XXVI INTRODUCTION
ouvertes, et, pour la première fois, livrées à la curiosité générale. Daubenton, venu de sa province, fut chargé de classer ces échantillons, encore si inconnus, et de les démontrer aux élèves qui surgirent de toutes parts.
Le public, avide de nouveautés, accorda à celle-ci une vive sympathie. .Séduit par la grandeur même du projet, Buffon entreprit alors de décrire le plus splendide et le plus ignoré des spectacles.
Après avoir donné une impulsion vigoureuse à son administration, après s'être choisi des hommes capables de le suppléer, il quitta Paris, pour n'y plus passer que quatre mois chaque année, et se retira à Monlbard.
Dix ans s'écoulèrent dans la solitude. S'instruisant pour instruire les autres, le travail le plus profond ne put ébranler sa constance. « Un grand plan, un « grand but, disait-il, laissent tant de bonheur dans « l'âme. » Plus tard, il ajouta : « Avec de la patience « et de la méthode, chaque jour on s'aperçoit du « progrès et de la vigueur de son inteUigence. »
Ce progrès, cette vigueur, produisirent les trois premiers volumes de YHistoire naturelle. Ils parurent en 1749. Le premier contient la Théorie de la terre et le Système sur la formation des planètes ; le second, ï Histoire générale des animaux et ï Histoire particulière de r homme; le troisième n'est, dans sa
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première partie, qu'une Description du Cabinet par Daubenion, mais il se termine par cet admirable chapitre sur les Variétés de F espèce humaine^ où Buffon pose pour la première fois les bases de Y histoire na* turelle de Ihomme. On n'avait étudié jusqu'à lui que Y homme-individu : il a, le premier, étudié Yhommeespèce.
A l'apparition de cette œuvre si imprévue et si hardie par rapport aux idées qui régnaient alors, la surprise et l'admiration partagèrent le public, et la réputation de Buffon s'étendit au loin.
L'Académie des sciences l'avait nommé son trésorier en 1744.
Il avait, en 1747, reproduit, à Tétonnement général, cette expérience, renouvelée d'Archimède, et devenue si fameuse, de l'inflammation des corps à de grandes distances au moyen de ses miroirs ardents.
Forte de la puissance de l'opinion publique, YHistoire naturelle voyait les presses de l'Imprimerie royale lui donner un concours illimité. Cet ouvrage semblait jouir des privilèges d'une gloire nationale, « M. le comte d'Argenson * ne m'a pas ence core renvoyé la liste des personnes auxquelles on « donnera le livre de Y Histoire naturelle^ mais j'es- « père que cela ne retardera que de quelques jours
* Ministre de la guerre.
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« encore ; avez- vous eu occasion d'en parler à M. de « Voyer*? » écrit Buffon * à Le Blanc. »
A ce moment, celui-ci croyait toucher au but désiré.
« J'ai appris de très-bonne part, lui dit son ami « dans la même lettre, qu'il était beaucoup question « de vous pour la place de l'Académie. Je m'en ré- « jouis avec vous, et je vous écris pour vous dece mander si je ne pourrais pas vous servir auprès de « quelqu'un par mes sollicitations. On dit que vous « n'avez d'autre compétiteur que l'abbé Trublet^; « cela me donne de grandes espérances, car, quel- « que appuyé qu'il soit par les Tencins, si vos amis « d'un certain ordre agissent, vous serez certaine- « ment préféré, et d'ailleurs vous méritez si fort de c< l'être. »
A deux mois de là, Buffon lui dit, dans une nouvelle lettre * :
a Le récit que m'a fait M. Daubenton de tout
« ce qui vous est arrivé m'a afOigé et indigné ; il y a « bien de la noirceur dans le pays que vous habitez; « il y a bien du courage à y rester honnête homme, « puisqu'on est presque sûr d'être la victime des « méchants. Cependant vous ne devez pas être entiè- « rement abattu; il n'y a que la mauvaise conscience
* Ministre des affaires étrangères.
* Château de Montbard, le 10 août 1749.
5 L'abbé Trublet ne fut nommé qu'en 1761 .
* Montbard, 16 octobre 1749.
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a qui puisse nous mener au désespoir. Consolez-vous « donc, mon cher ami...; lorsque votre âme sera « plus tranquille, il vous sera facile de pourvoir aux c< autres besoins : je crois que malgré vos malheurs « vous pouvez compter sur un certain nombre de perce sonnes qui s'intéressent véritablement à vous.... »
A la suite de ce désastre, qui ne paraît pas avoir été seulement académique, Le Blanc partit pour l'Italie; il accompagnait M. de Vaudières, directeur général des bâtiments du Roi. Madame de Pompadour, qui protégeait le candidat malheureux, voulut lui apporter son contingent de consolations et fit rétablir pour lui la place d'historiographe des bâtiments de Sa Majesté.
a Comment se peut-il, )>lui écrit Buffon* dans une lettre adressée à Rome, « que vous n'ayez pas encore « oublié les sujets de chagrin qu'on vous a donnés si « mal à propos, et qui n'ont fait tout au plus qu'une
« impression passagère sur l'esprit des autres
« Tout le monde parle bien de votre voyage, et vos « ennemis sont dans le silence. L'un de ceux qui « vous a fait le plus de tort, l'abbé que vous me « citez, me parait tomber tous les jours de plus en « plus dans le mépris; pourquoi donc ne vous tranquil-
« lisez-vous pas? Reposez-vous sur nous du soin
« de votre réputation ; j'aimerais mieux avoir à coma battre pour cette cause que pour la mienne contre
< 21 mais 1750.