seul fut atteint de coliques sèches : première atteinte à Taïti en 1843; atteintes légères à Toulon en 1857 et en 1858; nouvelle atteinte après dix mois de séjour aux Antilles, accès facilement supprimé par le traitement. Un peu plus tard, à Sacrificios, après avoir dormi le hublot ouvert pendant une brise fraîche, le commandant voit un accés violent éclater. La maladie dure plus de
UE up CAT de. à
deux mois, avec alternatives d'amélioration et d’aggravation ; pas de liseré gengival ardoisé. Enfin le malade se rétablit et termine sans récidive ses trois ans de campagne. Il eut un léger accès en rentrant en France.
» M. Romain ne croit pas à l’origine saturnine de ces coliques. L'enquête minutieuse faite à ce sujet, lui fait penser qu’il à eu affaire à une colique nerveuse d’origine miasmatique trop prouvée par l'aptitude aux névralgies qu'avait le malade ». | |
Il a pu se faire que le plomb n’existât point à bord de l'Olivier, répondrons-nous à M. Romain; mais néanmoins le cas du commandant ne nous semble pas un cas de paludisme pur de tout mélange saturnin, car les antécédents pathologiques de ce sujet étaient fort douteux.
Il avait eu pour la première fois la colique sèche en 1843, à Taïti. Or, Taïti n’est point un lieu paludéen; par contre, de 1843 à 1858, la colique saturnine sévissait dans toute la marine avec une extrême rigueur. Il est vraisemblable par suite, que les premières atteintes de coliques chez le commandant en question avaient été non pas de nature paludéenne mais
- bien de nature saturnine. Le sujet était donc en puissance de
saturnisme lorsqu’à Sacrificios il fut la proie du paludisme. Celui-ci, par suite, ne semble avoir joué vis-à-vis de celui-là, qu'un rôle de cause aggravante.
Sur ce point, nous sommes du même avis que M. Moursou.
« Dans cette observation, dit-il, l'existence de l’intoxication saturnine antérieurement au paludisme est indiscutable ; on la constate en Océanie (15 ans avant), et à Toulon (un an avant l’arrivée des accidents paludéens), dans des lieux où la malaria fait défaut. Ce n’est qu'après un séjour de quelques mois dans les pays chauds paludéens que les accès intermittents apparaissent concurremment avec des symptômes se rattachant au
saturnisme (embarras gastrique persistant, constipation, anémie); celui-ci s'accuse mieux quelques jours après avec l’impression brusque du froid: ces coliques bien caractérisées éclatent et récidivent plusieurs fois dans l’espace de deux mois. Malheureusement, l'observation ne contient aucune date pouvant permettre de voir si ces crises répétées sont survenues à jours périodiques, quoiqu’elle dise fort bien qu’elles ont cédé aux préparations de quinquina, ce qui démontrerait le rôle joué par le paludisme dans leur apparition.
» En tout cas cette observation semble prouver que l'addition de l'infectieux malarien au plomb à fait sortir celui-ci des points où il était en réserve pour le jeter dans le torrent de la circulation, provoquant alors les accidents qui lui sont propres en ajoutant ses effets aux siens ».
Mahé (Jacques-Henri) et Gautier (Léon) dans leurs thèses sur les endémies du Sénégal « maintiennent, dit Brassac, la colique sèche comme entité morbide distincte, et admettent que, si beaucoup de cas d’entéralgie à bord reconnaissent une source saturnine, il est loin d’en être toujours ainsi à terre. Pour nos deux confrères, la colique sèche est une névralgie intimement liée à l’intoxication paludéenne, dont elle n’est qu'une manifestation. »
Les documents me manquant pour juger plus amplement de ces travaux, je n’y insisterai pas.
La thèse de M. Follet (C.) est également favorable à la nature fréquemment paludéenne de la colique sèche.
«M. Follet, écrit M. Brassac, pose ainsi le programme qu'il se trace : vérifier « si la dernière opinion émise sur la colique sèche, c’est-à-dire l'origine saturnine était applicable à tous les cas de colique sèche; ou bien
si, tout en admettant dans les pays chauds comme en Europe, la colique
d'A : TNT La
saturnine, il n’existerait pas une colique nerveuse propre aux pays chauds et indépendante de la colique saturnine.
» Notre confrère commence par rendre hommage aux travaux de M. le directeur Lefèvre qui ont déjà porté tant de fruits « en appelant spécialement l'attention de MM. les Médecins de la marine sur un métal qui existe en si grande quantité à bord, et qui bien certainement a été, par son introduction dans l'économie, cause de troubles dont la véritable nature est restée bien souvent ignorée.
» Mais de ce qu’il existe à bord des bâliments, comme à terre, des coliques de plomb, est-ce à dire pour cela qu'il ne puisse y exister également une autre affection, qui tout en ayant beaucoup de ressemblance avec la précé-
dente en soit différente ? »
Les symptômes en sont une preuve : les tableaux comparafs qu'il donne des deux affections ne différent guère de la symptomatologie admise jusqu'ici. Toutefois, M. Follet insiste d’une manière spéciale, sur les différences notables que présente le pouls dans la colique saturnine et dans la colique sèche végétale. «Notre collègue accepte entièrement l'opinion de M. le médecin en chef Ballot, dont il a suivi longtemps la clinique. M. Ballot formule son opinion dans un de ses rapports trimestriels de l’année 1860 ». Mais ces symptômes. étant pour -nous peu propres à révéler la nature paludéenne de l'affection nous les passerons sous silence.
« A l'appui des expressions symptomatologiques données comme diagnostic différentiel, M. Follet apporte deux séries d'observations; la première, de coliques saturnines à diagnostic certain, à étiologie manifeste constatée par les symptômes et par l'analyse chimique; une deuxième série offrant des observations de colique végétale, dans lesquelles rien ne vient à l'appui de l'origine saturnine, où tout au contraire combat cette origine. Nous ne pouvons, ajoute Brassac, résumer ici ces observations, toutes très bien présentées et que nous regardons comme des pièces très importantes pour
l'enquête toujours pendante. Elles ont à mes yeux une grande valeur, car si JG
nous admettons l'origine saturnine toutes les fois qu'on découvre le plomb ou du moins qu’existent les signes de la présence du plomb dans l’économie, nous ne pouvons être aussi catégorique alors que le plomb n’est pas découvert et que les signes de l’intoxication saturnine n'existent point.
» Dans ce cas, gardant une sage réserve, nous nous bornons à caractériser la maladie, entéralgie, névralgie abdominale, colique nerveuse, sans rien préjuger sur la cause, bien que nous la raltachions volontiers, non pas exclusivement à l'affection paludéenne, mais plutôt à l’anémie profonde qu’elle entraine après elle.
» Sans prétendre formuler cette étiologie d’une manière précise, M. Follet, rappelant ses nombreux souvenirs et constatant que la colique sèche ne se montre que dans les pays chauds où règne la fièvre paludéenne, est porté à se rallier à l'opinion qui regarde la colique sèche « comme une fièvre paludéenne larvée, se manifestant sous forme d'une névralgie fixée sur les extrémités périphériques des nerfs cérébro-rachidiens et de préférence sur les branches nerveuses ganglionnaires.
» Si on a vu des coliquee sèches dans des pays froids ou tempérés où ne règne pas la fièvre paludéenne, M. Follet fait observer que « ces cas sont toujours de simples rechutes d'une affection contractée antérieurement dans les pays chauds, et qui a reparu sous l'empire de l'humidité, du froid et des variations atmosphériques ».
» On constate du reste le même fait pour les fièvres intermittentes, dont on observe les accès dans les pays les plus sains.
» À l’appuide l'opinion quirattache la colique sèche à une fièvre paludéenne larvée, M. Follet fait remarquer que ces fièvres larvées, quoique moins accentuées et à symplômes modifiés, se présentent dansles pays tempérés où la fièvre paludéenne est endémique. Notre collègue cite la Charente-Inférieure, pays marécageux où le faitsuivant est incontestable, c'est queles névralgies y sont plus fréquentes que dans les autres contrées. On s'explique du reste celte corrélation; le miasme paludéen et la fièvre qui en est la conséquence amènent l’appauvrissement du sang. Celui-ci n'étant plus le régulateur de la force nerveuse, il s’en suit que les fonctions du système nerveux se troublent, et c’est alors qu’on voit apparaître ces névralgies parfois si douloureuses,
» M. Follet consacre quelques pages au traitement de la colique sèche. Nous signalerons, avec lui, « l'usage efficace qui a été fait du sulfate de quinine contre des cas de colique sèche considérés comme d'origine clima-
térique, par nos collègues MM. Autric, Touchard, Mondot, Jouve, etc... .».
Nous acceptons entièrement et sans aucune discussion les faits avancés par MM. Follet et Brassac; car nous nous sommes déjà prononcé sur la plupart. Il n’est guère que la possibilité d'existence de la colique sèche dans les pays tempérés et marécageux qui n’ait été envisagée mais nous y croyons aussi, ayant eu l'occasion d'en observer un exemple daus le même milieu que M. Follet, à Rochefort. Toutefois le sujet avait longtemps habité les pays chauds.
M. Jubelin (Paul) a consacré dans sa thèse de juillet 1866 quelques développements à la colique sèche, .observée à Aouémie (Côte-d'Or) et l’a considérée « comme une entité morbide indépendante de la colique de plomb ».
« Notre collègue dit en avoir observé un cas chez un noir Sénégalais «qui vivait dans sa case avec sa femme, ne mangeant que des aliments préparés dans des vases de bois ou d'argile du pays et non vernissés, ne buvant que de l’eau de la rivière dans des vases de même matière, en un mot en dehors
de toute action directe ou indirecte du plomb ».
D'ailleurs, rien dans la symptomatologie ne pouvait faire songer à une origine saturnine. Par contre, la constitution maremmatique du pays, due à la coexistence de marais temporaires ou permanents, d’une humidité très grande surtout en temps d'hivernage, et d’une température excessive est une forte présomption en faveur de l'origine paludéenne de l’affection. Ceci ne diffère point de ce que nous avons déjà relaté et discuté.
Se
Coste, en 1867, a rapporté en faveur de l'opinion qui admet l'existence d’une colique paludéenne distincte de la colique saturnine, diverses observations du plus grand intérêt.
Il fait tout d’abord appel au souvenir pénible d’une chasse à la Guyane. «
« Pendant que j'étais, dit-il, dans le pénitencier de Kourou dans cette colonie j'allai à la chasse dans les palétuviers avec M. Catel, chirurgien de 3e classe. Nous étions accompagnés par un domestique. Deux jours après, je fus atteint d’un fort accès de fièvre; M. Catel et le domestique eurent un accès pernicieux. À peine convalescent de la fièvre, M. Catel fut pris de coliques sèches à la suite desquelles il succomba;'la convalescence du domestique ne fut pas entravée, Nous avions donc fait la même course, respiré le même miasme, nous avions été tous les trois atteints, mais à des degrés différents. Tous ceux qui ont connu M. Catel, savent qu'à celte époque il était très anémié.
» L'infection dont parle Fonssagrives, ajoute-t-il, n'est pas seulement une condition éminemment favorable à la production de la colique sèche, comme l’a avancé Fonssagrives ; elle en est la cause, elle en est la raison. Nous ne voulons pas dire cependant que tous les individus anémiques doivent avoir la colique sèche; nous émettrions une opinion que de nom-
breuses observalions démontreraient inexacte. »
Suivent les trois observations suivantes :
» M. B..., chirurgien de 3° classe, embarqué sur la Seine, excessivement anémié, fut atteint, le 21 février, de coliques sèches très violentes, qui ne cédèrent qu'à l'extrait de belladone à hautes doses et aux purgatifs, dès que les douleurs se furent un peu calmées. Ce qu'il ÿ a de remarquable, c’est que, pendant trois jours consécutifs le malade était calme jusqu’à trois heures du soir. À partir de ce moment, les coliques redevenaient violentes, le pouls élait fréquent, la peau chaude. Je conseillai quelques doses de sulfate de quinine. L'eau de la machine distillatoire, que notre collègue
soupçonnait, et qu'il a fait examiner à Toulon par M. Segard, pharmacien
agrégé de la marine, ne contenait aucune trace de plomb. Du reste, cette
eau ne servait à bord qu'au lavage du linge et aux soins de propreté, car
elle laissait déposer sur le filtre de grandes quantités de carbonate de
protoxyde de cuivre. »
« Le nommé Senié, premier maître de timonerie, teint pâle, anémié, pas
de liseré gengival, a fait, comme gabier, une campagne de vingt-deux mois
-en Océanie, puis, comme quartier-maitre de manœuvres, une campagne
de trente mois en Cochinchine, sur la Sarthe.
Le soir du 21 avril, il est pris de coliques très violentes. IL m'avoua souffrir, depuis le 19, de légères coliques, avec céphalalgie, douleurs lombaires, faiblesse dans les articulations, malaise général. Les aecidents cédèrent promptement à l'extrait de belladone à hautes doses et aux purgatifs. Le malade allait à la selle dans la nuit du 22. Le 93 et le 24, nous constations un accès de fièvre intermittente bien caractérisé, compliqué de douleurs abdominales assez vives, commencant à 11 heures du matin et finissant à 6 heures du soir. Le sulfate de quinine enraya la fièvre et les douleurs ne reparurent plus. M. Moulard, chirurgien de 3e classe, qui examinait avec moi ce malade fut frappé de voir une affection à symptômes si terribles commencer et finir par des aceës de fièvre simple.
Avons-nous tort de caractériser coliques sèches l'affection qui fait le sujet de cette observation, et de lui trouver une cause tout autre qu'un empoisonnement par le plomb? Peut-on nier qu'ici fièvre intermittente et colique sèche ne reconnaissent la même cause, l'infection paludéenne, dont
la colique sèche est une manifestation plus élevée? »
La troisième observation, je la citerai en entier.
« Martin, matelot de pont, 25 ans, constitution faible, anémique, pas de liseré gengival, gabier sur le Mogador (1863-1864), puis infirmier pendant onze mois sur la Thémis (Antilles et Mexique, 1864, 1865), n'a jamais été, dit-il, employé aux travaux de la machine ni à la peinture du navire; n’a jamais eu d'accès de fièvre intermittente ni autres maladies des pays chauds,
‘mais il souffrait au moins une fois par mois de coliques sourdes, légères,
sans diarrhée, disparaissant sans traitement; un peu de céphalalgie, douleurs musculaires et articulaires pendant la durée de ces coliques.
Ce matelot se présente le 12 février (nous étions à la Martinique) à la visite du matin, avec un peu de diarrhée, quelques coliques; état saburral très prononcé.
Je prescris À gramme d’ipéca.
Le lendemain, 13, il accuse le long du côlon transverse des coliques légères qui durent de midi à 2 heures du soir.
Le 14, au matin, le malade paraît bien; mais, à une heure de l’aprèsmidi, les coliques deviennent très fortes, le malade se roule dans son lit, prend les positions les plus bizarres, souffre horriblement; une forte pression calme momentanément les douleurs, le ventre conserve sa forme habituelle, mais se rétracte au moment des douleurs; face pâle, altérée, langue blanchâtre, tremblement général, fatigues dans les articulations des membres supérieurs et des genoux, quelques vomissements bilieux; peau froide, pouls lent, petit, inégal; constipation opiniâtre depuis le 12 au soir. La chaleur commence à revenir vers les 3 heures du soir. À 4 heures, le matelot est en pleine sueur; les douleurs cessent peu à peu, et vers 5 heures le calme est presque complet. Pas de selles malgré les potions et les lavements purgatifs. |
Je ne prescris pas le sulfate dé quinine.
Le 45, le même accès revient avec Les symptômes de la veille et dure de 4 heure à 4 heures du soir. A la fin de l’accès, j'administre 0,80 de sulfate de quinine.
Le 16, léger accès de coliques de 1 heure à 2 heures du soir.
Sulfate de quinine, 0, 80; lavement au sulfate de soude et séné. Plusieurs selles.
Le 17, je donne le sel quinique le matin, et je le continue plusieurs jours de suite. L'accès ne reparaît plus; le malade va régulièrement à la selle.
Plus de douleurs abdominales.
2e attaque. Le 8 avril (nous avions quitté le Mexique depuis un mois), Martin se présente denouveau avec des symptômes aussi violents que ceux que j'ai décrits plus haut ; il souffrait, me dit-il, depuis trois jours et pendant quelques heures de l'après-midi, de coliques et de céphalalgie (cette
deuxième attaque a lieu huit semaines après la première).
‘Le8 avril, l’accès dure de deux heures à six heures du soir.
* Le lendemain, il recommence à 11 heures du matin. Le sulfate de quinine fait cesser la fièvre et les douleurs.
Cette rechute m'a présenté un symptôme que je n’avais pas noté dans la première attaque : anxiété précordiale, dyspnée.
Dans mon: rapport de fin de campagne, j'ai caractérisé cette affection : coliques sèches intermittentes, »
.« Gette observation, ajoute l’auteur, peut se passer de commentaires ; J'avais bien déjà, soit à Cayenne, soit en .Cochinchine ou bien à la Guadeloupe observé des cas de colique sèche, avec quelques accès de fièvre, soit avant, soit après l'attaque; j'en avais observé aussi quelques-uns qui font le sujet de l'observation II, mais jamais, je dois l'avouer, celte affection des pays chauds ne s’était présentée à moi avec des caractères si (ranchés.
» Quoi d'étonnant, du reste, qu’une maladie ne se montre pas toujours avec les caractères qui lui sont propres? Ne voyons-nous pas certaines affections dans lesquelles quelques symptômes importants manquent complètement ou sont diversement modifiés, se présenter avec des allures tantôt franches, tantôt latentes ?
» Le point de côté, [a toux, dans la pneumonie par exemple, ne manquent-ils pas 20 fois sur 182 pour le premier, 10 fois sur 90 pour le second, et je ne parle que des adultes (Grisolle). |
» Doit-on conclure, alors, qu'on n’est pas en face d’une inflammation pulmonaire ?
» Et, d'un autre côté, si la fièvre manque dans certains cas de coliques sèches, ou si cette affection ne se montre pas avec l'intermittence que nous signalons dans l'observation III, doit-on, quand même en chercher la cause dans l’ingestion plus ou moins éloignée d'un composé plombique? Evidemment non.
» Il y a entre l'infection paludéenne et la colique sèche plus qu'une très grande affinité, plus qu'une parenté; c'est une même maladie dont la manifestation la plus simple est la fièvre intermittente simple et dont la colique sèche, comme je l'ai dit plus haut, est une manifestation plus
élevée ».
Les faits relatés par M. Coste ont été considérés par M. Moursou comme des cas de coliques saturnines compliquées de paludisme. Au sujet de l'accident de chasse dont parle M. Coste, il s’exprime comme 1l suit :
« M. Coste va à Kourou à la chasse dans les palétuviers, avec M. Catel, médecin de troisième classe, très anémié, et un domestique dont l’état de santé n’est pas donné.
» Au retour, M. Coste a un fort accès de fièvre, le domestique et M. Catel ont chacun un accès pernicieux comateux; mais chez celui-ci la convalescence est interrompue par des coliques sèches qui entraînent la mort.
» Voici, maintenant, comment je comprendrai la pathogénie de ces faits. M. Coste doué d’une forte santé, n'ayant aucune maladie, a un accès de fièvre dont l’intensité est en rapport avec la dose relativement considérable de poison paludéen absorbé ; le domestique dont les antécédents ne sont pas connus, doués d’une moins grande résistance, et M. Catel très anémié, et en puissance d’intoxication saturnine, ont un accès pernicieux; seulement chez ce dernier, la dose du poison plombique relativement faible (puisqu'elle n'avait pas avant manifesté sa présence), ajoute son effet à celui du poison paludéen qui est très fort ainsi que le prouvent le violent accès de M. Coste et l'accès pernicieux du domestique.
«Les allures pernicieuses sont constatées ; puis quand la quinine à détruit une partie des effets du paludisme, c’est-à-dire pendant la convalescence, le poison plombique ne se trouve plus qu’en présence d’un organisme encore impaludé et affaibli; des doses de plomb qui n'auraient point signalé en temps normal leur action sur l’économie, agissent efficacement en déterminant l’apparition de violentes coliques saturnines qui sont suivies de la mort du malade. |
» Au début, intoxication plombique latente, qui entraîne la