‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 13 sur 60 · XXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXIV INTRODUCTION

« et crient contre Forgueil et la désobéissance des « prêtres, qui ont refusé nettement de donner la dé- « claration des biens qu'ils possèdent. Heureusement « on tient ferme et on leur a déjà fait sentir qu'on « les y forcerait ; ils sont tous renvoyés et retenus « dans leurs diocèses ; et, comme le roi est à Fon- « tainebleau, diocèse de Sens, Tarchevêque a cru « qu'il lui serait permis d'aller comme à l'ordinaire « faire sa cour, mais il a reçu l'ordre de rester à « son archevêché. Je tiens cette nouvelle de son ne- « veu, dont je suis voisin. »

Des nouvelles littéraires, des jugements sur les écrivains qui sont en possession du succès ou qui aspirent à l'obtenir, occupent désormais la plus large part dans ce que Buffon s'accorde de distractions.

« Vous ne devez pas tarder à revenir, » écrit-il enfin à Le Blanc à la date du 24 avril i 751 , « tous vos « amis le désirent ; il y a près de seize mois que vous « êtes parti. Je dînai avant- hier chez M. de la Pou- « plinière*; il vous aime, et nous parlâmes beaucoup « de vous; j'ai vu aussi M. le marquis de l'Hôpital « chez M. de Boulogne, et j'ai pris jour pour l'aller « voir chez lui et causer de vous à.mon aise ; il parle « de vous aussi bien que vous et vos amis peuvent le « désirer; j'avais lu à M. et madame de Boulogne

* Pouplinière (Alcxandrc-Jean-Josepb Le Riche de la), célèbre financier. Né à Paris en 1692, mort en 1702.

DE BUFFON. xxxv

« Tarticle de votre lettre datée de Naples où vous « faisiez Téloge de cet honnête ambassadeur ; il me « parut qu'ils en furent très-flattés. J'ai aussi fait « voir votre description du Vésuve ; comme je l'ai « trouvée parfaitement bien faite, j'ai eu du plaisir à c( la lire à un grand nombre de personnes. J'ai aussi « entendu quelquefois parler de vous pour l'Acadéa mie française, et je suis fâché que M. de La Chaus- « sée, pour exclure Piron, ait tourné les vues de TAca- « demie sur le marquis de Bissy*, qui, comme vous « le savez, a eu la dernière place vacante ; car il nie « parait qu'on désire Piron, et il aurait mieux valu « pour vous " qu'il y fût entré que d'avoir à y en-

« trer La nouvelle édition de vos Lettres a bien

« fait dans le monde ; la réputation que cet ouvrage « mérite s'affermit tous les jours.

« J'ai diné aujourd'hui à la bibliothèque du

« roi avec Duclos; vous savez qu'il est devenu « un homme de cour. Il vient de donner un ou- « vrage qui essuie bien des jugements divers :

* Bissy [Claude de Thiard, comte de), né en 1721, mort en 1810. Nommé membre de l'Académie française en 1750.

• « En 1752, à la mort de l'archevêque de Sens (Languet de Di- « jon), deux Bourguignons furent mis sur les rangs : Piron et Buffon. a Ce dernier pria ses amis de ne pas songer à lui, jeune encore, tandis n que son compatriote ne l'était plus, ayant de la fortune et Piron « n'en étant rien moins que favorisé, et d'ailleurs ne voulant pas » profiter de la défaveur d'un homme qui avait au fauteuil des « droits antérieurs aux siens. » [Lettres inédites de Buffon^ HousseaUf Voltaire^ Piron, etc., par Girault.)

xxxTi INTRODUCTION.

« pour moi, je le trouve bon et très-bon, quoi- « qu'il y ait quelques défauts : beaucoup d'esprit, « peu de modestie, peut-être faute d'hypocrisie, « un logement au Louvre, la place d'historiographe, « et surtout la faveur de madame la marquise de « Pompadour, en voilà plus qu'il n'en faut pour « avoir des ennemis : aussi M. Duclos en a-t-il beau- « coup. Je trouve que son livre est l'ouvrage d'un « homme d'esprit et d'un honnête homme. Nous par- « lames de vous; il en dit beaucoup de bien. Je crois « que vous pouvez compter sur lui.

c< On a écrit de Berlin que Maupertuis crache le « sang et qu'il est dangereusement attaqué ; j'en suis « véritablement affligé. 11 parait une critique aussi « amère que mauvaise contre le livre du président « Montesquieu ; il n'est pas non plus encore hors «d'affaire avec la Sorbonne; pour moi, j'en suis quitte à ma très-grande satisfaction : de 120 docii leurs assemblés, j'en ai eu 115, et leur délibération « contient même des éloges auxquels je ne m'attende dais pas..... On est ici fort occupé du jubilé. L'af- « faire du clergé pour le vingtième n'est point encore « finie ; l'archevêque de Sens et l'évêque d'Autun se « sont traités comme des fiacres dans leurs mande-

« ments M. de Malesherbes, qui a la librairie,

« en est fort en train et la mène bien Le diction-

« naire encyclopédique, entrepris par MM. d'Alemc< bert et Diderot, va bien; le premier volume est

DE BUFFON. xxivii

« presque achevé; je l'ai parcouru, c'est un très- « bon ouvrage. »

La sympathie de Buffon pour Duclos se révèle encore dans une autre occasion :

« Voilà Duclos secrétaire de l'Académie, » écrit-il en 1755, « et j'en suis très-aise. N'y aurait-il pas des « gens à qui ce choix n'a pas été trop agréable? Ce « qu'il y a de vrai cependant, c'est que personne ne « convient mieux que lui à cette place, qui est fort « importante pour le bien de la Compagnie. »

c< J'ai lu un extrait de l'éloge de Descartes de « M. Gaillard, » dit-il plus tard *, « et je n'ai pas été « content du style. Si celui de M. Thomas n'est pas « meilleur, ce grand philosophe aura été loué avec « de pauvres petites paroles. » Buffon n'aimait pas les pauvres petites paroles.

Concourir pour sa part à tout ce qui pouvait honorer la Bourgogne, était une satisfaction qu'il ne manqua jamais de se donner. En 1741, il rend un compte détaillé à M. Lantin*, doyen du parlement, des soins qu'il prend pour faire graver une médaille destinée aux lauréats que couronne l'Académie de Dijon. En 1752, il écrit à son ami le président Ruf-

* 26 septembre 1705.

* Lantin de Damerey (Jean-Baptislc) , ne à Dijon vers 1680, mort, doyen du parlement, en 1756. Auteur du Supplément au Glossaire du Roman de la Hose, etc.

xxxviH INTRODUCTION.

fey * : « Nous faisons ici tous les jours de belles « expériences sur le tonnerre ; c'est moi qui les « ai fait connaître et exécuter le premier. » Et il ajoute des détails qui permettent de répéter ces expériences. Il m» consent point à être absent, et revendique sa place an milieu de ses compatriotes.

Plus tard, il écrira encore à ce même Ruffey * : «J'ai reçu, mon cher président, avec la plus grande « joie les nouvelles marques de votre amitié; elle me « sera toujours également présente, paiement pré- « cieuse, et tous mes regrets sont de n'en pas jouir « aussi souvent que je le désire.... Vous avez depuis « deux ans décoré votre Académie de beaux noms, « et vous l'avez renforcée de bons sujets; cela vous « fait beaucoup d'honneur, car le tout est dû à c\ votre zèle, et je suis persuadé qu'avec le temps « cet établissement, qui a été plus de vingt ans à « naître, deviendra très-utile.

« J'avais coutume d'envoyer à l'Académie un exemniphire àe Y Histoire nahireUe;.,,. je ne sais si les

« derniers volumes ont été envoyés ; je serai tou-

« jours enchanté de donner à votre Compagnie cette « faible marque de mon repect »

lleléguée dans un couvent de Moulbard et privée

* 22 juillet 1752. 11 répétait, à ce moment, les expériences de Franklin.

* Paris, 14 janvier 1763.

DE BUFFON. xnix

de fortune, mais unissant à la dignité que donne une bonne naissance cette simplicité gracieuse qui participe de la timidité et lui conserve tout ce qu'elle a d'attrayant, mademoiselle de Saint-Belin^ modifia, à son insu, les principes de notre penseur, fort libre jusqu'alors. Devant l'espoir si doux d'être aimé de cette âme pure et délicate, Buffon, le philosophe, prit, très-philosophiquement, le train ordinaire que suit le plus simple mortel; il aima sérieusement, et, après plusieurs années de réflexions, se maria à quarante-cinq ans. Plus d'un an après son mariage, il écrivait au joyeux abbé Le Blanc*, juge très-incompétent en pareille matière :

« J'ai reçu, mon cher ami, votre compliment avec c( d'autant plus de sensibilité, que vous êtes plus « en droit de penser que j'avais tort avec vous de ne c vous avoir point parlé de mon mariage. Je vous « remercie donc très-sincèrement de cette marque « de votre amitié, et je ne puis mieux y répondre « qu'en vous avouant très-bonnement le motif de « mon silence. Il en était de cette affaire comme de a quelques autres sur lesquelles nous ne pensons

* Marie-Françoise, fille du haut et puissant seigneur de Saint-Be-

Un, chevalier , seigneur de Fontaine^ Dampierre, etc., mariée à

BufTon, le 20 septembre 1752. Ses parents lui avaient constitué une dot de 6,000 liyres, à la condition expresse qu'elle renonçât à la succession de ses père et mcre. Buffon, par contrat, assura à sa femme mille écus de revenu.

' Montbard, 23 novembre 1753.

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