‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 48 sur 60 · I.R CANARI · texte numérisé non relu

I.R CANARI

(bufpon.)

L'homme a fait une double conquête, lorsqu'il s'est assujetti des animaux habitants à la fois et des airs et de l'eau. Libres sur ces deux vastes éléments, également prompts à prendre les routes de l'atmosphère, à sillonner celles de la mer, ou à plonger sous les flots, les oiseaux d'eau semblaient devoir lui échapper à jamais, ne pouvoir contracter de société ni d'ha-

(CORRECTIONS HE lll'FFON.)

" naturalistes français

• . ... et d'un oiseau couleur de fou ou de Homme

'" et on lui supposa des rapports avec les habilanls de cetu*

«onh»'»', où il n'a jamais paru. Nous avons donc cru devoir lui conserver son ancien nom

*' que les Romains adoptÎTont.

'-... n'onl.

174 MAiMSCKlTS DE BLFFUiN

avec nous de société, ni d'habitude, devoir rester éternellement étrangers à notre séjour.

En effet, ils n'y tiennent que par un seul besoin, celui de leur multiplication, et, durant un temps assez court, celui de la ponte et de la nichée; mais c'est par ce besoin même, c'est piécisément dans ce temps, le plus cher à tout ce qui respire, que nous avons su les approcher de nous, les captiver et enfin les attacher à nos demeures. Des œufs enlevés du milieu des roseaux et des joncs, et donnés à couver à une mère étrangère qui adopte cette famille furtive, ont produit sous nos yeux ime race, à la vérité encore toute sauvage, farouche, fugitive, et sans cesse inquiète de retrouver et de rejoindre son séjour de liberté, mais qui, adoucie peu à peu, et goûtant enfin Tasile domeslique, a consenti à vivre près de nous, à rester dans nos murs, à gîter sous nos toits, à produire sous nos yeux. Et, ce qui doit être remarqué, ce n'est qu'alors, c'est-àdire lorsque nous avons i)u engager une espèce à produire et à se multiplier en domesticité, que nous pouvons nous flatter (l'en avoir tait la conquête; antre.nent nous n'avons assujetti <|uo des individus, et la race entière, ou Fespèce, ne nous en reste p.Ts moins étraniière; mais lorsque, malgré le dégoût de la chaîne domeslique, nous sommes parvenus à voir naître en- Ire quelques individus ces sentiments que la nature a partout fondés sur un libre choix, lors jue Famour a conmiencé à unir ces couples captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur a fait oublier et leurs franchises naturelles et leurs privilèges sauvages; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers à tout ce qui est sensible, sont devenus leur demeure de prédilection et leur habitation de choix. L'éducation de la famille, en approfondissant ce sentiment, Fa gravé plus profondément encore sur les petits qui se sont trouvés naturellement citoyens d'un séjour adopté par leur père : ils n'ont

HISTOIKE DES OISEAUX 175

bitude avec nous, rester enfin éternellement éloignés de nos habitations, et même du séjour de la terre.

Ils n*y tiennent, en effet, que par le seul besoin d*y déposer le produit de leurs amours; mais c'est par ce besoin même et par ce sentiment si cher à tout ce qui respire, que nous avons su les captiver sans contrainte, les approcher de nous, et, par faffection à leur famille, les attacher à nos demeures.

Des œufs, enlevés sur les eaux du milieu des roseaux et des joncs et donnés à couver à une mère étrangère qui les adopte, ont d'abord produit dans nos basses-cours des individus sauvages, farouches, fugitifs et sans cesse inquiets de trouver leur séjour de liberté; mais, après avoir goûté les plaisirs de Tamour dans Fasile domestique, ces mêmes oiseaux, et mieux encore leurs descendants, sont devenus plus doux, plus traitables, et ont produit sous nos yeux des races privées; car nous devons observer, comme chose générale, que ce n'est qu'après avoir réussi à traiter et conduire une esp>^ce de manière à la faire multiplier en domesticité que nous pouvons nous flatter de Tavoir subjuguée; autrement nous n'assujettissons que des individus, et l'espèce, conservant son indépendance, ne nous appartient pas. Mais, lorsque, malgré le dégoût delà chaîne domestique, nous voyons naître entre les mâles et les femelles ces sentiments que la nature a partout fondés sur un libre choix, lorsque l'amour a commencé à unir ces couples captifs, alors leur esclavage, devenu pour eux aussi doux que la douce liberté, leur fait oublier peu à peu leurs droits de franchise naturelle,et les prérogatives de leur état sauvage; et ces lieux des premiers plaisirs, des premières amours, ces lieux si chers à tout être sensible, deviennent leurs demeures de prédilection et leur habitation de choix; l'éducation de la famille rend encore celte affection plus profonde et la communique en même temps aux petits, qui, s'étant trouvés citoyens par naissance d'un séjour adopté par leur parents, ne cheri hent point

17r, MANUSCRITS DE IMIFFON

pas cherché à en changer, ils n'ont pas môme conçu qu'ils pussent être formés pour un autre que celui où ils avaient vu le jour, tant est aimée la patrie ! tant est chère la terre natale, même à qui y naît en esclave !

UISTOIP.K DKS OISEUX

à en ehangor; car, no pouvant avoir qwo peu ou point d'idée d'un état différent ni d'un autre séjour, ils s'att^ichent au lieu où ils sont nés comme h leur patrie, et Ton sait que la terre natale est chère à ceux même qui l'habitent en esclaves.

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