LE BEC-EN-CISEAUX
UEXOXJ
Le genre de vie et les habitudes naturelles ne sont point dans les animaux un produit de liberté, niun résultat de choix* , mais* les effets nécessaires de la conformation, de Torganisalion et des' facultés physiques. Fixés* chacun à la manière de vivre que cette nécessité leur ^ prescrit, nul ne cherche^, nul ne peut chercher à s'en écarter; et c'est cette nécessité même qui peuple et anime tous les districts de la nature. L'aigle ne quitte point ses rochers', non plus que le héron ses rivages; Tun fond du haut des airs sur Tagneau qu'il enlAve et^ déchire^ du droit des serres cruelles; Tautre, le pied dans la fange, attend, à Tordre
(COnRECTIONS DE BIFFON.)
* de nos hirondelles, et dont ils fonl le même usage
• plonger dans l'air, en élevant, rabaissant, coupant et croisant leur vol de mille et mille manières
*"' la gaieté ou l'aspect de la proie fuçritive dirigent leurs mouvements.
• Le genre de vie, les habitudes et les mœurs ne sont pas aussi libres, qu'on pourrait l'imaginer, dans les animaux; leur conduite n'est pas le produit d'ime pure liberté do volonlé, ni même un résultant de choix
- mais c'est un cfi'et nécessaire et résultant de la conformation...
"*.... et de l'exercice de leurs f;uMillé>
* déterminés et lixés
' leur impose el prescrit
HISTOIRK DES OISEAUX 163
pour nager, car il semble que la iinlure n'ait confié ces oiseaux qu'à la puissance de leurs ailes, qui sont extrêmement longues et échancrées comme r elles de nos hirondelles ; ils en font le même usage pour planer, cingler, plonger dans Tair en élevant, rabaissant, coupant, croisant leur vol de mille et mille manières, suivant que le caprice, la gaieté, ou Taspecl de la proie fiigitive dirigent leurs mouvements.
(UUFFON.'
Le genre de vie, les habitudes et les mœurs dans les animaux ne sont pas aussi libres qu'on pourrait limaginei'; leur (!ondu1te n'est pas le produit d'une pure liberté de volonté ni même un résultat de choix, mais un efl'et nécessaire qui dérive de la conformation, de Torganisation et de l'exercice de leurs facultés physiques : déterminés et fixés chacun à la manière de vivre que cette nécessité leur impose et prescrit, nul ne cherche à l'enfreindre, ne peut s'en écarter ; c'est par cette nécessité, tout aussi variée que leurs formes, que se sont trouvés peuplés tous les districts de la nature : l'aigle ne quitte point ses rochers, ni le héron ses rivages ; l'un fond du haut des airs sur l'agneau qu'il enlève ou déchire par le seul droit que lui donne la force de ses armes, et par l'usage qu'il fait tle ses serres cruelles; l'autre, le pied dans la fange, attend, à l'ordre du lïesoin, le passage de la proie fugitive ; le pic n'aban-
(CORRKCTIONS DE BIJFPON.)
•' nul ne clicrcheà l'enfreindre ni même à s'en écarter, et c'est
)>ar cette nécessité, tout aussi variée que leurs formes, que se «onl trouvés peuples tous les districts
'' I/aigle ne peut quitter ses rochers ni le hépon
^ ou.
® par le seul droit que lui donne la force de ses armes et
par l'ii8a(:e qu'il fait de ses serres
Uii MANUSCniTS 1)K niIFFON
(lu besoin, le passage de la proie fugitive, qui souvent trompe sa patience souffrante *®; le pic ne peut sortir du fond des bois ni abandonner le tronc des arbres à Tentour desquels il lui est ordonné de vivre; la barge doit rester dans ses marais ** et y diercher sa nourriture ; Talouette, gîtée dans les guérets, est fidèle à suivre les sillons ; et, pour ne pas sortir ici du genre des oiseaux, ne voit-on pas ceux qui vivent de graines chercher les pays habités, suivre le progrès des cultures et ne se plaire dans les champs que sur la trace du laboureur, tandis que ceux dont la subsistance est préparée dans les baies sau- Tîiges et les petits fruits des bois, constants à nous fuir, ne quittent point les retraites écartées au plus sombre des forêts nu au plus escarpé des montagnes, où ils \ivent loin de nous et seuls avec la nature ". C'est ainsi que sous Fombre épaisse des sapins, et au milieu des myrtQles, elle retient la gelinotte et le tétras, qu'elle défend au merle solitaire de descendre de son rocher et qu'elle ne donne au loriot, pour répondre à ses cris, que les échos des bois ; en même temps elle envoie Toutarde sur les terres élevées et les friches arides; elle c^che le râle au fond le plus frais et le plus herbu de la prairie, elle remplit nos vergers du petit peuple léger des vives et gaies fauvettes; et, comme pour nous prouver que ce que nous croyons nous être le plus approprié dans son empire n'en reste pas moins sous son domaine, elle nous charge de loger sous nos toits
(corrections df: BrrroN.)
^'^ Le pic n'abandonne jamais la tige des arbres à l'entour de laquelle il lui est ordonné de ramper
** marais, la fauvette dans ses bocages, — l'alouette dans
les sillons; et ne voyons-nous pas tous les oiseaux granivores chercher les pays habités et suivre nos cultures, tandis que ceux qui préfèrent à nos grains les fruits sauvages et les baies, constants à nous fuir, ne quittent p.is les bois et les lieux escarpés des montagnes. . .
** la nature qui d'avance leur a dicté ses lois; elles retiennent la ffelinotte sous l'ombre épaisse des sapins, le merle solitaire
JUSTUlKt: DES OISEAIX iCÔ
doiine jamais la tige des arbres, à l'entour de laquelle il lui est ordonné de raïuper ; la barge doit rester dans ses marais, Palouette dans ses sillons, la fauvette dans ses bocages ; et ne voyons-nous pas tous les oiseaux granivores chercher les pays habités et suivre nos cultures? tandis que ceux qui préfèrent à nos grains les fruits sauvages et les baies, constants à nous fuir, ne quittent pas les bois et les lieux escarpés des montagnes, où ils vivent loin de nous et seuls avec la nature qui d'avance leur a dicté ses lois et donné les moyens de les exécuter; elle retient la geUnotte sous l'ombre épaisse des saphis, le merle solitaire sur son rocher, le loriot dans les forêts dont il fait retentir les échos, tandis que Toutarde va chercher les friches arides et le râle les humides prairies : ces lois de lu nature sont des décn.ts éternels, immuables, aussi constants (jue la forme des êtres ; ce sont ses grandes et vraies propriétés qu'elle n'abandonne ni ne cède jamais, même dans les choses que nous croyons nous être appropriées, car, de quelque manière que nous les ayons acquises, elles n'en restent pas mohis sous son emph^e; et n'est-ce pas pour le démonti*er qu'elle nous a chargés de loger des hôtes importuns et nuisibles, les rats dans nos maisons, riiirondelle sous nos fenêtres, le
(COiiltbCTIONa D£ BIKFUN.)
bur bon ixK'hcr, le loriot dans les forêts dont il fuit retentir les échos, tandis que, par les mêmes lois, l'outarde vu chercher les friches arides et le râle les humides prairies; ces lois sont des décrets éternels, immuables, aussi constants que la forme des êtres, qui dans chaque espèce est toujours la même; ce sont les grandes et vraies propriétés de la nature qu'elle n'abandonne ni ne cède jamais, même dans les choses que nous croyons nous être Appropriées; de quelque manière que nous les ayons usurpées, elles n'en restent pas moins sous son empire; et n*est-cc pas pour nous le démontrer qu'elle nous a chargés de loger des hôtes importuns ou nuisible:*, les rats dans nos maisons, l'hirondelle sous nos fenêtres, le moineau sur nos toits, et lorsqu'elle amène la cigogne au haut de nos vieilles toar^ en mine
i66 MANUSCRITS DE BUFFON
l'hirondelle, de souffrir le moineau, hôte importun de jios demeures et sur les créneaux en ruine de nos vieilles tours, où s'est déjà cachée la triste famille des oiseaux de nuit, elle amène la ( igogne comme *' pour se hâter de reprendre sur nous des possessions '* qu'elle a pu céder, mais qu'elle n chargé la main sûre des siècles de lui rendre?
L'OISEAU Di: TROPIQUE OU LK PAOLLE-EN-QUEUE.
(bbxox.)
Nous avons \n des oiseaux se porter du nord au midi * de l'hémisphère, et d'un vol libre et vague peupler tous les climats ; nous en verrons d'autres confinés aux deux pôles -, comme les derniers enfants de la nature mourante dans ces régions glacées '; celui-ci semble attaché à suivre * le char du soleil sous la zone brûlante que bordent les tropiques : volant sans cesse sous ce ciel enflammé, sans s'écarter des deux limites extrêmes de la route du grand astre, il aimonce aux navigateurs leur prochain passage sous ces lignes célestes ; aussi tous lui ont-ils^ donné le nom d" oiseau du tropique^, et ils ne doutent pas à sa vue de toucher do près à rentrée de la Torride ^, soit qu'ils y'* arrivent par le côté du nord ou par celui du sud^, ot qu'ils se trouvent dans les mers do Tlnde, de l'Afrique ou de l'Amérique, que cet oiseau fréquente également.
(connECTioxs de riffon.)
lie semble- t-elle pas se hâler de reprendic
des possessions usurpées pour un temps, mais qu elle ;
chargr .
• au midi et parcourir d'un vol libre tous les climats de la
icrre et des mers, nous en verrons
HISTOIKE DES OISEAUX 167
moineau sur nos toits ; et lorsqu'elle auiéne la cigogne au haut de nos vieilles tours en ruine, où s'est déjà cachée la triste famille des oiseaux de nuit, ne semble-t-elle pas se hâter de reprendre sur nous des possessions usurpées pour un temps, mais qu'elle a chargé la main sûre des siècles de lui rendre?