‹ Des manuscrits de Buffon: avec des facsimile de Buffon et de ses collaborateurs (volume 2)Chapitre 6 sur 60 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

sance, a que c'est la mère qui transmet aux fils les a qualités de Tesprit et du cœur. »

Dès Tannée suivante, le conseiller Benjamin Le Clerc se remaria !ivec une demoiselle Nadault, sœur de l'ancien condisciple de son fils. A cette occasion le président Bouhier * écrivait à Rufey * : « Nous « avons depuis peu, ici, M. Le Clerc de Buffon, votre « ami, qui se trouve tristement engagé à entrer en <i procès avec M. son père, par le sot mariage que « vient de faire ce dernier '. »

En effet, Buffon se vit contraint de se faire rendre judiciairement compte, par son père, de la gestion de sa fortune. Le plus grand désordre y régnait. La terre de Buffon avait été vendue : il la racheta, garda chez lui son père, et les deux enfants, que celui-ci eut de son nouveau mariage, naquirent an château de Buffon.

L'aîné, Pierre Le Clerc, devint maréchal de camp des armées du roi. Désigné sous le titre de chevalier de Buffon, il ne montra, par son attachement res-

* Jean Bouhier, né à Dijon, en 1673, magistrat intègre et jurisconsulte profond, eut une grande réputation de science et d'érudition * sa riche bibliothèque fut toujours ouverte aux gens studieux. Il était alors assez heureux pour protéger Butîon; plus tard, il eut l'honneur d'être loué par Voltaire, qui le remplaça à l'Académie française, où il était entré à l'unanimité des suffrages en 1737. Mort en 1746.

* Dijon, 29 janvier 1733.

* Girault, Utires inédites de Buffon, Voltaire^ Rousseau, Piron, etc. (Dijon, Paris.)

DE BTJFPON. xiii

pectueux et tendre, digne de porter le nom de son frère. Né en 1734, il vécut Jusqu'à quatre-vingt-neuf ans, et mourut en 1825.

La seule branche qui survive aujourd'hui de la famille Le Clerc descend d'une fille, née en 1746 et sœur consanguine du naturaliste : Catherine-Antoinette Le Clerc, mariée à son cousin germain, Edme Nadault, conseiller au parlement de Bourgogne, et morte en 1852, à quatre-vingt-six ans,

Buffon ne vit, dans la fortune qui lui avait été léguée, qu'un secours pour sa jeune ambition. Il habitait Paris une partie de Tannée, s'y créait des relations avec les hommes influents, s'y montrait dans le monde entouré du prestige que donnent la richesse, un beau physique et un grand aplomb. Occupé de son avenir, et toujours maître de lui-même, ni les soirées prolongées, ni les soupers élégants ne l'empêchaient de se mettre, dès cinq heures du matin, à son bureau de travail.

C'est de géométrie qu'il s'occupait alors. 11 présenta à l'Académie des sciences, en 1733, un mémoire sur le jeu du franc carreau. « Ce travail, » disent les deux commissaires, Clairaut et Maupertuis, « fait a voir, outre beaucoup de savoir en géométrie, « beaucoup d'invention dans l'auteur. »

Cette même année, il fut nommé adjoint dans la classe de mécanique. Il avait à peme vingt-six ans.

xîv INTRODUCTION.

Dans une lettre adressée au président Bouhier ^, il dit, de fort bonne grâce, que TAcadémie s'était U7i peu hâtée.

« On m'a fait ici mille fois plus d'honneur que je « n'en mérite ; on a hâté la vacance de la place que « je remplis à l'Académie, on m'a préféré à des con- « currents distingués; tous ces avantages dont je me « sens si peu digne n'auraient peut-être pas trouvé « grâce à des yeux aussi éclairés que les vôtres; «ainsi je tâchais de les supprimer, au hasard d'être « grondé, comme vous l'avez fait. Permettez-moi de « vous remercier de vos bons sentiments

« J'ai déjà fait partir la note des trois livres d'An- « gleterre que vous souhaitez, car on attend toua jours trop longtemps les Uvres de ce pays-là. Si « nous n'avons pas la guerre avec ses compatriotes, « milord Kingston restera à Paris au moins un an. « Je vous enverrai dès demain les mémoires de Pé- « tersbourg; mais comme j'étudie quelques questions « qu'ils contiennent, auriez-vous la bonté de les at- « tendre jusqu'au printemps?.... Il paraît depuis « quinze jours un petit écrit en forme de gazette, ou a plutôt de feuille de spectateur^ intitulé : le Cabinet « du philosophe. On n'a pas goûté cet ouvrage.

« M. de Marivaux a donné aussi une brochure qui a fait le second tome de la Vie de Marianne. Les pen tits esprits et les précieux admireront les réflexions

«Le 8 février 1731

DE BUFFON. xv

« et le style. La pièce de Voltaire ne peut se soutenir « et ne se soutient pas, avec tous les raccommodages « qu'il y a faits. Enfin, pour finir, j'aurai l'honneur « de vous dire que je vais au premier jour faire im- « primer une traduction avec des notes d'un ou- « vrage anglais de physique qui a paru nouvellement, « et dont les découvertes m* ont tellement frappé et « sont si fort au-dessus de ce que Ton voit en ce « genre, que je n'ai pu me refuser le plaisir de les « donner en notre langue au public; c'est un in-4** a d'environ 300 pages. »

Un ouvrage de physique dont les découvertes m* ont tellement frappé et sont si fort au-dessus de

ce que ïon voit en ce genre Voici la première

étincelle qui mit en éveil le génie de Buffon.

La traduction dont il parle était celle de la Sta- .,

tique des végétaux de Haies, qu'il publia en 1735. /^ . La belle préface qu'il mit en tête de cet ouvrage fut le {4t"" * premier écrit par lequel il se fit connaître du public. ^ j / J^

En 1740, il donna une autre traduction, celle du Traité des fluxions, de Newton, et la fit précéder aussi d'une préface qui ne fut pas moins remarquée que ne l'avait été la première.

De 1735 à 1740, il avait présenté à l'Académie, soit de concert avec Duhamel, soit seuP, plusieurs

* Avec Duhamel, des Observations siir la cause de Vexcentricité 4et couche» Hffneuêeg, et les effets des grandes gelées sur les végé-

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