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= Ph perniciosité de l'accès de fièvre, lorsque surgit la complication paludéenne; celle-ci heureusement écartée, l’économie n’en reste pas moins désarmée devant le poison saturnin qui enlève alors le malade.
» La perniciosité est donc favorisée dans son évolution par les accidents graves appartenant en propre au saturnisme, sa force est même sous la dépendance de celui-ci... »
L'auteur voudra bien m'’excuser si, malgré sa haute autorité, je ne partage point sa manière de comprendre la pathogénie des faits en question.
Comment, vous avouez vous-même que M. Catel, avant l'accès pernicieux et les coliques qui l’emportèrent, n'avait jamais eu aucun accident saturnin, que chez lui, « le poison plombique n'avait pas avant manifesté sa présence, » et vous en concluez qu’il est « en puissance d'intoxication saturnine, » qu’il possède « une dose relativement faible de poison plombique, » qu’il y à eu chez lui intoxication plombique latente qui a entraîné la perniciosité de l’accès de fièvre, « poison saturnin » devant lequel « l’économie reste » ensuite « désarmée. » Autrement dit, vous basez votre logique sur des faits négaüifs. Vous aflirmez en dépit de toutes les négations, sans que rien dans la symptomatologie ultérieure justifie votre manière de voir!
Mais, n'est-il donc pas plus logique de conclure à l’opposé? Le sujet atteint d'accès pernicieux et de coliques n’avait jamais eu d'accidents saturnins; « chez lui, le poison plombique, pour me servir de votre propre expression, n'avait pas avant manifesté sa présence; » donc il n’était pas saturnin. Et, comme par ailleurs, le paludisme est la seule intoxication dont on ait pu affirmer, chez lui, l'existence, puisque ses coliques ont succédé à un accès pernicieux, n'est-il pas logique de rattacher
celles-ci à celle-là ?
Quant à cette succession des coliques à l’accès de fièvre, je n’y vois, avec M. Coste, qu’une manifestation d’un ordre nouveau et plus grave que la préexistante, et ne crois nullement nécessaire d’invoquer une intoxication plombique latente, une réserve de poison, dont les faits ne justifient point la réalité.
Pour des raisons identiques à celles qui précèdent, je n’admets pas non plus que M. Moursou ait pu dire de l’observation II: « Dans ce cas le paludisme s’est présenté, concurremment avec les coliques saturnines et les accès ont été marqués par une exacerbation des douleurs des plus caractéristiques » ; ni de l'observation III, qu’il y ait eu « coïncidence des deux manifestations paludéenne et saturnine ».
Il n’y avait chez les sujets ni antécédents saturnins, n1 aucun autre accident de cette nature, donc il n’était pas saturnin et si les accès dans l'observation II ont été marqués par une exacerbation des douleurs des plus caractéristiques, si encore dans l'observation III coliques et accès ont coïncidé, c’est que douleurs et accès étaient liés à la même cause, le paludisme.
L'observation I est en outre remarquable par la cessation des coliques en même temps que la manifestation paludéenne, sous l'influence du sulfate de quinine et plaide en faveur de cette opinion.
Au sujet de la note de M. Coste, M. Le Roy de Méricourt s'est livré à des réflexions tendant à nier l'existence de la colique sèche paludéenne.
« Si la colique sèche n’était qu’une manifestation de l’infection paludéenne, dit-il, elle devrait se montrer fréquemment parmi les individus qui habitent les localités réputées insalubres, en raison de l’endémie palustre, telles que la Sologne, certaines parties de la Corse, de l'Italie, de l'Algérie, de l'Inde Anglaise, etc., c’est ce qui n’a pas lieu. Les médecins militaires qui, depuis 1833, ont publié tant et de si précieux travaux sur
EVE les maladies de l'armée d'Afrique, n’ont jamais signalé la colique sèche comme une des formes de l’intoxication paludéenne. Par ailleurs, les équipages des marines étrangères, des marines anglaises ethollandaises en particulier, sont aussi fréquemment que les nôtres atteints de fièvre à quinquina et d’anémie tropicales, avec toutes leurs conséquences; et cependant, la colique sèchene figure pas au nombre des maladies qui sévissent chaque année sur les bâtiments anglais et hollandais stationnant dans les contrées les plus malsaines et les plus chaudes du monde.
> Pourquoi, si la colique sèche n’est qu’une manifestation de l'intoxication palustre se montrerait-elle spécialement sur les navires et presque uniquement sur les navires français ? L'impossibilité dans laquelle nous nous trouvons de répondre à cette question, en admettant l’opinion que soutient M. Coste, et de l’autre la portée si considérable des travaux de M. A. Lefèvre, nous ont conduit après mûre réflexion à abandonner la doctrine qu'a soutenue avec tant de talent notre ami Fonssagrives, et que nous avions nous même embrassée avec ardeur ».
Nous avons déjà répondu à ces deux arguments. De ce que la colique sèche ne se montre pas partout où règne .le paludisme, en Italie, en Algérie, etc., on ne peut être autorisé à en nier d’une façon absolue l’origine paludéenne, car il faudrait aussi par ailleurs nier la nature paludéenne de certaines affections dont c’est aussi le cas, ce qui serait, je crois, une vraie révolution scientifique. La bilieuse, la rémittente bilieuse hématurique fréquentes au Sénégal, sont rares ou même n’existent pas dans beaucoup d’autres colonies. Est-ce à dire qu’elles ne sont pas d’origine paludéenne?
S'ilest vrai, en second lieu, que la colique sèche des navires français relève de par les travaux Lefèvre, d'une source saturnine, il n’est pas dit qu’elle en relève uniquement; Lefévre luimême, nous l'avons déjà vu, à admis à bord de ces navires la
possibilité de coliques paludéennes, le milieu, les sujets, là clinique enfin répondant à cette distinction.
Saint-Pair, dans son rapport du troisième trimestre 1866 sur la élinique de l'hôpital militaire de Fort-de-France (Martinique) a relaté un cas de fièvre algide avec vives coliques sans autres complications intestinales, guéri par la quinine.
« Vaillant (Jean-Baptiste), soldat d'infanterie de marine, âgé de 26 ans, entre à l'hôpital le 19 septembre atteint de fièvre intermittente algide. Le malade déclare avoir éprouvé le matin quelques frissons et des coliques vives. Au moment de l’admission dans la salle, il y a algidité générale très prononcée, prostration des forces, pouls petit, ventre douloureux, facies grippé. Le malade est enveloppé dans des couvertures de laine et environné de bouteilles d’eau chaude; on pratique des frictions avec la leinture d'Huxbam, à l’intérieur on administre du thé alcoolisé. Le 20, au matin, la réaction s'établit, sueurs abondantes, retour de la chaleur. Le 21 l'accès ne se reproduit pas. Le 19 et le 20 l'on a administré 2 gr. 80 de sulfate de quinine. Du 22 septembre au 1° octobre le malade se rétablit sous l'in-
fluence de diverses préparations de quinquina ».
Dans la période de cachexie des affections paludéennes de la côte occidentale d'Afrique, Dudon a observé des « troubles intestinaux intenses caractérisés par des coliques violentes, parfois atroces, avec rétention des matières fécales et vomissements de matières billeuses ».
«Ges accidents, dit M. Dudon, ont quelques rapports avec la colique saturnine, mais jamais je ne les ai vus s'accompagner de paralysies des extenseurs qui sont fréquentes dans l'intoxication plombique. « La constipation est du reste moins opiniâtre, cède plus facilement dans ces troubles nerveux que dans la colique de plomb. De plus le ventre est dur, mais il n'est pas rétracté et quelquefois il est ballonné. Dans aucun des cas que j'ai
cités, Le liseré plombique n'existait, et l'enquête à laquelle je me suis livré
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sur les antécédents de ces malades a éloigné de mon esprit l’idée du plomb, ne laissant subsister que la cachexie paludéenne comme cause ». Avec M. G. Sée (Du sang et des anémies, p. 243), M. Dudon explique par l’altération du sang tous Les troubles observés dans ces circonstances.
« M. Dudon, tout en admettant les troubles nerveux graves susmentionnés et relevant de l’état cachectique, croit que le nom de colique sèche doit disparaitre de la nosologie, parce qu'il s'applique tantôt à ces troubles nerveux, tantôt à l'intoxication par le plomb.
» Pour nous, ajoute M. Brassac, auteur de cette analyse, c’est une question de mots et nous ne voyons nul inconvénient à maintenir ce nem de coliques sèches si l’on s'applique rigoureusement à fixer sa signification, sans empié-
ter sur le domaine de l’intoxication saturnine ».
Il me semble, ajouterai-je, contrairement à l'opinion de M. Moursou que M. Dudon n’a point empiété sur ce domaine et les cas relatés par lui comme de coliques paludéennes, sont bien tels et dignes d’être séparés des cas de coliques saturnines, car ils répondent exactement aux conditions posées par nous au début de nos recherches.
Bestion, au Gabon, signale après Griffon du Bellay les névralgies d'estomac comme une conséquence de la cachexie et de l’anémie paludéennes.
« Un séjour prolongé dans un pays aussi débilitant que le Gabon conduit forcément à une anémie profonde, à une cachexie paludéenne qui se montre d'autant plus tôt que l’on à eu un plus grand nombre d'accès de fièvre. Dans cet état on offre moins de résistance aux nouvelles atteintes..., on est exposé à des névralgies diverses, surtout du côté de l'estomac. Aussi est-il nécessaire de rapatrier tout malade atteint de cachexie ou d'anémie. Je ferai remarquer que ces maladies sont moins fréquentes qu'autrefois, parce que le temps de séjour a étéréduit, avec raison, à 148 mois, d’un autre côté,
je crois que la constitution médicale du pays s'est un peu améliorée... »,
M. Bestion a aussi observé au Gabon un cas de colique sèche
qu’il a rattaché au paludisme.
Après l'historique de la question et l'éloge des travaux de
Lefèvre l’auteur ajoute ce qui suit :
« … Depuis cette époque, on a de nouveau observé des coliques dans lesquelles il est impossible de faire intervenir l'élément saturnin comme étiologie. Aussi l'opinion première revient-elle dans l'esprit des médecins de la marine. Je connais un grand nombre de collègues et plusieurs chefs qui sont partisans des deux entités morbides. On peut dire qu'elles sont toutes deux dues à un empoisonnement, mais il est de nature bien différente : l’un, parfaitement connu, est de nature métallique, l’autre, encore inconnu, est de nature miasmatique. Le premier peut se produire dans tous les pays, le second ne s’observe que dans les climats torrides ou chauds. Quant aux symptômes, plusieurs leur sont communs; telles sont les douleurs abdomi- nales qui peuvent devenir atroces dans les deux cas, et la constipation; celle-ci cependant est plus opiniâtre quand l’étiologie est due au plomb. De plus, au moment de la débâcle, comme on dit, ily a dans ce cas expulsions de matières ovillées, ce qui n’a pas lieu dans l’empoisonnement miasmatique. La maladie, dans ce dernier cas est moins grave, elle a une durée moins longue et n'entraîne jamais à sa suite ces accidents de paralysie ou d’encéphalopathie qui rendent l’empoisonnement par le plomb si redoutable. Enfin le liseré bleu, sur le bord des gencives, dit de Burton, se rencontre le plus souvent dans les coliques saturnines, tandis qu'il fait défaut dans les autres. Quant au traitement, si on a souvent employé le même avec un certain succès, c'est parce que dans les deux cas on a cherché à combattre des symptômes communs. Cependant il ne devrait pas être identique. Dans une des observations que j'ai recueillies, trois injections hypodermiques ont procuré non seulement du soulagement au malade, mais ont fait disparaitre ses douleurs, je ne sais si ce traitement a été souvent employé dans les deux cas, mais Cl. Bernard cite dans ses leçons sur les anesthésiques un cas de coliques saturnines dans lequel une injection de morphine suivie d’inhalations de chloroforme a notablement atténué les douleurs; ici c’est un fait
d’analgésie el pour mon malade l'injection seule a suffi.
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» Dans le seul cas que j'ai observé, il ne m'a pas été possible de rapporter
la maladie à une intoxication par le plomb. La constipation n’a pas été très
opiniâtre, il n’y a pas eu de matières ovillées, enfin la durée a été assez
courte. De plus, la maladie à été liée à un accès de fièvre, ce qui, à moins de complication, n'arrive jamais dans la colique saturnine.
» On pourrait faire la même objection pour le cas présent, mais qu'y a-t-il d'étonnant à ce que les deux maladies se compliquent puisqu'elles sont l’une et l’autre le résultat d'un empoisonnement miasmatique, partant des mêmes sources et peut-être le même, avec des manifestations différentes. Ne voiton pas, en effet, le paludisme se manifester sous bien des formes différentes. Dans ce cas, la colique végétale serait toujours justiciable du sulfate de quinine, et on pourrait l'appeler fièvre intermittente à forme antéralgique. Pour cela il faudrait qu'il y eût toujours fièvre et intermittence ce qui m'a été observé. Chez mon malade, est-ce la quinine qui l’a guéri ou qui a
. contribué à sa guérison? Je ne saurais le dire, et si je l’ai prescrite, c’est à cause de l'accès de fièvre qui en nécessitait l'administration,
» Quoiqu'il en soit de ces réflexions, il est impossible de nier qu'il existe une maladie dans laquelle il y a des coliques plus ou moins vives avec
constipation plus ou moins opiniâlre et dans laquelle on ne saurait faire
intervenir un empoisonnement par le plomb. »
Ces pages n’ont point besoin de commentaires. Les différences étiologiques, symptomatologiques et thérapeutiques entre les coliques paludéenne et saturnine y sont suflisamment mises en lumière pour que nous soyons autorisé à les considérer comme de la plus grande valeur et à passer outre.
Colin, dans son traité des fièvres intermittentes (1870), gardant de Torti sa division des fièvres pernicieuses en comitées et solitaires, range dans la première catégorie les fièvres cardialgiques.
« Que les forces du malade suffisent... à une résistance plus complète, la cause toxique sans tuer aussi rapidement aura le
temps... de solliciter de la part des principaux appareils de sécrétion et d’exhalation, des efforts tendant à éliminer le poison, efforts qui pourront entraîner une dépense de forces, fatale elle-même à l'organisme et un collapsus mortel (forme
cardialgique, etc... »
Mahé (1875) dans son « programme de scéméiotique et d'étiologie des maladies exotiques » a signalé la gastralgie ou épigastralgie parmi les manifestations les plus fréquentes de la fièvre paludéenne.
« La douleur épigastrique, la cardialgie, l’épigastralgie, est un fréquent symptôme des maladies tropicales. On s'explique facilement l'apparition de ce phénomène, quand on réfléchit que l'estomac est comme longé dans une atmosphère d'éléments nerveux, qui sont l'épanouissement des réseaux terminaux, des sympathiques et des pneumo-gastriques. Ces foyersnerveux dela vie végétative sont toujours plus ou moins atteints dans les grandes pyrexies des pays chauds... Or c’est par un concert d’atroces douleurs qu’ils expriment la plupart du temps leurs troubles profonds... les fièvres bilieuses et les fièvres pernicieuses paludéennes (febris comitata cardialgica de Borsieri), sont souvent compliquées par ce symptôme dont la manifestation est toujours fâcheuse pour le pronostic : «Ut oris ventriculi mordax dolor »,
disait Torti des fièvres pernicieuses ».
M. Moursou dans son « Etude clinique sur l’asphyxie locale des extrémités et sur quelques autres troubles vaso-moteurs dans leurs rapports avec la fièvre intermittente » à admis la gastralgie au nombre des troubles que peut engendrer le paludisme soit isolément, soitconcurremmentavec l’asphyxie locale.
« L'asphyxie locale, dit-il, se montre fréquemment après des accès de fièvre intermittente, ordinairement rebelles (quartes ou tierces). Des accès pernicieux la précèdent quelquefois. Elle survient aussi après la diarrhée
paludéenne de Cochinchine.
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» Dans ces conditions, il est permis d'établir entre elle et les accès de fièvre intermittente, une relation d'origine commune, puisqu'elle se substitue aux accès de fièvre les accompagne ou les suit.
.» La théorie pathogénique des dépôts mélanémiques dans les vaisseaux de la moelle à la suite de l’intoxication paludéenne, avec congestion ou névrite des nerfs, peut se soutenir avec une apparence de réalité chez quelques malades atteints de spasme vasculaire des extrémités.
» L'asphyxie locale se complique assez souvent d'accidents nerveux, que l'analogie permet de lui comparer, au point de voir, dans quelques-uns de ceux-ci, des manifestations asphyxiques larvées.
» Ces accidents se montrent : 1° Dans les nerfs émanant du bulbe... et plus particulièrement dans toutes les parties innervées par le pneumo-gastrique..... avec ou sans association du grand sympathique... intestin (congestion intestinale) estomac... (vomissements nerveux, épigastralgie)..……
» Ges diverses complicationsreconnaissent de leur côté, dans certains cas, une étiologie paludéenne positive, puisqu'on les rencontre seules, sans asphyxie locale des extrémités chez des impaludés, dans les mêmes condiditions d'existence signalées tantôt pour le spasme vasculaire des extrémités.
» Le froid et la chaleur ont la même action occasionnelle pour l'apparition des accès d’asphyxie locale et pour ceux de la fièvre intermittente.
» Il convient de joindre au traitement par le sulfate de quinine, l'emploi des courants continus descendants sur la colonne vertébrale, en y ajoutant
les autres moyens dérivatifs pouvant agir sur cet organe... ».
Voir un cas de « localisation asphyxique stomacale des mieux observées » empruntée à la thèse de Foulquier. (Paris, 1874).
« Ils’agit d'un homme qui présente dans les quatre premiers mois de l'année 1872, tous les jours de midi à quatre heures, des cas d’asphyxie locale des extrémités.
» L'année suivante, aux mêmes époques etaux mèmes heures de la jour-
née, ces douleurs sont remplacées par des douleurs stomacales intermit-
tentes sans troubles digestifs qui ne cèdent, comme les accès d’asphyxie locale, qu'au sulfate de quinine. Cinq mois après, l'asphyxie locale se montre de nouveau et disparaît encore sous l'influence de l'alcoloiïde du quinquina. M. Foulquier assimile avec raison les phénomènes observés du
côté de l'estomac à l’asphyxie locale des extrémités »….
Hirtz, dans un remarquable article sur les fièvres intermittentes, admet au nombre des « fièvres larvées incontestables » une « congestion gastrique ».
Et par fièvres larvées il entend des « maladies ordinairement apyrétiques qui dans leur marche, leurs manifestations, leur mode de terminaison, suivent un type régulier intermittent, observant des retours périodiques comme les fièvres intermitlentes, et guérissent par le même moyen... »; qui en outre « obéissent à la même loi physiologique. » « On peut dire théoriquement que ce sont des fièvres intermittentes localisées soit sur un groupe de cellules motrices et sensitives, soit sur les filets qui en émanent pour rayonner dans un territoire limité. De sorte que si la fièvre, phénomène général, peut, dans l’état actuel de la science être considérée comme ayant son mécanisme dans la moelle, il n’est pas difficile d'admettre que l'influence morbide restreinte à un terrain limité y détermine des phéno-
mènes analogues dans une circonscription partielle... »
Simon (J.), (1882) a noté chez les enfants à côté d'accidents graves du paludisme d’autres consistant en « gastralgies » et qu’il considère comme des manifestations larvées (page 165).
Grall, en 1886, à insisté assez longuement sur l’épigastralgie et les coliques dont se compliquent les fièvres paludéennes tropicales.
De la cardialgie et de l’épigastralgie, il écrit ce qui suit (page 297, oct.).
« Ces deux phénomènes d'observation fréquente dans le cours des fièvres
rémittentes aux mois de chaleurs extrêmes sont trop souvent associées pour qu'on puisse songer à en faire une élude séparée.
Tout au plus peut-on dire que suivant les cas c’est l’un ou l'autre de ces phénomènes qui prédomine.
Sans symplômes ni signes de congestion pulmonaire, de lésion cardiaque ou de troubles de l'innervation, le malade est pris d’une sensation d’étouffement à ce point angoissante qu'il a, on peut le dire, la conscience d'une mort imminente et prochaine; la respiration est un peu précipitée, elle est cependant complète et régulière; malgré cela, la poitrine est serrée comme dans un étau. C’est à la base du thorax et au creux épigastrique une sensation de barre, ou celle d'un poids considérable que malgré tous ses efforts le malade est impuissant à soulever. Les nausées sont continues, accompagnées d'efforts de vomissement à vide amenant parfois l'évacuation d'une petite quantité de bile; le contact du moindre objet exagère ses sensations, Le tableau ne manque pas que d'être émouvant. Ces accidents sont loin cependant d’avoir la gravité de ceux dont il est question plus loin, une piqûre de morphine débarrasse le malade de ce cauchemar, c’est le mot vrai ; car ce ne sont là que phénomènes subjectifs.
Dans des cas rares, soit que l'intervention ait été trop tardive, soit que
le choc ait été trop brutal, le malade peut succomber ».
Sur les coliques on lit ce qui suit :
« Il est rare qu’au moment du paroxysme elles puissent être observées isolément, mais il n’est pas rare de voir le tableau clinique réduit à ce seul phénomène à la phase prodromique et pendant la convalescence, en ce sens que c'est Je seul malaise dont se plaigne les malades; ce n’est que par l'interrogation minutieuse du patient que l'on arrive à reconstituer cet ensemble symplomatique qui constitue la phase prodomique. Cette manifestation douloureuse est à ce point prédominante, que c'est la seule dont le malade se préoccupe.
Sourdes et peu accusées aux heures de la rémission, les coliques prennent une assez grande acuilé dès la seconde moitié de la nuit, elles empéchent tout sommeil, s'exaspèrent dans la matinée au point parfois d'arracher
des plaintes et des cris aux malades.
» L'embarras gastrique est à peine accusé, la fréquence, la consistance des selles est normale; toutefois, il s'y joint le plus souvent des épreintes et du ténesme qui invitent à de fréquentes garde-robes; mais ce ne sont là que des tentatives infructueuses aboutissant tout au plus à l'expulsion de quelques matières fécales qui ne présentent au reste rien de particulier comme consistance et comme aspect. S'il s’agit de la phase prodromique, deux à trois jours plus tard la fièvre est devenue bruyante en même temps que les coliques s’atténuent et font place à la diarrhée; mais il se peut, s’il s’agit de la convalescence de la fièvre rémittente, que cet état se maintienne des semaines entières avec des alternatives de mieux-être et de pis-aller jusqu’au jour où les coliques font place à un symptôme: diarrhée ou dysenterie
subaiguë » (page 299).
Relativement à la médication, l’auteur ajoute (page 301) :
« Contre les accidents viscéralgiques, il est bon d’associer la morphine à
la quinine.….. »
A l’appui des descriptions qui précèdent, M. Grall relate différentes observations où les accidents viscéralgiques ont constitué à un moment donné, soit seuls, soit avec la fièvre, tout le tableau clinique.
Ï. — Primitivement diarrhée bilieuse, dans le cours de la rémittente, crise cardialgique. — Maillot, soldat au 9° escadron du train, entré à l'hôpital le 22 septembre, sept mois de Tonquin.
Cette nuit, selles très fréquentes, colorées; les deux nuits précédentes, crises diarrhéiques analogues; les jours précédents, malaise du début de l'impaludisme; pas de maladie antérieure; foie augmenté de volume, rate assez grosse, élat général satisfaisant. Dans la nuit du 22 au 23, vers le milieu de la nuit, accès d'étouffement; le malade se croyait perdu; ces phénomènes dyspnéiques persistent encore dans la matinée, quoique très atténués (complication de cardialgie et d’épigastralgie); le 23, matin, la température atteint 395; le soir, la température est normale; dans
l'après-midi, (ranspiration profuse ; dès le 26, la diarrhée était guérie.
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IT. — Diarrhée bilieuse secondaire, pendant la convalescence, crises nombreuses et périodiques de coliques. sans diarrhée. — Bizet, soldat au train des équipages, entré à l'hôpital le 25 juillet 1885, quatre mois de Tonquin, provient de Chà ; dans ce poste, première atteinte de fièvre rémittente palustre.
A l'arrivée, anémie; rate très groëse, foie un peu développé; ces jours derniers, secondairement à la fièvre rémiltente du début, poussée de diarrhée bilieuse, reprise des accidents fébriles le 26.
Le 26, soir, température 38° 8.
Le 27, matin, 38°8; midi, 388; soir, 38° 6.
Le 28, matin, 38°5; midi, 380 7; soir, 3802.
Pe20 matin, 317; midi, 3727: soir 3709,
Le 30, matin, 3707; midi, 370 8; soir, 37° 2,
Convalescent de la diarrhée et de la fièvre le 1° août.
Le 7 août, coliques; pas de réaction fébrile ; le 9 août, coliques persistantes, température sous-fébrile dans la matinée; malaise fébrile très net ayant commencé dans la nuit.
Le 10 août, fièvre assez nette; la veille, selles assez nombreuses, mucus et graisse.
Le 12, reprise des coliques la nuit, mais pas de diarrhée; le 15 août, coliques moins vives : ce sont crises de coliques nocturnes traduisant des accès frustes.
Le 22 août, fièvre dès le matin, accompagnée d’une nouvelle crise de coliques.
Le 26, on note: ces jours derniers, fièvre et poussée bilieuse, améliora-
tion relative; le 3 septembre, tous les accidents ont reparu. Rapatrié le
17 septembre.
IV. Coliques à titre de phénomène prodromique, secondairement fièvre subcontinue et diarrhée. — Chap..., brigadier à la 11° batterie du 12° régiment d'artillerie. Etat général excellent, pas de maladie antérieure; trois mois et demi de séjour au Tonkin.
Se présente à la visite se plaignant de coliques très-vives, pas de diarrhée, envies fréquentes d'aller à la garde-robe, mais selles normales; tranchées
constantes, s'exaspérant de temps à autre el spécialement aux premières
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heures de la journée; température normale, un peu de céphalée aux heures chaudes du jour; dans la soirée transpiration abondante, en même temps que répit relatif.
Traitement par le régime et les anodins; au quatrième jour de cet état, fièvre subcontinue sans grand éclat mais assez tenace.
Le 25 décembre, température : matin, 3805; midi, 38°8; soir, 380.
Le 26, matin, 3708; midi, 3809; soir 38°2.
Le 27, matin, 38°; midi, 39°; soir, 36°5.
Le 28, matin, 36°; midi, 36°5; soir, 36°4,
Apyrexie définitive. La poussée fébrile s’est accompagnée d'une véritable poussée bilieuse, qui a disparu en même temps que la fiêvre.
Traitement par la polion à l'ipéca, 2 gr. 50 dans 250 gr. d'eau gommeuse (à prendre dans le courant de la journée) et sulfate de quinine laudanisée, À gr. chaque soir à cinq heures et huit heures,
Sort de l’infirmerie le 8 janvier.
Le 20 du même mois, reprise des mêmes accidents viscéralgiques, douleurs très vives arrachant des cris au malade, l’obligeant à marcher courbé en deux; pas d’embarras gastrique, pas de diarrhée, pas de mouvement fébrile.
Le malade est mis au repos; on reprend le traitement par la quinine lau-
danisée ; au quatrième jour, il peut rependre son service.
La thèse la plus récente qui soit à ma connaissance sur la colique sèche est celle de Giberton (J.-M.).
Les quelques cas relatés par lui ont été « recueillis pendant une année passée à bord de la chaloupe canonnière le Pionnier, sur la côte occidentale d'Afrique, sur le cours de l'Ogowé, depuis son embouchure jusqu'aux chutes du fleuve situées à environ 150 lieues dans les terres, sur quelques affluents de ce fleuve et sur les grands lacs d'eau douce avec lesquels il commu-
nique ».
Comme beaucoup de ses devanciers, notre collègue a nettement séparé cette affection de la colique saturnine et l’a rattachée au paludisme.
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Voici, tout d’abord, tracés par l’auteur lui-même, les caractères généraux de la maladie.
« L'affection survient habituellement sans prodrômes; dans quelques cas rares, cependant, j'ai noté un état saburral des premières voies digestives : les malades accusent de l’anorexie, de la constipation, une soif ardente, de l'insomnie, des nausées pendant les deux ou trois jours qui ont précédé le début de la maladie; une seule fois j'ai observé des vomissements bilieux.
» Le début est donc généralement brusque, ilse manifeste par des douleurs vives, poignantes, intolérables dans le ventre autour de l'ombilic, suivant le trajet du colon transverse, d'un hypocondre à l’autre et au niveau de la région duodénale. Ces douleurs sont continues avec exacerbations séparées par des intervalles de quinze à vingt minutes et durent de deux à trois minutes chacune. Pendant ces périodes plus douloureuses, les souffrances des patients sont réellement horribles : les malheureux se tordent par terre, prennent les positions les plus bizarres dans le but de se soulager, poussent des gémissements et même de véritables cris, demandent la mort, préférant le trépas à la continuation de si atroces douleurs. Ils comparent les sensations qu'ils éprouvent, les uns à celle d’un coin qu’on leur enfoncerait dans le ventre, les autres à celle d’un corps dur et volumineux qui se meut dans leur ventre, d’autres disent que leur ventre leur semble rempli d’une quantité prodigieuse de gaz ou de liquide qui le distent au point de le faire éclater ou bien encore que leurs intestins brülent, La pression exaspère habituellement ces douleurs. Le ventre est légèrement rétracté, dur et non douloureux au toucher. Les testicules sont rétractés vers l'abdomen mais non douloureux habituellement. Une seule fois J'ai noté une névralgie de cette glande.
» La constipation est absolue et opiniâtre à un point tel, qu’elle ne cède à aucun purgatif ni même à l’administration de lavements purgatifs. Les lavements ne sont pas tolérés; à peine administrés, ils sont immédiatement expulsés avec violence, malgré la volonté des malades et desefforts qu'ils font pour les retenir, Cependant, mon camarade et ami M. le docteur Lusseau, médecin de première classe de la marine, m'a dit avoir observé un cas de ce
genre sur un transport de l'État revenant du Tonkin, et être arrivé à vain-
cre cette constipation par l'administration à hautes doses de pilules de calomel et d’aloës, après avoir vu échouer tous les autres purgatifs employés auparavant.
» L’appétit est nul, les premières voies digestives se couvrent d'un enduit épais et légèrement jaunàâtre; les malades ont souvent du hoquet et des éructations et toujours des nausées fréquentes, presque constamment suivies de vomissements d’abord muqueux, puis glaireux et bilieux.
» Lasoif est inextinguible; les urines normales dans la grande majorité des cas; quelquefois, cependant, j'ai noté un peu de dysurie, de ténesme vésical et un léger dépôt sédimenteux d’urates, mais jamais de bile.
» Dans tous les cas que j'ai observés, j'ai trouvé le foie et Ja rate augmentés de volume, le premier dans de faibles proportions, la seconde d’une façon très notable. Mais je ferai observer que nous étions dans la zone équatoriale, où, personne ne l'ignore, les affections hépatiques se rencontrent journellement dans la pratique médicale, et que les malades sur lesquels ont porté mes observations étaient, depuis cinq mois, atteints les uns une fois les autres deux fois par mois d'accès de fièvre intermittente. Dans ces conditions, faut-il attribuer la tuméfaction du foie et de la rate à l’affection que je décris ? Tel n’est pas mon avis, du moins pour ce qui concerne le foie dont j'attribue plutôt l'augmentation de volume au climat tropical qui maintient cette glande dans un état permanent de congestion. Quant à la tuméfaction de la rate, je me réserve d'exposer mon opinion à ce sujet lorsque j'essaierai de déterminer la nature de l'affection que j’étudie.
» Le pouls et la température se maintiennent normaux pendant toute la durée de la maladie, bien que j'ai souvent noté une céphalalgie intense et continue.
» Je n'ai jamais noté, hors de la céphalalgie et les douleurs de ventre, de troubles nerveux, pas plus du côté de l'appareil moteur que de l'appareil sensitif.
» La dyspnée est assez fréquente, la voix faible, cassée, pour ainsi dire soufflée ; l’acuité et l’atrocité des douleurs enlèvent peu à peu toute force et toute énergie au malade qui, après une journée ou deux de semblables souffrances, pendant lesquelles il a été agité et anxieux, tombe dans un état
complet d'indifférence, d'abattement et d'affaissement général; à partir de
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ce moment, il ne manifeste plus son existence que par de faibles gémissements et des crises de désespoir survenant au moment des paroxysmes douloureux.
» La peau est pâle et exsangue ; souvent elle revêt une teinte terreuse; la plupart de mes malades avaient déja le masque paludéen lorsqu'ils ont été frappés par cette affection, ce qui aurait pu me masquer l'existence d'un ictère léger; mais la sclérotique a toujours conservé sa couleur normale.
» Après trois, quatre et même cinq jours de cet état, les douleurs cessent, non pas subitement, mais d'une manière étrangement rapide, quelquefois dans l’espace de trois ou quatre heures; les paroxysmes deviennent moins fréquents en même temps qu'ils diminuent d'acuité; puis, peu à peu, les exacerbations cessent complètement pour faire place à une gêne, à une sorte de courbature, à un sentiment de plénitude, qui ont pour siège l’abdomen et de préférence les régions désignées plus haut, enfin toute sensation anormale disparut.
» C'est alors que cesse cette constipation qu'aucun agent thérapeutique n'avait pu vaincre; quelques heures après la complète disparition des douleurs commence une véritable débâcle; les selles d'abord formées de matières dures, divisées, de forme ovillée, sont remplacées par des selles diarrhéiques; cette diarrhée séreuse et bilieuse dure pendant douze ou quinze heures et se termine d'elle-même; je l'ai vue cependant se prolonger pendant vingt-quatre heures, mais rarement; ce flux intestinal est justiciable de l’opium, ainsi que j'ai pu m'en assurer; les malades auxquels j'ai administré du laudanum ou de l'extrait d’opium ont vu leur diarrhée se terminer en trois ou quatre heures, tandis qu'aucun de ceux chez lesquels nous avons laissé les choses suivre leur cours, n’a été guéri avant douze heures au minimum. Cette diarrhée, plus ou moins abondante, n'est d’ailleurs nullement douloureuse et ne s'accompagne ni de coliques, ni d’épreintes, ni de ténesme; les malades, du reste, éprouvent après la cessation des douleurs atroces qui les lorturaient, un tel sentiment de bienêtre général, un soulagement si complet que, malgré l'état de faiblesse et d’épuisement dans lequel ils se trouvent, ils se considèrent comme entière-
ment guéris, semblent renaître à la vie et sont tout à la joie d'avoir échappé 12 G
à une affection qui les avait réduils à un désespoir tel, qu'ils désespéraient
d'y survivre.
» En même temps que cesse la constipation disparaissent les nausées et les vomissements ; l’élat saburral des premières voies digestives persiste cependant quelquefois pendant plusieurs jours encore, mais l'appétit revient, la soif devient moins vive et le sommeil permet enfin aux malheureux patients de reposer après cinq ou six nuits passées dans des souffrances horribles.
» Naturellement la céphalalgie, la dysurie, s’il y en a, disparaissent aussi; en un mot, tous les phénomènes morbides s’effacent avec une rapidité généralement assez grande, et toujours rien à noter d’anormal du côté du pouls et de la température.
» La convalescence est plus ou moins longue, suivant la gravité de l’attaque, le tempérament du malade et l'alimentation plus ou moins substantielle qu'il recoil, car, en somme, après la disparition des douleurs, il ne reste qu'une grande faiblesse qui s’efface assez vite; il est rare qu'après quatre ou cinq jours de repos les convalescents n'aient pas repris leurs travaux accoutumés, ne conservant aucune trace de l'atteinte du mal, si ce n’est une aggravalion de l’anémie profonde dans laquelle se trouvaient ceux qui m'ont procuré l’occasion d'étudier et de décrire cette affection.
» Telles sont la marche et la durée de la maladie lorsqu'elle se termine par la guérison. N'ayant eu à déplorer aucun décès parmi les cas qui se sont présentés à mon observation, je ne puis décrire les accidents qui amènent
ou bien simplement précèdent une terminaison fatale. »…
Quatre observations sont données à l'appui de cette description. Mais je n'y insisterai pas; elles feraient double emploi.
D'ailleurs « Toutes se ressemblent ajoute l’auteur. » etles symptômes sont toujours identiques, quant au fond du moins, car, comme danstoute maladie, certains cas ont présenté entre eux de légères différences, soit dans l’intensité des phénomènes morbides, soit par la durée plus ou moins longue et par l'évolution plus ou moins rapide de la maladie.
» Deux cas seulement ont évolué parallèlement à une affection concomi-
5" set
tante ; je les ai relatés : ce sont eux qui ont fait l'objet des deux dernières observations. Dans les deux cas, l'affection coexistente a été une névralgie ; dans l'observation III, elle a siégé sur les nerfs intercostaux, a eté très fugace et a précédé, pour ainsi dire annoncé, l’autre affection à laquelle elle semble avoir cédé la place; dans i’observation IV, elle affecta le testicule et fut très (enace puisqu'elle existait déjà depuis longtemps auparavant et a continué pendant et après l'évolution de l'autre maladie,
» Donc, à l'exception de ces deux cas irréguliers et en faisant la part des différences d'intensité et de durée inhérentes à toute maladie et qui, légèresen réalité, constituent la plus ou moins grande gravité, je puisaffirmer que l'affection que j'étudie ici s’est toujours caractérisée par deux symptômes prédominants qui ont été constants : des douleurs abdominales extrêmement vives et une constipation opiniâtre, la seconde me paraissant avec raison la conséquence des premières. puisqu'elle cessait presqu’aussitôt la disparition des coliques. Un autre phénoméne a été très fréquent : c’est la prostration dans laquelle tombaient si rapidement les malades; dans deux cas seulement elle a manqué et ces deux cas ont été d’une durée et d’une gravité moindre que les autres; c’est à peine si ces deux malades ont dû interrompre leur service pendant un jour; Je crois donc pouvoir ranger ce symptôme parmi ceux de la maladie lorsqu'elle suit son cours ordinaire, en faisant observer qu'il peut faire défaut dans quelques cas bénins.
» Pour être complet, il me reste à dire commeut cette affection s’est présentée à mon observation, comment se sont groupés les divers cas : Elle a revêtu une forme épidémique nettement déterminée et cette épidémie a servi sur l'équipage de la canonnière à trois reprises séparées à peu de jours
près par le même laps de temps » :
Suivent les données numériques; et, en résumé, l’auteur ajoute :
« Je puis affirmer en avoir observé au minimum 25, tant sur l'équipage du Pionnier que sur celui de l’aviso le Basilic dont j'eus en même temps à assurer le service médical pendant celte période de 35 à 40 jours; une dizaine de matelots du Basilic furent atteints ; il reste donc encore 15 cas à
enregistrer dans l'équipage du Pionnier ».
Tels sont les symptômes, la marche et le caractère général de la maladie. |
Restait à en déterminer la nature, Cette tâche, M. Giberton l'a remplie avec un soin et un tact dignes des plus grands éloges.
« L'apyrexie et la marche épidémique qui la caractérisent me font tout d'abord, dit-il, écarter les étranglements intestinaux, les calculs hépatiques, néphrétiques et vésicaux ainsi que les diverses inflammations qui peuvent avoir leur siège dans le péritoine et les organes contenus dans l'abdomen (p. 27).
» En présence au contraire de la « forme épidémique » que « les coliques ont revêtue à plusieurs reprises », « j'ai songé de suite, naturellement à une intoxication saturnine, accident si fréquent à bord des navires, surtout des navires à vapeur, comme l'était le Pionnier, et dans la zone équatoriale où le bâtiment se trouvait sans cesse. Les symptômes de l'affection avaient d’ailleurs dans leur allure une analogie frappante avec ceux de la colique
saturnine ».
Mais quelques particularités de cette symptomatologie d’une part, de l’autre l'enquête minutieuse et variée, tant macroscopique que chimique, à laquelle l’auteur s’est livré pour retrouver le plomb partout où il pouvait être, lui ont démontré la non-valeur de cette hypothèse. Car pour lui comme pour nous :
« Le rôle du plomb étant... péremptoirement démontré, il est toujours possible sinon facile de remonter à la cause et de se rendre compte, à quel moment, de quelle manière et sous quelle forme un saturnin a absorbé le métal toxique. Les moyens d'investigation si nombreux que nous avons à notre disposition nous permetlent toujours de retrouver les traces du poison.
» Cette connaissance si approfondie et si rapidement acquise de l’intoxi-
cation salurnine à amené une réaction terrible contre la colique nerveuse,
Mt SPAS Dal 4h. à ARS
et, depuis les travaux de MM. Borchard, Vilette, Lefèvre, etc., sur l'identité
de ces deux affections, on est allé jusqu'à prétendre qu’iln'était pas nécessaire de retrouver les traces du plomb pour pouvoir affirmer l'existence d’une intoxication par cet agent, car, disent les adeptes de cette doctrine, le plomb amène des accidents toxiques même quand il est absorbé en quantité si minime, si infinitésimale que les réactifs les plus sensibles ne peuvent en décéler la présence. Ce serait surtout à bord des navires que se manifesterait cette action néfaste du plomb absorbé en quantité inappréciable. Il faut cependant, pour produire les accidents de l’intoxication saturnine, des quantités de métal peu considérables, certainement, mais encore en proportion telle que les agents qui nous sont fournis par la chimie ne soient pas impuissants à nous en faire trouver la trace; c'est, du reste, la conviction du docteur J. Rochard, ancien inspectenr général du service de santé de la marine, dont la compétence en cette matière est assez connue, etsur laquelle j'appuie mon opinion... »
» Si longues que puissent paraître au lecteur les pages que M. Giberton a consacrées à son diagnostic, je le rapporte in extenso, afin qu’il reste bien acquis pour tous qu'il n’a point avancé des affirmations sans preuves à l'appui.
» Une seule maladie, la colique de plomb, etc'est elle quis’est tout d’abord présentée à mon esprit, offre la réunion de tous les symptômes que j'ai énumérés. Mais, faut-il pour cela se hâter de porter le diagnostic de colique saturnine ? Je ne le crois pas, Car, d’une part, quelques-uns des symptômes dont on vient de lire la description, quoique semblant au premier abord être ceux de la colique de plomb, diffèrent sensiblement de ces derniers sur quelques points; d'autre part, quelques symptômes de coliques de plomb font défaut, d’une facon constante, dans tous les cas qu'il m'a été donné d'observer, et, parmi ceux-ci, il en existe qui sont cités par les auteurs comme pathognomoniques de l’empoisonnement par les préparations de plomb.
» Et d’abord, le début del’affection, dans la colique saturnine, n'est géné-
ralement pas brusque ainsi qu'il l’est toujours ici; tous les auteurs et en
particulier Grisolle, dont l'autorité en cette matière est au-dessus de toute contestation, disent en effet que la colique de plomb peut débuter d'une manière soudaine, mais que cependant elle a presque toujours des prodrômes qui sont surtout un amaigrissement général, de l'anémie, de la flaccidité des muscles, une teinte jaune pâle des téguments, un peu d’analgésie, une diminution des forces, des troubles digestifs, des douleurs dans les muscles, de l'inappétence, etc. Or, à part l’amaigrissement et l'anémie, je n’ai noté aucun de ces symptômes prodromiques, et encore, cet amaigrissement et celte anémie trouvent facilement leur raison d’être dans le séjour fait par mes malades sous le climat équatorial et dans les nombreux accès paludéens dont ils avaient déjà eu à supporter les atteintes.
» Je n'ai jamais noté de ballonnement du ventre; celui-cin'a jamais été rétracté; il n'était pas douloureux à la pression, mais celle-ci augmentait l'intensité des douleurs profondes qui siégeaient dans la région: est-ce ainsi que les choses se passent dans la colique de plomb ? Nullement, le ventre est rétracté en bateau, surtout lorsque les coliques sont violentes, et certes la violence de celles que j'ai observées eût élé bien suffisante pour provoquer la réaction de l'abdomen. Sa pression, loin d'augmenter les douleurs, les calme au contraire, dans la colique de plomb, les malades se couchent à plat ventre, appuyant leur poing sur le ventre « car, dit Grisolle, un des caractères les plus remarquables de cette douleur est de se calmer par la pression... on soulage (par la pression) plus des deux tiers des malades; chez les autres, la pression est indifférente; dans quelques cas exceptionnels, on réveille lesdouleurs ».
» Or, il n'est pas permis de supposer que je n'ai eu affaire qu'à des exceptions. Enfin, d’après Briquet, les muscles abdominaux, spécialement les muscles droits, sont le plus souvent le siège d'une hypéresthésie qu'on réveille en pressant les muscles avec l'extrémité des doigls ou bien en grattant légèrement. Je n’ai jamais noté de phénomènes semblables.
» De plus, la disparition de la colique saturnine, quoique se produisant le plus souvent très rapidement, est loin de présenter une rapidité semblable à celle que j'ai notée. De même, il est bien rare de la voir durer si peu et
évoluer aussi régulièrement en un nombre de jours si restreint.
» Non seulement ces variations existent dans les symptômes,mais encore,
ai-je dit, quelques phénomènes qui caractérisent la colique de plomb ont fait complétement défaut : tel est, d’abord, ce liseré de Burton qu'un grand nombre d'auteurs donnent comme pathognomonique de l'affection. Dutroulau, entre autres, un des champions les plus ardents de cette doctrine qui veut faire de la colique de plomb et de la colique nerveuse des pays chauds une seule et même affection, s'exprime formellement à ce sujet dans son traité des maladies des Européens dans les pays chauds (chap. IV) : « Le signe le plus sûr, le plus caractérisque de cette intoxication est la coloration des dents et des gencives qui est due à un sulfure de plomb.
» Pas une seule fois je n'ai observé cette coloration bleuâtre du bord libre des gencives, qui décèle si clairement la présence du plomb dans l’organisme. Et qu'on ne me soupconne pas de n'avoir pas su la chercher ou de l'avoir laissée passer inapercue, car, pendant qu'il m'élait donné de recueillir mes observations, j'avais à traiter un véritable saturnin, un matelot qui avait ressenti les premiers phénomènes d'intoxication après avoir absorbé à plusieurs reprises, pendant un laps de temps assez considérable, des aliments qu'il avait fait cuire dans une boîle en zinc dont le fond était soudé au plomb, boîte qui avait contenu des conserves de bœuf et qui depuis était restée longtemps exposée à l'air chaud et humide. Celui-là présentait tous les symptômes classiques de l’intoxication saturnine : ictère saturnin, amaigrissement, langueur généralisée, coliques, douleurs dans les membres, polyarthralgie, parésie des extenseurs, hypéresthésie de certaines régions, etc., et Le liseré de Burton était bien apparent el sa présence très facile à constater.
» C’est en vain que j'ai aussi recherché cette saveur styptique qui incom:mode ordinairement les saturnins et cette fétidité de l'haleine que l'on peut si aisément constater. Ces deux symptômes m'ont toujours fait défaut, sauf dans le cas que je viens de citer.
» Enfin, si je m'étais réellement trouvé en présence d'accidents saturnins, pourquoi, après s'être manifestée à trois reprises différentes sur un plus ou moins grand nombre d'hommes, l’intoxieation aurait-elle cessé de produire ses terribles effets, pendant un certain laps de temps, d'abord entre la première et la seconde épidémies, puis entre la seconde et la troisième, le régime, l'alimentation, les travaux et la manière de vivre de l'équipage
restant les mêmes et sous le même climat?
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» Pourquoi ne s'est-il produit, chez aucun de mes malades, ces accidents nerveux, ces douleurs de membres, ces crampes, ces paralysies partielles qui, quelquefois, précèdent et accompagnent souvent les coliques de plomb et qui se manifestent toujours dans le cours d’une intoxication salurnine prolongée? Pourquoi, en un mot, l'appareil symptomatique du saturnisme, ordinairement si complet, si facile à reconnaître, qui fournit habituellement des éléments de diagnostic si nets et si précis, ne s'est-il présenté, dans aucun de ces cas, sous la forme régulière, pour ainsi dire classique, qu'il affecte communément? Puis-je admettre que, sur quarante-cinq malades que j'ai traités, aucun n'a subi l’alteinte d’une affection à marche franche et bien caractérisée? Est-il possible de croire que tous étaient des saturnins et que chez aucun d’eux le saturnisme n'a suivi sa marche normale et ne s’est manifeslé par des symptômes normaux? Evidemment non; et ces réflexions que je me suis faites en présence de ces anomalies m'ont
résolu à approfondir la question.
» J'ai voulu savoir si réellement le plomb était pour quelque chose dans la production de ces phénomènes bizarres. Donc, après avoir passé en revue les divers compartiments et appareils du navire, j'ai entrepris la recherche du métal au moyen des agents chimiques que j'avais à ma disposition. J’ai suivi, dans ces recherches, les méthodes et procédés indiqués par M. A. Lefèvre, ancien directeur du service de santé de la marine, dans son ouvrage intitulé : Recherches sur les causes de la colique sèche observée sur les navires de querre français, particulièrement dans les regions équatoriales et sur les moyens d'en prévenir le développement. M. A. Lefèvre, personne ne l'ignore, est un de ceux qui ont fourni le plus d'arguments aux auteurs qui ont cherché à démontrer l'identité de la colique de plomb et de la colique sèche, dite nerveuse, des pays chauds. Les travaux de cet auteur ont fait faire un pas immense à la question du salurnisme : c’est, en grande partie, à ses effets que les ravages causés par le plomb à bord des navires de l'Etat ont été enrayés, pour ne pas dire complètement arrêtés. M. Lefèvre insiste particulièrement sur l’action que peuvent avoir sur Ja santé des équipages :
» Lo Les cuisines et appareils distillatoires, sur la construction desquels on n’exerce qu'une surveillance hygiénique insuffisante et qui abandonnent du
plomb à l’eau douce qu'ils produisent;
» 20 Les charniers ou réservoirs d’eau à siphons métalliques, l’eau acidulée versée dans ces réservoirs pouvant dissoudre une partie du plomb des siphons;
» 3° Les vases et ustensiles en étain, destinés à contenir ou à mesurer les substances alimentaires ou les boissons, fabriqués avec un alliage à trop bas titre ;
» 4° Le mauvais choix des alliages employés à l'étamage des vases culinaires et autres en service dans la marine où le plomb se trouve en excès;
» 50 Enfin les maslics, peintures et enduits plombifères dont on consomme des quantités considérables, particulièrement à bord de la flotte à vapeur, sans qu'aucune mesure soit prise pour prévenir les accidents pouvant être la suite de leur manipulation.
» Je procédai donc à l'examen minutieux de ces divers appareils et instruments et, dans aucun d’eux, je ne pus découvrir le moindre germe susceptible d’engendrer une intoxication plombique : les cuisines, aussi bien celle de l'équipage que celle du capitaine, étaient outillées d'ustensiles en cuivre rouge que de fréquentes inspections et des sanctions d’une sage sévérité faisaient entretenir, par le cuisinier, dans un état parfait de propreté, ainsi que je m'en assurai souvent moi-même.
» Je ne cite que pour mémoire les appareils distillatoires pour la production de l’eau douce et les pompes destinées à amener cette eau de la cale sur le pont : ces appareils n'existaient pas à bord du Pionnier, cette canonnière naviguant la plupart du temps en rivière, nous buvions l’eau du fleuve filtrée; pendant les courtes traversées que nous faisions en mer, nous nous servions encore, pour boisson et pour les cuisines, de l’eau du fleuve dont une provision suffisante était faite au moment de prendre la mer. Cette eau était conservée, partie dans une caisse à eau en fer non zinguée à l’intérieur, et partie dans un des compartiments étanches du bateau, compartiment en acier comme toute la coque. Ces deux récipients ne pouvaient tout au plus que mélanger à l’eau de l’oxyde de fer et il n'y a aucune raison pour qu'ils l’eussent corrompue par des sels solubles de plomb. D'ailleurs, j'aurai à revenir tout à l'heure sur cette eau, à propos de l'analyse chimique que je fis des aliments et des boissons.
» En raison du nombre restreint des hommes de l'équipage, la canonnière | 13 G
n'était pas pourvue non plus de charniers ni de siphons métalliques, pas plus que des divers appareils usilés à bord des navires de guerre et qui servent à mettre sur le pont, à la portée des matelots, l’eau dont ils peuvent avoir besoin à toute heure du jour et de la nuit. L'eau destinée à cet usage était contenue dans un filtre de la contenance d’une vingtaine de litres environ, qu'on remplissait à mesure qu'il se vidait : ce filtre était constilué par un récipient en fer battu contenant plusieurs fragments de pierre poreuse taillés selon la forme voulue pour bien oblitérer la partie inférieure du vase. Le robinet était en cuivre jaune et deux gobelets en fer battu, attachés de chaque côté par des chaïnettes assez longues, servaient à boire. Cet appareil ne renfermait donc pas un atome de plomb.
» Mais où il pouvait se trouver des particules de ce métal, c'était dans les vases et ustensiles en étain deslinés à contenir ou à mesurer les substances alimentaires et les boissons : boîtes cylindriques en fer-blanc ou en zinc, soudées aux deux extrémités, renfermant l’endaubage et les autres conserves qui formaient la base de notre alimentation ; mesures de diverses grandeurs, en étain, servant tous les jours à mesurer les rations de vin, d’eaude-vie, et d'autres liquides distribués à l'équipage : boîtes rectangulaires en fer-blanc soudées à tous les angles, boîtes que tout le monde connaît, destinées à la conservation des sardines à l'huile, dont il était fait, chaque semaine, au moins une distribution à l'équipage. Il est vrai que les dépéches ministérielles du 16 octobre et du 25 novembre 1858, du 27 juin 1860 et du 22 juin 1861, indiquant le titre des alliages de l’étain employé pour la fabrication et la soudure des vases et boîtes en usage dans la marine, prescrivent-de ne pas employer plus de 10 p. 400 de plomb pour ces alliages et ordonnent de prendre des mesures sévères et des précautions minutieuses pour arrêler les désastres produits par le saturnisme à bord des bâtiments de l'Etat; le contenu de ces dépêches permet de supposer que, sur ces navires, on est, du côté de l'alimentation du moins, à l'abri de tout accident saturnin ; mais 1] n’est pas bien démontré que les fournisseurs se conforment à la lettre de ces ordonnances : les commissions chargées de la réception de ces ustensiles peuvent-elles toujours bien se rendre compte de leur qualité et vérifier avec exactitude si les proportions de plomb per-
mises n'ont pas été dépassées? Ce n'est pas certain. Et puis dans quelle
région vivions-nous ? Juste sous l'équateur, la plupart du temps à quelques centaines de kilomètres dans l’intérieur des terres : la chaleur et l'humidité exceptionnelles qui règnent perpétuellement dans cette région n'étaient-elles pas capables d'amener la production de sels solubles de plomb au moyen d'éléments qui, sous un climat moins torride et moins inclément, n'eussent pas été suffisants à l'accomplissement d’une telle action chimique; la chaleur et l'humidité sont, en effet, nul ne l’ignore, extrêmement favorables à la formation des carbonates de plomb. Nous avions bien soin de faire jeter à l'eau, sans même les ouvrir, les rares boîtes de conserves dont les couvercles bombés indiquaient un commencement de fermentation, et, par conséquent, la présence fort probable de carbonate de plomb ; maïs cette fermentation ne pouvait-elle pas être commencée, et, cependant, assez peu accentuée pour qu'il ne fût pas possible de la constater, et, par conséquent, le sel toxique n’existait-il pas sans que rien ne pût nous en faire même soupconner la présence ?
» Devant ces incertitudes, ne pouvant trancher la question par des moyens ordipaires, je dus procéder à l'analyse chimique des aliments et des boissons que je soupconnais être nuisibles et dans lesquels j'étais même assuré à ce moment-là de trouver des traces de plomb suffisantes pour expliquer la production des phénomènes morbides dont j'étais témoin. Là encore, mes prévisions ne se réalisèrent pas : je ne puis entrer dans le détail des analyses chimiques que j'entrepris à ce sujet, le cadre de ce travail ne comporle pas de tels développements; qu'il me suffise de dire qu'aucun des trois réactifs que j'avais à ma disposition, acide hydrosulfurique, iodure potassique et acide sulfurique, ne me décéla la moindre trace de plomb dans les substances sur lesquelles portèrent mes expériences. Après avoir puisé du vin, de l’eau, de l'eau-de-vie, de l'huile, du vinaigre dans les divers récipients qui les contenaient et avoir réduit chacun de ces liquides au plus petit volume possible, par l'évaporation, je les filtrai et rendis acides ceux
qui ne l’élaient pas, au moyen de quelques gouttes d'acide azotique; alors,
successivement, je les soumis à l'influence de chacun des réactifs susnom-
més : je n’obtins ni précipité noir de sulfure de plomb par l'acide hydrosulfurique, ni précipité jaune d'iodure de plomb par l'iodure de potassium, ni
précipité blanc de sulfate de plomb par l'acide sulfurique.
» Je laissai ensuite séjourner à l'air Jibre et pendant plusieurs jours, de pelites quantités de ces divers liquides dans les différents vases employés soit pour la cuisine, soit pour la mesure des rations, soit pour les repas de l'équipage, et après les avoir évaporées, filtrées et acidulées comme ci-dessus, je procédai aux mêmes expériences dont le résultat fut négatif.
» Pour les substances alimentaires solides, j’usai d’une méthode très minutieuse : je pris, dans une boîte d'endaubage, 25 grammes de viande que je fis digérer dans 50 grammes d'acide azotique, dans une capsule en porcelaine; je portai ensuite le tout à lébullition, en ayant soin d'ajouter de temps en temps 4, ë ou 6 grammes à peu près d'acide azotique ; lorsque
la mixture cessa de boursouffler sous l'influence de l’adjonction de ces
quantités d'acide, je l'évaporai jusqu’à siccité : enfin j'ajoutai 25 grammes
d’eau distillée légèrement acidulée, je fillrai et je concentrai autant que possible, c'est-à-dire à peu près jusqu'à 7 ou 8 grammes. Dans la liqueur ainsi obtenue, je n'obtins aucun précipité, pas plus par l'acide hydrosulfurique et l’iodure de potassium que par l'acide sulfurique.
» Ce que je fis pour l’endaubage, je le fis pour les sardines, pour le lard salé, pour le biscuit, pour la farine contenue dans des caisses en tôles, en un mot pour toutes les substances qui servaient à notre alimentation; je répélai mes expériences un nombre considérable de fois, je les variai autant qu'il fut possible et je ne trouvai pas une seule fois la moindre trace de plomb.
» Après cela puis-je conclure à la parfaite immunité, sous le rapport du saturnisme, au moins des aliments et des boissons distribués chaque jour à l'équipage ? Puis-je affirmer que les vases en cuivre, en fer, en zinc et en étain employés, tant par le cambusier que par le cuisinier, pour la manipulation et la cuisson de ces aliments, étaient absolument incapables de mêler à ceux-ci des quantités de métal toxique suffisantes pour produire un empoisonnement salurnin ? Je le pense, et les analyses que je viens de décrire sommairement m'y autorisent d'une facon suffisante.
» Ilne me reste plus à examiner qu’un des modes suivant lesquels, d'après M. Lefèvre, le plomb peut s'introduire dans l'économie et exercer les ravages que l'on sait à bord des navires : les peintures, mastics et enduits plombifères
dont on consomme des quantités considérables, particulièrement à bord de