‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 32 sur 60 · COP.RECTIONS FAITES PAR DUFFON SUR LA COPIE · texte numérisé non relu

COP.RECTIONS FAITES PAR DUFFON SUR LA COPIE

dire à des espèces dont la mer ne nous offre pas les analogues vivants .

plus ou moins grande de ces espèces relativement aux

autres. Tout ce que

* de ces coquillages.

104 MANUSCRITS DE BlIFFON

(copie.)

cornes d'Ammoii de sept et huit pieds de diamètre sur un pied d'épaisseur, dont on trouve les moules pétrifiés ; des bélemnites de neuf et dix pouces de longueur sur un pouce de diamètre à la base, sont certainement des êtres gigantesques dans ce genre des coquilles et dans celui des oursins. La nature était alors dans sa première vigueur * et travaillait la matière organique et vivante avec une force * plus active dans un élément plus chaud ', mais elle n'opérait encore que dans le sein de la mer. La surface de la terre était encore trop chaude pour qu'on pût la toucher. Elle ne pouvait donc être peuplée que de plantes et d'animaux capables de supporter une chaleur* bien plus grande que celle qui nous convient*. Mais nous avouons que cette idée , quoique vraisemblable , n'est qu'une supposition qui n'est pas fondée, comme celle de la population

(connECTiONS faites lun uuffon son la copie.)

* force.

* puissance.

^ élément plus chaud. Celte cause est suffisante pour rendre

raison de toutes les productions gigantesques si communes et si fréquentes dans les premier» âges du monde. Cette cause puissante opérait également dans le soin de la mer et sur les hautes terres que les eaux n'avaient pu surm mler; ces terres ne pouvaient être peuplées que de plantes

* chaleur plus grande

« nous convient; et nous avons des monuments dans les

mines, surtout dans celles de charbon et d'ardois-c qui nous démontrent par les poissons et les végétaux quelles contiennent que ce ne sont pas des espèces qui existent actuellement. On peut donc croire que la population de la mer n'est pas plus ancienne que celle de la terre; les monuments et les témoins sont plus nombreux et plus évidents pour la mer, mais ceux qui déposent pour la terre sont aussi certains, et nous démontrent que ces espèces anciennes dans les animaux et dans les végétaux marins ou terrestres se sont anéanties ou plutôt ont cessé de se multiplier dès que la terre et la mer ont perdu la chaleur nécessaire à leur existence.

Les coquillages ainsi que les végétaux de ce premier temps s'étant prodigieusement mnltiphés pendant ce long e.space de quatre

(imprimé.)

bord à deux mille toises d'élévation, la mer a successivement baissé jusqu'au niveau où nous la voyons aujourd'hui.

On doit présumer que les coquilles et les autres productions marines que Ton trouve à de gfrandes hauteurs au-dessus du niveau actuel des mers, sont les espèces les plus anciennes de la nature ; et il serait important pour Thistoire naturelle de recueiUir un assez grand nombre de ces productions de la mer qui se trouvent à cette plus grande hauteur, et de les comparer avec celles qui sont dans les terrains plus bas. Nous sommes assurés que les coquilles dont nos collines sont composées appartiennent en partie à des espèces inconnues, c'està-dire à des espèces dont aucune mer fréquentée ne nous offre les analogues vivants. Si jamais on fait un recueil de ces pétrifications prises à la plus grande élévation dans les montagnes, on sera peut-être en état de prononcer sur Fancienneté plus ou moins grande de ces espèces , relativement aux autres. Tout ce que nous pouvons en dire aujourd'hui, c'est que quelques-uns des monuments qui nous démontrent l'existence de certains animaux terrestres et marins, dont nous ne connaissons pas les analogues vivants, nous montrent en môme temps que ces animaux étaient beaucoup plus grands qu'aucune espèce du même genre actuellement subsistante : ces grosses dents molaires à pointes mousses, du poids de onze ou douze livres; ces cornes d'Ammon, de sept à huit pieds de diamètre sur un pied d'épaisseur, dont on trouve les moules pétrifiés, sont certainement des êtres gigantesques dans le

(corrections faites par buffon sur la copie.)

ou cinq mille ans, et la durée de leur vie n'étant que de quelque; années, les animaux à coquille et lous ceux qui convertissent l'eau de la mer en pierre ont, à mesure qu'ils périssaient, abandonné leurs dépouilles aux caprices des eaux : elles les auront transportées, brisées et déposées en mille et mille endroits, car c'est dans re n)ôme temps que le mouvement du

' (copie.)

plus ancienne de la mer, sur les monuments de la nature, puisqu'ils nous démontrent un grand nombre d'espèces perdues dans les animaux marins, au lieu qu'à peine pouvonsnous citer quelques exemples d'animaux terrestres dont on puisse croire que l'espèce est perdue.

C'est dans ce même temps que le mouvement du flux et du reflux a produit les courants qui ont donné à toutes les collines et à toutes les montagnes de médiocre hauteur des directions correspondantes, en sorte que les angles saillants correspondent toujours à des * angles rentrants. Nous ne répéterons pas à ce sujet ce que nous avons dit dans notre Théorie de la terre, et nous nous contenterons d'assurer que cette disposition générale de la surface de la terre * par angles saillants et rentrants, ainsi que sa composition par couches horizontales, démontrent évidemment que la structure entière de la terre, jusqu'à de grandes profondeurs, a été disposée par les eaux et produite par leurs sédiments. Il n'y a eu que les crêtes, les pics et les sommets des plus hautes montagnes qui se sont trouvés hors d'atteinte et contre ' lesquels la mer, par son mouvement, n'a pu agir directement *, puisqu'ils lui étaient supérieurs par l'élévation; mais, ne pouvant les attaquer par leur sommet, elle les a pris par leur base, elle a miné les terres, percé les cavernes et les voûtes qui soutiennent ces vastes et hautes montagnes, et ayant rempli ces cavités ^, elle a produit, dans presque toutes , les volcans , dont quelques-uns subsistent encore aujourd'hui.

(corrections faites par BUFFON SUR LA COPIE.)

* . ... à leurs.

* du globe.

^ sur.

* la mer n'a point laissé d'empreintes, parce qu'ils

^ ayant trouvé ces cavités remplies en partie de miaéraux,

de pyrites et d'aulrcs substances capables d'effervescence

(iMPRIlfé.)

genre des animaux quadrupèdes et dans celui des coquillages. La nature était alors dans sa pcemière force, et travaillait la matière organique et vivante avec une puissance plus active dans une température plus cliaude : cette matière organique était plus divisée, moins combinée avec d'autres matières, et pouvait se réunir et se combiner avec elle-même en plus grandes masses, pour se développer en plus grandes dimensions : cette cause est suffisante pour rendre raison de toutes les productions gigantesques qui paraissent avoir été fréquentes dans ces premiers âges du monde.

En fécondant les mers, la nature répandait aussi les principes de vie sur toutes les terres que Teau n'avait pu surmonter ou qu'elle avait promptement abandonnées; et ces terre», comme les mers, ne pouvaient être peuplées que d'animaux et de végétaux capables de supporter une chaleur plus grande que celle qui convient aujourd'hui à la nature vivante. Nous avons des monuments tirés du sein de la terre, et particuhèrement du fond des minières de charbon el d'ardoise, qui nous démontrent que quelques-uns des poissons et des végétaux que ces matières contiennent ne sont pas des espèces actuellement existantes. On peut donc croire que la population de la mer en animaux n'est pas plus ancienne que celle de la terre en végétaux : les monuments et les témoins sont plus nombreux, plus évidents pour la mer; mais ceux qui déposent pour la terre sont aussi certains, et semblent nous démontrer que ces espèces anciennes dans les animaux marins et dans les végétaux terrestres se sont anéanties, ou plutôt ont cessé de se multiplier dès que la terre et la mer ont perdu la grande cha-* leur nécessaire à l'effet de leur propagation.

Les coquillages ainsi que les végétaux de ce premier temps s'élant prodigieusement multipliés pendant ce long espace de vingt mille ans, et la durée de leur vie n'étant que de peu d'années, les animaux à coquilles, les polypes des coraux, des

(9LITe DE L'iMPnniÉ.)

madrépores, des astroïtes et tous les petits animaux qui convertissent l'eau de la mer en pierre, ont, à mesure qu'ils périssaient, abandonné leurs dépouilles et leurs ouvrages aux caprices des eaux : elles auront transporté, brisé et déposé ces dépouilles en mille et mille endroits ; car c'est dans ce même temps que le mouvement des miu-ées et des vents Pv'glés a commencé de former les couches horizontales de la surface de la terre par les sédiments et le dépôt des eaux ; ensuite les courants ont donné à toutes les collines et à toutes les montagnes de médiocre hauteur des directions correspondantes, en sorte que leurs angles saillants sont toujours opposés à des angles rentrants. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit à ce sujet dans notre théorie de la terre, et nous nous contenterons d'assurer que cette disposition générale de la surface du globe par angles correspondants, ainsi que sa composition par couches horizontales, ou également et parallèlement inclinées, démontrent évidemment que la structure et la forme de la surface actuelle de la terre ont été disposées par les eaux et produites par leurs sédiments. 11 n'y a eu que les crêtes et les pics des plus hautes montagnes qui, peut-être, se sont trouvés hors d'atteinte aux eaux, ou n'en ont été surmontés que pendant un petit temps, et sur lesquels par conséquent la mer n'a point laissé d'empreintes : mais, ne pouvant les attaquer par leur sommet, elle les a prises par la base ; elle a recouvert ou miné les parties inférieures de ces montagnes primitives; elle les a environnées de nouvelles matières, ou bien elle a percé les voûtes qui les soutenaient ; souvent elle les a fait pencher : enfin elle a transporté dans leurs cavités intérieures les matières combustibles provenant du détriment des végétaux, ainsi que les matit'ros pyriteuses, bitumineuses et nnnérales, pures ou mêlées de terres et de sédiments de toute espèce.

C'est ici que Buffon passe de raclion des eaux à celle du feu secondaire ou des volcans. 11 réunissait donc ainsi, comme je Tai dit, p. 81, dans une seule époque (la seconde)^ le sujet de trois époques distinctes (la seconde, la troisième et la quatrième).

Nous venons de voir comment il en a détaché la troisième^ en retirant de la seconde tout ce qui était relatif à Vaction des eaux. Il fit de même pour la qualrième. Il sépara de la seconde tout ce qui se rapportait à Vaction des volcans.

Au reste, ce sujet des volcans^ dont le développement fait, dans l'imprimé, une époque tout entière, était ici à peine indiqué. Buffon n'y avait consacré que trois ou quatre pages que je crois devoir reprodîiire.

Je continue donc.

Ils étaient autrefois (les volcans) en bien plus grand nombre, et leur action dépend de celle de Teau contre le feu *. Comme ces hautes montagnes contiennent dans leurs t'entes perpendiculaires des pyrites et d'autres matières qui peuvent s'entlammer par la seule effervescence; il est nécessaire que le feu, produit par cette cause, s'entretienne et dure tant quil trouve des matières* qui peuvent lui servir d'aliment^;

(cortRECTioxs Faites par uoffo.v sur la copie.)

* contre le feu. Ce.» volcans ont pu brûler dès le commencement , mais sans explosion, car les matières qui leur servent «l'aliment pouvant s'enflammer

"^ substances.

^ le nourrir.

110 MANUSCRITS DE DUFFOxN

mais s'il nrrive que ce feu se choque contre l'eau qui est au pied et dans rintérieur de la montagne, il en résulte • les explosions, les éruptions et tous les effets qui accompagnent le travail et Faction des volcans. Nulle puissance, à TexcepUon de Teau choquée par le feu, ne peut produire des mouvements aussi prodigieux.

Les obsenations confirment parfaitement ce que je dis ici de Faction des volcans ; tous ceux qui sont maintenant en travail ou en action sont situés près des mers ; tous ceux * qui sont éteints, et dont le nombre est beaucoup plus grand, sont placés dans le milieu des terres ou tout au moins à quelque dislance de la mer, et quoique ceux ' qui subsistent paraissent tous appartenir aux plus hautes montagnes, il en a existé beaucoup d'autres dans les collines et même dans les plaines*, comme nous le démontrerons dans nos suppléments à la Théorie de la terre. Mais la date de Fûge des volcans n'est pas pour tous la même; les premiers n'ont certainement agi qu'après l'établissement des eaux sur la terre, et peut-être même longtemps après; et à mesure^ que les eaux se sont retirées de leur voisinage, ils se sont éteints , et il s'en est formé d'autres dans les terres dont la mer s'est approchée.

On pourra me demander quel est le temps où je suppose (lue les pyrites ^ et les autres matières capables de s'enflammer par la seule effervescence ont été déposées dans le sein des montagnes. La réponse serait moins diflicile, si l'on con-

(CORHECTIONS FAITES PAR BL'FFOJI ^Un LA COPIE.)

* contre l'eau, il en résulte...

* .... la plus grande partielle ceux qui..... "* ces volcans

* les plaines. Mais la date... .

* ..... niais à mesure que

^ >'ous venons de supposer que le Icnipb où le.> pyrite?... .

EPOQUES DE LA r^ATUUE 111

naissait^ la composition intérieure d'un seul volcan; mais, jiisqu'à présent, nous n'avons sur cela que de légers indices qui semblent seulement nous avertir qu'il y a des communications souterraines entre quelques-unes de ces bouches à feu, et que, quoique le foyer de leur embrasement ne soit qu'à une profondeur médiocre* au-dessous de leur sonunet, il y a néanmoins des cavités qui descendent beaucoup plus bas, et que ces cavités, dont la profondeur et l'étendue nous sont inconnues, peuvent être en tout ou en partie remplies des mêmes matières que celles qui sont actuellement embrasées. On pourrait' donc rapporter à peu près au même temps la production des filons métalliques et celle des amas de tous les minéraux qui contribuent à Tembrasement des volcans. Mais il se pourrait aussi que plusieurs de ces matières, ayant besoin de l'intermède de l'eau pour se former, elles n'eussent été produites qu'après la chute des eaux sur la surface de la terre et qu'elles aieot été entraînées avec elles dans les fentes et dans les cavités qu'elles occupent aujourd'hui. L'eau les y aura déposées et ensuite se sera retirée dans le temps de l'abaissement général des mers ; en sorte que ces matières n'auront commencé ù entrer en effervescence que successivement et postérieurement à rétablissement des mers; ceci paraît assez clairement indiqué par les volcans éteints qui tous sont éloignés des mers, et par les volcans allumés qui tous en sont voisins.

Quoiqu'il en soit, nous ne devons pas perdre de vue la division générale que nous avons donnée dos matières terrestres, dont

(CORHECTIO.XS FAITES PAR UCFFON 9CR LA COPIE.)

"^ ont été produites «lans les cavernes et duns le seia des

niontignes est a peu près le même que celui de lu sublimation des métaux: nous en serions plus assuré si Ton connaissait

* ne F oit peut-être pas à une grande profondeur..*..

* On peut donc... 4

112 MANUSGtllTS DE BUFFON

Ja première classe renferme toutes celles qui * ont été produites par le feu primitif, c'est-à-dire toutes les substances solides et vitrescibles desquelles rétablissement local a peu changé et forme le fon;! du globe , ainsi que les noyaux et les pics de tontes les hautes montagnes. La seconde classe contient toutes les nuitières calcaires, eVst-à-dire toutes les substances produites par les coquillages et autres animaux de la mer ; elles reiouvrent d'assez grands espaces sur la surface de la terre*; elles ^^e trouvent aussi à d'assez grandes profondeurs; elles couvrent ' les bases des montagnes les plus élevées jusqu'à mille toises de hauteur *; et la troisième classe est celle des matières soulevées et rejetées par les volcans, dont quelquesunes paraissent être mêlées des deux premières, et d'autres ont subi sans mélange une seconde action du feu, qui leur a donné un nouveau ( aractére. On doit rapporter à ces trois classes toutes les substances minérales, et Ton peut, en les examinant 5, reconnaître leur origuie**, ce qui suffit pour nous indiquer à peu prés le temps de leur fonfnation; car. comme nous venons de l'exposer, il paraît clairement que

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